QUATRIÈME PARTIE
admiration du régime grec ou romain , tant placé encore audessus de l'organisation cattiolico-féodale. Mais une telle erreur doit surtout sa persistance à une absurde éducation , dont les femmes sont heureusement préservées.
Quoi qu'il en soit, ces dispositions féminines représentent naïvement la principale condition de notre vraie régénération , le besoin de rétablir la subordination systématique de la politique à la morale , sur une base plus directe, plus étendue, et plus durable que celle du moyen âge. Le culte de la femme constitue dès lors un résultat caractéristique d'un tel régime. Voilà donc à quel prix le mouvement rénovateur obtiendra l'intime adhésion des femmes. Un tel programme ne doit sembler rétrograde qu'aux philosophes incapables d'y satisfaire.
Les femmes ne repoussent donc pas la révolution , mais seulement le sentiment anti-historique qui domina sa première partie , où l'aveugle réprobation du moyen âge choquait leurs principales sympathies. Pouvaient-elles accueillir un régime métaphysique qui semblait placer surtout le bonheur humain dans l'exercice habituel des droits politiques, pour lesquels aucune utopie ne leur inspirera jamais un véritable attrait ? Mais elles sympathisent profondément avec les justes réclamations populaires qui caractérisent le but essentiel de la grande crise. Leurs vœux spontanés seconderont toujours les efforts directs des philosophes et des prolétaires pour transformer enfin les débats politiques en transactions sociales , en faisant dignement prévaloir les devoirs sur les droits. Si elles regrettent leur douce influence antérieure , c'est surtout comme s'effaçant aujourd'hui sous un grossier égoïsme , qui n'est plus modifié par l'enthousiasme révolutionnaire. Toutes les répugnances qu'on leur reproche concourent donc à faire mieux ressortir la nécessité fondamentale de dissiper enfin l'intime anarchie
morale et mentale d'où émanent tous les sujets essentiels de leurs justes récriminations.
Afin que les femmes s'associent pleinement à la révolution , il suffit aujourd'hui qu'elle tende directement vers sa destination organique, sans prolonger vicieusement son préambule négatif, dont elles ne pouvaient assez comprendre la nécessité pour en excuser les aberrations. Il faut que cette crise finale, loin de repousser toute solidarité avec le moyen âge , se présente, suivant son vrai caractère historique, comme venant réaliser, sur de meilleures bases, l'universelle prépondérance qui fut alors conférée à la morale. En un mot, le positivisme doit leur faire aimer la seconde partie de la révolution , en fondant nos mœurs républicaines sur le sentiment chevaleresque.
C'est uniquement ainsi que se complétera l'impulsion régénératrice, qui resterait insuffisante sans l'intime concours de l'élément humain qui représente le mieux le principe fondamental du régime définitif, la prépondérance de la sociabilité sur la personnalité. Les philosophes peuvent seuls donner à ce principe une consistance vraiment systématique, qui le préservera de toute sophistique altération. Son énergique activité ne saurait émaner que des prolétaires, sans lesquels son application serait presque toujours éludée. Mais les femmes doivent seules lui procurer une entière pureté, exempte à la fois de réflexion et d'oppression. Ainsi instituée, l'alliance rénovatrice offrira l'image anticipée de l'état normal de l'humanité, et le type vivant de notre propre nature.
Si la nouvelle philosophie ne pouvait obtenir un tel appui , elle devrait renoncer à remplacer totalement la théologie dans son ancien office social. Mais la théorie fondamentale exposée au début de ce discours garantit déjà l'aptitude féminine du positivisme, encore plus directement que son efficacité populaire.