CINQUIÈME PARTIE
cœur. En leur interdisant toute conviction profonde, elle ne tend à développer qu'une habileté machinale pour la partie technique de l'art, sans leur laisser apprécier l'idéalisation qui en constitue le principal caractère. Nous lui devons cette déplorable multiplicité de versificateurs et de littérateurs étrangers à tout vrai sentiment poétique, et seulement propres à troubler la société par leur ambition déréglée. En tant que plus technique , l'éducation actuelle pour les quatre arts spéciaux est encore plus vicieuse, à tous égards, chez ceux qui n'en reçoivent pas d'autre. Rien ne peut donc dispenser les diverses vocations esthétiques de participer d'abord à l'éducation fondamentale commune à tous. Si nous l'avons reconnue indispensable aux femmes, les poètes et les artistes pourraient-ils n'en avoir pas besoin?
Mais, par cela même qu'elle est profondément esthétique, elle leur rend superflue toute éducation spéciale, sauf celle qui résulte spontanément de l'exercice préparatoire. Aucune autre profession n'est autant dispensée d'un enseignement particulier, qui ne tend qu'à y éteindre une indispensable originalité , en étouffant l'élan esthétique sous le travail technique. Il ne faut pas môme conserver l'éducation professionnelle envers les arts spéciaux, qui doivent, comme pour l'industrie, s'apprendre par un judicieux exercice, subordonné à une digne imitation. L'impuissance notoire de nos écoles publiques destinées à former des musiciens ou des peintres dispense, à cet égard, de toute explication. Outre leurs graves dangers moraux , ces institutions ne peuvent que contrarier toute vraie vocation esthétique. Ainsi les poètes et les artistes n'ont réellement besoin que de l'éducation universelle, destinée à l'initiation du public dont ils doivent représenter les émotions et les pensées. Son défaut de spécialité ne la rendra que plus propre à préparer et à signaler les véritables talents. Elle développera également le goût
simultané de tous les divers beaux- arts, dont l'intime connexité doit rendre fort suspectes les vocations esthétiques qui se glorifient de n'en sentir qu'un seul. Cette universalité d'appréciation a toujours caractérisé les grands maîtres, même pendant les derniers siècles. Son extinction actuelle suffirait pour confirmer l'absence nécessaire de toute supériorité esthétique, en un temps où l'art est dépourvu de destination sociale et de direction philosophique. Les simples amateurs devant tout goûter , comment les vrais compositeurs ne sentiraient-ils qu'un seul mode d'idéalisation et d'expression ?
En rendant l'éducation générale profondément esthétique , le positivisme supprimera donc toute éducation spéciale contraire au véritable essor de l'art et seulement propre à faire prévaloir la médiocrité. Par une conséquence ultérieure de la même tendance , le régime final dissipera les classes uniquement vouées à la culture des beaux-arts , devenue alors une annexe spontanée aux fonctions qui caractérisent les trois éléments du pouvoir modérateur, surtout quant à l'art général.
Sous le régime théocratique qui dut partout inaugurer l'évolution humaine, l'activité pratique fut seuleséparée de l'existence contemplative. Mais les diverses fonctions spéculatives restaient réunies chez les mêmes organes , sans aucune distinction entre les aptitudes qualifiées ensuite d'esthétiques et de scientifiques. Quoique leur séparation ultérieure fût indispensable à leur développement respectif, elle était pourtant contraire à l'ordre fondamental, qui n'admet d'autre grande division sociale qu'entre la théorie et la pratique. Elle doit donc aboutir à une nouvelle combinaison , plus intime que la coexistence primitive, de toutes les facultés théoriques, dont l'influence nécessaire sur la vie active s'affaibUrait par leur dispersion. Seulement cette fusion finale ne devait surgir qu'après un suffisant essor partiel de ses divers éléments principaux Or, ce préambule nécessaire