TROISIÈME PARTIE
degré d'énergie avec beaucoup de prudence et une suffisante persévérance. Quand ces conditions sont remplies, la médiocrité intellectuelle et l'imperfection morale n'èmpéchent nullement d'utiliser ainsi les circonstances favorables, habituellement indispensables à de tels succès. On peut même assurer, sans aucune exagération, que la mesquinerie des pensées et des sentiments contribue souvent à susciter et à maintenir les dispositions convenables. Lorsqu'il faut un grand essor des trois qualités actives, il est plutôt déterminé par les impulsions personnelles d'avidité, d'ambition, ou de gloire, que par les instincts supérieurs. Ainsi, quelque respect que mé rite toute élévation légitime, la philosophie, encore plus clairvoyante que ne put l'être la religion, n'en saurait conclure, en faveur des grands ou des riches, une supériorité morale que n'indique nullement la vraie théorie de la nature humaine.
L'existence habituelle du prolétaire est beaucoup plus propre à développer spontanément nos meilleurs instincts. Même quant aux trois qualités actives, d'où dépendent surtout les succès temporels, la prudence est la seule qui s'y trouve ordinairement insuffisante, de manière à empêcher l'efficacité personnelle des deux autres, mais sans altérer leur application sociale. Toutefois, la supériorité morale du type prolétaire se rapporte surtout à l'essor direct des divers instincts supérieurs. Quand la systématisation finale des opinions et des mœurs aura fixé le vrai caractère propre à cette immense base de la société moderne, on sentira que les différentes afiections domestiques doivent naturellement s'y développer davantage que chez les classes intermédiaires, trop préoccupées de calculs personnels pour goûter dignement de tels liens. Mais la principale efficacité morale de la vie prolétaire concerne les sentiments sociaux proprement dits, qui tous y reçoivent spontanément une active cul-