La morale positiviste
La morale correspondante réunit tous les attributs de la spontanéité à tous les avantages de la démonstration. Intimement liée à l'ensemble de notre existence, elle ne comporte aucun subterfuge qui puisse étouffer ou éluder les remords propres à chaque infraction réelle. Dans tout phénomène individuel, elle nous manifeste sa vraie réaction sociale, directe ou indirecte, qui nous oblige à nous juger sans condescendance. Quoiqu'elle semble
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d'abord plus tendre qu'énergique, l'amour qui l'inspire n'est jamais inerte, et pousse ardemment à la plus complète activité que comporte la réalisation du bien qu'il poursuit toujours. Eclairé par la véritable science, il sent constamment que nous devons constituer, par notre activité continue, l'unique providence qui puisse améliorer notre rigoureuse destinée. Quoique supérieur à tous les êtres connus, notre grand organisme reconnaît que son existence, subordonnée à d'immuables lois, ne comporte, sous aucun aspect, une satisfaction, ni même une sécurité, absolues. Toutes nos conditions réelles, extérieures ou intérieures, peuvent se trouver compromises, sans excepter notre moralité et notre raison, d'où émanent nos principales ressources. C'est au milieu de telles éventualités, toujours possibles, qu'il faut trouver la force de vivre dignement, c'est-à-dire, d'aimer, de penser, et d'agir, pour le vrai Grand-hlre, en écartant des inquiétudes oppressives et de vaines récriminations. Mais le même régime qui exige de nous ce courage et cette résignation nous en inspire aussi l'essor continu. Car il suscite un sentiment familier de notre vraie prééminence, et il dissipe toute erreur dégradante, de manière à faire surgir une vive satisfaction de notre lutte, même insuffisante, contre les rigueurs d'une destinée qui n'est pas toujours immodifiable. La réaction affective d'une telle nécessité devient une nouvelle source d'intime ;;perfectionnement, en écartant une prévoyance exagérée autant qu'une stupide indifférence, surtout quant à la personnalité, que la morale théologique OB mélapliysique invitait toujours à une sollicitude tlétriftsante, jusque dans les sacrifices imposés. Se résigner noblement à tous les maux insurmontables, et intervenir, avec une sage énergie, dans tous les cas modifiables: tel est le caractère pratique de l'existence positivi individuelle ou collective.
^ jSlgré le vice radical de sa doctrine, le catholicisme, Aissant, à son insu, Fimpulsion moderne, tendit, de* Jbis la fin du moyen âge, vers une semblable transfor- Jnation, dont la sanction systématique était pourtant ■incompatible avec son propre principe. Ces vaines tendances, où le sacerdoce lutte contre sa théorie, ne restent sensibles que chez les populations préservées du protestantisme. Leur Dieu y deviendrait de plus en plus un vague et insuffisant symbole de THumanité, si la dégradation sociale du clergé lui permettait de participer assez h la spontanéité commune. Quoique cette modification graduelle doive demeurer impuissante, elle ofTre pourtant un indice irrécusable de la nouvelle direction que prennent involontairement les cœurs et les esprits des occidentaux qu'on suppose les plus étrangers à l'émancipation moderne. Ce symptôme spontané devient surtout décisif quant au culte de la Femme, préambule caractéristique du vrai cuite de l'Humanité. Depuis le douzième siècle, la Vierge obtient, surtout en Espagne et en Italie, un ascendant croissant, contre lequel le sacerdoce a souvent réclamé en vain, et qu'il a été quelquefois forcé de sanctionner, pour conserver sa propre popularité. Or, cette suave création esthétique ne peut attirer une adoration directe et privilégiée sans altérer radicalement le culte où elle surgit. Elle est propre à servir d'intermédiaire entre le régime moral de nos and^tres et celui de nos descendants, en se transformant peu à p€;u en personnification de l'Humanité. Mais cette heureuse transiti(m ne saurait émaner du sacerdoce officiel, même ita- ^ lien on espagnol. Elle trouvera de plus purs organes dans l'intervention féminine qui doit propager le po^itivisme chez nos frères du Midi.
La snpériorité néceiuaire de la morale démontrée %ur la morale révélée se résume donc par la substitution finale de l'amour de THumanité â l'amour de Weu. O
DISCOt'RS SUR L ENSEMBLE
nouveau principe n'exclut pas moins la métaphysi< que la théologie, puisqu'il repousse toul calcul personnel, et place le bonheur, privé ou public, dans Tessor direct et continu des affections bienveillantes. Aimer l'Humanité constitue réellement toute ta saine morale, quand on comprend les vrais caractères d'un tel amour et les conditions qu'exige son ascendant habituel. Celle active prépondérance de la sociabilité sur notre personnalité fondamentale ne peut résulter que d'une lente et difficile éducation du cœur secondé par l'esprit. La principale préparation consiste dans la tendresse mutuelle des deux sexes, précédée et suivie des autres affections domestiques. Mais toutes les parties quelconques de la morale, même personnelle, peuvent aussi se rattacher à l'amour du Grand-Être, qui fournit la meilleure mesure de leur importance réelle et le plus sur moyen d'y établir des préceptes incontestables. Le principe de la systématisation y coïncide donc avec celui de la spontanéité, ce qui rend la doctrine universelle également accessible à tous.