‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 58 sur 103 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sont inhabiles à la vie réelle, et surtout indignes du moindre commandement, même scientifique.

Cette inaptitude sociale de nos diverses classes spéciales oblige à satisfaire autrement une telle exigence révolutionnaire, en s'adressant là où l'esprit d'ensemble se trouve moins comprimé et le sentiment du devoir mieux cultivé. La saine théorie historique me conduit à déclarer, sans hésitation, que nos prolétaires peuvent seuls fournir habituellement de dignes possesseurs du suprême pouvoir temporel, jusqu'à la terminaison de l'interrègne spirituel , c'est à-dire pendant une génération au moins.

En écartant tout preslige pédantocralique ou aristocralique, un examen rationnel montre aisément, d'après les indications initiales de cette troisième partie, que , chez le peuple, la généralité des pensées et la générosité des sentiments sont plus faciles et plus directes que partout ailleurs. Un défaut ordinaire de notions et d'habitudes administratives rendrait nos prolétaires peu propres aux divers offices spéciaux du gouvernement pratique. Mais il n'en résulte aucune exclusion quant à l'autorité suprême, ni envers toutes les hautes fonctions temporelles qui exigent une vraie généralité sans supposer aucune spécialité. cQuand ces postes éminents seront occupés par de dignes prolétaires, leur sage et modeste instinct saura bien trouver des organes convenables, au sein des classes qui les ont fournis jusqu'ici. Leur salutaire prépondérance assurant désormais le caractère pratique et l'esprit progressif du gouvernement , ils pourront utiliser sans danger toutes les aptitudes spéciales, même celles qui, placées trop haut, répugneraient le plus au service républicain. Tous les éléments temporels propres aux diverses phases modernes fourniront ainsi d'heureux auxiliaires de notre transition finale, surtout parmi les militaires et les juges, aisément susceptibles d'une sincère transformation républicaine, sous

celle puissante impulsion prolétaire. Pendant qu'une telle suprématie rassurera et calmera la masse populaire, sans exiger aucune grave compression habituelle, elle réagira sur les chefs industriels de manière à les rendre de plus en plus dignes de leur finale élévation temporelle, à mesure que leurs sentiments s'épureront et que leurs vues s'élargiront.

Ainsi, les conditions delà liberté et celles de l'ordre public vont concourir à transférer révolutionnairement le pouvoir central à quelques éminenls prolétaires, tant que durera l'interrègne spirituel. Leur avènement nécessaire ne répandra point chez leurs frères une ambition perturbatrice, comme celle qu'y excite aujourd'hui l'ardeur des richesses; car tous sentiront aisément la nature exceptionnelle et les conditions indispensables de cette rare grandeur.

La destination d'une telle anomalie politique détermine aussi son mode d'accomplissement. Il faut, en effet, l'affranchir de cette routine intéressée qui, pendant la dernière génération, fit du pouvoir local une sorte d'apprentissage obligatoire pour le pouvoir central , quoique celui-ci fût toujours le vrai but des ambitions parlementaires. Une irrécusable expérience a trop confirmé , sous ce rapport , les saines indications théoriques, qui représentent un tel mode comme ne pouvant laisser surgir que de vains discoureurs , dépourvus de toute véritable aptitude politique, suivant le type girondin. Outre que nos prolétaires seraient peu propres à triompher ainsi, on doit assurer que, s'ils avaient le malheur d'y parvenir, ils y perdraient la rectitude et la spontanéité qui constituent aujourd'hui leurs vrais titres à ce commandement exceptionnel.

C'est donc d'emblée, et sans aucun circuit parlementaire, que nos chefs prolétaires devront monter au poste temporaire que leur assigne le positivisme. Notre marche direce vers la régénération finale pourra dès lors prendre nettement son vrai

caractère, autant paisible qu'énergique, par le concours, spontané et systématique, de philosophes purs de toute ambition temporelle avec des dictateurs étrangers à toute tyrannie spirituelle. La raison publique flétrira désormais, comme étant à la fois perturbateur et arriéré, tout docteur qui prétendra commander et tout gouverneur qui voudrait enseigner. En un mot, notre gouvernement révolutionnaire aura subi i'inlime transformation qu'eût exigée celui de la Convention , si cette admirable création politique avait pu , suivant l'intention officielle, durer jusqu'à la paix générale.

Tel est le pacte définitif entre les vrais philosophes et les vrais prolétaires , pour diriger la terminaison organique de la grande révolution, par un sage prolongement du régime propre à la Convention, en s'efforçant d'oublier toutes les traditions empiriques de ses divers successeurs, rétrogrades ou stationnaires. L'esprit d'ensemble et le sentiment social dominent également les deux éléments de cette combinaison fondamentale , garantie nécessaire de la présente transition , et gage certain de l'avenir normal. Si l'un d'eux en constitue le représentant spontané, l'autre en doit devenir l'organe systématique. Les lacunes théoriques de nos prolétaires seront aisément réparées par les philosophes, qui, sous l'irrésistible invocation de la sociabilité , leur imposeront l'étude de la saine théorie historique, sans laquelle la solidarité humaine ne serait sentie que dépourvue de sa perpétuité caractéristique. Quoique l'insuffisance morale des philosophes actuels offre plus d'obstacles aux prolétaires, la réaction populaire s'y trouvera assistée de hautes convictions sur l'universelle prépondérance du cœur, propres à surmonter le vain orgueil qui troublerait le concert rénovateur.

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