‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 87 sur 103 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

son gré, mais suivant leurs lois naturelles. Elle devient alors un puissant auxiliaire de la morale, comme on l'a toujours senti. Rien n'est donc mieux motivé que son titre relatif à l'action plutôt qu'à la spéculation, puisqu'elle a surtout en vue le perfectionnement le plus étendu et le plus important , envers lequel les arts matériels, physiques, et même intellectuels, ne sont que secondaires ou préparatoires, malgré leur efficacité propre. Au début de l'évolution moderne, elle fut souvent qualifiée de science , dans tous nos idiomes occidentaux , en un temps où la science proprement dite était à peine appréciable. Mais, à mesure que le génie scientifique et le génie esthétique se sont librement développés , on a mieux senti leurs difTérences caractéristiques, et partout le nom d'cfr^ a fini par prévaloir envers l'ensemble de nos fonctions poétiques. Toutefois, cette mutation historique confirme davantage le caractère positiviste de l'idéalisation , comme intermédiaire entre l'appréciation et la réalisation.

On comprend ainsi comment l'art constitue la représentation la plus complète, autant que la plus naturelle, de l'unité humaine, puisqu'il se rattache directement aux trois ordres de nos phénomènes caractéristiques, sentiments, pensées, et actes. Sa source est dans le premier, encore plus évidemment que celle de nos deux autres créations générales. Il a pour base le second, et pour but le troisième. De là résulte son heureuse aptitude à réagir indifféremment sur toutes les parties de notre existence, personnelle ou sociale, et dès lors son privilège exclusif de charmer également tous les rangs et tous les âges. L'art ramène doucement à la réalité les contemplations trop abstraites du théoricien , tandis qu'il pousse noblement le praticien aux spéculations désintéressées. Sa nature intermédiaire le destine encore mieux à cultiver le commerce naturel entre l'affection et la raison. Il est également propre à stimuler le sentiment chez

ceux qui exercent trop l'intelligence, et à développer le goût de la contemplation dans les âmes les plus affectueuses. Le célèbre adage qui le représente comme le reflet naturel de l'humanité ne convient donc pas seulement à la vie publique, qui devait le suggérer , en manifestant mieux sa réalité. Il faut aussi l'étendre à toute notre existence, qu'il retrace et modifie, parce qu'il en émane. En remontant jusqu'à la source biologique de cette harmonie sociologique, on la voit résulter de la liaison nécessaire entre le système musculaire et le système nerveux. Nos mouvements, d'abord involontaires, puis volontaires, traduisent nos impressions intérieures, surtout morales, et réagissent sur elles, parce qu'ils en découlent. Tel est le premier germe de la vraie théorie de l'art. Dans l'ensemble du règne animal, toute la représentation se borne à une mimique plus ou moins expressive , qui constitue aussi, chez l'homme, l'origine spontanée de l'évolution esthétique.

Cette détermination fondamentale conduit aussitôt à compléter la conception statique de l'art, en distinguant ses trois cléments essentiels Malgré de vaines distinctions métaphysiques entre l'imitation et l'invention, tous les arts imitent, et tous aussi idéalisent. La réalité fournissant toujours la source naturelle de l'idéalité, l'art est d'abord purement imitateur. Dans notre enfance, individuelle ou collective, comme chez les animaux , une servile imitation , bornée même aux moindres actes, constitue la première manifestation de nos habitudes esthétiques. Mais, malgré les prétentions d'une vanité puérile, la représentation ne reçoit maintenant le nom d'art qu'autant qu'elle est embellie, c'est-à dire perfectionnée, de manière à devenir, au fond, plus fidèle, en faisant mieux ressortir les traits principaux, qu'altérait d'abord un mélange empirique. C'est en cela (|ue consiste l'idéalisation , qui , depuis les premiers chefs-d'œuvre de l'antiquité, caractérise de plus en plus

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