‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 73 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE, 2M · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, 2M

bientôt leurs hautes qualités d'esprit et de cœur s'ils obtenaient l'ascendant temporel. Mais l'exercice du commandement corromprait encore davantage la nature féminine. Celte tendance n'est que trop appréciable chez les classes supérieures , où la richesse procure souvent aux femmes une funeste indépendance, et même un pouvoir abusif. A^oilà surtout ce qui oblige à chercher, parmi les prolétaires, le meilleur type féminin , parce que la tendresse s'y développe mieux et y obtient davantage son juste ascendant. La richesse contribue encore plus que l'oisiveté et la dissipation à la dégradation morale des femmes privilégiées.

A cet égard, comme à tout autre, le progrès continu de l'humanité ne fait que mieux développer l'ordre fondamental. Loin que la situation respective des deux sexes tende aucunement vers l'égahté qu'interdit leur nature, l'ensemble du passé confirme nettement la tendance constante de l'évolution humaine à caractériser davantage leurs différences essentielles. Malgré l'amélioration capitale que le moyen âge apporta dans la condition sociale des femmes occidentales , il leur ôta les fonctions sacerdotales qu'elles partageaient avec les hommes sous le régime polythéique , où le sacerdoce était plutôt esthétique que scientifique. A mesure que le principe des castes a perdu, chez les modernes, son antique ascendant, les femmes ont été exclues de la royauté et de toute autre autorité politique. Les moindres fonctions pratiques manifestent une tendance équivalente à écarter de plus en plus les femmes des diverses professions industrielles , môme de celles qui semblent devoir le mieux leur convenir. Ainsi, l'existence féminine se concentre davantage dans la famille, au lieu de s'en dégager, en même temps qu'elle développe mieux un légitime ascendant moral Loin de se contrarier, ces doux tendances sont, au contraire, nécessairement solidaires.

ÈÏ^À DISCOURS SUR l'ensemble DU POSITIVISME»

Sans discuter de vaines utopies rétrogrades, il importe de sentir, pour nnieux apprécier l'ordre réel, que, si les femmes obtenaient jamais cette égalité temporelle que demandent, sans leur aveu, leurs prétendus défenseurs, leurs garanties sociales en souffriraient autant que leur caractère moral. Car elles se trouveraient ainsi assujetties, dans la plupart des carrières, à une active concurrence journalière, qu'elles ne pourraient soutenir, en même temps que la rivalité pratique corromprait les principales sources de l'affection mutuelle.

Au lieu de ces rêves subversifs, un principe naturel garantit pleinement l'existence féminine , en fixant les devoirs temporels du sexe actif envers le sexe affectif. Le positivisme peut seul, en vertu de sa réalité caractéristique, systématiser ce principe, de manière à le faire dignement prévaloir. Mais la nouvelle philosophie n'a point créé la tendance universelle qu'elle proclame ainsi, d'après une juste appréciation de l'ensemble du mouvement humain. Vhomme doit nourrir la femme : telle est la loi naturelle de notre espèce, en harmonie avec l'existence essentiellement domestique du sexe atTectif. Cette règle , que manifeste même la plus grossière sociabilité, se développe et se perfectionne à mesure que l'évolution humaine s'accomplit. Tous les progrès matériels que réclame la situation actuelle des femmes se réduisent à mieux appliquer ce principe fondamental, dont les conséquences doivent réagir sur toutes les relations sociales, surtout quant aux salaires industriels Conforme à une tendance spontanée , cette règle se lie à la noble destination des femmes comme élément affectif du pouvoir modérateur. L'obligation est alors analogue à celle qui prescrit à la classe active de nourrir la classe spéculative, afin que celle-ci puisse vaquer dignement à son office fondamental. Seulement les devoirs matériels du sexe actif envers le sexe affectif sont encore plus sacrés , par suite même de la concentration domestique qu'exige

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l'oflice féminin. A l'égard des penseurs, l'obligation des praticiens n'est guère que colleclive ; mais, envers les femmes, elle est surtout individuelle. Toutefois, cette responsabilité directe, qui pèse spécialement sur chaque homme pour la compagne qu'il a choisie, ne dispense point l'ensemble du sexe actif d'une pareille obligation indirecte à l'égard de tout le sexe affectif. A défaut de l'époux, et des parents, la société doit garantir l'existence matérielle de chaque femme, soit en compensation d'une inévitable dépendance temporelle , soit surtout en vue d'un indispensable office moral.

Tel est donc, à ce sujet, le vrai sens général de la progression humaine : rendre la vie féminine de plus en plus domestique, et la dégager davantage de tout travail extérieur, afin de mieux assurer sa destination affective. Les privilégiés ont déjà reconnu que tout effort pénible doit être épargné aux femmes. C'est presque le seul cas où nos prolétaires doivent imiter, quant aux relations des deux sexes, les mœurs de leurs chefs temporels. A tout autre égard , le peuple occidental sent mieux qu'eux les devoirs pratiques des hommes envers les femmes ; il rougirait même le plus souvent des barbares corvées imposées encore à tant de femmes, si notre régime industriel permettait déjà d'éviter une telle monstruosité. C'est surtout parmi nos grands et nos riches qu'on voit ces vils marchés, d'ailleurs si fréquemment frauduleux , où une immorale intervention détermine à la fois la dégradation d'un sexe et la corruption de l'autre. En faisant mieux ressortir la vraie vocation de la femme, et en élargissant davantage le choix conjugal, les mœurs modernes éteignent rapidement la honteuse vénahté résultée ainsi de l'usage des dots, déjà presque nul chez nos prolétaires. Le principe positiviste sur les obligations matérielles de l'homme envers la femme écartera systématiquement ce reste de barbarie , même parmi nos privilégiés. Pour y mieux

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parvenir, il suffira de réaliser une dernière conséquence de la théorie sociologique du sexe affectif, en interdisant aux fennmes tout héritage. Sans cette suppression, celle des dots serait éludée par un escompte spontané. Dès que la femme est dispensée de toute production matérielle , c'est à l'homme seul que doivent revenir les instruments de travail que chaque génération prépare pour la suivante. Loin de constituer aucun vicieux privilège , un tel mode de transmission se lie naturellement à une grave responsabihté. Ce n'est point parmi les femmes que cette mesure complémentaire suscitera une sérieuse opposition. Une saine éducation leur en fera d'ailleurs comprendre l'utilité personnelle, pour les préserver d'indignes poursuivants. Cette importante prescription ne doit môme devenir légale qu'après avoir librement prévalu dans les mœurs, par l'universelle conviction de son aptitude à consolider la nouvelle constitution domestique.

Pour achever de caractériser la condition sociale des femmes dans le régime positif, il suffît d'indiquer, d'après la même théorie , la nature de leur éducation.

Leur office fondamental dissipe, à cet égard, toute incertitude , en manifestant l'obligation d'étendre aux deux sexes , d'une manière presque uniforme, le système d'éducation générale ci-dessus destiné aux prolétaires. Ce système étant dégagé de toute spécialité, convient autant à l'élément sympathique du pouvoir modérateur qu'à l'élément synergique, même quant aux études scientifiques. Si , envers les prolétaires, nous avons reconnu combien est indispensable la saine théorie historique, une pareille nécessité s'étend aussi aux femmes, afin d'y développer dignement !e sentiment social, toujours imparfait tant que la continuité n'y complète pas la solidarité. Or, en appliquant aux deux sexes le besoin d'une telle étude, et de la systématisation morale qui en résulte, on n'y peut

iTîéconnaiIre une égale urgence de la préparation scientifique qu'elle suppose, et qui d'ailleurs offre directement à tous une importance équivalente. Enfin , puisque les femmes doivent présider à toute l'éducation spontanée, il faut qu'elles aient aussi participé à l'éducation systématique qui en constitue l'indispensable complément. Il n'y a de vraiment particulière aux hommes que ce qu'on nomme l'éducation professionnelle, que nous avons reconnue ne comporter finalement aucune organisation propre , en tant qu'elle doit surtout résulter d'un judicieux exercice, succédant à un sage essor théorique. Les femmes auront donc, comme les philosophes, la même éducation que les prolétaires.

Toutefois, en proclamant cette égale participation des deux sexes, je suis loin de penser, avec mon illustre précurseur Condorcet, que leurs leçons publiques doivent être simultanées. L'appréciation morale , qui doit toujours prévaloir, interdit hautement un tel mélange , comme également funeste aux deux sexes. C'est au temple , au club, et au salon , qu'ils devront se joindre librement, pendant toute leur carrière. Mais, à l'école, ces contacts prématurés empêcheraient chacun d'eux de développer son propre caractère, outre l'évidente perturbation qu'en éprouveraient leurs études. Jusqu'à ce que , de part et d'autre , les sentiments soient assez formés , il importe beaucoup que leurs relations restent partielles et circonscrites, sous la constante surveillance des mères.

Néanmoins, cette obligation de séparer les leçons publiques des deux sexes, quoique les études y soient les mêmes, ne doit nullement conduire à instituer pour les femmes des professeurs spéciaux. Une telle institution, outre sesinconvénientsfinanciers, tendrait surtout à dénaturer l'éducation féminine, en suscitant un préjugé inévitable sur l'infériorité de ses organes propres. Pour que l'instruction fondamentale soit vraiment la même chez les

deux sexes, il faut que les professeurs soient communs, malgré la séparation des leçons. Le plan indiqué dans la troisième partie de ce Discours concilie aisément ces deux conditions, en n'astreignant chaque philosophe qu'à une seule séance hebdomadaire, ou quelquefois deux. Un tel service peut être facilement doublé, sans atteindre encore aux misérables corvées des maîtres ac uels. Chaque philosophe y devant d'ailleurs parcourir successivement les sept degrés annuels de l'enseignement positif, l'obligation d'enseigner séparément les deux sexes pourrait s'y régler de manière à dispenser le professeur de toute fastidieuse répétition. Au reste, les hommes distingués qu'on chargerait toujours de ce double office seraient bientôt éclairés , par l'expérience, sur la diversité didactique correspondante à la différence naturelle des auditoires, sans cependant altérer jamais l'homogénéité nécessaire des méthodes et des doctrines.

En rehaussant, aux yeux de tous, la dignité des études féminines , cette identité d'organes doit aussi exercer une heureuse réaction sur le caractère intellectuel et moral des fonctionnaires philosophiques. Ils seront ainsi mieux détournés des spécialités oiseuses , et spontanément ramenés aux vues d'ensemble. La subordination fondamentale de l'esprit envers le cœur leur deviendra aussi plus familière , en fréquentant à la fois les natures les plus rationnelles et les plus- sentimentales. Cette égale destination aux deux sexes complétera l'universalité encyclopédique des nouveaux philosophes. Ainsi obligés à traiter indifféremment tous les divers ordres de conceptions réelles, et d'intéresser également deux auditoires aussi différents, il faudra bien que leur mérite personnel soit au niveau de leur office social. Mais, en même temps, l'ensemble de ces conditions tend tellement à diminuer leur nombre , qu'on pourra trouver assez d'hommes distingués pour réaliser un tel plan , quand leur recrutement sera sagement institué et leur existence ma-

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