‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 76 sur 103 · QUATRIÈME PARTIR · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIR

affectif par le sexe actif. Nées pour aimer et être aimées , affranchies de toute responsabilité pratique , librement retirées au sanctuaire domestique , nos occidentales positivistes y recevront le pur hommage habituel d'une gratitude pleinement sentie. Prêtresses spontanées de l'Humanité, elles n'auront plus à surmonter leurs propres scrupules, ni la terrible rivalité d'un dieu vindicatif. Chacun de nous apprendra , dès l'enfance , à voir, dans tout leur sexe , la principale source du bonheur et du perfectionnement humains , tant publics que privés.

Tous ces trésors d'affection que nos ancêtres perdirent pour un but mystique , et que nos mœurs révolutionnaires ont ensuite méconnus , seront alors soigneusement recueillis, et appliqués à leur vraie destination, par des populations étrangères à toute chimère dégradante. Des êtres nés pour l'action , et qui se sentiront les chefs du monde connu , feront consister leur principale félicité à subir dignement l'heureux ascendant moral des êtres voués à l'affection. En un mot , le genou de l'homme ne fléchira plus que devant la femme.

Ce culte continu dérive naturellement d'une intime reconnaissance , déterminée par une exacte appréciation habituelle des bienfaits réels du sexe affectif envers le sexe actif. Une conviction famihère fera profondément sentir à tout positiviste que notre vrai bonheur , tant privé que public , dépend surtout du perfectionnement moral , et que celui-ci résulte principalement de l'influence de la femme sur l'homme , d'abord comme mère , puis comme épouse. Il est impossible qu'un tel sentiment habituel ne détermine pas une tendre vénération active envers un sexe auquel sa position sociale interdit toute concurrence intéressée. A mesure que la vocation féminine sera mieux comprise et plus développée , chaque femme deviendra pour chaque homme la meilleure personnification de l'Humanité,

Mais ce culte , d'abord émané d'une reconnaissance spontanée , sera consacré ensuite , d'après une appréciation systématique , comme un nouveau moyen de bonheur et de perfectionnement. L'imperfection morale du sexe actif lui prescrit de développer, par un exercice assidu , les affections tendres qui sont chez lui trop inertes. Rien ne peut mieux remplir cette importante condition qu'une pratique familière , à la fois privée et publique , du culte féminin. C'est surtout ainsi que le positivisme retrouvera dignement la haute efficacité morale que le catholicisme retirait de la prière.

Une grossière appréciation représente aujourd'hui cet usage religieux comme inséparable des intérêts chimériques qui l'inspirèrent aux premiers hommes. Mais la systématisation catholique a toujours tendu à l'en dégager, quoique le régime théologique ne pût jamais le permettre entièrement. Depuis saint Augustin , toutes les âmes pures ont de plus en plus senti , à travers l'égoïsme chrétien , que prier peut n'être pas demander. A mesure que prévaudra la vraie théorie de la nature humaine , on concevra mieux cette haute fonction , que le régime définitif doit développer davantage , d'après un meilleur principe. Dans l'état normal de l'humanité , la prière, purifiée de tout calcul personnel , deviendra , selon sa vraie destination morale, une solennelle effusion, individuelle ou collective , des sentiments généreux , liés aux vues générales. Le positivisme en prescrira la pratique journalière comme propre à combattre les impulsions égoïstes et les idées étroites qu'inspire ordinairement la vie active. C'est surtout aux hommes qu'elle sera recommandée , puisqu'ils ont plus besoin d'être régulièrement ramenés vers les pensées d'ensemble et les affections désintéressées , dont leur existence habituelle tend à les écarter davantage.

Pour en mieux assurer l'efficacité , il importe que son objet

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