QUATRIÈME PARTIE
le positivisme doit accomplir, envers les femmes, ce que le moyen âge ne put qu'ébaucher, en systématisant la reconnaissance continue qu'inspirera de plus en plus leur salutaire ascendant moral. En un mot, la nouvelle doctrine universelle peut seule instituer dignement le culte, à la fois public et privé, de la Femme. Ce sera le premier degré permanent du culte fondamental de l'Humanité, où la conclusion de ce discours placera finalement le centre général du positivisme, tant philosophique que politique.
Nos chevaleresques ancêtres firent, à cet égard, d'admirables tentatives, qui ne sont plus appréciées que par les femmes. Mais leurs nobles efforts ne pouvaient suffire, soit à raison d'une sociabilité trop militaire, soit d'après l'insuffisance sociale de la doctine dominante. Néanmoins, ils ont laissé des souvenirs impérissables, et même nous leur devons encore la meilleure partie de nos mœurs occidentales, quoique déjà trèsaltérées par notre anarchie.
La philosophie négative du siècle dernier a représenté la chevalerie comme ne pouvant jamais revivre, en tant que liée à des croyances désormais rétrogrades. Mais cette solidarité était plus apparente que réelle, et d'ailleurs purement temporaire. Elle a été vicieusement exagérée par les modernes défenseurs du catholicisme, qui ne pouvaient assez discerner la source affective de cette admirable institution sous sa consécration théologique. Le sentiment féodal constitua certainement l'origine directe et naturelle de la chevalerie, qui seulement demanda ensuite au catholicisme l'unique sanction systématique qu'elle pût alors trouver. Au fond, le principe Ihéologique était peu conforme à l'impulsion chevaleresque; l'un concentrait la sollicitude humaine sur un avenir chimérique, tandis que l'autre dirigeait toute notre énergie vers l'existence réelle. Toujours placé enlre son dieu et sa dame, le chevalier du
moyen âge ne pouvait connaître cette pleine unité morale qui seule aurait entièrement développé sa noble mission volontaire.
En touchant au terme de la transition révolutionnaire, nous commençons à sentir que la chevalerie, loin de s'éteindre finalement, doit mieux prévaloir dans le véritable régime moderne, d'après une sociabilité plus pacifique et une doctrine plus humaine. Car cette grande institution correspondit à un besoin fondamental qui se développe davantage à mesure que l'humanité se civilise, le protectorat volontaire envers tous les faibles. Le passage de l'activité conquérante des anciens au régime défensifdes guerriers féodaux dut en susciter la première manifestation générale, alors sanctionnée par les croyances dominantes. Mais l'irrévocable prépondérance de la vie pacifique doit lui procurer une meilleure extension, quand ce grand caractère temporel de l'ordre moderne aura été dignement systématisé et moralisé. Seulement, le sentiment chevaleresque transformera sa destination, d'après l'heureuse modification que notre civilisation apporte de plus en plus à l'oppression habituelle. La puissance matérielle ayant cessé d'être militaire pour devenir industrielle, la persécution ne s'adresse plus à la personne, mais surtout à la fortune. Cette transformation définitive offre beaucoup d'avantages , soit en diminuant la gravité des dangers, soit en rendant la protection plus facile et plus efficace. Mais elle ne dispensera jamais du protectorat volontaire, même systématique. L'instinct destructeur, propre à tout animal carnassier, se fera toujours sentir vivement chez tous ceux qui auront, sous un mode quelconque, la puissance de s'y livrer. Ainsi, le régime positif doit naturellement olTrir, comme supplément général de la systématisation morale, l'essor régulier des mœurs chevaleresques, parmi les chefs temporels. Ceux d'entre eux qui se sentiront animés d'une générosité
équivalente à celle de leurs héroïques prédécesseurs, consacreront, non leurépée, mais leur fortune, leur activité, et, au besoin , toute leur énergie , à la libre défense de tous les opprimés. De même qu'au moyen âge, cet office volontaire s'exercera surtout envers les classes spécialement exposées aux persécutions temporelles, c'est-à-dire, les femmes, les philosophes, et les prolétaires. On ne peut supposer que l'institution la mieux inspirée par le sentiment social doive rester étrangère au régime qui développera le plus la sociabilité.
Sous ce premier aspect , la reconstruction finale des mœurs chevaleresques n'offrira qu'une rénovation de la grande institution du moyen âge, suivant un mode adapté au nouvel état mental et social. Aujourd'hui , comme alors , le dévouement des forts aux faibles deviendra la suite naturelle de la subordination de la politique à la morale. C'est ainsi que le pouvoir modérateur trouve de généreux patrons au sein même du pou voir directeur qu'il doit ramener dignement à de sévères devoirs sociaux. Mais, outre cet office général, la chevalerie féodale présentait, envers les femmes, une destination plus spéciale et plus intime, pour laquelle la supériorité du régime positif sera plus complète et plus évidente.
En ébauchant le culte de la femme, le sentiment féodal fut mal secondé, et même, à beaucoup d'égards, entravé, par le principe catholique. Directement contraires à la vraie tendresse mutuelle, les mœurs chrétiennes n'en ont assisté l'essor que par une influence indirecte, en prescrivant la pureté habituelle, indispensable au véritable amour. Sous tout autre aspect, les sympathies chevaleresques ne purent surgir qu'en luttant toujours contre l'égoïste austérité d'un régime qui jamais ne consacra le mariage qu'à titre d'inévitable infirmité, défavorable au salut personnel. La salutaire prescription de la pureté s'y trouvait elle-même altérée par des motifs intéressés, qui com-
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promettaient beaucoup sa principale efficacité morale. C'est pourquoi, maigre l'admirable persévérance de nos généreux ancêtres, le culte de la femme ne put être, au moyen âge, qu'imparfaitement ébauché, surtout dans les mœurs publiques. Malgré les empiriques prétentions du catholicisme, il y a tout lieu de présumer, d'après l'ensemble de cette appréciation, que , si la situation féodale avait pu se développer sous le polythéisme, les sentiments chevaleresques y eussent mieux prévalu.
Le régime positif permet seul le plein essor du culte des femmes . par son entière systématisation , où les opinions seconderont toujours les mœurs. Érigeant la tendresse en principal attribut féminin, le nouveau culte y fera pourtant apprécier dignement la pureté . en la rattachant enfin à sa véritable source et à sa destination essentielle , comme condition capitale du bonheur et du perfectionnement. Une étude approfondie de la nature humaine écartera sans peine les vains sophismes que notre anarchie inspire , sur cet important sujet , aux esprits superficiels unis à des cœurs grossiers. Même le matérialisme scientifique présentera , sous ce rapport , peu d'obstacles réels à la mission morale du positivisme. Le judicieux médecin Hufeland a déjà remarqué que la vigueur notoire des anciens chevaliers écartait d'avance toute objection sérieuse sur les dangers physiques d une continence habituelle. Sans scinder les divers aspects d^une telle question , lappréciation positive établira facilement que la pureté , imposée d'abord comme condition de toute profonde tendresse . n importe pas moins au perfectionnement matériel et intellectuel de l'homme et de 1 humanité quà leur progrès moral.
D après l'ensemble des indications propres à cette quatrième partie , le positivisme dispose autant l'esprit que le cœur à organiser dignement, dans toute la vie réelle, soit privée , soit publique. If rultp . à la fois individuel ft rolleclif, du seie