‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 64 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

mission sociale du positivisme consiste surtout à systématiser la combinaison spontanée de ces trois éléments nécessaires , en développant la destination propre à chacun d'eux.

Malgré les préventions actuelles , la nouvelle philosophie est de nature à remplir toutes les conditions de cet office fondamental. Une telle aptitude est assez constatée dans les précédentes parties de ce discours , envers l'élément philosophique et l'élément populaire , soit séparés, soit combinés. Il ne me reste ici qu'à la caractériser directement pour l'élément féminin.

Cette explication résulte spontanément du principe affectif posé, au début de ce discours , comme base universelle du positivisme. En fondant l'ensemble de la saine philosophie sur la prépondérance systématique du cœur, on appelle aussitôt les femmes à former une partie essentielle du nouveau pouvoir spirituel. La spiritualité catholique ne pouvait voir en elles que de précieux auxihaires ; parce que sa source directe était indépendante de leur concours. Mais la spiritualité positive les apprécie comme élément indispensable , puisqu'elles y constituent la représentation la plus naturelle et la plus pure de son principe fondamental. Outre leur influence domestique , elles y sont surtout destinées à ramener les deux autres éléments à cette commune unité , qui d'abord émana d'elles , et dont chacun d'eux est souvent disposé à s'écarter.

Quelle que doive être , sur de vrais philosophes , la puissance des démonstrations qui établissent la prépondérance logique et scientifique du point de vue social , laquelle conduit ensuite à faire systématiquement prévaloir le cœur sur l'esprit, un tel enchaînement ne saurait les dispenser d'une stimulation directe de l'amour universel. Eux-mêmes connaissent tellement le peu d'efficacité pratique des influences purement intellectuelles que , dans l'intérêt de leur propre mission , ils

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n'éluderont jamais cette douce nécessité. J'ose dire l'avoir dignement sentie , quand j'écrivais , le 11 mars 184^6 , à celle qui , malgré la mort , sera toujours mon immuable compagne : (( Pour devenir un parfait philosophe , il me man- » quait surtout une passion , à la fois profonde et pure, qui me » fît assez apprécier le côté affectif de l'humanité. » De telles émotions exercent une admirable réaction philosophique , en plaçant aussitôt l'esprit au vrai point de vue universel , où la voie scientifique ne peut l'élever que par une longue et difficile élaboration , après laquelle sa verve épuisée l'empêche de poursuivre activement les nouvelles conséquences du principe ainsi établi. L'essor direct du cœur sous l'impulsion féminine n'est donc pas seulement indispensable à l'ascendant social d'une philosophie qui ne pourrait jamais devenir populaire si son intime adoption devait exiger la savante initiation qui prépara sa formation originale. Cette influence habituelle est même nécessaire aussi à tous ses organes systématiques , afin d'y contenir la tendance naturelle des spéculations abstraites à dégénérer en d'oiseuses divagations , toujours plus faciles à poursuivre que les saines recherches.

Pour sentir, à cet égard , la supériorité spontanée du nouveau spiritualisme , il suffirait de remarquer que l'ancien se trouvait radicalement privé de cette salutaire impulsion , par le célibat sacerdotal , d'ailleurs indispensable au système catholique. Car, l'influence féminine ne pouvait ainsi s'exercer qu'en dehors de la corporation spirituelle , sans perfectionner directement ses propres membres , comme l'énergique satire d'Arioste l'a nettement signalé. Sauf les cas exceptionnels , on ne devait point compter sur l'efficacité morale des affections contraires à la règle , puisque leur réaction sacerdotale était nécessairement corruptrice , en suscitant une hypocrisie habituelle.

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