QUATRIÈME PARTIS
léridie dignement garantie. N'oublions pas d'ailleurs que leur corporation doit être occidentale, et nullement nationale; en sorte que les fonctionnaires positivistes changeront encore plus souvent leurs résidences que ne le firent, au moyen âge, les dignitaires catholiques. En combinant toutes ces considérations, on reconnaîtra bientôt que l'éducation positive peut être largement organisée, chez les deux sexes, pour tous les habitants de l'Occident, sans exiger la moitié des dépenses inutiles, ou plutôt nuisibles, qu'entraîne aujourd'hui le seul clergé anghcan. Chaque fonctionnaire philosophique trouverait pourtant une digne existence matérielle, sans qu'aucun fût jamais dégradé par la richesse. Un corps de dix mille philosophes suffirait aujourd'hui, et peut-être toujours, à tous les besoins spirituels des cinq populations occidentales; puisqu'il permettrait d'instituer, sur mille points au moins du territoire positiviste, le système complet de l'enseignement septennaire. L'influence des femmes et celle des prolétaires ne peuvent jamais devenir assez systématiques pour dispenser aucunement de l'intervention philosophique. Cependant leur incorporation croissante à l'ensemble du pouvoir modérateur diminuera l'extension ultérieure de la classe purement spéculative, que le régime théologique multiplia beaucoup trop. Le privilège de l'aisance sans production sera dès lors assez rare et assez mérité pour ne susciter aucune récrimination légitime. On sentira partout que les frais consacrés à l'existence philosophique, comme à l'existence féminine, loin d'être onéreux à la société active, constituent la plus précieuse source de son perfectionnement et de son vrai bonheur, en assurant le juste essor des fonctions spéculatives et affectives qui caractérisent Thumanité.
Toutes les questions relatives à la théorie sociologique de la femme se résolvent donc, sans incertitude , d'après le principe fondamental posé, au début de celte quatrième partie, sur 1&
2'l8 DISCOURS SUR L'ENSEMBLE DU POSITIVISME
destination sociale du sexe affectif, en vertu de sa constitution naturelle. Organes spontanés du sentiment qui seul préside à l'unité humaine, les femmes constituent l'élément le plus direct et le plus pur du pouvoir modérateur, destiné à moraliser de plus en plus l'empire nécessaire de la force matérielle. A ce titre, elles sont chargées, d'abord comme mères, puis comme épouses, de l'éducation morale de l'Humanité. De là résulte leur existence déplus en plus domestique , et leur participation de plus en plus complète à l'instruction générale, afin que leur situation tende toujours à mieux développer leur vocation.
il est maintenant facile de compléter cette appréciation sommaire en caractérisant aussi la récompense naturelle d'une telle destinée.
Aucune autre vocation ne fait autant sentir combien le bonheur de chaque être consiste surtout à développer son office spontané. Car, les femmes n'ont toutes, au fond, qu'une même mission , celle d'aimer. Mais c'est la seule qui admette un nombre illimité d'organes, et qui, loin de redouter aucune concurrence, s'étende parle concours. Chargées d'entretenir la source affective de l'unité humaine , les femmes sont donc aussi heureuses qu'elles puissent l'être quand elles sentent dignement leur vraie vocation, et qu'elles peuvent la suivre librement. Leur office social a cela d'admirable qu'il les invite à développer leur instinct naturel , et leur prescrit les émotions que chacun préfère à toutes les autres. Ainsi, les femmes n'ont, en général , à demander à la régénération finale que de mieux adapter leur situation à leur destination , soit en les dispensant de toute activité extérieure, soit en assurant leur juste influence morale. Or, le régime positif satisfera directement ce double vœu, par l'ensemble des améliorations matérielles, mentales, et morales, qu'il réalisera dans l'existence féminine.
Mais , outre cette récompense naturelle d'un heureux office,