‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 72 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

térieurà toute discipline philosophique. Cet office fondamental, qui commence avec la vie , et qui dure pendant tout le cours du développement physique , appartient nécessairement aux femmes. Leur aptitude est telle, à cet égard, que, à défaut de la mère, une étrangère bien choisie y conviendrait mieux, d'ordinaire , que le père lui même, si elle pouvait assez s'incorporer à la famille. Des âmes où le sentiment domine peuvent seules en comprendre dignement l'importance. Elles seules savent réellement que la plupart des actes humains, surtout dans le jeune âge, doivent beaucoup moins être appréciés en eux mêmes que par les tendances qu'ils manifestent et les habitudes qu'ils suscitent. Sous le rapport du sentiment , il n'y a pas d'actions indifférentes. Ainsi jugés, les moindres actes de l'enfant peuvent assister le double précepte fondamental de toute l'éducation positive, tant spontanée que systématique, développer la sociabilité , et amortir la personnalité. Les actions peu importantes sont même les plus propres à permettre d'abord la saine appréciation des sentiments correspondants , sur lesquels l'observation peut alors se mieux concentrer, sans être distraite par des circonstances spéciales. En outre, c est seulement d'après les petits efforts que Tenfant peut commencer le difficile apprentissage de la lutte intérieure qui dominera toute sa vie , pour subordonner graduellement les impulsions égoïstes aux instincts sympathiques. Sous ces divers aspects, le précepteur le plus éminent , même par le cœur, sera toujours au-dessous de toute digne mère. Quoique celle-ci pût être incapable de formuler ou de motiver ses décisions habituelles, l'efficacité finale fera ordinairement ressortir la supériorité réelle de sa discipline morale. Aucun autre régime ne pourrait autant saisir les occasions propres à caractériser, sans affectation, le charme na turel des bons sentiments et l'inquiétude attachée aux inspirations égoïstes.

238 DISCOURS SUR l'enskmble du positivisme.

Cette théorie sociologique de la mère vient naturellement se lier à celle de l'épouse , puisque la prépondérance maternelle, malgré son décroissement spontané, continue à diriger l'essor du cœur jusqu'à l'âge ordinaire du mariage. Alors l'homme, élevé involontairement par la femme, contracte envers elle, pour tout le reste de sa carrière, une subordination volontaire, qui complète son éducation morale. L'être destiné à l'action vient faire consister son principal bonheur à subir dignement le salutaire ascendant de l'être voué à l'affection.

L'office fondamental , à la fois privé et public, assigné à la femme dans le régime positif, ne constitue donc , à tous égards, qu'un vaste développement systématique de sa propre nature. Une vocation aussi homogène et aussi déterminée ne peut laisser aucune grave incertitude sur la position sociale correspondante. Aucun autre cas essentiel ne saurait mieux confirmer ce principe universel de l'art humain ; l'ordre artificiel consiste toujours à consoHder et améliorer l'ordre naturel.

Tous les âges de transition ont suscité, comme le nôtre, des aberrations sophistiques sur la condition sociale des femmes. Mais la loi naturelle qui assigne au sexe affectif une existence essentiellement domestique n'a jamais été gravement altérée. Cette loi est tellement réelle, qu'elle a toujours prévalu spontanément, quoique les sophismes contraires restassent sans réfutation suffisante. L'ordre domestique a résisté aux subtiles attaques de la métaphysique grecque , alors animée d'une verve juvénile, et agissant sur des esprits incapables d'aucune défense systématique. On ne peut donc concevoir aujourd'hui des craintes sérieuses, en voyant surgir, de notre profonde anarchie mentale, quelques vaines reproductions des utopies subversives contre lesquelles l'énergique satire d'Aristophane soulevait assez l'instinct public. Quoique l'absence de tous véritables principes sociaux soit maintenant plus complète que pondant la transition

du polythéisme au monothéisme, la raison humaine est aussi beaucoup mieux développée, et surtout le sentiment Test bien davantage. Les femmes étaient alors trop abaissées pour repousser dignement, même par leur silence, les doctorales aberrations de leurs prétendus défenseurs, qui n'avaient donc à lutter que contre la raison. Mais , chez les modernes , l'heureuse liberté des femmes occidentales leur permet de manifester des répugnances décisives, qui suffisent, à défaut de rectification rationnelle , pour neutraliser ces divagations de l'esprit inspirées par le dérèglement du cœur. C'est le sentiment féminin qui seul contient aujourd'hui les ravages pratiques que sembleraient devoir produire ces tendances anarchiques. L'oisiveté aggrave ce danger chez nos classes privilégiées, où la richesse exerce d'ailleurs une funeste influence sur la constitution morale des femmes. Néanmoins, même là, le mal est réellement peu profond ou très-restreint. On n'ajamais séduit beaucoup les hommes, et encore moins les femmes, en caressant leurs mauvaises inclinations. Il n'y a de vraiment redoutables que les séductions qui s'adressent à nos bons penchants , pour en dénaturer la direction. Des rêveries qui choquent directement toutes les déHcatesses féminines ne pouvaient donc obtenir aucun ascendant réel , même dans les rangs les mieux disposés à les accueiMir. Mais, chez le peuple, où leurs ravages seraient si désastreux, la répulsion est beaucoup plus décisive, parce que l'existence prolétaire indique davantage aux deux sexes leur vraie situation respective. Ainsi, là surtout où il importe le plus de consolider les dogmes domestiques, le positivisme trouvera peu d'obstacles à l'admission complète de sa théorie naturelle sur la condition sociale des femmes d'après la destination fondamentale que je viens de leur assigner.

Dans sa plus systématique appréciation , cette théorie découle du grand principe relatif à la séparation normale des deux

puissances élémentaires , qui domine toutes les hautes questions sociales. Car les motifs qui concentrent l'existence féminine au sein de la famille , sans aucune participation au commandement, même domestique, ne sont , au fond , qu'une plus complète application de ceux qui interdisent , en général , au pouvoir modérateur tout exercice du pouvoir directeur. Puisque les femmes constituent l'élément le plus pur et le plus spontané de la force morale , elles doivent mieux remplir les conditions qui lui sont propres. L'influence affective qui les caractérise exige , encore plus que l'aptitude spéculative, une stricte renonciation à l'activité habituelle du sexe dirigeant. Si donc les philosophes doivent s'abstenir des affaires pratiques , les femmes y devraient, à plus forte raison , renoncer, quand même l'ordre naturel de la société leur laisserait le choix . Car la délicatesse du sentiment, qui constitue leur mérite essentiel et la source de leur véritable ascendant, est encore plus altérable par la vie active que la netteté et la généralité des principes théoriques. L'exercice de l'autorité pratique ne peut se concilier avec l'essor habituel de l'esprit d'ensemble, parce qu'il préoccupe 1 intelligence de questions spéciales. Mais il nuit beaucoup plus à la pureté des affections, en développant les impulsions égoïstes. Ce danger serait d'autant moins évitable pour les femmes, que leur cœur éminemment tendre manque ordinairement d'énergie, de manière à ne pouvoir lutter assez contre les influences corruptrices. Mieux on approfondira ce sujet fondamental, plus on sentira que, loin de nuire à leur vraie vocation, leur situation sociale est très-propre à développer, et même à perfectionner, leurs qualités principales. L'ordre naturel des sociétés humaines est, à tous égards, beaucoup moins vicieux que ne l'indiquent aujourd'hui d'aveugles déclamations. Sans le règne spontané de la prépondérance matérielle, la force morale serait dénaturée, comme perdant sa destination caractéristique. Les philosophes et les prolétaires altéreraient

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