‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 45 sur 103 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

puissants que le pouvoir philosophique imposera de vrais devoirs habituels en faveur de leurs subordonnés. Si la prépondérance temporelle était trop peu concentrée , il n'existerait point assez de forces pour accomplir les grandes prescriptions morales , à moins d'exiger d'exorbitants sacrifices , bientôt incompatibles avec tout mouvement industriel. Tel est le vice nécessaire de toute réformation qui se borne au mode d'acquisition du pouvoir, public ou privé, au lieu d'en régler Texercice, en quelques mains qu'il réside. On tend ainsi à annuler des forces dont le bon usage constitue notre principale ressource contre les hautes difficultés sociales.

Le respectable sentiment qui inspire le communisme moderne est donc très-contraire jusqu'à présent à la nature du mal et à celle du remède, faute d'une véritable assistance scientifique. On peut même faire à nos communistes un reproche plus grave, sur l'insuffisance directe de leur instinct social ; car cette sociabilité , dont ils sont si fiers , se borne à sentir seulement la solidarité actuelle, sans aller jusqu'à la continuité historique, qui constitue pourtant le principal caractère de l'humanité. Quand ils auront complété leur essor moral , en suivant dans le temps la connexité qu'ils voient uniquement dans l'espace^ ils apercevront aussitôt la nécessité des conditions universelles qu'ils méconnaissent aujourd'hui. Ils apprécieront alors l'importance de l'hérédité, comme mode naturel suivant lequel chaque génération transmet à la suivante les travaux déjà accomplis et les moyens de les perfectionner. L'extension de ce mode à l'ordre individuel n'est qu'une suite de son évidente nécessité envers l'ordre collectif. Mais les reproches que méritent, à cet égard, les sentiments de nos communistes , conviennent également à toutes les autres sectes rénovatrices, dont l'esprit anti-historique suppose toujours une société sans ancêtres, même en s'occupant surtout des descendants.

Tous ces vices incontestables ne sauraient empêcher la saine philosophie de juger avec indulgence le vrai communisme actuel, en le rapportant soit à sa source réelle, soit à sa destina lion effective. Il serait fort injuste de discuter en elle-même une doctrine qui n'a de sens et de valeur qu'envers le milieu où elle surgit. Elle y remplit, à sa manière, un office indispensable, en posant directement le principal problème social , que le positivisme naissant a seul mieux formulé. Vainement penserait-on, à cet égard, que le simple énoncé suffirait, sans la dangereuse solution qui l'accompagne aujourd'hui. Ce serait méconnaître les exigences réelles de notre faible intelligence, qui, même envers les moindres sujets, ne peut longtemps s'attacher à des questions dépourvues de toute réponse. Si, par exemple, Gall ou Broussais s'étaient bornés à poser les grands problèmes qu'ils ont osé résoudre, leurs principes eussent été incontestables, mais stériles, faute d'une impulsion rénovatrice, qui ne pouvait émaner que d'une solution systématique , quelque hasardée qu'elle dût être d'abord. Comment une telle nécessité mentale pourrait-elle être éludée envers les sujets les plus difficiles et aussi les plus passionnés? Au reste, quand les aberrations communistes seront sagement comparées aux autres doctrines sociales qui ont obtenu, de nos jours, un véritable ascendant, même officiel, on se sentira mieux disposé à les excuser. Sont-elles, par exemple, plus vaines, et, au fond, plus dangereuses, que l'empirique utopie qui, pendant toute une génération, a prévalu en France, et domine encore chez tant de docteurs, sur la terminaison de la grande révolution par l'installation du régime parlementaire propre à la transition anglaise ?

Outre son antagonisme passager avec d'autres doctrines vicieuses, le communisme n'a donc d'autre valeur fondamentale que le sentiment qui l'inspire , sans qu'on puisse jamais ad-

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