CINQUIÈME PARTIE
qui constituent la plus imposante formule de chaque phase sociale. Rien n'a mieux caractérisé jusqu'ici cette haute destination que ces admirables cathédrales où y dans son idéahsation monumentale des sentiments propres au moyen âge , l'architecture avait si dignement réalisé son aptitude naturelle à combiner tous les beaux-arts par un siège commun.
Ces sommaires indications signalent assez la tendance de la nouvelle philosophie à systématiser la théorie fondamentale de l'art, considéré sous ses divers aspects statiques. Il faut maintenant apprécier surtout la haute destination sociale que le positivisme assigne au génie esthétique, soit dans le régime final de l'humanité , soit dans l'élaboration qui doit y conduire.
D'après la théorie historique qui caractérise la nouvelle philosophie, on reconnaît d'abord que, malgré de puissants préjugés, l'évolution de l'art, comme celle delà science et de l'industrie, ne put jamais être jusqu'ici que préparatoire, faute d'un suffisant concours de toutes les conditions essentielles.
On a vicieusement exagéré les inclinations esthétiques de l'antiquité, par suite de la prépondérance nécessaire de l'imagination dans la construction des doctrines initiales. Le polythéisme a été ainsi regardé comme une œuvre d'art, depuis qu'on a cessé de comprendre la foi correspondante. Mais li? long empire de ses croyances suffirait pour constater que, loin de constituer des productions esthétiques , elles émanèrent toujours du génie philosophique de l'humanité, suivant le mode spontané qui seul convenait alors, d'après ma théorie d'évolution. La poésie n'y eut d'autre part que de les embellir, conformément à sa destination constante. Seulement la nature de la philosophie poly théique ren dit cet olfice beaucoup plus favorable àl'essordel'artquesous tout autre régime ultérieur. Aussi estce à cet âge théologique que remontera toujours notre initiation esthétique, individuelle ou collpctiye. Mais l'art n'en
resta pas moins extérieur à l'ordre antique. Il n'y put même surgir librement qu'après avoir échappé à la théocratie qui ^ par une incorporation subalterne, entravait toutes ses créations, en consacrant l'immobilité nécessaire des diverses croyances. La nature de la sociabilité antique lui fut d'ailleurs encore moins favorable. Pouvant à peine y retracer les affections domestiques ou personnelles, la vie publique lui offrait seule un vaste domaine , d'après des mœurs à la fois énergiques et persistantes. Mais on peut reconnaître , jusque chez l'incomparable Homère , que le génie esthétique ne s'exerçait déjà qu'à regret sur cette existence guerrière, faute d'un plus digne sujet d'idéalisation. Le seul grand aspect social qu'elle comportât, le système d'assimilation institué par la succession des conquêtes , n'était point encore appréciable. Quand il le devint assez, le régime antique touchait à sa fin , et cette noble politique ne put inspirer à Virgile que quelques vers admirables, résumés par l'hémistiche caractéristique , pacis imponere morem.
Malgré d'empiriques préventions , le système social du moyen âge eiit été, par sa nature, beaucoup plus favorable aux beaux-arts, s'il avait pu se prolonger davantage. Ce n'était point, à la vérité, d'après les croyances dominantes, dont la tendance anti-esthétique suscita l'étrange inconséquence qui , à travers le christianisme , accordait une consécration factice aux dogmes polythéiques. En imposant à chacun un but individuel et chimérique, la foi monothéique n'encourageait d'autre poésie que celle qui concerne l'existence personnelle, alors idéalisée dans ses plus intimes émotions, par d'admirables compositions mystiques, où la langue seule fut insuffisante. A tout autre égard, le catholicisme n'excita l'essor des beauxarts qu'en leur préparant un meilleur accueil, quand la constitution sacerdotale put assez contenir les vices intelleclueli