PREMIÈRE PARTIE
lion philosophique appelle immédiatement l'humanité au seul régime, individuel et collectif, qui convienne pleinement à sa nature. Tant que ces deux nobles influences sont restées contraires, la sociabilité ne pouvait parvenir à modifier profondément l'empire pratique de la personnalité. Mais, malgré leur faible énergie spontanée dans notre imparfaite organisation , leur concours intime et continu, susceptible d'un essor immense, pourra désormais, sans altérer le caraclère essentiellement égoïste de la vie active, lui imprimer un degré habituel de moralité dont le passé ne saurait fournir aucune idée, vu l'insuffisante harmonie que comportaient jusqu'ici ces deux modérateurs nécessaires de tous nos instincts prépondérants.
Ja n'aurais point assez défini la synthèse théorique sur laquelle doit reposer toute la systématisation humaine, si maintenant je n'indiquais la restriction générale de cette cocistruction objective à ce qu'elle olîre de vraiment indispensable pour permettre l'élaboration directe du régime final. Sans une telle appréciation , l'inteUigence , entraînée par ses habitudes actuelles d'orgueilleuse divagation, tendrait à exagérer son office nécessaire, de manière à éluder le joug continu de la sociabilité, en ajournant la régénération morale et pohtique au delà de ce qu'exige ce préambule philosophique. Cette dernière détermination manifestera une nouvelle propriété de ma théorie d'évolution , ainsi représentée comme plaçant déjà la coordination spéculative au point de pouvoir aujourd'hui commencer la systématisation affective et même active, au moins quant à sa partie la plus éminente et la plus décisive, la morale proprement dite.
Pour restreindre convenablement la construction de notre base objective, nous devons d'abord distinguer, dans l'ordre extérieur, deux classes générales de lois naturelles, les unes simples ou abj^traites , les autres composées ou concrètes. Mon
ouvrage fondamental a tellement établi et appliqué cette indispensable distinction, désormais incontestable, qu'il me suffit ici d'en caractériser la source et l'usage.
Elle résulte , en principe, de ce que nos études positives peuvent toujours concerner ou les êtres existants, ou seulement leurs divers phénomènes. Quoique les corps réels ne nous deviennent appréciables que par l'ensemble des phénomènes qu'ils nous offrent, nous pouvons contempler abstraitement chaque sorte de phénomènes sous un aspect commun à tous les êtres qui nous le présentent , ou faire l'examen concret du groupe particulier de phénomènes qui caractérise chacun d'eux. Dans te dernier cas, nous étudions les différents systèmes d'existence ; dans l'autre, nous déterminons les divers modes d'activité. L'exemple, indiqué ci-dessus, des études météorologiques, constitue le meilleur type de cette distinction générale; car les événements qu'on y considère ne sont jamais que d'évidentes combinaisons de phénomènes astronomiques, physiques, chimiques, biologiques, et même sociaux, dont les lois propres comportent et exigent autant de théories différentes. Si toutes ces lois abstraites nous étaient assez connues, la question concrète ne nous offrirait d'autre difficulté capitale que celle de les combiner assez pour en déduire l'ordre nécessaire de ces effets composés; quoiqu'une telle construction me semble d'ailleurs tant excéder nos faibles facultés déductives que nous ne pourrions encore abandonner, à cet égard, la marche purement inductive.
D'après une telle distinction , notre étude fondamentale de l'économie naturelle doit certainement concerner d'abord son appréciation abstraite , décomposée en autant de cas généraux qu'il existe de phénomènes vraiment élémentaires , c'est-à-dire irréductibles à d'autres, et dès lors exigeant, malgré leur conncxité nécessaire , autant d'inductions diverses , sans que