Le nouveau pouvoir spirilael
Ainsi régénérées, par une même religion, la scii la poésie, et la morale tendent à former une combinaison inaltérable, sur laquelle reposeront nos nouvelles destinées. Cette libre consécration permanente de la raison et de l'imagination au service du sentiment a toujours existé spontanément chez les femmes, premiers organes naturels du pouvoir modérateur. Mais elle ne comportait une baute efficacité sociale qu'après avoir été systématisée par une doctrine générale. C'est ce que tenta le moyen âge, d'après son unité théologique. Alors le pouvoir modérateur commença à se composer de ses deux éléments nécessaires, l'un sympathique et privé, l'autre systématique et public. Malgré la salutaire
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fluence qu'exerça longtemps cette première ébauche, elle ne pouvait constituer qu'un simple préambule, parce qu'elle reposait sur une synthèse insuffisante et passagère. La doctrine et le culte catholiques n'embrassaient réellement que la vie affective, et même d'après un principe factice et précaire. Tout le domaine spéculatif, esthétique ou scientifique, lui échappait presque autant que l'existence pratique, sauf les inclinations personnelles du sacerdoce, qui ne pouvaient survivre à son indépendance sociale, toujours menacée dans le milieu militaire où s'accomplissait cette tentative prématurée. Avant que la vie industrielle commençât à se développer, l'essor esthétique et métaphysique du moyen âge compromettait déjà cette frêle systématisation, bientôt incompatible avec le progrès qu'elle avait d'abord dirigé. Sans le concours de la supériorité intellectuelle, l'ascendant moral ne saurait constituer un véritable pouvoir spirituel, capable de tempérer réellement l'énergique prépondérance de la force matérielle. C'est pourquoi la condition fondamentale d'une vraie réorganisation consistait à terminer l'insurrection radicale de l'esprit contre le cœur, qui dure depuis la dernière phase du moyen âge, et dont la source remonte même jusqu'à l'essor de la métaphysique grecque. Le positivisme vient surmonter cette immense difficulté en constituant la science sociale d'après toutes les sciences préliminaires, de manière à établir l'unité spéculative. Son principe de coordination, qui embrassait déjà l'activité, s'étend aussitôt au sentiment, et construit dès lors une synthèse totale, aussi spontanée que systématique, propre à tout régénérer par le culte du vrai Grand-Être. Ainsi doit surgir un nouveau pouvoir modérateur, homogène et complet, non moins consistant que progressif, et mieux assuré que l'ancien du concours féminin indispensable à son efficacité sociale.
Sans les nécessités matérielles qui dominent notre existence, cette double puissance suffirait à la régler entièrement. Dispensés alors d'une pénible activité, nous poursuivrions directement le souverain bien, l'amour universel, qui n'aurait plus à commander que l'essor intellectuel propre à mieux développer son ascendant, par un sage exercice de la raison, et surtout de l'imagination. Malgré sa nature imaginaire, cette hypothèse peut devenir très efficace, pour nous fournir une limite idéale, d'où nous tenterons de rapprocher de plus en plus la vie réelle. Quand une telle utopie aura été assez élaborée par le génie esthétique, elle procurera au nouveau culte des ressources supérieures à celles que l'ancien retirait de sa vague et chimérique représentation du bonheur futur. C'est à elle seule que convient le classement social fondé sur le mérite intellectuel et moral, indépendamment de toute puissance matérielle. En effet, les individus ne seraient alors appréciables que d'après leur aptitude respective à aimer et à charmer l'Humanité.
167. — Dualisme entre la hiérarchie morale et la hiérarchie pratique.
Quoique un tel classement ne puisse jamais prévaloir, ni seulement s'accomplir, on doit toujours le concevoir autant que possible, afin de l'opposer sagement à la hié-^ rarchie réelle, où la puissance, même accidentelle, influe encore davantage que le propre mérite. Les prêtres de l'Humanité, dignement assistés des femmes, appliqueront cette opposition à modifier l'ordre effectif, d'après un contraste irrécusable, dont l'autorité morale sera directement sanctionnée par l'éducation universelle, et souvent proclamée dans le culte correspondant. Sa réalité fondamentale, qui n'écarte que les exigences pra-
CONCLUSION GÉNÉKALE 381
tiques, doit procurer à ce type abstrait une efficacité que ne comportait point la critique fondée sur le classement confus et incertain propre à l'avenir théologique. Quand la société n'admettra d'autre providence que la sienne, elle semblera, d'ordinaire, assez disposée à réaliser une telle hiérarchie pour réagir sur ceux qui en sentent le mieux l'impossibilité. Toutefois, cette réaction normale devra toujours respecter les lois naturelles relatives à la répartition de la grandeur et de la richesse, en s'efforçant d'améliorer leur exercice spontané, mais sans troubler leur destination pratique. Cette indispensable conciliation exige que le classement abstrait se borne aux individus, en laissant un libre cours à la subordination concrète des divers offices. La vraie prééminence personnelle est tellement rare que la vie sociale se consumerait en débats stériles et interminables si l'on prétendait conférer toujours chaque fonction à son meilleur organe, de manière à déposséder souvent le fonctionnaire primitif; sans égards aux conditions d'exercice. Une telle tendance serait profondément perturbatrice, même dans la hiérarchie spirituelle, où l'aptitude est mieux jugeable. Mais il y a toujours beaucoup d'avantages moraux, sans aucun danger politique, à manifester, en chaque cas décisif, combien diffèrent l'ordre de puissance et l'ordre de mérite. L'estime ainsi accordée au plus digne ne compromet point l'autorité du plus puissant. Quoique saint Bernard fût plus considéré qu'aucun pape contemporain, il savait, comme simple abbé, respecter toujours la hiérarchie ecclésiastique. Saint Paul avait déjà caractérisé encore mieux un tel devoir, en reconnaissant la suprématie officielle d'un apôtre (1) dont il ne pouvait se dissimuler l'infériorité d'esprit et de cœur. Toutes les corporations régulières,
(1) Saint Pierre. (N. dtsédit.)
382 DISCOLItS SUR L ËNSEMBLli
civiles ou militaires, offrent, à un moindre degré, de biquenls exemples d'une semblable conciliation entre l'ordre abstrait des individus et l'ordre concret des ofâces. Le contraste des deux classements cesse alors d'être subversif, et concourt au perfectionnement moral de tous, en même temps qu'il vérifie l'imperfection nécessaire d'un organisme aussi compliqué.
Ainsi, la religion de l'Humanité suscite un poaw inlellecluel et moral qui suPfirail pour nous gouverner sP notre existence se trouvait affranchie de toute grave nécessité matérielle. Malgré l'imperfection réelle de toute notre nature, la sociabilité y prévaudrait par son propre cbarme, si des besoins irrésistibles n'y venaient sans cesse stimuler la personnalité. Sous leur impulsion prépondérante, notre existence est nécessairement dominée par une activité égoïste, à laquelle la raison, l'imagination, et même le sentiment, doivent subordonner leur essor direct. Dès lors, le double pouvoir qui semblait destiné à diriger ne doit plus tendre qu'à modifier. Son élément affectif subit aisément cette nécessité, parce que le cœur s'elTorce toujours de réaliser le bien, quand il en connaît les vraies conditions. Mais l'esprit ne saurait être aussi sage, et il se résigne difficilement à servir au lieu de régner. Sa vaine ambition trouble davantage le monde que celle qu'il reproche tant à la grandeur et à la richesse. Notre principal embarras consiste aujourd'hui il la régler, en lui assurant une légitime satisfaction, pour que le pouvoir théorique soit vraiment modérateur sans vouloir jamais devenir directeur. Cette transformation fondamentale, impossible à l'antiquité, où l'esprit fut toujours oppresseur ou opprimé, dut avorter au moyen âge, sous un régime encore thét^logiquc et militaire. Le positivisme peut l'accomplir, d'après sa réalité caracléristique, dans un milieu où prévaut l'existence indus-— triclle, Suivant son exacte appréciation jje l'ensemble 4
nos vraies destinées, il doit enfin régénérer la politique en la réduisant au culte actif de THumanité, comme la morale en constitue le culte affectif, et la science avec la poésie le culte contemplatif. Telle sera la principale mission du nouveau sacerdoce occidental, convenablement assisté des femmes et des prolétaires.
168. — Les droits et les devoirs. Nul ne possède d'autre droit que celui de faire son devoir.
Cette régénération décisive consiste surtout à substituer toujours les devoirs aux droits, pour mieux subordonner la personnalité à la sociabilité. Le mot droit doit être autant écarté du vrai langage politique que le mot cause du vrai langage philosophique. De ces deux notions théologico-métaphysiques, l'une est désormais immorale et anarchique, comme Tautre irrationnelle et sophistique. Égalen^ent incompatibles avec Tétat final, elles ne convenaient, chez les modernes, qu'à la transition révolutionnaire, par leur action dissolvante sur le système antérieur. Il ne put exister de droits véritables qu'autant que les pouvoirs réguliers émanèrent de volontés surnaturelles. Pour lutter contre ces autorités théocra tiques, la métaphysique des cinq derniers siècles introduisit de prétendus droits humains, qui ne comportaient qu'un office négatif. Quand on a tenté de leur donner une destination vraiment organique, ils ont bientôt manifesté leur nature anti-sociale, en tendant toujours à consacrer l'individualité. Dans Tétat positif, qui n'admet plus de titres célestes, l'idée de droit disparait irrévocablement. Chacun a des devoirs, et envers tous ; mais personne n'a aucun droit proprement dit. Les justes garanties individuelles résultent seulement de cette universelle réciprocité d'obligations qui reproduit Péquivalent moral des droits antérieurs, sans offrir leurs
graves dangers politiques. En d'autres termes, nul ne possède plus d'autre droit que celui de toujours faire son devoir. C'est uniquement ainsi que la politique peut enfin se subordonner réellement à la morale, suivant Tadmirable programme du moyen âge. Le catholicisme ne put que poser vaguement cette immense question sociale, dont la solution, incompatible avec tout principe théologique, appartient nécessairement au positivisme.
Pour y parvenir, il fait consister la politique à servir THumanité, c'est-à-dire à seconder artificiellement les diverses fonctions, d'ordre ou de progrès, que le Grand- Être accomplit naturellement. Cette destination finale du nouveau culte en constitue la plus importante partie, sans laquelle toutes les autres se trouveraient insuffisantes, et deviendraient bientôt illusoires. Le véritable amour ne se borne point à souhaiter le bien ; il pousse à le réaliser autant que possible. En nous prescrivant d'étudier et de célébrer l'Humanité, ce n'est pas seulement pour nous procurer les douces satisfactions inhérentes à la contemplation et à l'expansion. II a surtout en vue de nous disposera mieux servir cet Être-Suprême; dont la conservation et le perfectionnement exigent de nous une activité continue. Une telle destination forme le principal caractère du culte final. Car l'ancien Grand- Être n'avait, au fond, aucun besoin réel de nos services quelconques. Aussi le quiétisme constitua-t-il toujours l'imminente dégénération de tout culte théologique, surtout depuis le monothéisme. Il ne put être ^contenu que quand la sagesse sacerdotale, heureux organe de rinstinct universel, profita du vague de ces théories pour prescrire l'activité. Or cette salutaire transformation ne comportait une haute efficacité qu'autant que le sacerdoce conservait une pleine indépendance sociale. Depuis que le catholicisme en est privé par l'usurpation
lemporelle, les tendances quiétistes, qu'il ne pouvait contenir qu'artificiellement, ont repris leur cours naturel chez la plupart de ses vraiii sectateurs. Au contraire, dans le positivisme, la doctrine elle-même pousse directement à la plus vaste activité, indépendamment de toute sollicitude sacerdotale. Cette stimulation spontanée et continue résulte aussitôt de la nature relative et dépendante du nouveau Grand-Être, composé de ses propres adorateurs.
169. — Le sentiment social comprend : la solidarité entre tous les hommes et surtout la continuité entre toutes les générations.
Le principal caractère de ce service fondamental, qui sanctifiera toute notre eiistence, consiste dans une immense coopération dont aucun organisme moins compliqué ne peut suggérer l'idée. Ce consensus, également relatif au temps et à l'espace, suscite les deux degrés nécessaires du sentiment social, appréciant d'abord la solidarité actuelle et ensuite la continuité historique. L'étude approfondie de chaque phénomène social, statique ou dynamique, y manifestera toujours le concours, direct ou indirect, de toutes les existences contemporaines et de toutes les générations antérieures, entre certaines limites, géographiques et chronolo-^ giques, qui s'écartent à mesure que le Grand-ÉIre se développe. Incontestable envers nos pensées et nos affections, cette coopération nécessaire doit convenir encore davantage à nos actions, dont les résultats exigent un concours plus complet. C'est ce qui fait le mieux sentir combien est fausse, autant qu'immorale, la notion du droit proprement dit, qui suppose toujours l'individualité absolue. La subordination réelle de, la politique à la morale résulte directement de ce que tous
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les hommes doivent êlre conçus, non comme autant d'êtres séparés, mais comme les divers organes d'un seul Grand-Èlre. Aussi, dans loule sociélé régulière, chaque citoyen fut-il toujours éri)jé en un fonctionnaire public, remplissant, bien ou mal, son office, spontané ou systématique. Ce principe fondamental n'a jamais été méconnu empiriquement que pendant la longue transition révolutionnaire qui s'achève maintenant, et où les abus d'une organisation devenue rétrograde suscitèrent une anarchie alors progressive, mais aujourd'hui contraire à son but initial. Le positivisme le mettra hors de toute atteinte en lui procurant une pleine systématisation, d'après l'ensemble des connaissances réelles.
Celte démonstiation décisive deviendra la base rationnelle de l'autorité morale du nouveau sacerdoce, seul apte à faire eicaclement apprécier, en chaque cas, la vraie coopération, pour déterminer nettement les devoirs correspondants. Sans son intervention scienlifique, complétée par son office esthétique, le sentiment social ne pourrait jamais se développer assez pour modifier profondément la conduite habituelle. Car il resterait ainsL borné à la simple solidarité actuelle, qui n'en constitue: que l'essor rudimentaire. Nos plus purs socialistes fournissent aujourd'hui trop d'exemples de cette déplorabit restriction, qui, laissant le présent sans racines antérieures, nous précipiterait vers un avenir indéterminé. Dans chaque phénomène social, surtout moderne, les prédécesseurs participent davantage que les contemporains. Les travaux matériels, dépendant d'un plus vasl^^^ concert, sont encore plus propres à conlirnaer Tintimi réalité d'une telle appréciation. Cette continuité aaire manifeste mieux que la simple solidarité combîei la vie collective est seule réelle, la vie individuelle m pouvant exister que par abstraction. Notre sociabilité tire son principal caractère : car beaucoup d'autres ai
maux sentent la coopération simultanée, tandis que nous seuls apprécions et développons la coopération successive, première source de notre évolution graduelle. Le sentiment social reste donc très imparfait, et fort stérile, ou même perturbateur, quand il se borne aux relations actuelles. Toutes les aberrations hostiles à une hérédité quelconque reposent aujourd'hui sur ce vicieux dédain de la continuité historique. Car la science réelle manque seule à nos utopistes sincères pour confesser et apprécier cette erreur radicale. L'hérédité collective, qu'on ne peut sérieusement contester, les conduirait bientôt à mieux juger l'hérédité individuelle, ou plutôt domestique. Mais, à Diiesure que la pratique les poussera à se rapprocher de la réalité, ils reconnaîtront que la solidarité ne peut pas même être assez sentie sans la continuité. En effet, d'une part, l'initiation personnelle reproduit spontanément les principales phases de l'évolution sociale, dont la marche générale est donc indispensable à chacun pour comprendre sa propre histoire. D'une autre part, tous les états successifs du Grand-Être se retrouvent aujourd'hui chez les diverses populations qui n'y sont pas encore incorporées ; en sorte qu'on ne peut sympathiser dignement avec elles, sans respecter d'abord la chaîne des temps occidentaux. Nos généreux socialistes ou communistes, surtout prolétaires, sentiront bientôt le vice et le danger de cette double inconséquence, et ils s'efforceront de combler une lacune mentale qui paralyse leurs efforts moraux. Les prêtres de l'Humanité feront encore mieux accueillir l'ensemble des études historiques chez l'élément le plus pur et le plus spontané du pouvoir modérateur. Car les femmes sont naturellement disposées à apprécier une continuité dont elles constituent la première source.
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CONCLUSION GÉNÉRALE 3Hi)
plutôt domestiques, que par leur concours universel. Si Tordre exige surtout cette dernière condition, le progrès s*y rapporte davantage à l'autre. Or ces deux nécessités, également impérieuses, se trouvaient inconciliables dans l'antiquité, d'après la confusion radicale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, toujours émanés des mêmes organes, sacerdotaux ou guerriers. L'indépen^dance y était habituellement sacrifiée au concours, tant que l'état subsistait. C'est pourquoi le sentiment du progrès y resta inconnu, même aux utopistes. Aucune conciliation ne put surgir entre ces deux conditions, jusqu'à ce que le moyen âge suscitât une admirable tentative pour séparer la puissance modératrice d'avec le pouvoir directeur, afin que la politique se subordonnât à la morale. Dès lors, le concours dépend surtout d'une libre adhésion, du cœur et de l'esprit, à une doctrine universelle qui impose, sans arbitraire, des règles générales de conduite, autant relatives au commandement qu'à l'obéissance. C'est surtout ainsi que, malgré son extrême imperfection mentale et sociale, cette première ébauche comportait déjà de précieux résultats, moraux et politiques. La plus énergique indépendance put alors se combiner avec le plus entier dévouement, chez tous les vrais types chevaleresques. Aucune cFasse occidentale ne resta étrangère à ce nouveau mélange entre la dignité personnelle et la fraternité universelle. Cette combinaison est si conforme à notre nature, qu'elle se réalisa bientôt sous la première systématisation qui put l'instituer. Sa conservation empirique, malgré de graves altérations, survécut ensuite au déclin nécessaire des croyances correspondantes, surtout chez les populations préservées du protestantisme. Par là, le moyen âge rendit possible la théorie générale du grand organisme, en dissipant l'opposition radicale qu'offraient jusqu'alors ces deux attributs caractéristiques. Ainsi , la même évolution qui
390 DISCOURS SVR l'knsumblë
rédaisit le théologisme à l'unité provisoire d'où date K)K déclin, prépara de loin l'avènement nécessaire de l'nnité plus complète et plus réelle qui doit présider au régime Hnal.
Mais, malgré le mérite, et même l'ePHcacité. de cette ébaucbe prématurée, elle ne put instituer une solation décisive, incompatible avec l'esprit et le caractère d'an tel âge intermédiaire. Le principe théologique et l'activité militaire repoussaient également cette séparation normale des deux puissances théorique et pratique. Elle ne put alors obtenir, pendant quelques siècles, une existence précaire et insuffisante que d'après une sorte d'équilibre spontané, toujours Uoltant entre la théocratif d l'empire. Au contraire, l'esprit positif et le caractère industriel tendent naturellement vers une telle division, qui, enfin systématisée, garantit aux modernes la conciliation fondamentale de l'indépendance avec le concours. D'abord, cet état final présente, comme le régime catholique, et à un plus haut degré, l'avantage de soumettre la conduite de tous à des règles fondées sur la persuasion ou la conviction, sans aucune origine oppressive. Mais la nature de la nouvelle foi, toujours susceptible de démonstration, rendra cette spiritualité très supérieure à l'ancienne, autant en dignité qu'en stabilité. Car la discipline catholique n'avait pu éviter l'arbitraire qu'en substituant des volontés surnaturelles aux simples commandements humains. Quelques ressources que comportât un tel antagonisme, la vraie liberté n'y pouvait être assez garantie, puisqu'on devait ainsi obéir toujours ii des ordres inexplicables, dont la source était seule changée. Les efforts ultérieurs des métaphysiciens pour fonder notre dignité sur la soumission aux lois comportaient encore moins de succès. Car ils tendaient finalement ii L^lablli l'antique empire des volontés arbitraires, alors |l',T"in'tUèes seulement de la sanction Ihéocratique qoi
les avait rendues à la fois plus respectables et moins capricieuses. Cette conciliation entre Tindépendance et le concours, qui constitue la vraie liberté, ne peut se réaliser qu*en obéissant à des lois objectives, dégagées de toute inspiration subjective, e( dès lors accessibles toujours à de véritables démonstrations. Tel sera l'immense bienfait social du génie scientifique convenablement étendu aux phénomènes les plus complexes et les plus importants. L'homme n'est plus alors l'esclave de rhomme : il ne cède qu'à une nécessité extérieure, que subissent aussi ceux qui la proclament ; ces ordres émanés du dehors ne nous dégradent jamais, même quand ils sont inflexibles. Mais la nouvelle sagesse nous apprend d'ailleurs, qu'ils sont presque toujours modiflables, surtout en ce qui concerne nos plus éminents attributs. Alors notre dignité cesse d'être passive, et nous vouons toute notre existence, individuelle ou collective, au perfectionnement continu d'un système dont nous sommes les chefs réels. Les lois naturelles qui le constituent deviennent la base nécessaire de notre active intervention, soit en dirigeant nos efforts, soit en fixant nos desseins* Mieux elles seront connues, plus notre conduite s'affranchira de tout commandement arbitraire et de toute obéissance servile. A la vérité, ces régies extérieures peuvent rarement être assez déterminées pour dispenser, en chaque cas, des prescriptions impératives* C'est alors au cœur qu'il appartient de suppléer, de pari et d'autre, k rinsufBsance de l'esprit, en disposant à ac<'x>mplir par affection les injonctions trop peu motivées. Sans {pouvoir éviter toujours les volontés artiitraires^ il suffit â notre dignité qu'elles soient sut>ordonnées à l'uniforniit/^ des lois extérieures, et qtie la raison et le sentiment len dent constamment â en réduire le domaine journalier. Or cette double condition est certainement remplie |;ar Fensemble du régime positif. 4hs la vie industrielle ef
:>^i Dcsconts SUR l'ensemble
i esprit scieatiâqœ roo'^oarent à rendre chacun de plus en plos indépendant de toot caprice individuel en même temps jtK mieux adhérent à Forganisme universel. Le positivisme ^puantit donc la liherté et la dignité en leur ionminc pour base in^ranlahle l'assujettissement des phénomènes soctanx, comme de Ions les autres, à des ois satoretles. modifiables, entre certaines limites, par 30tce sa^ sctiTitê, sortoat collective. Il ne faut attendre, ;i(i v^acnire. qn^oppression et dégradation de toutes les utopies stétiphTsiqiKs où Ton suppose la société indétitûnteot livrée^ sans aucune impulsion spontanée, ^ox xoioa^fs lê^ttsiatives. et où le concours ne s'obtient ^u'ea etiMidEictl Piadépendance, comme dans l'antiquité. est ;ii:»i que ie culte final systématise l'existence jicti^e iu v.irAad-Êlre« d'après Tensemble de ses lois natuceUes^ $oil ea t complétant l'instinct de la solidarité tMir le sentimeat de la continuité, soit en conciliant l'inàepe«fesi;j(nv>r iDèvilable de ses divers organes avec leof cv^aocHjtrs iodtspensftble. Alors la politique peut enfin se subordonner nullement à la morale, parce que le devoir t-empbice le dioîl. Le pouvoir théorique proclame des rentes tmvusables. où la raison et le sentiment concourent toujours pour modifier Tactivité. Quels que soient les orgaues du pouvoir pratique, son exercice se trouve ooustamiuenl moralisé. Tous les sjrstèmes métaphysiques se bornent^ au contraire, à régler l'accès ou l'étendue de chaque autorité, sans fournir ensuite aucun principe de conduite, ni d'appréciation.