‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 71 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

serait ainsi réalisable dans une union qui, quoique plus tendre, resterait toujours aussi chaste que le lien fraternel. Malgré que l'instinct sexuel soit ordinairement indispensable, surtout chez l'homnie, à la tendresse initiale, l'affection peut se développer sans qu'il se satisfasse. Pourvu que la renonciation se trouve , des deux parts, assez motivée, elle stimule davantage l'attachement mutuel.

Après avoir ainsi apprécié la destination propre du mariage, indépendamment de toute maternité , la théorie sociologique de la femme doit se compléter en concevant l'office maternel comme une extension nécessaire de la mission morale qui caractérise l'épouse.

Sous ce nouvel aspect, le positivisme relève encore la dignité féminine , en attribuant à la mère la principale direction de l'ensemble de l'éducation domestique , dont l'éducation publique ne constitue ensuite que le complément systématique, suivant les indications de la troisième partie.

Cette décision philosophique résulte du principe fondamental qui, dans l'état normal de la société générale, confie nécessairement l'éducation au pouvoir spirituel, que la femme représente naturellement au sein de chaque famille. Une telle règle ne choque les préjugés actuels que d'après la tendance révolutionnaire de l'esprit à prévaloir sur le cœur, depuis la fin du moyen âge. Les modernes ont été ainsi conduite à négliger de plus en plus la partie morale de l'éducation , pour se préoccuper outre mesure de sa partie intellectuelle. Mais, en terminant l'état révolutionnaire par la prépondérance systématique du cœur sur l'esprit, le positivisme rend à l'éducation morale sa prééminence naturelle, comme je l'ai Cl -dessus indiqué. Dès lors, les femmes, qui seraient, en effet, peu propres à diriger 1 instruction actuelle, reprendront, mieux qu'au moyen âge, la présidence générale d'une

éducation où la morale dominera toujours, et où, jusqu'à la puberté , les seules études suivies se réduiront à des exercices esthétiques. Nos chevaleresques ancêtres étaient, d'ordinaire, élevés ainsi sous l'ascendant féminin, et certes sans en être amollis. Si donc une telle préparation convint à des guerriers, comment pourrait-on la craindre envers une société pacifique? Les hommes ne sont indispensables que pour l'instruction, tant théorique que pratique. Quant à l'éducation morale, les philosophes ne devront s'en emparer, comme je lai indiqué , qu'à l'âge où elle devient systématique, c'est-à dire pendant les dernières années qui précédent la majorité. Même leur principale influence morale s'exercera sur les hommes faits pour les amener dans l'existence réelle, soit privée, soit publique, à une juste application spéciale des principes inculqués à la jeunesse. Toute la morale spontanée, c'est-à-dire, l'éducation des sentiments, celle qui, au fond, affecte le plus l'ensemble de la vie, doit dépendre essentiellement des mères. C'est surtout à ce titre qu'il importe de laisser toujours l'élève au sein de sa famille, en supprimant les cloîtres scolastiques , comme je l'ai proposé.

La prééminence naturelle des femmes pour cet office fondamental sera toujours respectée profondément par les vrais philosophes. Ils n'oublieront jamais que les êtres les plus sympathiques sont nécessairement les plus propres à développer en autrui les affections qui doivent prévaloir. Consacrant la sagesse vulgaire, la philosophie positive représentera toujours la culture du cœur comme plus importante que celle de l'esprit. Sa réalité caractéristique l'empêche de s'exagérer jamais l'efficacité de la systématisation , et d'en méconnaître les conditions essentielles. On ne peut vraiment systématiser, surtout en morale, que ce qui préexiste spontanément. Ainsi, rien ne dispense d'un essor propre et direct des divers sentiments humains, an-

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