‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 22 sur 103 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

piriques propres à l'essor préliminaire des spécialités positives. Il faut donc que l'inspiration subjective la ramène sans cesse à sa vraie vocation , en empêchant ses contemplations de prendre un caractère absolu et une extension illimitée, qui reproduiraient, sous la forme scientifique, les principaux inconvénients du régime théologico-métaphysique L'univers doit être étudié, non pour lui-môme, mais pour l'homme, ou plutôt pour l'humanité. Tout autre dessein serait, au fond, aussi peu rationnel que peu moral: car c'est seulement en tant que subjectives, et jamais comme purement objectives, que nos spéculations réelles peuvent être vraiment satisfaisantes, quand elles se bornent à découvrir, dans l'économie extérieure, les lois qui, d'une manière plus ou moins directe , influent en effet sur nos destinées. Hors de ce domaine, déterminé par la sociabilité , nos connaissances resteront toujours autant imparfaites qu'oiseuses , même envers les plus simples phénomènes , témoin l'astronomie. Sans cette constante prépondérance du sentiment, l'esprit positif retournerait bientôt aux prédilections spontanées de sa longue enfance , pour les contemplations les plus éloignées de l'homme , qui sont aussi les plus faciles. Tant que son initiation est restée incomplète , cette tendance naturelle à poursuivre indistinctement toutes les recherches vraimentaccessibles, a pu se justifier par l'efficacité logique que comportaient la plupart de celles qui étaient dépourvues de toute utilité scientifique. Mais, depuis que la méthode positive est assez développée pour devoir être directement vouée à sa véritable destination , ces exercices oiseux prolongent vicieusement le régime préliminaire. Cette vague anarchie spéculative prend même un caractère de plus en plus rétrograde , en tendant à détruire les principaux résultats obtenus par l'esprit de détail, tant qu'il demeura vraiment progressif.

La construction de la base objective indispensable à la grande

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synthèse humaine suscite donc une difficulté très-grave, pour y concilier la liberté habituelle, sans laquelle l'intelligence n'y pourrait procéder convenablement, avec la discipline continue qu'exige sa tendance spontanée aux divagations indéfinies. Cette conciliation était essentiellement impossible, tant que l'étude de l'ordre naturel ne s'étendait point jusqu'aux lois sociologiques. Mais, aussitôt que l'esprit positif embrasse réellement cette attribution finale , la suprématie nécessaire de telles spéculations le soumet sans effort au joug légitime du sentiment. Dans sa marche générale du dehors au dedans, l'appréciation objective vient alors se rattacher spontanément à l'impulsion subjective, dont elle avait si longtemps entravé l'empire fondamental. Aucun véritable penseur ne peut plus refuser d'admettre les démonstrations décisives qui, môme sous le simple aspect spéculatif, établissent désormais la prépondérance logique et scientifique du point de vue social, comme seul lien possible de toutes nos contemplations réelles. Son ascendant nécessaire ne saurait jamais devenir oppressif envers les autres études positives, qui constitueront toujours, soit pour la méthode, soit pour la doctrine , le préambule indispensable de cette science finale. Ce régime définitif imprime, au contraire , à chaque science préparatoire , à la fois une consécration précieuse et une féconde stimulation, en la liant directement à l'ensemble de l'humanité.

Tel est le mède naturel suivant lequel, comme je l'annonçais au début de ce discours, l'esprit positif vient aujourd'hui, par la fondation de la sociologie , se replacer à jamais sous la juste domination du cœur, de manière à permettre enfin la systématisation totale, d'après la subordination continue de la base objective envers le principe subjectif. En dissipant sans retour l'antagonisme exceptionnel qui, depuis la fin du moyen âge, dut se développer entre la raison et le sentiment, cette opéra-

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