‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 92 sur 103 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

ieste. Toutes les classes occidentales ont ensuite goûté de plus en plus ces nobles plaisirs, d'abord quant à la poésie , et puis envers les arts spéciaux, surtout pour le plus social d'entre eux. Leurs organes, même seulement présumés, ont alors acquis une influence croissante, que l'anarchie actuelle pousse jusqu'à leur conférer une suprématie politique contraire à leur nature.

Tous ces indices concourent donc à nous présenter l'avenir comme la principale époque de l'essor esthétique de l'humanité, à laquelle le passé n'a pu fournir, à cet égard comme à tout autre , qu'une indispensable préparation. D'après ce prélude spontané de notre longue enfance, notre virilité mentale et morale systématisera dignement la culture esthétique , en même temps que la culture scientifique et la culture industrielle, pareillement désorganisées aujourd'hui. La régénération finale ne peut s'accomplir sans une intime incorporation de l'art à l'ensemble de l'ordre moderne , préparée par la suite de nos antécédents. En reprenant, sur de meilleures bases théoriques, la grande construction sociale tentée au moyen âge, le positivisme renouvellera aussi l'admirable impulsion esthétique que la réaction classique vint alors interrompre. Ainsi rétablie, elle ne pourra ensuite que se développer de plus en plus, d'après sa profonde solidarité, à la fois spontanée et systématique , avec tout le régime définitif Voilà ce qui me reste à indiquer directement pour avoir assez caracté risé ici l'aptitude esthétique de la nouvelle philosophie.

Comme seule source désormais possible de convictions fixes et communes, servant de base à des mœurs prononcées et durables, le positivisme serait déjà indispensable au développement ultérieur de l'art moderne. L'interprète et le spectateur doivent également rempHr cette condition préliininairc , pour que notre existence, personnelle, domestique, ou sociale, de-

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vienne vraiment idéalisable. Il n'y a d'esthétiques que les éniotions profondément senties et spontanément partagées. Quand la société manque de tout caractère intellectuel et moral, l'art destiné à la retracer n'en saurait avoir non plus, et il se réduit à la vap:ue culture de facultés trop naturelles pour devoir jamais rester inactives, même lorsqu'elles n'ont aucun grand but. Ainsi, l'efficacité esthétique du positivisme résulterait d'abord de son aptitude à terminer la révolution par la prépondérance directe du mouvement organique.

Mais, outre cette incontestable influence, commune à toute réorganisation quelconque, il faut ici faire sentir que le principe delà reconstruction positiviste est principalement favorable à l'essor des beaux-arts, en faisant prévaloir les opinions et les mœurs qui leur conviennent le mieux.

On ne peut concevoir un régime plus esthétique que celui qui érige le sentiment en base nécessaire de l'unité humaine, et qui assigne pour unique but de toute notre existence le perfectionnement universel , surtout moral. Quoique la nouvelle philosophie ne semble d'abord se proposer que de former des hommes plus systématiques, on reconnaît bientôt qu'elle n'institue cette indispensable coordination qu'afin de nous rendre plus sympathiques et plus énergiques , en fondant des mœurs actives sur des convictions inébranlables. En faisant consister la principale satisfaction de chacun à coopérer au bonheur d'autrui, le positivisme appelle enfin l'art à sa meilleure destination, la culture des sentiments bienveillants, beaucoup plus esthétiques que les instincts de haine et d'oppression , seuls chantés jusqu'alors. Cette culture devenant notre but principal, la poésie se trouve directement incorporée à l'ensemble du régime définitif, et acquiert ainsi une dignité auparavant impossible. Malgré l'origine scientifique de la philosophie nouvelle, la science y sera réduite à son véritable office , pour construire

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