Deuxième devise : Liberté, Ordre public
Quand une mémorable secousse eut terminé cette réaction rétrograde, commencée par Robespierre, développée par Bonaparte, et prolongée par les Bourbons, la hfilte équivoque qui vient de finir fit surgir une nouvelle devise passagère. La célèbre formule Liberté, Ordre public, qui prévalut ainsi pendant une demi-génération, caractérisa fidèlement le milieu social d'où elle émanait. Sa signification fut d'autant plus réelle que sa source fut purement spontanée, sans jamais susciter aucune sanction solennelle. Elle indiquait une raison publique qui, ne voyant sur aucun drapeau la vraie formule de l'avenir social, se bornait à prescrire la conciliation des deux conditions indispensables à sa préparation. Cette seconde devise se rapprocha davantage que la première du but organique de la révolution. On y élimina la notion antisociale d'égalité, dont tous les avantages moraux se retrouvent, sans aucun danger politique, dans le sentiment indestructible de la fraternité universelle, qui, en Occident, n'a plus besoin, depuis le moyen âge, d'être distinctement formulé. La grande notion de l'ordre s'y trouvait empiriquement introduite, avec la réserve propre à un temps où l'anarchie des esprits et des cœurs prescrivait de se borner à Tordre matériel, intérieur et extérieur.
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1^ i,(anéroent la devise syslénialique de l'avenir, Ordre . pfogrés. Son caractère, à la fois philosophique et polijique, a été assez expliqué, dans la seconde partie de ce jjîscours, pour que je doive ici me borner à indiquer sa filiation et son avènement. Elle se rattache à la précédente, ainsi que celle-ci se liait fi la première, par l'un (les éléments de celle combinaison sociale, nécessairement binaire comme toute autre quelconque, même inorganique. D'ailleurs, elle consacre aussi, à sa manière, la notion commune aux deux autres, puisque tout progrès suppose la liberté. Mais elle accorde directement à l'ordre la prééminence qui lui convient, et sans laquelle il ne peut embrasser l'ensemble de son domaine naturel, à la fois public et privé, Ihéorique et pratique, moral et politique. En y associant le progrès, comme but et manifestation de l'ordre, elle proclame une notion qui, préparée par l'ébranlement inilial, dominera la terminaison organique de la révolution occidentale. La conciliation, jusqu'alors impossible, de ces deux grands attributs, est déjà systématisée pour tous les esprits
(I) La néiniblLqiie de 1848. |iV. des édil.j.
avancés. Quoique la raison publique ne Tait pas encore sanctionnée , tous les vœux spontanés s'y rapportent depuis la dernière phase de la rétrogradation. Un contraste décisif annonce son prochain avènement, d'après la coïncidence croissante qui se manifeste maintenant entre les tendances rétrogrades et les tendances anarchiques, de plus en plus liées aux mêmes inspirations.
181. — Nécessité d'une politique provisoire pendant la période de transition. Le nouveau gouvernement doit être confié à trois prolétaires.
Mais en supposant accompli, à cet égard, ce qui n'est encore que présumé, une telle combinaison de la devise systématique de l'avenir avec son principe fondamental ne saurait suffire pour commencer aujourd'hui la politique définitive, qui suppose la terminaison préalable de l'interrègne spirituel. Pendant la génération qu'exige cette grande élaboration, où tous les esprits et tous les cœurs, surtout prolétaires et féminins, doivent assister le sacerdoce philosophique, il faut donc instituer une politique ouvertement provisoire, destinée à maintenir, au dedans et au dehors, l'ordre indispensable à la transition occidentale. Le positivisme suffit aussi à cet office exceptionnel, d'après son exacte appréciation historique des deux états entre lesquels il doit ménager un intermédiaire passager.
Sa solution consiste à ériger aujourd'hui un nouveau gouvernement révolutionnaire, aussi adapté à la partie positive de la révolution que le fut, pour la partie négative, l'admirable création politique de la Convention. Il est caractérisé par une intime conciliation entre le plein essor de la liberté d'exposition ou de discussion et la prépondérance pratique du pouvoir central, dignement
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