‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 98 sur 103 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

rences de degré , très-affectées par la culture. Pourquoi les femmes ne deviendraient-elles donc pas supérieures aux hommes pour toutes les compositions qu'elles savent déjà mieux apprécier? Les grands poëmes , épiques ou dramatiques , destinés à idéaliser la vie publique, me semblent seuls au-dessus de leurs forces esthétiques. A tout autre égard , la culture poétique leur appartient naturellement ; et elle se trouve en harmonie avec leur situation sociale, quand la vocation ne cesse pas d'être exceptionnelle. Nos affections privées ne sauraient être mieux retracées que par leurs plus purs organes , chez lesquels le talent d'expression complète spontanément la tendance à l'idéalisation. On doit donc regarder le régime esthétique de l'humanité comme imparfaitement organisé , tant que la plupart des travaux poétiques , et peut-être aussi musicaux , ne constituent pas l'apanage spéculatif du sexe aimant. Cette intervention féminine est surtout indispensable pour donner à la poésie privée la constante moralité dont elle est tant susceptible, et que notre grossièreté masculine n'atteint jamais sans des efforts contraires à la spontanéité esthétique. La grâce naïve de Lafontaine et la suave délicatesse de Pétrarque se trouveront ainsi combinées naturellement avec une tendresse plus pure et plus profonde , de manière à procurer aux opuscules poétiques une perfection jusqu'alors impossible.

Quant au troisième élément nécessaire du pouvoir modérateur, son aptitude esthétique doit être moins prononcée , puisque sa destination active l'éloigné davantage de l'existence spéculative que supposent de telles créations. Cependant toutes les compositions peu étendues , où l'énergie et l'insouciance constituent les principales sources de l'inspiration réelle , conviennent mieux aux prolétaires qu'aux femmes , et surtout qu'aux philosophes. Lorsque l'éducation positiviste aura dignement cultivé le peuple occidental , il offrira partout d'heureux

organes , poétiques ou même musicaux , des dispositions qui lui sont propres , comme tant d'exemples spontanés Tindiquent déjà. Outre cette participation spéciale de quelques prolétaires, l'ensemble du peuple prend indirectement une part fondamentale à l'évolution esthétique , puisque le langage lui est surtout dû.

Telle est donc , dans le régime positif, l'organisation finale de l'art : plus de classes esthétiques proprement dites , sauf quelques maîtres spéciaux-, mais une éducation générale disposant à goûter profondément tous les modes d'idéalisation , et faisant surgir leur culture chez les trois éléments modérateurs. Dans la répartition fondamentale du travail poétique entre les forces étrangères au gouvernement , les philosophes exercent toutes les attributions relatives à la vie publique ; tandis que les compositions privées et personnelles appartiennent aux femmes ou aux prolétaires , selon qu'elles exigent surtout la tendresse ou l'énergie. Ainsi , l'exercice mental qui convient le mieux à l'humanité se développera davantage chez les classes où notre nature se caractérise le plus. Cette douce coopération n'exclut que ceux dont les constantes préoccupations de grandeur ou de richesse personnelles condamnent l'existence esthétique à des jouissances essentiellement passives , augmentées d'ailleurs par l'universelle éducation positive. Intimement annexées à de grands offices sociaux , nos fonctions d'idéalisation tendront directement vers leur noble destination affective. En perdant une spécialité qui altère son charme naturel , l'art n'offrira plus les dangers moraux auxquels s'expose toute vie exclusivement vouée à l'expression.

Après avoir caractérisé l'incorporation normale de l'art au régime final de l'humanité, il ne me reste qu'à indiquer sa participation fondamentale au mouvement actuel de régénération positiviste. Envers les trois éléments nécessaires de cett«

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