‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 63 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

lion historique, le positivisme rectifiera pourtant cet usage, émané d'un temps étranger à toute théorie sociale , et où l'esprit était supposé le centre de l'unité humaine.

Les femmes constituent donc, dans le régime positif, la source domestique du pouvoir modérateur, dont les philosophes deviennent l'organe systématique , et les prolétaires la garantie politique. Quoique l'institution de cette combinaison fondamentale appartienne à l'élément rationnel , il ne doit jamais oublier que sa propre participation est moins directe que celle de l'élément affectif et moins efficace que celle de l'élément actif. Son ascendant social n'est possible qu'à la condition de s'appuyer toujours sur le sentiment féminin et l'énergie populaire.

Ainsi , l'obligation d'associer aujourd'hui les femmes au grand mouvement de régénération , loin de susciter aucune entrave à la philosophie qui doit y présider, lui fournit , au contraire , un puissant moyen , en manifestant la vraie constitution de la force morale destinée à régler l'exercice de toutes les autres puissances humaines. L'avenir normal se trouve alors inauguré déjà autant que le permet la transition actuelle , puisque l'impulsion rénovatrice résulte du même concours fondamental qui ensuite , plus développé et mieux ordonné , caractérisera surtout le régime final. Cet état définitif de l'humanité s'annonce ainsi comme pleinement conforme à notre propre nature , où le sentiment , la raison , et l'activité correspondent exactement , soit isolés , soit combinés , aux trois éléments nécessaires^ féminin, philosophique et populaire, de l'alliance régénératrice.

Tous les âges sociaux permettent de vérifier, plus ou moins distinctement , une telle théorie , dont les trois faces résultent toujours de la même nécessité fondamentale , relative à la loi biologique qui subordonne la vie de relation à la vie de nutri-

tion. Mais c'est surtout ici que convient le principe général {le progrès est le développement de V ordre) indiqué , dans la seconde partie de ce discours , pour lier, en sociologie, chaque spécu lation dynamique à la conception statique correspondante. Car» révolution humaine accroît toujours l'influence modératrice de la force morale , soit par l'essor spécial de ses trois éléments , soit en consolidant leur concours. La belle observation historique de Robertson sur l'amélioration graduelle du sort des femmes n'est qu'un cas particulier de cette loi sociologique. Tous ces progrès ont pour principe commun la loi biologique qui diminue la prépondérance de la vie végétative sur la vie animale à mesure que l'organisme s'élève et se développe.

Dans les divers modes du régime polythéique de l'antiquité, le pouvoir modérateur resta toujours réduit à l'influence domestique de l'élément féminin , sans aucune assistance publique de la force intellectuelle, qui était encore réunie constamment à la prépondérance matérielle, d'abord comme source, puis comme instrument. Au moyen âge, le catholicisme occidental ébaucha la systématisation de la puissance morale , en superposant à l'ordre pratique une libre autorité spirituelle, habituellement secondée par les femmes. J'ai indiqué , dans la troisième partie de ce discours , comment l'évolution moderne a seule permis de compléter l'organisation du pouvoir modérateur, en faisant enfin surgir son élément le plus énergique d'après l'intervention sociale propre à nos prolétaires. La force morale, d'abord réduite à sa source affective , et devenue ensuite rationnelle , peut ainsi se rendre active , sans perdre son caractère fondamental , puisqu'elle reste uniquement composée d'influences extérieures à l'ordre politique proprement dit. Toutes persuadent , conseillent, et Jugent : mais aucune ne commande jamais, sauf les cas exceptionnels. Dès lors, la

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