PREMIÈRE PARTIE. 4i
sociabilité ne saurait être comprise sans une suffisante appréciation préalable du milieu où elle se développe et de l'agent qui la manifeste. Avant d'aborder la science finale , il faut donc avoir assez ébauché la théorie abstraite du monde extérieur et celle de l'homme individuel pour déterminer l'influence continue des lois correspondantes sur celles qui sont propres aux phénomènes sociaux Cette préparation n'est pas moins indispensable sous le rapport logique que sous le simple aspect scientifique . afin d'adapter notre chétive intelligence aux spéculations les plus difficiles par une suffisante habitude des plus faciles. Enfin, dans cette initiation doublement nécessaire, l'ordre inorganique doit nous occuper avant l'ordre organique, soit en vertu de l'influence prépondérante des lois relatives à Texistence la plus universelle sur les phénomènes propres à la plus spéciale , soit d'après l'évidente obligation d'étudier d'abord la méthode posilive dans ses applications les plus simples et les plus caractéristiques. Il serait ici superflu de rappeler davantage des principes que mon ouvrage fondamental a tant établis.
La philosophie sociale doit donc , à tous égards , être préparée par la philosophie naturelle proprement dite , d'abord inorganique, puis organique. Cette indispensable préparation d'une construction réservée à notre siècle remonte ainsi jusqu'à la création de l'astronomie dans l'antiquité. Les modernes l'ont complétée en ébauchant la biologie , dont les notions statiques fuient seules accessibles aux anciens. Mais, malgré la subordination nécessaire de ces deux sciences, leur diversité trop prononcée et leur enchsînement trop indirect empêcheraient de concevoir l'ensemble du préambule fondamental, si, par une condensation exagérée, on tentait de le réduire à ces termes extrêmes. Entre eux , la chimie est venue, au moyen âge , constituer un lien indispensable, qui déjà permettait d'entrevoir
la véritable unité spéculative, par la succession naturelle de ces trois sciences préliminaires, conduisant graduellement à la science finale. Toutefois, cet intermédiaire ne pouvait suffire, quoique assez rapproché du terme biologique, parce qu'il est trop éloigné du terme astronomique , dont l'ascendant direct y exigeait l'emploi de conceptions factices et même chimériques, susceptibles seulement d'une efficacité passagère. La vraie hiérarchie des spéculations élémentaires n'a donc pu commencer à se manifester que dans l'a vant-dernicr siècle, quand la physique proprement dite a fait surgir une classe de contemplations inorganiques, qui touche à l'astronomie par sa branche la plus générale , et à la chimie par la plus spéciale. Pour concevoir cette hiérarchie d'une manière conforme à sa destination, il suffit dès lors de la rattacher à son origine nécessaire, en remontant jusqu'à des spéculations tellement simples et universelles que leur positivité puisse être directe et spontanée. Tel est l'éminent caractère des conceptions purement mathématiques, sans lesquelles l'astronomie ne pouvait naître. Elles seules constitueront toujours , dans l'éducation individuelle, comme elles l'ont fait dans notre évolution collective, le véritable point de départ de l'initiation positive, en tant que relatives à des spéculations qui , sous la plus complète domination de l'esprit théologique, suscitent nécessairement un certain essor systématique de l'esprit positif, ensuite étendu de proche en proche jusqu'aux sujets qui lui étaient d'abord le plus interdits.
D'après ces sommaires indications, la série naturelle des spéculations fondamentales se constitue d'elle-même , quand on range selon leur généralité décroissante et leur complication croissante les six termes essentiels dont l'introduction y est ainsi motivée; et cette disposition fait aussitôt ressortir leurs vrais rapports mutuels. Or cette opération coïncide évidemment avec le classement propre à la théorie d'évolution ci-des-