‹ Discours sur l'esprit positif (volume 2)Chapitre 20 sur 37 · PREMIÈRE PARTIE. U · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. U

la monogamie par l'obligation morale du veuvage éternel, aussi conforme à la religion de l'Humanité que contraire à la foi théoJogique. Faute de ce libre engagement, la sainte influence de l'épouse cesserait au temps où la mort lui procure sa principale efficacité. Le mariage subjectif devient également nécessaire à la suprême domination, qui, composée surtout d'actions posthumes, ne serait point assez sentie si les liens moraux étaient dédaignés quand ils perdent leurs sièges physiques.

En tant que mère, la femme doit toujours présider à l'ensemble de l'éducation humaine, où le sentiment ne pourrait autrement prévaloir. Ce privilège est directement incontestable envers la première phase septennale, dont la destination , essentiellement affective , ne laisse aucun doute sur une attribution d'où dépend tout le succès de notre préparation. Mais l'ascendant maternel ne convient pas moins à la période plus équivoque qui s'étend de la dentition à la puberté. Là commence l'essor régulier de l'intelligence, à la fois spontané quant aux faits et procédés de tout genre qui seront ultérieurement coordonnés, et systématique envers les principales études esthétiques. Devant surtout consister en exercices habituels, celles-ci peuvent toujours se rattacher au culte intime, qui s'organise alors; en sorte que la mère peut encore suffire à tout diriger, si sa propre éducation l'a convenablement préparée à sa destination.

Il en est autrement pour le complément septennal où l'essor théorique doit consolider l'initiation domestique, d'abord affective, puis esthétique, en la liant à l'appréciation fondamentale de l'ordre universel que l'Humanité sul^t et modifie en le résumant. Ce noviciat systématique, dont chaque année nous fait monter le degré correspon-

ft§ APPEL AUX GONSERVAtEURS.

dâiït de Féchelle encyclopédique, peut sétil nous faire assez sentit" l'ensemble des lois abstraites^ pour instituer des convictions sans lesquelles les meilleurs sentiments ne sauraient résister aux perturbations habituelles. Mais il n'appartient qu'au sacerdoce d'établir la liaison fondamentale de l'homme au monde par le Grand-Être, pendant la dernière période où la providence civique, complétant la tutelle domestique, nous préserve des sollicitudes pratiques. Normalement commune à tous les rangs, et même aux deux sexes, cette préparation pose, dans chaque âme, les bases nécessaires de l'influence systématique que le pouvoir spirituel doit ensuite exercer sur toute l'existence humaine. Toutefois, la surintendance maternelle, toujours respectée par le sacerdoce, est spécialement convenable envers ce complément de l'éducation universelle, pour éviter ou réparer les dangers moraux qui resteront propres à la culture théorique, quels que soient les progrès de la discipline philosophique.

Relativement au sexe dirigeant, le positivisme consolide et développe la constitution domestique en étendant l'autorité maritale et paternelle par la double faculté de tester et d'adopter. La femme devant toujours être dispensée du travail extérieur afin de pouvoir assez remplir ses deux ofBces intérieurs, elle doit librement abandonner les dots et les héritages qui, n'ayant plus de motifs matériels, nuiraient à sa mission morale, en suscitant de vicieuses aspirations. Ainsi s'établit la concentration normale des capitaux chez les serviteurs pratiques de l'Humanité, pour que leur puissance et leur responsabilité reçoivent toute l'extension convenable. Mais ftette condensation, indispensable à l'efficacité sociale du tré-

PfefillIÈIIE PAltlE. hl

sor matériel, resterait insuffisante si les administrateufB de nos richesses ne pouvaient librement instituer leurs suceesseui^s. Loin d'altérer Tharmonie domestique, la plénitude procurée à l'autorité pratique doit resserrer les liens intimes, en les purifiant des motifs intéressés, pour faire mieux prévaloir la constitution, essentiellement sympathique, de Tassooiation élémentaire.

Voilà comment la religion positive, diaprés son caractère directement social, consacre toutes les saines aspirations que rinitiation humaine fit successivement surgir envers la famille, en les dégageant des déviations em« piriques qui seules empêchaient de les concilier. La dignité féminine et l'empire masculin reçoivent à la fois des développements décisifs, aussi favorables au bonheur domestique qu'à la prospérité civique. Alors la famille se trouve directement appréciée comme l'élément et Técole de la société ; de manière à surmonter irrévocablement tous les sophismes suscités par l'anarchie métaphysique et l'impuissance théologique. Normalement liée à la vie publique , la vie privée acquiert la grandeur et la consistance que la chevalerie rêvait à travers le catholicisme, et qui ne furent assez ébauchées que sous l'essor romain. Mais cette connexité n'est pas moins précieuse à la Cité qu'à la Famille ; car l'existence politique se purifie et se précise en puisant sa garantie et sa destination dans l'existence domestique, qu'elle doit partout étendre et consolider, comme principale source de l'ordre et du progrès.

Ce développement universel de la vie privée constitue vie publique, le meilleur privilège du régime positif, où le problème social consiste à diriger l'activité par le concours de l'amour avec la foi, pour systématiser les liens sponta-

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nés qui peuvent seuls assurer le bonheur et le devoir. L'organisme politique, dont le sacerdoce est l'âme, doit ainsi devenir, comme l'organisme domestique condensé chez la femme, l'extension décisive de l'organisme individuel , représenté dans le tableau cérébral. Une telle connexité se trouve directement consacrée par le culte universel du Grand-Être, où les treize mois de l'année positiviste sont respectivement voués à célébrer d'abord les six liens fondamentaux, puis les trois états préparatoires, enfin les quatre fonctions normales. Dans cette dernière partie, la sociolâtrie idéalise à la fois la providence humaine et la constitution sociocratique. Après avoir adoré la providence morale qu'exerce la Femme, on y glorifie, suivant la dignité décroissante , la providence intellectuelle du sacerdoce, la providence matérielle du Patriciat, et la providence générale qui doit spontanément émaner du Prolétariat.

Je ne puis ici faire assez comprendre comment le positivisme institue l'harmonie normale des quatre éléments nécessaires du régime humain. Le but de cet opuscule me permet seulement d'indiquer la solution religieuse du principal problème politique , concilier Tordre et le progrès. Elle émane de la Famille dans l'éducation universelle , et se trouve complétée d'après la systématisation de la Patrie.

Mais, avant de caractériser cette solution, je dois spécialement rappeler qu'elle exige, par-dessus tout, une pleine et constante séparation entre le sacerdoce et le gouvernement. Or la division des deux puissances, prématurément ébauchée au moyen âge , ressort spontanément de la nature, spirituelle et temporelle, du régime positif, dont elle constitue le fondement général. Elle

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