‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 13 sur 103 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

positive de tout le domaine intellectuel se trouve ainsi d'autant mieux assurée que si, d'une part , cette création de la science sociale complète l'essor de nos contemplations réelles , d'une autre part elle leur imprime aussitôt le caractère systématique qui leur manquait encore , en offrant nécessairement le seul lien universel qu'elles comportent.

Cette conception est assez adoptée déjà pour qu'aucun véritable penseur méconnaisse désormais la tendance nécessaire de l'esprit positif vers une systématisation durable , comprenant à la fois l'existence spéculative et l'existence active. Mais une telle coordination serait encore loin de présenter l'entière universalité sans laquelle le positivisme resterait impropre à remplacer entièrement le principe théologique dans le gouvernement spirituel de l'humanité. Car, elle n'embrasserait point la partie vraiment prépondérante de toute existence humaine , la vie affective , qui seule fournit aux deux autres une impulsion et une direction continues , à défaut desquelles leur propre essor se consumerait bientôt en des contemplations vicieuses ou du moins oiseuses et en une agitation stérile ou même perturbatrice. Si cette immense lacune devait persister, elle rendrait d'ailleurs illusoire la double coordination théorique et pratique , en la privant de l'unique principe qui puisse lui procurer une consistance réelle et durable. Une telle impuissance serait encore plus grave que l'insuffisance nécessaire du régime théologique envers la vie active ; car, ni la raison, ni même l'activité, ne peuvent constituer la véritable unité humaine , qui , dans l'économie individuelle et surtout collective , ne reposera jamais que sur le sentiment , comme l'indiquera spécialement la quatrième partie de ce discours. C'est à sa source spontanément affective que la théologie a toujours dû son empire essen-tiel ; c'est à ce titre que ^ malgré son évidente caducité, elle conservera , du moins en principe , quelques légitimes préten-

i2 DISCOURS SUR L ENSEMBLE DU POSlTlVISiMS.

lions à la prépondérance sociale , tant que la nouvelle philosophie ne l'aura point dépouillée aussi de ce privilège fondamental. Telle est donc la condition finale dont rien ne peut dispenser la grande évolution moderne : la coordination positive, sans cesser d'être théorique et pratique, doit aussi devenir morale , et puiser même dans le sentiment son vrai principe d'universaUté. Alors seulement elle pourra enfin écarter toutes les prétentions théologiques, en réalisant mieux que le régime ancien la destination décisive de toute doctrine générale , puisqu'elle aura ainsi coordonné , pour la première fois depuis le début de l'essor humain , tous les aspects fondamentaux de notre triple existence. Si le positivisme ne pouvait , en effet, remplir cette inévitable condition, aucune systématisation ne serait désormais possible ; le principe positif se trouvant , d'un côté , assez développé pour neutrahser essentiellement le principe théologique , et , d'un autre côté , restant toujours incapable d'une équivalente suprématie. C'est pourquoi tant d'observateurs consciencieux sont aujourd'hui entraînés à désespérer de l'avenir social , en reconnaissant l'impuissance finale des anciens principes du gouvernement humain , sans apercevoir l'avènement graduel de nouvelles bases morales, faute d'une théorie assez réelle et assez complète pour leur avoir manifesté la vraie tendance définitive de la situation moderne. Le caractère actuel du principe positif semble justifier une telle opinion; car son inaptitude à s'emparer jamais du domaine affectif doit maintenant paraître aussi constatée que sa prochaine prépondérance dans l'ordre actif et même spéculatif.

Mais un examen plus approfondi rectifiera pleinement cette première appréciation , en montrant que la sécheresse justement reprochée jusqu'ici aux inspirations positives tient seulement à la spécialité empirique de leur essor préliminaire , sans être aucunement inhérente à leur véritable nature. Surgic

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