L'esprit positif prend sa source dans la vie active
Par cela même que toutes les spéculations positives émanèrent d'abord de la vie active, elles manifestèrent toujours plus ou moins leur aptitude caractéristique à systématiser l'existence pratique, que la coordination primitive ne pouvait embrasser. Quoique leur défaut de généralité et de liaison entrave beaucoup encore le développement de cette propriété, il n'en a point empêché le sentiment universel. Des théoriesdirectement relativesaux lois des phéitomènes et destinées à fournir des prévisions réelles, sont aujourd'hui appréciées surtout comme seules capables de régulariser notre action spontanée sur le mondeextérieur. C'est pourquoi l'esprit positifapudevenir de plus en plus théorique et tendre à s'emparer peu à peu dé tout le domaine spéculatif, sans perdre jamais l'aptitude pratique inhérente à son origine, même quand il poursuivait des recherches vraiment oiseuses, excusables seulement à titre d'exercices logiques. Dès son premier essor mathématique et astronomique, il a montré sa tendance à systématiser l'ensemble de nos conceptions, suivant l'extension continue de son principe fondamental. Ce nouveau principe philosophique, après avoir longtemps modifié de plus en plus le principe théologicométaphysique, s'efforce évidemment, depuis Descartes et Bacon, de le remplacer irrévocablement. Ayant ainsi pris graduellement possession de toutes les études préliminaires, désormais affranchies du régime ancien, il lui restait à compléter sa généralisation en s'emparant aussi de l'étude finale des phénomènes sociaux. Interdite à
l*esprit inéiaphysique, cette étude n*avait jamais pu être saisie par l*esprit théologique que d*une manière indirecte et empirique, comme condition de gouvernement. Or ce compicment décisif a été, j'ose le dire, assez réalisé, dans mon élaboration fondamentale, pour rendre déjà incontestable Taptitude du principe positif à coordonner toute Texistence spéculative sans cesser de développer, et même d'afTermir, sa tendance initiale à régulariser aussi la vie active.
1^1 coordination positive de tout le domaine intellectuel se trouve ainsi d'autant mieux assurée que cette création de la science sociale, en complétant Tessor de nos contemplations réelles, leur imprime aussitôt le caractère systématique qui leur manquait encore, en offrant nécessairement le seul lien universel qu'elles com{M>rtent.
Cette conception est assez adoptée déjà pour qu'aucan véritable penseur méconnaisse désormais la tendance nécessaire de Tesprit positif vers une systématisation durable, comprenant à la fois l'existence spéculative et lexistence active. Mais une telle coordination serait encore loin de présenter Tentière universalité sans laquelle le positivisme resterait impropre à remplacer entièrement le théologisme dans le gouvernement spirituel de rhum:mitê. dr elle n*enibrasseniit point la partie ^Taiment prépondérante de toute existence humaine, la vie affective. Seule celle-ci fournit aux deux autres une impulsion et une direction continues, à défaut desquelles leur propre essor se consumerait bientôt en des contemplations vicieuses ou du moins oiseuses et en une agitation stérile ou même perturbatrice. La persistance de cette immense lacune rendrait d'ailleurs illusoire la double coordination théorique et pratique, en la privant de Tunique principe qui puisse lui procurer une consistance rwUe et durable. Une telle impuissance serait