TROISIÈME PARTIE. ^k
haute participation habituelle à la vie publique , destinée a compenser les inconvénients inévitables de leur situation privée» Loin de troubler l'ordre fondannental, une telle coopération populaire en constituera la plus ferme garantie , par cela même qu'elle ne sera point politique, mais morale Telle est donc la transformation finale que le positivisme opère dans la manière dont l'esprit révolutionnaire a conçu jusqu'ici l'intervention sociale des prolétaires. A l'orageuse discussion des droits , nous substituons la paisible détermination des devoirs. Les vains débats sur la possession du pouvoir sont remplacés par l'examen des règles relatives à son sage exercice.
Une superficielle appréciation de la situation actuelle représente d'abord nos prolétaires comme très-éloignés encore d'une semblable disposition. Mais, d'après une étude mieux approfondie , on peut assurer que l'expérience même qu'ils accomplissent aujourd'huisurl'extension des droits politiques, achèvera bientôt de leur manifester l'inanité d'un remède aussi peu conforme à leurs vœux naturels. Sans faire une abdication formelle , qui semblerait contraire à leur dignité sociale, leur sagesse instinctive ne tardera pas à déterminer une désuétude encore plus décisive. Le positivisme les convaincra aisément que , si le pouvoir spirituel doit se ramifier partout pour atteindre pleinement son but social, le bon ordre exige, au contraire, la concentration habituelle du pouvoir temporel. Cette conviction résultera surtout d'une saine appréciation de la nature essentiellement morale des difficultés fondamentales qui préoccupent si juste^ inent nos prolétaires.
Us ont déjà fait, à cet égard , un pas spontané, dont l'importance est encore trop peu sentie. Une célèbre utopie , qui s'y propage rapidement, leur sert, faute d'une meilleure doctrine, à formuler aujourd'hui leur manière propre de concevoir la principale question sociale. Quoique l'expérience résultée de U
première partie de la révolution ne les ait point désabusés entièrement des illusions politiques , elle les a conduits à sentir que la propriété leur importait davantage que le pouvoir proprement dit. En étendant jusque-là le grand problème social, le communisme rend aujourd'hui un service fondamental, qui n'est pas neutralisé par les dangers temporaires inhérents à ses formes métaphysiques. Aussi cette utopie doit-elle être soigneusement distinguée des nombreuses aberrations que fait éclore notre anarchie spirituelle, en appelant aux plus difficiles spéculations des esprits incapables ou mal préparés. Ces vaines théories sont si peu caractérisées , qu'on est conduit à les désigner par les noms de leurs auteurs. Le communisme, qui r>e porte le nom de personne, n'est point un produit accessoire d*une situation exceptionnelle. 11 y faut voir le progrès spontané, plutôt affectif que rationnel, du véritable esprit révolutionnaire, tendant aujourd'hui à se préoccuper surtout des questions morales, en rejetant au second rang les questions politiques proprement dites. Sans doute , la solution actuelle des communistes reste encore essentiellement politique, comme chez leurs prédécesseurs, puisque c'est aussi par le mode de possession qu'ils prétendent régler l'exercice. Mais la question qu'ils ont enfin posée exige tellement une solution morale , sa solution politique serait à la fois si insuffisante et si subversive , qu^elle ne peut rester â l'ordre du jour sans faire bientôt prévaloir l'issue décisive que le positivisme vient ouvrira ce besoin fondamental, en présidant à la régénération finale des opinions et des mœurs.
Pour rendre justice au communisme, on doit surtout y apprécier les nobles sentiments qui le caractérisent, et non les vaines théories qui leur servent d'organes provisoires , dans un milieu où ils ne peuvent encore se formuler autrement. En s'attachant à une telle utopie, nos prolétaires, très-peu métaphysiques, sont loin d'accorder à ces doctrines autant d'importance