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Nécessité d'une nouvelle doctrine générale

Pour compléter cette indication des tendances propres à la nouvelle situation française, il suffit de noter que la marche générale des débats, et surtout des événements, en faisant mieux ressortir qu'auparavant le besoin fondamental d'une véritable doctrine universelle, propre à

contenir les divagations et à éviter ou corriger les perturbations, manifeste aussi la nécessité spéciale de l'autorité spirituelle, qui peut seule assurer l'efficacité pratique d'une telle philosophie. Au milieu de leurs innombrables divergences, toutes nos sectes métaphysiques s'accordent spontanément sur cette intime confusion des deux puissances élémentaires, qui, depuis le quatorzième siècle, constitua de plus en plus, surtout sous l'impulsion protestante, le principal dogme révolutionnaire, en haine du régime propre au iftoyen âge. Comme leurs pères grecs, les prétendus philosophes modernes, psychologues ou idéologues, ont toujours convoité la suprême concentration des divers pouvoirs humains ; ils ont même propagé cette aberration chez lés savants spéciaux. Le positivisme systématique fait seul apprécier aujourd'hui l'admirable instinct qui poussa tous les hommes éminents du moyen âge à introduire, entre la puissance morale et la puissance politique, une division fondamentale, chef-d'œuvre social de la sagesse humaine, et seulement trop prématurée alors pour comporter un succès irrévocable, soit d'après la nature théologique des principes dirigeants, soit par le caractère militaire de l'existence active. Cette séparation nécessaire, principale base du régime final, n'est maintenant comprise et respectée que dans la nouvelle école philosophique, sauf les sympathies spontanées que conservent encore, sans aucune formule, les populations préservées du protestantisme. Dès le début de la révolution, l'orgueil doctoral a directement tendu vers l'omnipotence sociale qu'il avait toujours rêvée comme le type idéal de la perfection politique. Quoique les progrès naturels de la raison publique interdisent déjà tout dangereux essor à cette utopie rétrograde, ils sont encore trop peu systématiques pour empêcher, à cet égard, des tentatives caractéristiques. Tous les novateurs métaphysiques aspirent donc

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plus que jamais à la suprématie pratiqae et théorique, maintenant que la situation ne borne plus leur ambition aux simples existences ministérielles. La profonde diirer gence de leurs opinions respectives, et leur commune discordance avec le milieu actuel, empêchent de craindre qu'ils parviennent jamais à entraver sérieusement li liberté de discussion, en nous imposant la vraie consécration légale d*une doctrine quelconque. Mais ils l'ont assez tenté déjà pour éclairer Tesprit publie sur le caiMtëre nécessairement oppressif de toute théorie sociale contraire au vrai principe fondamental de la politiqoe moderne, la séparation normale des deux pouvoirs essentiels. Cet essor perturbateur des ambitions métaphj^ siques tendra donc à faire spécialement apprécier ks démonstrations décisives de la nouvelle philosophie, qoi de plus en plus représentera cette division comme égakment indispensable à Tordre et au progrès. Si les penseurs positivistes continuent d'éviter toute séduction contraire à leurs convictions, leur paisible attitude spéculative, au milieu de cette vaine agitation politique, achèvera de réconcilier le public impartial avec cette grande notion, entièrement affranchie désormais des croyances qui durent présider à sa première ébauche historique. Ce contraste involontaire fera de plus en plus sentir que la vraie liberté, comme la convergence réelle, ne peuvent aujourd'hui émaner que des doctrines positives, seules capables de supporter une discussion complète, parce que seules elles reposent sur de véritables démonstrations. Mûrie par une situation décisive, la sagesse vulgaire imposera bientôt aux philosophes, avec une irrésistible énergie, Tobligation continue de concentrer tous leurs efforts vers le gouvernement direct des esprits et des cœurs, sans aucune tendance à la domination temporelle, dont la poursuite sera dès lors érigée chez eux en symptôme irrécusable de l'impuissance mentale et même

de l'insuffisance morale. L'abolition de la royauté assure d'ailleurs aux vrais penseurs une pleine liberté d'examen, et même d'exposition, tant qu'ils sauront assez respecter les conditions d'ordre. Car l'émancipation théologique se trouve ainsi complétée par l'extinction de ce dernier reste du régime des castes, qui jusqu'alors concentrait chez une famille exceptionnelle la décision régulière des hautes questions sociales. Quelles que puissent devenir les velléités oppressives des magistratures républicaines, cet attribut royal ne saurait passer sérieusement à des pouvoirs purement temporaires, qui, même individualisés, émanent toujours de suffrages incompétents. La philosophie positive démontrera sans difficulté que de tels mandataires sont presque aussi étrangers que leurs commettants aux conditions logiques et scientifiques qu'exige aujourd'hui toute élaboration systématique des doctrines morales et sociales. Ces autorités, dépourvues de sanction spirituelle, peuvent bien déterminer l'obéissance au nom de l'ordre ; mais elles ne sauraient obtenir un vrai respect qu'en se renfermant scrupuleusement dans leurs attributions temporelles, sans chercher aucune suprématie mentale. Avant même que le pouvoir central parvienne à ses vrais organes pratiques,, la situation républicaine aura fait assez ressortir cette conséquence nécessaire chez une population déjà purgée de tout fanatisme rétrograde ou anarchique. Une telle réaction s'y développera d'autant mieux que les sollicitudes croissantes relatives à l'ordre matériel détourneront davantage les autorités actives de toute prétention envers l'ordre spirituel, dont la reconstruction se trouve ainsi pleinement réservée aux libres penseurs. Il n'y a rien de fortuit, ni même de personnel, dans le pas immense que Tensemble de ma carrière a déjà réalisé envers la liberté d'exposition, d'abord écrite, puis orale, sous divers régimes oppressifs. Tout vrai philosophe obtiendra

désormais une é(iuivalente faculté, en oflFrant, comme moi. les justes garanties, iotellectaelles et morales, que le public et le magistrat doivent exiger des organes systématiques de l'Humanité. Quelques violences qae puisse jamais inspirer un besoin empirique de comprimer les niveleurs, j'ose assurer que les constmeteurs seront toujours respectés, et bientôt invoqués au secours d'un ordit public qui ne peut plus se passer longtemps d'une sanction rationnelle.

Par l'importante modification politique survenue en France, la seconde partie de la grande révolution ainsi commencée pour le public comme elle Tétait déjà pour les vrais philosophes, tend donc, d'une manière plus directe et plus rapide, à développer son véritable caractère général en appelant la nouvelle doctrine universelle à diriger la réorganisation finale des opinions et des mœurs, seule base solide de la régénération graduelle des institutions sociales. Mais, après avoir indiqué comment le positivisme reçoit aujourd'hui cette haute mission en vertu des changements spontanément accomplis au centre même de l'ébranlement initial, il faut compléter une telle appréciation en attribuant à la réorganisation spirituelle toule son extension caractéristique, qui, suivant la saine théorie historique, doit certainement comprendre l'ensemble de l'Occident européen.

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