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Vivre pour autrui sera le bonheur suprême

Par sa réalité caractéristique, la synthèse fondée sur l'amour de l'Humanité se trouve préservée d'une telle décadence, et son ascendant ne pourra qu'augmenter tant que notre espèce se développera. Le nouveau Grand- Être ne craint pas l'examen, et n'entrave point l'imagination. Toute discussion approfondie conduira nécessairement à mieux sentir son existence, et à apprécier davantage l'ensemble de ses bienfaits, depuis que ses

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lois naturelles sont enfin connues. 11 provoque le plus vaste essor de l'imagination pour faire, autant que possible, participer chacun de nous à sa vie universelle, dans le temps et l'espace propres à nos saines contemplations, Son culte peut seul systématiser à la fois toutes nos constructions spéculatives, tant esthétiques que scientifiques, en constituant l'unique lien durable que comportent nos pensées et nos sentiments. Aucun autre régime ne saurait établir, sans artifice comme sans oppression, l'entière prépondérance de l'affection sur la contemplation et sur l'action, Il érige directement la sociabilité en principe unique de la vraie morale, qui pourtant respecte l'ascendant spontané de la personnalité. Vivre pour autrui devient ainsi le bonheur suprême. S'incorporer intimement à l'Humanité, sympathiser avec toutes ses vicissitudes antérieures, et pressentir ses destinées futures, en concourant activement à les préparer, constituera le but familier de chaque existence. L'ensemble du régime correspondant représente directement l'égoïsme comme notre principale infirmité, que notre constante discipline, individuelle et collective, peut beaucoup atténuer, mais sans pouvoir jamais la guérir radicalement. Cet empire croissant sur notre propre nature devient la meilleure mesure du perfectionnement, privé ou public, d'après sa relation immédiate à l'exi)) tence du Grand-Être et au bonheur de ses éléments.

■ Nouvelle forme de la prière.

Inspiré par une reconnaissance réelle, que tout exaM développe davantage, le nouveau culte peut seul éca toute demande intéressée, dont la réaction affective est toujours dégradante. Nous ne prierons le véritable Être- Suprême que pour lui témoigner notre sincère gratitude, d'après ses bienfaits actuels et antérieurs, qui nous an-

noncent ses progrès futurs. Quoique les lois de notre nature nous assurent que cette manifestation habituelle procure nécessairement une intime amélioration morale, cette noble récompense ne peut susciter aucun calcul personnel^ puisque son efficacité dépend de sa spontanéité. Notre bonheur consistera surtout à aimer; et nous sentirons que l'amour, plus qu'aucune autre affection, se développe par un exercice qui, chez lui seul, peut également convenir à tous les individus à la fois, en s'accroissant avec un tel concours. Sans altérer notre vénération, le nouveau Grand-Être nous deviendra plus familier que ne le furent jamais nos dieux primitifs, même en perdant leur dignité. Étranger à tout caprice, il se trouve aussi actif que nous dans le culte que nous lui rendons, puisqu'il y honore tout ce qui concourt à sa grandeur. Tandis que l'ancien dieu ne pouvait agréer nos hommages sans se dégrader lui-même par une vanité puérile, le nouveau n'accueillera jamais que nos louanges méritées, qui l'amélioreront autant que nous. Cette pleine réciprocité d'affection et d'influence ne pouvait appartenir qu'au culte final, seul adressé à un être relatif, modifiable, et perfectible, composé de ses propres adorateurs, et mieux assujetti que chacun d'eux à des lois assignables, qui permettent de prévoir ses vœux et ses tendances.

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