‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 59 sur 103 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

IIVFLUEIVCE FEMIIVINE DU POSITIVISME*

Quelque ascendant que l'active adhésion des prolétaires doive procurer à l'influence sociale des philosophes , l'impulsion régénératrice exige encore un troisième élément , indiqué par la vraie théorie de la nature humaine, et confirmé par la saine appréciation historique de la grande crise moderne.

Notre constitution morale ne se compose pas seulement de la raison et de l'activité , que représentent respectivement les deux éléments philosophique et populaire. Elle est aussi caractérisée par le sentiment , où réside même son principe prépondérant, suivant la théorie exposée au début de ce discours. Or, ce moteur suprême , seule base réelle de l'unité humaine, ne se trouve point représenté d'une manière assez directe ni assez complète dans l'alliance fondamentale que nous venons de caractériser entre les philosophes et les prolétaires.

Sans doute, le sentiment social dominera l'essor décisif de chacune de ces deux puissances. Mais sa source n'y est point assez pure ni assez intime pour que son efficacité pût y suffire à sa destination , sans une inspiration plus spontanée et mieux soutenue.

La sociabilité des nouveaux philosophes aura beaucoup de consistance , en tant que liée à des convictions systématiques :

QUATRIÈME PAUTIE. 199

mais sa propre rationnante amortirait trop son énergie, si une impulsion moins réfléchie ne venait habituellement la ranimer. Quoique leur noble office public doive bientôt imprimer à leurs sentiments une activité inconnue aux penseurs abstraits , cette excitation collective ne peut dispenser d'émotions privées. Môme ce que leurs mœurs gagneront au commerce des prolétaires, ne saurait suffire pour compenser les lacunes ordinaires de l'organisation spéculative.

D'un autre côté , si les affections propres au peuple sont plus spontanées et plus énergiques que celles des philosophes , elles ont , en général , moins de persévérance et de pureté. Leur destination active ne leur permet pas d'être assez désintéressées ni assez fixes. Tous les avantages moraux inhérents à la systématisation de l'élément populaire seraient incapables d'y compenser les stimulations égoïstes d'une situation exigeante , sans l'assistance naturelle d'émotions plus douces et plus constantes. En dispensant les prolétaires de formuler leurs griefs ou leurs vœux , les philosophes n'en peuvent transformer l'inévitable personnalité.

Ainsi , l'alliance nécessaire qui dirigera notre réorganisation manque encore d'une suffisante représentation du suprême régulateur humain. Il n'y peut dignement entrer que d'après un élément qui lui soit directement propre , comme l'élément philosophique Testa la raison et l'élément populaire à l'activité. Tel sera le motif fondamental de l'indispensable adjonction des femmes à la coalition rénovatrice , aussitôt que ses tendances et ses besoins deviendront assez appréciables. Ce troisième élément permettra seul à l'impulsion organique de prendre son vrai caractère définitif, en y assurant spontanément la subordination continue de la raison et de l'activité à l'amour universel , de manière à prévenir autant que po.^sible les divagations de l'une et les perturbations de l'autre.

Si son incorporation offre au positivisnne un moyen indispensable, elle lui présente aussi un devoir inévitable, pour conmpléter l'ensemble du mouvement moderne , auquel les femmes sont jusqu'ici restées trop étrangères.

La révolution n'a pu encore leur inspirer que des sympathies individuelles , sans aucune adhésion collective , d'après le caractère essentiellement négatif propre à sa première partie. C'est surtout au moyen âge qu'elles continuent à rapporter leurs prédilections sociales. Or, cette préférence n'est pas seulement due, comme on le croit , à leurs justes regrets sur la décadence des mœurs chevaleresques. Sans doute , le moyen âge leur offre l'unique époque où le culte de la femme ait été dignement organisé. Mais un motif plus intime et moins intéressé détermine surtout leur attrait spontané pour ces beaux souvenirs. L'élément le plus moral de l'humanité doit préférer à tout autre le seul régime qui érigea directement en principe la prépondérance de la morale sur la politique. Telle est, j'ose l'assurer, la source secrète des principaux regrets qu'inspire encore aux femmes l'irrévocable décomposition du système social propre au moyen âge.

Sans qu'elles dédaignent les divers progrès spéciaux que l'humanité doit au mouvement moderne , ils ne sauraient compenser, à leurs yeux , la rétrogradation générale que leur semble indiquer une vicieuse tendance à rétablir l'antique suprématie de la politique sur la morale. La nécessité passagère d'une telle aberration , correspondante à la dictature temporelle qu'exigea l'imperfection de la spiritualité catholique , doit être peu appréciée , faute d'une vraie théorie historique , par des esprits presque étrangers à la vie active. C'est donc à tort que les femmes ont été souvent taxées de tendance rétrograde , en vertu de ces nobles regrets. Elles seraient mieux fondées à nous adresser un tel reproche , pour notre aveugle

Page 1