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justeméntaajoiiidliiii , oonstitiiaie&t eerliidaeineiit le seiA moyieii primitif de déterminer l'essor oontiDU des spéenlatioiis kaitiaineSi en dégagenat spontanànent notre intelligenee da cercle profondément Ticietix où elle est d'abord nécessairement enveloppée par l'opposition radicale de deux conditions égalein^t impérienses. Car, si les modernes ont du proctamer Vimposëibililé de fonder aocnne IttéoriesoUde, autrement ^e sur nn snfilsant coilcoors d'observations conrenaUes , il n^est pas moins incontestable que l'esprit humain ne pourrait jamais combina, ni méàie recueillir, ces iiidispensaUes matériaux , sans être toujours dirigé par quelques vues spéeulatiTeâ préalaUemeht établies. Ainsi, cet conceptions primordiale» ne cuvaient , éyidemm^t , résulter que d'une philosophie dis* pensée, par sa nature , de toute longue pr^ration , et suseepliHe y en un mot , de surgir spontanément , sous la seule impulsion d^un instinct direct , qudqile chimériques que dussent être d'aiUears des spéculations aussi dépouryties de tout foudément réd. Tel est l'heureux privilège des principes théologiqués^ sans lesquels on doit assurer que notre intelligence ne pouvait jamaU sortir de sa torpeur initiale « et qui seuls ont pu permettre^ en dirigeant son activité spéculative, de préparer graduellement un mèilieur régime logique. Cette aptitude fondamentale fut y au reste, puissamment secondée par la prédilection originaire de l'esprit hi(m«n pour les questions insolubles que poursuivait surtout cette philosophie primitive. Mous ne pouvions mesurer nos forces mentales, et, par suite ^ en etrconscrire sagement la destination , qu'a{Hrèsles avoir suffisamment exercées. Or, cet indispensable exercice ne pouvait d'abord être déterminé, smrtout dans les plus faiUes facultés de notre nature , sans l'énergique stimulation inhérente à de telles études , où tant d'inteUigenoes mal evditivées persistent èûixfre à ebercher la plus proolpte et hi plus complète âplution
SUA L'BSniT POSITIF. T
des qii€ilioii84iireGteiKieat aaoeUes. Il a Même loogtempft ftlia, afio dé vaimve soflBiftQiiiieDt ootre ioerUe native, recourir aassi aux pûiBSaàtes illusions qae suscitait sfioatanéiiieBt une telle pbiloso]riiie sur le pouTOir presque indéfini de rhonuné ponÊt modifier à son gré un monde alors conçu oomtne essentiellement ord(Hmé à son usage , et qu'aucune jp^ande loi ne pouvait encore soustraire à Taititraire suprématie des influences surnaturelles. A peine y a-t-il trois siècles que, chez l'élite de rtiuinanité, les espérances astrologiques et alclrimiques, derfiiar yestige scientifique de cet esprit primordial , ont réelle^ ment cessé de servir à l'accumulation journalière des observa* tions correspondantes , comme Kepler et Bertboltet l'ont re»^ pectivement indiqué.
LeH^oncourS décisif de ces divers motifs intellectuels serait, en outre y puissamment fortifié si la nature de ce Traité me per* mettait d'y signaler suffisamment rinfiuence irrésistible dea liautes nécessités sociales , que j'ai convenablement appréciées dans l'ouvrage fondamental mentionné au d^ut dé ce discours. On peut d'abord pleinemeot démontrer ainsi , eombien l'espril théologique a de être longten^ps indispensable à la combinaisou permanente des idées morales et politiques ^.encore plus spéeia* lement qu'à celle de toutes les autres , sort' en vertu de leur complication supérieure , soft parce que les phénomènes covr respondanits , piimhivèm^t trop peu proncineés, ne pou^ valent acquérir un dévelcqipement caractéristique que d'après un essor très-prolongé de la civilisation humaine. Cest uue étrange inccHiséquence , à peine etcusalde par la tendance aveuglément critique de notre temps , que dé reconnaitre, pour les anciens ; rimpossibilité de philosopher sUi les plus sim^ sujets autremeht que suivant le mode théologiqué , et de mé« connaître néanmofn; ^ surtout chez les pëlyfiléiMes , rrasorîmontable néeesrité d'un régime analogue eiyvirrf les ^jpécuhi-
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lions sociales. Mais il faut sentir, en outre , qooiqae je ne puisse Pétablir ici , que cette philosaïAiio initiale n'apas été moins indispensable à l'essor préliminaire de notre sociabilité qu'à cdui de notre intelligence , soit pouF<x>nstittter primitiremeat quelques doctrines communes , sans lesquelles le lien social n'aurait pu acquérir ni étendue ni consistance, soit en suscitant spoatanément la seule autorité spirituelle qui pût alors surgir.
Quelque sommaires que dussent être ici ces explications gé* nàrales sur la nature provisoire et la destination préparatoire de la seule philosophie qui convint réellement à renfance de l'humanité , dies font aisément sentir que ce régime initial dif^ fére trop profondément , à tous égards , de celui que nous allons voir correspondre à la virilité mentale, pour que le passage graduel de l'un à l'autre pût originairement s'opérer, soit dans l'individu, soit dans l'espèce, sans l'assistance croissante d'une $orte de philosophie intermédiaire , essentiellement bornée à cet office transitoire. Telle est la participation spéciale de Tesjprit métaphysique proprement dit à l'évolution fondamentale de notre intelligence, qui , antipathique à tout changement brusque , peut ainsi s'élever presque insensiblement de l'état purement tbéologique à l'état franchement positif, quoique cette situation équivoque se rapproche, au fond, bien davantage du premier que du dernier. Les spéculations ^d<)minantes y ont conservé le même caractère essentiel de tendance habituelle aux connaissances absolues : seulement la solution y a subi une transformation notable, propre. à mieux faciliter l'essor des conceptions positives. Gomme la théologie , en effet , la métaphysique tente surtout d'expliquer la nature intime des êtres , rorigine $t la d^tination de toutes choses > le mode essentiel de production de tous les phénomènes : mais au lieu d'y esm- |doy^ les agents, surnaturels proprement dits, elle les remplace de plus en pl^s imr ces entités oa abstiactiotis . personnifiées ,
dont l'asi^e, Yraimeot caractéristique , a sonrent permis â9 la désigner sons le 90111 û*(mtologie. U n'est que trop facile aujourd'hui d'obserrer aisément une telle manière de philosopha, qui, encore prépondérante enyers les |diénomènes les plus comidiqués, offre journellement, même dans les théories les plus simples et les moins arriérées , tant de traces appréciables de sa longue dcnnination (1). L'efficacité historique de ces entités résulte directement de leur caractère équîToque : car, en chacun de ces êtres métaphysiques , inhérent au corps correspondant sans se confondre avec lui , Tesprit peut , à volonté , selon qu'il est plus près de l'état théologiqae ou de l'état positif, voir ou unfi véritable émanation de la puissance surnaturelle , ou une simple 4énomination abstraite du phénomène considéré. Ce n'est p\m alors la pure imagination qui domine , et ce n'est pas ^encore la véritable observation : mais le raisonnement 7 acquiert beaucoup d'extension , et se prép«*e confusément à l'ex^cioe vraiment scientifique. On doit, d'ailleurs, remarquer que sa part spéculative s'y trouve d'abord trés« exagérée, par snite de cette tendance opiniâtre à argumenter au lieu d'observer, qui , en tous genres , caractérise habituelle* ment l'equrit métaphysique , même chez ses plust éminents organes. Un ordre de conceptions aussi ikxible , qui ne comporte aucunement la consistance si longtemps propre au système théologique , doit d'ailleurs parvenir, bien plus rapidement, à l'unité correspondante , par la sidHnrdination graduelle des di-
(1) Prescîue toutes les explications habituelles relatives aux pliénomènes sociaii3i;« la plupart de celles qui concernent Tliomme intellectuel et moral, une grande partie de nos théories physiologiques ou médicales, et même aussi plusieurs théories chimiques, etc., rappellent encore directement l'étrange manière de philosopher si plaisamment caractérisée par Molière , sans aucune grave exagération , à Toccasion , par exemple , de la vertu dormitive de Topium , conformément à Tébranlement décisif que Descaries venait de faire subir à tout le régime des entités.
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veiies eotHés particulières à um seiilé entité fènériie, la noture, destinée à détermiiier le faible équiralent métapbysiqae de la vagae liaison uniVersetle résiritée da monodiéiwiie.
Pour mîeiix oofiipreiidre , sartool de nos jours , l'efficadlé tiislorique d'un tel appaireil philosqpbiqae^ ilimp(M*te de re* connaître qae , par sa nature , il n'est spontanéiiient susceptible que d'une simple activité critique ou dissdTante, m^me men* taie , et à plus forte raison sociale « sans pouroir jamais rien organiser qui lui soit propre. Radicalement inconséquent, cet esprit équivoque coi^serve tous les principes fondamentaux du système théologique , mais en leur ôtant de plus en plus cette vigueur et cette fixité indispensables à leur autorité effective ; et c'est dans une semblable altération que consiste , en efibt , à tous égards, sa principale utilité passagère ^ ^^and le régime antique , longtemps progressif pour rensemUe de révolution humaine, se trouve inévitablement fiarvenu à ce degré de pro» longation abusive où il tend à perpétuer indéfiniment Tétat d'enfance qu'il avait d'abord si heureusement dirigé. La méta<physiquc n'est donc réellement y au fond , qn'une sorte de théologie graduellen^ent énervée par des simplifications dissolvantes, qui lui ôtent spontanément le pouvoir direct d'^mpécher l'essor spécial des conceptions positives, tout en hd conservant néan* moins l'aptitude provisoire à entretenir un certain exercice in«* dispensable de l'esprit de généralisation, jusqu'à ce qu'il puisse enfin recevoir une meilleare alimentation. D'après son caractère contradictoire , le régime métaphysique ou ontologique est toujours placé dans celte inévitable alternative de tendre à une vaine restauration de l'état théologiqUe pour satisfaire aux condilioDs d'ordre, ou de pousser à une situation purement négative afin d'échapper à l'empire oppressif de la théologie. Cette oscillation nécessaire, qui maintenant ne s'observe plus qu'en vers les plus diflteiles théories, a pareillem^t existé jadis
SITR L'BlPBUr POSITIF. H
à regard même des pim simplefl , tant qu'a doré leur âge mé^ tapbysique, en vertu de l'impuissance organique toujours pro|N-e à une tdle maitiàre de philosopher. Si la raison publique ne Fayait dès longtesq^ écartée pour certaines notions fondamentales , on ne doit pas craindre d'assurer que les doutes insensés qu'elle suscita « il y a yingt siècles , sur rexistence des corps extérieurs subsisteraient encore essentiellement, car elle ne les a certainement jamais dissipés par aucune argumentation dédsiye. On peut donc inalement envisager Fétat métaphysique comme une sorte de maladie chronique naturellement inhérente à notre évolution mentale , individuelle ot| collective , entre Tenfance et la virilité.
Les spéculations hist<Hriques ne remontant presque^ jamsris , chez les modernes , au delà des temps polytbéiques , l'esprit métaphysique doit y sembler à peu près aussi ancien que l'esprit théologîque lui-même, puisqu'il a nécessairement présidé, quoique d'une manière implicite, à la transformation primitive du féUdiisme eu polythéisme, afin de suppléer déjà à l'activité purement surnaturelle qui , ainsi directement retirée à chaque corps particulier , y devait spontanément laisser quelque entité correspoQdante. Toutefois, comiyie cette première révolution théologique n'a pu alors douner lieu à aucune vraie discus* sion , l'intervention continue de l'esprit ontologique n'a commencé à devenir pleinement caractéristique que dans la révcdution sui?ante, pour la réduction du polythéisme en monothéisme, dont il a dû êtreForgane nature. Son. influence croiMinte devait d'abord paraître organique , tant qu'il restait subordonné à l'impulsion tfaéologique : mais sa nature essentiellement dissolvante a dû ensuite se manifester de plus en plus, quand il a tenté graduellement de pousser la simplifica* tiou de la théologie au delà même du monothéisuie vulgaire , qui coBstftufttt , de Idute nécessité , l'extrême phase vraimient
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posaîble de la philosophie înittale. C'est ainsi que , pendant les cinq derniers siècles , Tesprit métaphysique a secondé négativement Tessor fondamental de notre cîTilisation moderne , en décomposant peu à peu le système théologiqae , dcTenu finalement rétrograde, depuis que Tefficaci té sociale du régime monothéique se trouvait essentiellement épuisée , à la fin du moyen âge. MalheureusemeM./ >près avoir accompli, en chaque genre, cet office indispensable mais passager, l'action trop prolongée des conceptions ontologiques a dû toujours tendre à empêcher amsi toute autre organisation réelle du système spéculatif ; en sorte que le plus dangereux obstacle à Tinstallation finale d'une vraie philosophie résulte, en efiet, aujourd'hui de ce* même esprit qllt souvent s'attribue encore le privilège presque exclusif des méditations philosophiques*.
Cette longue succession de préambules nécessaires conduit enfin notre intelligence , graduellement émancipée , à son état définitif de positivité rationnelle , qui doit ici être caractérisé d*une manière plus spéciale que les deux états prélindnaires. De tels exercices préparatoires ayant spontanément constaté l'inanité radicale des explications vagues et arbitraires propres à la philosophie initiale, soit théologiqae, soit métaphysique, l'esprit humain renonce désormais aux recherches absolues qui ne convenaient qu'à son enfance, et circonscrit ses efforts dans le domaine, dès ]or$ rapidement |Hrogressif, de la véritable observation , seule base possible des connaissances vraiment accessibles, sagement adaptées à nos besoins réels. La logique spéculative avait jusqu'alors consisté à raisonner, d'une manière plus ou moins subtile , d'après des principes confus , qui , ne. comportant aucune preuve suffisante, suscitaient toujours des débats sans issue. EUe reconnaît désormais , comme règle fondamentale , que toute proposition qui n'est pas strictement déductible à la simple énoncîation d'un fuit , ou particulier ou
SUR l'bsprit positif.
générai , oe peat noas offirir aucuoi sens réel et inlelligible. Les prindpes qu'elle emploie ne sont pfais eux-mêmes que de véritables faits, seulement plus généraux et plus abstraits que ceux dont ils doivent former le li^. Quel que soit d'ailleurs le mode, ratiomiel ou expérimental, de procéder à. leur découverte , c'est toujours de leiâr conformité, directe ou indirecte, avec l^s phénomènes observés que résulte exclusivement leur efficacité scientifique. La pure imagination perd alors irrévocablement son antique suprématie mentale , et se subordonne nécessairement à l'observation , de manière à xx)n$tituer un. état logique pleinement normal , sans cesser néanmoins d'exercer , dans les spécnlftlions positives , un office aussi capital qu'inépuisable , pour créer ou perfectionner les. moyens de liaison , soit définitive , soit provisoire. En un npt , la révolution fondamentale qui caractérise la virilité de notre intelligence consiste essentiellement à iuhstituer partout , à l'inaccessible détermination des causes proprement dites, la simple recherche des lois^ c'est-à-dire, des relations constantes qui existent entre les phénomènes observés. Qu'il s'agisse des moindres ou des plus sublimes effets , de choc et de pesanteur comme de pensée et de moralité, nous^n'y pouvons vrairnsent connaître que les diverses, liaisons mutuelles propres à leur accomplissement, sans jamais pénétrer le mystèrede leur production.
Non-seulement nos recherches positives doivent essenlieUcment se réduire, en tous genres, à l'appréciation systématique de ce qui est , en renonçant à en découvrir la première origine et la destination finale ; mais il importe , en outre , de sentir que «.'ette étude des phénomènes , au lieu de pouvoir devenir aucpncment absolue , doit toujours rester relative à noire organisation et à notre situation. £n reconnaissant , ^us ce double aspect , rimpetfection nécessaire de^ nos divers moyens spéculatifs, on voit que, loin de pouvoir étudier complètement au-
cune existence efifeclive , nous ne saarioii» gâvàilrlir Bunëment la possibilité de constater «insi , même très-saperficMle|Dent , tontes les existence!! régies , dont la majeare pa^^tie p«a,l-élre doit nous échapper totaleiiient. 6i fo perte d^nn sens impurtant snffit pour nous eaoher radicalement an ordre entter de phéno* mènes naturels, il y à tout lieu de penser, iPéeiproqttementy que Facquisition d'un sensnonreau nous défoilerail nne dassa de farits dont nous n'avons maintenant aocape idée, h moins de croire que la diversité des seas , si différente entre les iHftinci-^ paux types d'animalité , se trouve pousse , dans notre organisme, m plus haut degré que puisse exiger l'exploration totale du monde extérieur, supposition ^idenuaient gratuite , et presque ridicule. Aucune science ne peut mieux manifester t}Qe Fàstronomie cette nature nécessairement relative de tontes nos connaissances réelles , puisque , Finvestigatioii des phéno-* mènes ne pouvant s'y opérer que par un seul sens, il est trèsfacile d'y apprécier les conséciiences spéculatives de sa suppression ou de sa simple altération. Il ne saurait exister aucune astronomfe chez une espèce aveugle, quelque intellig^ile qu'on la supposât 9 ni envers des astres obscurs, qui sont peut^tre les plus nombreux , ni même si seulement l'atmosphère à travers laquelle nous observons lés corps célestes restait tMjours et partout nébuleuse. Tout le cours de ce Traité nous offrira de fréquentes occasions d'api»*écier spontanément , de la manière la moins équivoque , cette intime dépendance où l'ensemble de nos conditions propres, tant intérieures qu'extérieures, retient inévitablement chacune de nos études positives.
Pour caractériser suffisamment cette nature nécessairement relative de toutes nos connaissances réelles, il importe de sentir, en outre , du point de vue le plus philosophique , que , si nos conceptions quelconques doivent être considérées elles-mêmes comme autant de phénomènes humains , de tels phénomènes ne
ÈVK VWfKn fOSlTlF. IS
^ timl pBs «oqplelniBitt Mt^idouls ^ mm missi et sartont sodatix , ipmqa'iis césoMent, en idiBl , d'ane éyokition coHectiveet eoa* tîMe^'dcHlt toojs ks Mémeftls et toutes les pi»se»80Bt esseo* tiriteimmt eeniiMeft.*Si done, sent le preurier aspect, m reeon* itit^pie Jios spécuiatimi doîTent tèajottw dépe^fce des diverses eoDdMeae «BseaticileB àe aotife existence iadividueHe , il fout 4gs|teiieiit adsiettre^ don» le seoDiMl, (pi'ellcs ne sont pes mollis saherdMoées à Fensentde de la progressîoQ sociale , de ttfisi^e à ne ppiiToûr jamais eomporter cette feité absolue que les fiaétaph^denaont snqpposée. Or, h loi géaérale du mouvement fofidameatal de l-hamanité eonsiste , à cet égard , eu ce qae nos théories tende&t do phis ea plus à représenter exactement les sujets estériearsde nos eonstantes mvestigatiOBs , sans qpie néanmoins la vraie oonstitation de chacun d'eux puisse , en aucun cas , être pleinement appréciée , la perfection scienti* ique devantse boiner à approcher de cette Monte idéale autant que Fexigent nos dlv«'S besoins réels. Ce second f enre de dépendance, prc^re aux spéculations positives, se manifeste aussi clairement que le premiw dans le cours entier des études astronomiques, en considérant, par exemple, la suite des notions de plus en plus satisfaisantes , obtenues dejhiis Forigioe de la géométrie céleste , smr la %ure de la terre , sur la forme des orbites planétaires , etc. Ainsi, quoique d'une part, les dootribes scientiiqoes soient nécessairement d'une nature assex mobile pour devoir écarter toute prétention à l'âte^u , leurs variations graduelles ne présentent , d'une autre part , aucun caractère arbitraire qui puisse motiver un scepticisme encore plus dangereux ; chaque changement succesdf conserve d'ail» leurs spontanément aux théories correspondantes , une aptir tude indéflhie à représenter les phénomènes qui leur ont servi de base , du moins tant qu'on n'y doit pas dépasser le degré primitif de précision efiective.
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Depuis qu» h snbordkiatHUi oomitai^ de rhnagmation à Tobseryation a ^é unammei|eientEeo(Hmiie conme la {iremièie «tidUion fondamentale^^ tdute saine spécoUtion scientifique, ime yidease inlerpfiétâtion a seàvent conduit à di^ser-beanK coup de ce grand principe; logique, pour faire dégénérer la science réelle on une sorte de istérila accumulatiott de faits incobérents , qui ne pourrait offrir d^utre mérite essa[dlel que celui de l'exactitude partielle. Il importe donc de Men sentir que te Téritàble esprit positif n-eat pas moins éloiigné , au fond, de l'empirisme que du mystidsme^ c'est entre ces deux aberra* lions , également funestes, qu'il doit tdujoùr» cheminer : lebe^ soin d'une telle réserve continue, aussi diffidle^ qu'imper* tante , suffirait d'ailleurs pour vérifier, conformément à nos explications initiales , combien h vraie positivité doit être mûrement préparée, de manière à ne pouvoir nullement convenir à l'état naissant de l'humanîté. C'est dan» les lois des phénomènes que consiste réellement la, science, à laquelle les faits proprement dits, quelque exacts et nombreux qu'ils |)uissenl être, ne fournissent jamais que d'indispensables matériaux. Or, en considérant la destination constante de ces lois , on peut dire, sans aucune exagération, que la véritable science, bien loin d'être formée de simples observations , tend toujours à dispenser^ autant que possible, de rexpl<Nration directe, en y substituant cette prévision rationnelle , qui constitue , à tous égards, le principal caractère de l'esprit positif, comme l'ensemble des études astronomiques nous le fera clairement sentir. Une teUe prévision , suite nécessaire des relations constantes découvertes entre les phénomènes, ne permettra limais de confondre la sdmce réelle avec cette vaine érudition qui accumule machinalement des faits sans aspirer à les déduire les
uns des autres. Ce grand attribut de toutes nos saines spéculations n'importe pas moins à leur utilité effec,tive qu'à leur
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propre dignité; car, Texploration directe des phénomènes accomplis ne pourrait suffire à nous permettre d'en modifier l'aocomplissement^ si elle ne nous conduisait pas à le- prévoir conTenablement. Ainsi , le véritable esprit positif omsiste surtout à voir pour prévoir, à étudier ce qui est afin d'en conclure ce qui sera , d'après le dogme général de l'invariabilité des lois naturelles (1).
Ce principe fondamental de toute la philosophie positive , sans être encore, à beaucoup près, suffisamment étendu à l'ensemble des phénomènes, commence heureusement, depuis trois siècles, à devenir teHement familier, que, par suite des habitudes absolues antérieurement enracinées , on a presque toujours méconnu jusqu'ici sa véritable source , en s'efforçant » d'après une vaine et confose argumentation métaphysique, de représenter comme une sorte de notion innée , ou du moins primitive , ce qui n'a pu certainement résulter que d'une lente induction graduelle, à la fois cdlective et individneUe. Nonseulement aucun motif rationnel , indépendant de toute exploration extérieure , ne nous indique d'abord l'invariabilité des relations physiques ; mais il est incontestable, au contraire, que l'esprit humain éprouve , pendant sa longue enfance, un très-vif penchant à la méconnaître , là même où une observation impartiale la lai manifesterait déjà, s'il n'était pas alors çntratné par sa tendance nécessaire à rapporter tous les événe-
(1) Sur cette appréciation générale de l'esprit et de la marche propres à la méthode positive, on peut étudier, avec beaucoup de fruit, le précieux ouvrage intitulé : A System oflogic^ rcuiocinative and indtictive^ récemment publié à Londres (chez John Parker, West Strand, 1843) , par mon émineiit ami, M. John Mill , ainsi pleinement associé désormais à la fondation directe de la nouvelle philosophie. Les sept derniers chapitres du tome premier contiennent une admirable exposition dogmatique, aussi profonde que lumineuse, de la logique inductive, qui ne pourra jamais , j*ose rassurer, être mieux conçue ni mieux caractérisée en restant au point de vue où Tauteur s'est placé.
méhtottaelcokiqtteâ, et surtout les plus importants, à des volontés arbitraires. Dans chaque ordre de phénomènes , il eh existe, sans doute ^ quelques-uni assez simples et assez familiers pour que leur observation spontanée ait toujours suggéré le sentiment confus et incohérent d'une certaine régularité secondaire ; en sorte ijue le point de vue purement théolrgique n'a jamais pu être rigoureusement universel. Mais cette conviction partielle et précaire se borne longtemps auii phénomènes les moins nombreux et les plus subalternes , qu'elle ne peut même nullement préserver alors des fréquentes perturbations attribuées à l'intervention prépondérante des agents surnaturels. Le principe de l'invariabilité des lois naturelles ne commence réellement à acquérir quelque consistance philosophique que lorsque les premiers travaux vraiment scientifiques ont pu en manifester l'exactitude essentielle envers un ordre entier de grands phé* nômênes ; ce qui ne pouvait suffisamment résulter que de la fondation de l'astronomie mathématique , pendant les derniers siècles du polythéisme. D'après cette introduction systématique, ce dogme fondamental a tendu , sans doute , à s'étendre^ par analogie, à des phénomènes plus compliqués, atant même que leurs lois propres pussent être aucunement con« nues. MaiS) outre sa stérilité efifective» cette vague antici* pation logique avait alors trop peu d'énergie pour résister convenablement à Façtive suprématie mentale que conser> vaient encore les illusions théologico-métaphysiques. Une première ébauche spéciale de l'établissement des lois naturelles envers chaque ordre principal de phénomènes a été ensuite indispensable pour procurer à une telle notion cette force inébranlable qu'elle commence à présenter dans les sciences les plus avancées. Cette conviction ne saurait même devenir assez ferme» tant qu^une semblable élalxH'ation n'a pas été vraiment étendue à toutes les spéculations fondamentales , l'incertitude
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lafesée par les plus ccxnpUqaées devant alors aflacter plas ou moitid chacune des' aatres. On ne peut méconnaître cette téné^ brcnse réaction, mémeaujôardliai , où, par saite de l'ignorance encore habituelle envers les lois sociologiques , le principe de rinvariabilité des relations physiques reste quelquefois sujet à de graves altérations ^ jusque dans les études pur^nent mathématiques, où nous voyons, par exemple, préconiser jouméllipient un prétendu calcul des chances, qui suppose implicitement l'absence de toute loi réelle à l'égard de certains événements, surtout quand l'homme y intervient. Mais lorsque cette universelle extension est enfln suffisamment ébati'ehée, condition maintenant remplie cbez les esprits les plus avancés , ce grand principe philosophique acquiert aussitôt une plénitude décisive , quoique les lois efiectives de la plupart des cas particuliers doivent rester longtemps ignorées ; parce qu'ime irrésistible analogie applique alors d'avance à tous les phénomènes de chaque ordre ce qui n'a été constaté que pour quelques-uns d'entr'eux , pourvu qu'ils aient une importanoe convenable.
Après avoir considéré l'esprit positif relativement aux objets extérieurs de nos spéculations , il faut achever de le caracté^ riser en appréciant aussi sa destination intérieure, pour la satisfaction continue de nos propres besoins , soit qu'ils eon* cernent la vie contemplative , ou la vie active.
Quoique les nécessités purement mentales soient, sans doute, les moins énergiques de toutes celles inhérentes à notre nature» leur existence directe et permanente est néamnoins inoontes^ table chez toutes intelligences : elles y constituent la première stimulation indispensable à nos divers efforts philosophiques, trop souvent attribués surtout aux impulsions pratiques, qui les développent beaucoup, il est vrai , mais ne pourraient les faire naître. Ces exigences inteliectudUes , relatives, comme
aO DISCOURS
toutes lesaaùres , à Texercice régulier des fonctions correspondantes t réclament toujours une heureuse combinaison de sta-
bilité et d'activité , d'où résultent les besoins simultanés d'ordre et de progrés, ou. de liaison et d'extension. Pendant la longue enfance de l'humanité, les conceptions théologico>méta|Aysiques pouvaient seules» suivant nos explications antérieures, satisfaire provisoirement à cette double condition fondamentale, quoique d'une manière extrêmement imparfaite. Mai3 quand la raison humaine est enfin assez mûrie pour renoncer franchement aux. recherches inaccessibles et circonscrire sagement son activité dans le domaine vraiment appréciable à nos facultés , la philosophie positive lui procure certainement une satisfaction beaucoup plus .complète , à tons égards , aussi bien que plus réelle, de ces deux besoins élémentaires. Telle est, évidemment, en effet, sous ce nouvel aspect ^ la destination directe des lois qu'elle découvre sur les divers phénomènes , et delà prévision rationnelle qui en estinséparable. Envers chaque ordre d'événements , ces lois doivent , à cet égard, être distinguées en deux sortes , selon qu'elle lient par similitude ceux qui coexistent, ou par filiation ceux qui se succèdent. Cette indispensable distinction correspond essentiellement^ pour le monde extérieur, à celle qu'il nous offre toujours spontanément entre les deux états co-relatifs d'existence et de mouvement ; d'où résulte, dans toute science réelle, une différence fondamentale entre l'appréciation étatique et l'appréciation dynamique d'un sujet quelconque. Les deux genres de relations contribuent également à expliquer les phénomènes, et conduisent pareillement à les i^révoir, quoique les lois d'harmonie semblent d'abord destinées surtout à l'explication et les lois de succession à la prévision. Soit qa'il s'agisse, en effet, d'expliquer ou de prévoir, tout se réduit toujours à lier : toute liaison réelle , d'ailleurs statique ou dynamique , découverte entre deux phé-
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nomènes qaelcoûques ^ permet à la fois de les expliquer et de les prévoir Fan d'après l'autre ; car la préTision scientifique convient évidemment au présent , et même au passé , aussi bien qu'à l'avenir, consistant sans cesse à connaître un faft indépendamment de son exploration directe , en vertu de ses relations avec d'autres déjà donnés. Ainsi ^ par exemple, l'assimilation démontrée entre la gravitation céleste et la pesanteur terrestre, a conduit, d'après les variations prononcées de la première, à prévoir les faibles variations de la seconde , que l'observation immédiate ne pouvait sufiSsamment dévoiler, quoiqu'elle les ait ensuite confirmées; de même, en sens inverse, la correspondance , anciennement observée , entre la période élémentaire des marées et le jour lunaire s'est trouvée expliquée aussitôt qu'on a reconnu l'élévation des eaux en chaque point comme résultant du passage de la lune au méridien local. Tous nos vrais besoins logiques convergent donc essentiellement vers cette commune destination : consolider, autant que possible, par nos spéculations systématiques, l'unité spontanée de notre entendement, en constituant la contiquité et l'homogénéité de nos diverses conceptions , de manière à satisfaire également aux exigences simultanées de Tordre et du progrès, en nous faisant retrouver la constance au milieu de la variété. Or , il est évident que , sous cet aspect fondamental , la philosophie positive comporte nécessairement, chez les esprits bien préparés , une aptitude très-supérieure à celle qu'a pu jamais offrir la philosophie théologico-métaphysique. En considérant même celle-ci aux tebps de son plus grand ascendant, à la fois mental et social , c'est-à-dire , à l'état polylhéîque , l'unité intellectuelle s'y trouvait certainement constituée d'une manière beaucoup nioins complète et moins stable que ne le permettra prochainement l'universelle prépondérance de l'esprit positif, quand il sera enfin étendu habituellement aux plus
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émioeates spkalations. Mors , en effet , régnera partout , sons divers modes , et à dififôrents degrés , cette admirable constitution logique, dont les plus simples études. peuvent seules nous donner aujourd'hui une juste idée , où la liaison et Texlension» cbacune pleinement garantie, se trouvent , en outre , spontanément solidaires, Ce grand résultat philosophique n'exige d'ailleurs d'autre condition nécessaire que Tobligation permaneiite de restreindre toutes nos spéculations aux recherches vraiment accessibles, en considérant ces relations réelles , soit de similitude, soit de succession y comme ne pouvant ellesmêmes constituer pour nous que de simples faits généraux , qu'il faut toujours tendre à réduire au moindre nombre possible , sans que le mystère de leur production puisse jamais être aucunement pénétré, confoinnément au caractère fondamental de l'esprit positif. Mais si cette constance. effective des liaisons patarelles QOUS est seule vraiment appréciable, elle seule aussi sufiCit pleinement à nos véritables besoins , soit de contemplation ^ soit de directioi^t
Il importe néanmoins de reconnaître , en principe, que, sous le régime positif, l'harmonie de nos conceptions se trouve nécessairement limitée , à nn certain degré , par l'obligation fondamentale de leur réalité , c'est-à-dire , d'une suffisante conformité à des types indépendants de nous. Dans son aveugle instinct de liaison , notre intelligence aspire presque à pouvoir toujours lier entre eux; deux phénomènes quelconques , simultanés ou successifs ; mais l'étude du monde extérieur démontre, au contraire , que beaucoup de ces rapprochements seraient purement chimériqqes , et qn'une foule d'événements s'accomplissent continuellement sans aucune vraie dépendance mutuelle ; en sorte que ce penchant indispensable a autant be* soin qu'aucun autre d'être réglé d'après une saine appréciation générale. Longtemps habitué à une sorte d'unité de doc-
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tme, quelque vague ^ illusoire qu'ellci dût dire, 800$ Tempire des fictioa ibéologiques et des entités métapbyriqqfis , Veciprit humain , en passant à l'état positif, a d'abord tenté de réduire tons les divers, ordres de phénonaèneft à une seule loi oouunune. M^is tous les essais aocoigiplia pendant les deux derniers siècles pour obtenir une explication universelle de la nature n'ont abouti qu'à dii^créditer radicalevient une telle entreprise , désormais abapdonnée aux intelligences mal cultivées. Une judicieuse' exploration du monde extérieur Ta représenté comme étant beaucoup moins lié. que ne le suppose ou ne le dé»re notre eiUendemept , que sa propre faiblesse dispose ^avantage à multiplier dei^ relations favorables à sa marche, et surtout à son repos. Non-seulement les six catégories fondamentales q»e nous distinguerons ci-dessous entre les pbénofuéues naturels , ne sauraient certainement être toutes ramenées à une seule loi universelle ; mais il y a tout lieu d'assurer maintenant que Tunité d'explication, encore poursuivie par tant d'esprits sérieux envers chacune d'elles prise à part , nous est finalement interdite, même dans ce domaine beaucoup plus restreint* L'astronomie a fait naître , sous ce rapport, des espérances trop empiriques, qui ne sauraient se réaliser jamais pour les phénomènes plus compliqués , pas seulement quant à la physique proprement dite , dont les cinq branches principale^ resteront toujours distinctes entre elles, malgré leurs incontestables relations. On est souvent disposé à s'exagérer beaucoup les inconvénients logiques d'une telle dispersion nécessaire , parce qu'on apprécie mai les avantages réels que présente la transforo^atiou des inductions en déductions. Néanmoins, iffaut franchement reconnaître cette impossibilité directe de tout ratnener à une seule loi positive comme une grave imperfection , suite inévitable de la condition humaine, (|ui qous force d'appliquer upe très-faible intelligence à un univers très-compliqué.
Mais , cette incontestable nécessité , qu'il importe de reconnaître , afin d'éviter tonte vaine déperdition de forces mentales, n'empêche nullement la science réelle de comporter, sous un autre aspect, une sufSsante unité philosophique, équivalenteà celles que constituèrent passagèrement lathéologie ou la métaphysique, et d'ailleurs très-supérieure , aussi bien en stabilité qu'en plénitude. Pour en sentir la possibilité et enapprécièr la nature, il faut d'abord recourir à la lumineuse distinction générale ébauchée par Eant entre les deux points de vue objectif et subjectifs propres à une étude quelconque. Considérée sous le premier aspect, c'est-à-dire quant à la destination^xtérieure de nos théories, comme exacte représentation du monde réel , notre science n'est certainement pas susceptible d'une pleine systématisation , par suite d'une inévitable diversité entre les phénomènes fondamentaux. En ce sens, nous ne devons chercher d'autre unité que celle de la méthode positive enyisagée dans son ensemble , sans prétendre à uneyéritable unité scientifique, en aspirant seulement à Tho* mogénéité et à la convergence des diflerentes doctrines. Il en est tout autrement sous l'autre aspect, c'est-à-dire, quant à la source intérieure des théories humaines, envisagées comme des réstdtats natuifels de notre évolution mentale , à la fois individuelle et collective , destinés à la satisfaction normale de nos propres besoins quelconques. Ainsi rapportées , non à l'univers , mais à l'homme , ou plutôt à l'humanité , nos connaissances réelles tendent, au contraire, avec une évidente spontanéité , vers une entière systématisation , aussi bien scientifique que logique. On ne doit plus alors concevoir, au fond , qu'une seule science , la science humaine , ou plus exactement sociale, dont notre existence constitue à la fois le principe et le but, et dans laquelle vient naturellement se fondre l'étude rationnelle du monde extérieur, au double titre d'élément nécessaire et de préambule fondamental , également indispensable qaant
à la méthode et quant à la doctrine , comme je l'expliquerai cidessons. C'est uniquement ainsi que nos connaissances positives peuvent former un véritable système , de manière à offrir un caractère pleinement satisfaisant. L'astronomie elle-même, quoique objectivement plus parfaite que les autres branches de la philosophie naturelle , à raison de sa simplicité supérieure , n'est vraiment telle que sous cet aspect humain : car, l'en-semble de ce traité fera nettement sentir qu'elle devrait, au contraire, être jugée très-imparfaite si on la rapportait à l'univers et non à l'homme ; puisque toutes nos études réelles y sont nécessairement bornées à notre monde, qui pourtant ne constitue qu'un minime élément de l'univers , dont l'exploration nous est essentiellement interdite. Telle est donc la disposition générale qui doit flnalement prévaloir dans la philosophie vraiment positive, non-seulement quant aux théories directement relatives à l'homme et à la société , mais aussi envers celles qui concernent les plus simples phénomènes , les plus éloignés, en apparence, de cette commune appréciation : concevoir toutes nos spéculations comme des produits de notre intelligence , destinés à satisfaire nos divers besoins essentiels , en ne s'écartant jamais de Tbomme qu'aGn d'y mieux revenir, après avoir étudié les autres phénomènes en tant qu'indispen* sables à connaître, soit pour développer nos forces , soit pour apprécier notre nature et notre condition. On peut dès lors apercevoir comment la notion prépondérante de l'Humanité doit nécessairement constituer, dans l'état positif, une pleine systématisation mentale, au moins équivalente à celle qu'avait finalement comportée l'âge théologique d'après la grande conception de Dieu, si faiblement remplacée ensuite , à cet égard , pendant la transition métaphysique, par la vague pensée de la Nature.
Après avoir ainsi caractérisé l'aptitude spontanée de l'esprit
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positif à coDstituer Tunité finale de notre entendement , il devient aisé de compléter cette ei^pUcation fondamentale en retondant de l'individu ^ Tespcce. Celte indispensable extension était jusqu'ici essentiellement impossible aux philosophes modernes , qui I n'ayant pu suffisamment sortir eux-mêmes de l'état métaphysique , pe se sont jamais installés au point de vue social, seul susceptible néanmoins d'une pleine réalité, soits.cientifique, soit logique « puisque l'homme ne se développe point isolément, mais coUoctivemcnt- En écairtant, comme radicalement stérile , ou plutôt profondément nuisible , cette vicieuse abstraction de nos psycliologues ou idéologues, la tendance systématique que nous venons d'apprécier dans l'esprit positif acquiert enQn toute son importance, parce qu'elle indique en lui le vrai fondement philosophique de la sociabilité humaine , çn. tant du moins que celle-ci dépend de l'intelligence , dont l'influence capitale , quoique nullement exclusive , ne saurait y être contestée. C'est, en effet, le même problème humain , à divers degrés de difficulté , que de constituer l'unité logique de chaque entendement isolé ou d'établir une convergence durable entre des entendements distincts, dont le nombre ne saurait essentiellement influer que sur la rapidité de l'opération. Aussi , en tout temps, celui qui a pu devenir suffisamment conséquent a-t-il acquis, par cela même, la faculté de rallier graduellement lesi autres , d'après la similitude fondamentale de notre espèce. La philosophie théplogique n'a été , pendant l'enfance de l'humanité , la seule propre à systématiser la société que comme étant alors la source exclusive d'une certaine harmonie mentale. Si donc le privilège de la cohérence logique a désormais irrévocablement passé à l'esprit positif, ce qui ne peut guère être sérieusement contesté , il faut dès lors reconnaître aussi en lui l'unique principe effectif de cette grande communion intellectuelle qui devient la base nécessaire de toute véritable
association humaine, quand elle eat ^uvenablement liée ànx deux autres conditions fondasiéntalas » une suffisante oonformité de sentiments , et une certaine convergence d'intérêts. La déplorable situation pbilosophiqDQ de Mite de Thumanité suffirait aujourd'hui pour dispenser, à cet égard, de toute discussion , puisqu'on n'y observe plus de vraie communauté d'opinions que sur les sujets déjà ramenés à des théories positives , et qai , malheureusement , ne sont pas , à beaucoup près , les plus importants. Une appréciation directe et spéciale , qui serait ici déplacée, fait d'ailleurs sentir aisément que la philos(>pbie positive peut seule réaliser graduellement ce noble projet d'association universelle que le catholicisme avait y au moyen âge, prématurément ébauché, mais qui était, au fond, nécessairement incompatible , comme l'expérienee \\ pleinement constaté , avec la nature théologique de sa philosophie , laquelle instituait une trop faible cohérence logique pour comporter une telle efficacité sociale.
L'aptitude fondaqaentale de l'esprit positif étant assez caractérisée désormais par rapporta la vie spéculative , il ne nous reste plus qu'à l'apprécier aussi envers la vie^active, qui, sans pouvoir montrer en lui aucune |Nropriété vraiment nouvelle , manifeste , d'une manière beaucoup pips complète et surtout plus décisive, l'eqsemble des attributs que nous lui avons reconnus. Quoique les conceptions tbéologiques aient été, même sous cet aspect , longtemps nécessaires aGn d'éveiller et de soutenir l'ardeur de l'homme par l'espoir indirect d'une sorte d'empire illimité, c'est pourtant à cet égard que l'esprit humain a du témoigner 4'abord sa prédileetion finale pour les connaissances réelles. C'est surtout, en effet, comme base rationnelle de l'action de l'humanité sur le monde extérieur que l'étude positive de la nature commence aujourd'hui à être universelleme§t^goûtée. Rien n'est plus sage , au fond , que ce jugement
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vulgaire et spontané ; car , une telle destination , lorsqu'elle est convenablement apinréciée, rappelle nécessairement, par le plus heureux résumé , tous les grands caractères du véritable esprit philosophique, aussi bien, quant à la rationalité que quant à la posilivité. L'ordre naturel résulté , en chaque cas pratique, de Tensemble des loi9 des phénomènes correspondants, doit évidemment nous être d'abord bien connu pour que nous puissions ou le modifier à notre avantage , ou du moins y adapter notre conduite, si toute intervention humaine y est impossible^ comme envers les événements célestes. Une telle applicatlon est surtout propre à rendre familièrement appréciable cette prévision rationnelle que nous avons vue constituer , à tous égards, le principal caractère de la- vraie science; car, la pure érudition, où les connaissances, réelles mais incohérentes , con»stent en faits et non en lois, ne pourrait, évidemment, suflBre à diriger notre activité : il serait superflu d'insister ici sur une explication aussi peu contestable. Il est vrai que l'exorbitante prépondéi^ance maintenant accordée aux intérêts matériels a trop souvent conduit à comprendre cette liaison nécessaire de façon à compromettre gravement l'avenir scientifique, eu tendant à restreindre les spéculations positives aux seules recherches d'une utilité immédiate. Mais cette aveugle di^sition ne résulte que d'une manière fausse et étroite de concevoir la grande relation de la science à l'art , faute d'avoir assez profondément apprécié l'une et Tautre. L'étude de l'astronomie est la plus propre de toutes à rectifier une telle tendance , soit parce que sa simplicité supérieure permet d'en mieux saisir Fensemble, soit en vertu de la spontanéité plus intime des applications correspondantes, qui^ depuis vingt siècles, s'y trouvent évidemment liées aux pins sublimes spéculations^ comme ce traité le fera nettement sentir. Mais il importe surtout de bien reconnaître, à cet égard , que la relation fondamtetale
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entre la science et Fart n'a pu jnsqaici être conrenablement conçae , même chez les meilleurs esprits , par une suite nécessaire dt TinsnflBsante 4fxtension de la philosophie naturelle, restée encore étrangère aus recherches les plus importantes et les plus difSciles , celles qui concernent directement la société humaine. En effet, la conception rationnelle de Faction de rhomme sur la nature est ainsi demeurée essentiellement bornée au monde inorganique , d'où résulterait une trop impar-
faite excitation scientifique. Quand cette immense lacune aura été suffisamment comblée , comme elle commence à Tétre aujourd'hui , on pourra sentir l'importance fondamentale de cette grande destination pratique pour stimuler habituellement , et souvent même pour mieux diriger , les plus éminentes spécukr-' tions^ sous la seule condition normale d'une constante positivité. Car , l'art ne sera plus alors uniquement géométrique , mécanique ou chimique^ etc., mais aussi et surtout politique et moral , la principale action exercée par rfaumanité devant , à tons égai'ds, consister dans l'amélioration continue de sa propre nature, individuelle ou collective, entre les limites qu'indique^ de même qu'en tout autre cas , l'ensemble des lois réelles. Lorsque cette solidarité spontanée de la science avec l'art aura pu ainsi être convenablement organisée, on ne peut douter que, bien loin de tendre aucunement à restreindre les saines spécu-* lations philosophiques , elle leur assignerait , au contraire , un office final trop supérieur à leur portée effective , si d'avance on n'avait reconnu, en principe général, l'impossibilité de jamais rendre l'art purement rationnel , c'est-à-dire d'élever nos prévisions théoriques au véritable niveau de nos besoins pratiques. Dans les arts même les plus simples et les plus parfaits, un développement direct et spontané reste constamment indispensable, sans que les indications scientifiques puissent, en aucun cas, y suppléer complètement. Quelque
satisfaiMDtes ^ par exemple, que soient devenuesnos prévisions astronomiques, leur précision est encore , et sera probablement toujours, inférieure à nos justes exigences pratiques, ^mme j'aurai souvent lieu de l'indiquer.
Cette tendance spontanée à constituer directement une en* tière harmonie entre la vie spéculative et la vie active, doit être finalement regardée comme le plus heureux privilège de lesprit positif, dont aucune autre propriété ne peut aussi bien manifester le vrai csdractère et faciliter l'ascendant réel. Notre ardeur spéculative se trouve ainsi entretenue , et môme dirigée, par une puissante stimulation continue , sans laqudle l'inertie naturelle de notre intelligence la disposerait souvent à Satisfaire ses faibles besoins théoriques par des explications faciles, mais insufiSsantes, tandis que la pensée de l'action finale rappelle toujours la condition d'une précision convenable. En même temps, cette grande destination pratique complète et circonscrit, en chaque cas , la prétoription fondamentale relative à la découverte des lois naturelles > en tendant à déterminer , d'a][)rôs les exigences de l'application , le degré de précision et d'étendue de notre prévoyance rationnelle, dont la jui^te mesure ne pourrait, en général, être autrement fixée. Si, d'une part, la perfection scientifique ne saurait dépasser une telle limite, au-dessous de laquelle, au contraire, elle se trouvera réellement toujours , elle ne pourrait , d'une autre part , la franchir sans tomber aussitôt dans une appréciation trop minutieuse, non moins chimérique que stérile, et qui môme compromettrait finalement tous les fondements de la véritable science , puisque nos lois ne peuvent jamais représenter les phénomènes qu'avec une certaine approximation, au delà de laquelle il serait aussi dange* reux qu'inutile de pousser nos recherches. Quand cette relation fondamentale de la science à l'art sera convenablement systématisée , elle tendra quelquefois , sans doute , à discréditer des
tetitatifcâ théoriques dont la stérilité radicale serait incontestable : niais, loin d'o£(k*ir ancun inconvénient réel, cette inévitable disposition deviendra dès lors très-favorable à nos vrais intérêts spéculatifs, en prévenant cette vaine déperdition de nos faibles forceâ mentales qtli résulte trop souvent aujourd'hui d'une aveugle spécialisation. Dans révolution préliminaire de l'esprit positif, il a dû s'attacher partout anx questions quelconques qui lui devenaient accessibles, sans trop s'enquérir de leur impor-^ tance flnale , dérivée de leur relation propre à un ensemble qui ne pouvait d'abord être aperçu. Mais cet instinct provisoire , faute duquel la science eût souvent manqué alors d'une convenable alimeiltation, doit finir par se subordonner habituellement à une juste appréciation systématique, aussitôt que la pleine maturité de Tétat positif aura suffisamment permis de saisir tou*jours les vrais rapports essentiels de chaque partie avec le tout^ de manière à offrir constamment une large.destination aux plus éminentes recherches, en évitant néanmoins toute spéculation puérile.
Au sujet *de cette intl^t^^ harmonie entre la science et Fart, il importe enfin de remarquer spécialement F heureuse tendance qui en résulte pouf développer et consolider l'ascendlsint social de la saine philosophie , par une suite spontanée de la prépon*déranee croissante qu^ôbtient évidemment la vie industrielle dans notre civilisation moderne. La philosophie théologique ne pouvait réellement convenir qu'à ces temps nécessaires de so^ ciabilité préliminaire, où l'activité humaine doit être essen-* tiellcment militaire » afin de préparer gra^ineltement une association normale et complète ^ qui était d'abord impossible^ suivant la théorie historique que j'ai établie ailleurs. Le polythéisme s'adaptait surtout au système de conquête de Tanli» quité, et le monothéisme à l'organisation défensive du moyen âge. Eu faisant de l^lus on plus prévaloir ta vie idduairieUe^ la
sociabilité moderne ioit donc puissamment seconder la grande révolation mentale qui aujourd'hui élèye définitivement notre intelligence du régime tbéologique au régime positif. Non- seulement cette active tendance journalière à Famélioration pratique de la condition humaine est nécessairement peu compatible avec les préoccupations religieuses, toujours relatives, surtout sous le monothéisme, à une tout autre destination. Mais, en outre, une telle activité est de nature à susciter finalement une opposi tion universelle, aussi radicale que spontanée y. à toute philosophie théologique. D'une part, en effet, la vie industrielle est, au fond, directement contraire à tout optiijnisme providentiel, puisqu'elle suppose nécessairement que Tordre naturel est assez imparfait pour exiger sans cesse l'intervention humaine, tandis que la théologie n'admet logiquement d'autre moyen de le modifier que de solliciter un appui surnaturel. En second lieu, cette opposition, inhérente à Fensemble de nos conceptions industrielles , se reproduit continuellement, sous des formes très-variées, dans l'accomplissement spécial de nos opérations , où nous devons envisager le monde extérieur, non comme dirigé par des volontés quelconques, mais comme soumis à4es lois , susceptibles de nous permettre une sufiSsante prévoyance , sans laquelle notre activité pratique ne comporterait aucune base rationnelle. Ainsi, la même co-relation fondamentale qui rend la vie industrielle si favorable à l'ascendant philosophique de l'esprit positif, lui imprime, sous un autre aspect, une tendance antithéologique, plus ou moins prononcée, mais tôt ou tard inévitable, quels qu'aient pu être les efforts continus de la sagesse sacerdotale pour contenir ou tempérer le caractère antiMudustriel de la philosophie initiale , avec laquelle la vie guerrière était seule suflBsamment conciliable. Telle est l'intime solidarité qui fait involontairement participer depuis longtemps tous les esprits modernes, même les plus grossiers et les plus
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rebelles , au reinplacement gradael de Fantiqae philosophie th^logique par une philosophie pleinement positive , seule susceptible désormais d'un véritable ascendant social.
Nous sommes ainsi conduits à compléter enfin Tappréciation directe du véritable esprit philosophique par une dernière ex« plication qui , quoique étant surtout négative , devient réellement indispensable aujourd'hui pour achever de caractériser suflBsamment la nature et les conditions de la grande rénovation mentale maintenant nécessaire à Félite^de l'humanité , en- manifestant directement l'incompatibilité finale des conceptions positives avec toutes lesppinions théologiques quelconques, aussi bien monothéiq,ues que polythéiqoes ou fétichiques. Les diverses considérations indiquées dans ce discours ont déjà démontré implicitement l'impossibilité d'aocune conciliation durable entre les deux philosophies , soit quant à la méthode , ou à la doctrine ; en sorte que toute incertitude à ce sujet peut être ici facilement dissipée. Sans doute, la science et la théologie ne sont pas d'aiwrd^en opposition ouverte , puisqu'elles ne se proposent point les mêmes questions ; c'est ce qui a longtemps permis l'essor partiel de l'esprit positif malgré l'ascendant général de l'esprit théologique, et même, à beaucoup d'égards, sous sa tutelle préalable. Mais quand la positivité rationnelle , bornée d'abord à d'humbles recherches mathématiques » que la théologie avait dédaigné d'atteindre spécialement, a coigmencéà s'étendre à l'étude directe delà nature , surtout par les théories astronomiques, la collision est devenue inévitable , quoique latente, en vertu du contraste fondamental, à la fois scientifique et logique, dès lors progressivement -développé entre les deux ordres d'idées. Les motifs logiques d'après lesquels la science s'interdit radicalement les mystérieux problèmes dont la théologie s'occupe essentiellement, sont eux-iùêàies>4ie nature à discréditer tôt ou tard , chez tous les bons esprits , des' spéculations
qu'on n'écarte que comme étant, de tonte nécessité ^ inaccei^ sibles à la raison humaine. En outre , la sage réserve avec laquelle Tesprit positif procède graduellement envers des sojéts très-faciles doit faire indirectement apprécier la folle témérité de reprit théologiqnè à l'égatd des plus difficiles questions. Toutefois, c'est surtout par les doctrines que l'incompatibUlté des deux pfailosophies doit éclater cheat la plupart des intelligences, trop peu touchées d'ordinaire des simples dissidences de méthode, quoique celles-ci soient au fond les plus graves, comme étant la source nécessaire de toutes les autres. Or, sous e^ nouvd aspect ^ on ne peut méconnaître l'opposition radicale des deux ordres de conceptions; ou les mêmes phénomènes sont tantôt attribués à des volontés directrices, et tantôt ramenés à des lois invariables. La mobilité irréguliére, naturellement inhérente à toute idée de volonté , ne peut aucunement flfac^^der avec la constance des relations réelles. Aussi, à mesure qoeles lois physiques ont été conpues , Tempire des volontés surnaturelles s'est trouvé de plus en plus restreint , étant toujours consacré surtout aux phénomènes dont les lois restaient ignorées. Une telle incompatibilité devient directement évidente quand on oppose la prévisior rationnelle , qui constitue le principal cai^actère de la Véritable science^ à la divination par révélation spéciale , que la théolbgie doit représenter connue offrant le seubmoyen légitime de connaître l'avenir. Il est vrai que l'esprit positif, parvenu à son entière maturité , tend aussi à sutxHrdonner la volonté elle-même à de véritables lois, dont * l'existence est, en effet, tacitement supposée par larsâson vulgaire , puisque les efforts pratiques pour modifier et prévoir les volontés humaines ne sauraient avoir sans cela aucun fondement raisonnable. Mais une telle notion ne conduit nullement à concilier lea deux modes opposés suivant lesqn^ la science et la théologie conçoivent nécessairement la direction effective
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des dhrèrs phénomènes. Car , une semblable préTislon et la conduite qai en résulte exigent évidemment une profonde connaissance i^Ue de Tétrean sein duquel les volontés se produisent. Or , ce fondement préalable ne saurait provenir que d^n être au moins égal , jugeant ainsi par similitude ; on ne peut le concevoir de la part d'un itiferieur , et la contradiction àugmoite avec Tinégalité de nature. Aussi la théologie a-t-elle foujours répoussé la prétention de pénétrer aucunement les desseins providentiels , dé même qu'il serait absurde de supposer aux derniers animaux la faculté de prévoir les volontés de l'homme ou des autres animant supérieurs. C'est néanmoins à cette folié hypothèse qu'on se trouverait nécessairement conduit pour concilier finalement Tesprit théolôgique avec l'esprit positif.
Historiquement considérée, leur opposition radicale , applicable à toutes les phases essentielles de la philosophie initiale , est généralement iidmisé depuis longtemps envers celles que les populations les plus avancées ont complètement franchies. 11 est même certain que , à leur égard f on exagèt^ beaucoup une telle fncompadbllfté , par suite de ce dédain absolu qu'inspirent aveuglément nos habitudes monothéiques pour les deux états antérieurs du régime théologique. Lia 'saine philosophie, toujours obligée d'apprécier le mode nécessahre suivant lequel chacune de^ grandes pha^ies successives de l'humanité a effectivement concouru à notre évolution fondamentale , rectifiera soigneusement oes injustes préjugés, qui empêchent toute véritable tiiéoriehistoiique. Mais, quoique le poljthélsme, et même le fétiefafëme , aient d'abord secondé réellement l^sor spontané de l'esprit d'observation , on doit piourtant reconnaître qu'ils ne pouvaient être vraiment compatibles avec le sentiment graduel de l'invariabilité 4es relations physiques , aussitôt qu'il la pu acquMr itine eertaine consistance^ systématique. Aussi doit-on
concevoir, cette inévitable opposition comme la principale soarce secrète des diverses transformations qui ont suecessivement décomposé la philospphie théologique en la réduisant de pins en plus. C'est ici le lieu de compléter, à ce sujet , Findispensable explication iadiquée au débat de ce discours , où cette.dissolution graduelle a été spécialement attribuée à Tesprit métaphysique proprement dit, qui, au fond, n'en pouvait élre que Je simple.orgaoe, et jamais le véritable agent. Il faut, en effet, remarquer que l'esprit positif, par suite du défaut de généralité qui devait caractériser s^ lente évolution partielle , ne pouvait conyeDablement/ormuler ses propres tendances^phâosophiques, à peine devenues directement sensibles pendant nos derniers siédes. De là résultait la nécessité spéciale de rioterveution métaphysique , qui pouvait seule systématiser coûvenablement Topposilion spontanée de la science naissante à l'antique théologie. Mais , quoiqu'un tel oflBce ait dû faire exagérer beaucoup l'importance effective de cet esprit transitoire, il est cependant facile de reconnaître que le progrès naturel des connaissances réelles donnait seul une sérieuse consistance à sa bruyante activité. Ce progrés continu , qui même avait d'abord déterminé , au fond, la transformation du fétichisme ea polythéisme, a surtout constitué ensuite la source essentielle de îa réduction du polythéisme au monothéisme. La collision ayant dû s'opérer principalement par les théories astronomiques, ce traité me fournira l'occasion natur^le de caractériser le degré précis de leur développement auquel il faut attribuer , en réalité , Tirrévocable décadence smentale du régime poly théique , que nous reconnaîtrons alors logiquement incompatible avec la fondation décisive de l'astronomie mathématique par l'école de Thaïes. L'étude rationnelle d'une telle opposition- démontre clairement qu'elle ue pouvait se borner à la théologie apcionne, et qu'elle a dû s'éteûdre ensuite au monothéisme lui-même,
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quoique son énergie dût décroître avec sa nécessité , à mesure que l'esprit théologiqué «ontionait à déchoir par suite du même progrès spontané. Sans doute , cette extrême phase de la philosophie initiale' était heaucoûp moins contraire que les précédentes à Tessor des connaissances réelles , qui n'y rencontraient plus, à chaque pas, la dangereuse concurrence d'une explication surnaturelle spécialement formulée. Aussi est-ce surtout sous ce régime monothéique qu'a dil s'accomplir l'évolution préliminaire de l'esprit positif. Mais l'incompatibilité , pour être moins explicite et plus tardive, n'en restait pas moins finalement inévitable , même avant le temps où la nouvelle philosophie serait devenue âsez générale pour prendre un caractère vraiment organique , en remplaçant irrévocablement la théologie dans son oflBce social aussi bien que dans sa destination mentale. Gomme le conflit a dû encore s'opérer surtout par l'astronomie, je démontrerai ici avec précision quelle évolution plus avancée a étendu nécessairement jusqu'au plus simple monothéisme son opposition radicale» auparavant bornée au polythéisme proprement dit : on reconnaîtra alors que. cette inévitable influence résulte de la découverte du double mouvement de la terre , bientôt suivie de la fondation de la mécanique céleste. Dans l'état présent de la raison humaine , on peut assurer que le régime monothéique , longtemps favorable è Tessor primitif des connaissances réelles, entrave profondément la marche systématique qu'elles doivent prendre désormais, en empêchant le sentiment fondamental de l'invariabilHé des lois physiques d'acquérir enfin son indispensable plénitude pbilosophique« Car, la pensée continue d'une subite perturbation arbitraire dans l'économie naturelle doit toujours rester insépa* rable , an moins virtudlement , de toute théologie quelconque, même réduite autant que possible. Sans un tel obstacle, en effet , qui ne peut cesser que par l'entière désuétude de l'esprit
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tbéologiqne , le spectacle joariudjer de l'ordre réel aurait déjà détermUié une adhésion UDÎTerselléaii principe fondamental de la philosophie positive.
Plusieurs siècles avant que l'essor scientifiiiue permit d'apprécier directement cette opposition radiosle, la transition mé^ tajAiysique avait tenté, sons sa secrète impplsion, derestreiiidre, au sein même do, monothéisme , l'ascendant de la théologie, en faisant abstraiiement prévaloir , dans la dernière période du moyen âge, la célèbre, doctrine scolastiquequi assujettit l'action effeiôtive du moteur suprême k des lois invariables, qp'ilaurait primitive(pent établies en s'interdisant de jamais les changer. Mais cette sorte de transaction spontanée entre le principe théotogique et le principe positif ne comportait » évidemment , qu'une existence passagère, propre à faciliter davantage le dé« clin continu de l'un et le triomphe graduel de l'autre. Son empire était, même essentiellement borné aux esprits cultivési ; car, tant que la foi subsista réellement , rin^tinct populaire dut toujours reix)usser avec énergie une conception qui , an fond , tendait à annuler le pouvoir providentiel , en le condamnant i une sublime inertie, qui laissait toute l'activité habituelle à la grande entité métaphysique, la Nature étant ainsi régulièrement associée au gouveroement universel , à titre de ministre obligé et responsable , auquel devaient s'adresser désormais la plupart des plaintes et des vœux. Ou voit que , sous tous les aspects essentiels , cette conception ressemble beaucoup à celle que la situation moderne a fait de plus en plus prévaloir |iu sujet de la royauté constitutionnelle ; et cette analogie n'est nullement lortnite, puisque le type théologique a fourni, en eflet , la basiO rationnelle du type politiquç^ Cette doctrine contradictoire, qui ruine refficacité^sociale du principe tbéologique, sans consacrer l'ascendant fondamental du principe positif, ne saurait correspoodre à aMcun état vraiment normal et
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durable : éUe coastitae seulement le plas paûsaiit des moyens de transition propres au dernier office nécessaire de Fesprit métaphysiqœ.
Enfin, nnooœpatibiUté i^écessaire de la science ayec la théologie a dû «e manifester aussi sons une autre forme générale , spécialement adaptée à l'état monotfaéiqiie , en faisant de plifs en pins ressortir Timperfection radicale de Fordre réel » ainsi opposée à l'inévitable optimisme providentiel. Cet optimisme a dû , sans doute , rester longtemps conciliable avecTessor spontané des connaissances positives , parce qu'une première analyse de la nature devait alors inspira partout une naïve ad* miraition pour le mode d'accomplissenaent des principaux phénomènes qui constituent l'ordre effectif. Mais cette disposition initiale tend ensuite à disparaître, non moins nécessairement, à mesure que l'esprit positif^ prenant un caractère de plus en plus systématique , substitue peu à peu , au dogme des causes finales, le principe des conditions d'existence , qui en offre, à lin plus haut degré, toutes les propriétés, logiques, sans présenter aucun de ses graves dangers scientifiques. On Cjesse, alors de s'étonner que la constitution des êtres naturels se trouve , en chaque cas , disposée de manière à permettre l'accomplissement de leurs phénomènes effectifs. En étudiant avec soin cette inévitable harmonie, dansFunique dessein de la mieux connaître, on finit ensuite par remarquer les profondes imperfections que présente, à tous égards, Tordre réel, presque toujours inférieur en sagesse à l'économie artificielle qu'établit notre faible intervention humaine dans son domaine borné. Comme ces vices naturels doivent être d'autant pl^ grands qu'il s'agit de phénomènes plus compliqués, les indications irrécusables que nous offrira, sous cet aspect, l'ensemble de l'astronomie, suffiront ici pour faire pressentir combien unepa> reille appréciation doit s'étendre , avec une nouvelle énejrgje
pbilosoi^iiqiie ) à tontes les antres parties essentielles de -la scienee réelle. Mais il importe snrtont de comprendre, éngé^ néral , an sujet d'noe telle critique , qu'elle o'a pas seulement une destination passagère, à titre de moyen anti-'fliéologiqne. Elle se lie, d'une manière plus intime et plus durable « à Tes* prit fondamental de la philosophie positive , dans la relation générale entre la spéculation et l'action. Si, d'une part, notre active intervention permanente repose, avant tout, sur l'exacte connaisàance de l'économie naturelle, doiit notre économie artificielle ne doit constituer, à tous égards , que l'amélioration progressive , il n'est pas moins certain , d'une antre part , que nous supposons ainsi l'imperfection nécessaire de cet ordre spontané , dont la modification graduelle constitue le but journalier de tous nos efforts, individuels ou collectifs. Abstraction faite de toute critique passagère, la juste appréciation des divers inconvénients propres à la constitution [effective du monde réel doit donc être conçue désormais comme inhérente à l'ensemble de la philosophie posMive, même envers les cas inàccessfbles à nos faibles moyens de perfectionnement , afin de mieux connaître , soit notre condition fondamentale, soit la destination essentielle de notre activité continue.
Le concours spontané des diverses considérations générales indiquées dans ce discours , suffit maintenant pour caractériser ici, sous tous les aspects principaux, le véritable esprit philosophique, qui, après une lente évolution préliminaire , atteint aujourd'hui son état systématique. Yu l'évidente obligation où nous sommes placés désormais de le qualifier 'habituellement par une courte dénomination spéciale, j'ai dû préférer celle à laquelle cette universelle, préparation a procuré de plus en plus, pendant les trois derniers siècles, la précieu^propriété àe résur mer le mieux possible l'ensemble de sesattributs fondamentaux. Comme tous les termes vulgaires ainsi élevés gradudlement à
SUE L*BSPRIT POSITIF. ^l
la dignité philosophique, \e moi posiHf offre , dans^nos langues occidentales, plusieurs acceptions distinctes, même en écartant le sens grossier qui d'abord s'y attache chez les esprits mal cultivés. Mais il importe de notisr ici que toutes ces diverses significations conviennent également à la nouvelle philosophie générale , dont elles indiquent altemativonent différentes propriétés caractéristiques : ainsi , cette apparente ambiguïté n'offrira désormais aucun inconvénient rédl. Il y faudra voir, au contraire, l'un des principaux exemples de cette admirable condensation de formules qui, chez les populations avancées, réunit , sous une seule expression usuelle , plusieurs attributs distincts, quand la raison publique est parvenue à reconnaître leur liaison permanente.
Considéré d'abord dans son acception la plus ancienne et la plus commune , le mot positif désigne le réel , par opposition au chimérique : sous ce rapport , il convient pleinement au nouvel esprit philosophique , ainsi caractérisé d'après sa constante^nsécration aut recherches vraiment-accessibles à notre intelligence , à l'exclusion permanente des impénétrables mystères dont s'occupait surtout son enfance. En un second sens, très-voisin du précédent, mais pourtant distinct , ce terme fondamental indique le contraste de l'utile à l'oiseux : alors il rappelle, en philosophie., la destination nécessaire de toutes nos saines spéculations pour ramélioratioa continue de^notre vraie condition , individuelle et collective , au lieu cte la vaine satisfaction d'une stérile curiosité. Suivant une troisième signification usuelle , cette heureuse expression est fréquemment employée à qualifier l'opposition entre.la certitude et l'indécision : elle indique ainsi Taptitude caractéristique d'une telle philosophie à constituer spontanément l'harmonie logique dans Tindividu et la communion sphrituelle dans Fespèce entière, au lieu de ces doutes indéfinis et de ces débats interminables que de-
vaii mudter Tantiquâ régiiDe mental. Une qoatriàne acception ordinaire > trop sonvent confondue ayec k précédenl/e, consiste à opposer le précis an vague s ce sens rappelle la tendance constante du Téritable esprit philosophique à obtenir partout le degré de précision compatible arec la natpre des phénptnènea et eooferme i Texigence de nos vrais besoins ^ tandis que rancîenne manière de philosopher condtiisait nécessairement à des opinions vagues i ne comportant une indispensable discipline que d'après une compression permanente , appuyée sur une autorité surnaturelle. ^
Il faut enfin remarquer spécialement une ^cinquième applica tioA, moins usitée que les autres, quoique d'ailleurs pareillement universelle, quand on emploies le motjHmtt/'coamie le contraire de négatif. Sous cet aspect ,41 indique Tune des plus éminentes propriétés de la vraie philosophie moderne , en la montrant destinée siirtout , par sa nature, non h déti'uire , mais à organiser. Les quatre caractères généraux que nous venons de rappeler la distinguent à la fois de tous les modes possibles» soit tbé<dogiques,soit métaphysiques, propres à la philosophie initiale. Cette derpière.sijtnification, en indiquant d'ailleurs une tendance continue du nouvel esprit philosophique , ofTre aujourd'hui une importance spéciale pour caractériser directement Tune de ses prindpales différences, non plus avec l'es* prit théologique, qui fut longtemps organique, mais avec l'esprit métaphysique proprement dit, qui n'a jamais pu éire que critique. Quelle qu'ait été, en effet, l'action dissolvante de la science réelle , cette influence fut toujours en elle, purement indirecte et secondaire : son défaut même de systématisation empêchait jusqu'ici qu'il en pût être autrement ; et le grand office organique qui lui est maintenant échu s'opposerait désotmais à une telle attribution accessoire , qu'il tend d'ailleurs à rendre superflue. La saine philosophie écarta radicalement, il
SUR l'esprit positif. 4S
est Trai , tontes les qaestioos néeessairemeiit insolables : mais, en motivant lear rejet, eUe évite de rien nier à leur égard, ee qni serait contradictoire. à cette désoétuda systématique, par laquelle seule doivent s'éteindre toutes les opiqions vraiment indiscutables. Plus impartiale et plas tolérante envers chacune d'elles, vu s«i commune indifférence,, que ne peuvent Vétre leurs partisans opposés, elle s'attache à apprécier historiquement leur influence respective , les conditions de leur durée et les motifs de leur décadence , sans prononcer jamais aucnno
négation absolue, mémo quand il s'a^t des doctrines les plus antipathiques & l'état présent de la raison humaine chez les populations d'élite. Cest ainsi qu'elle rend une scrupuleuse justice, non-seulement aux divers systèmes de monothéisme autres que celui qui expire aujourd!bui parmi nous> mais aussi aux croyances poiy tbéiques , ou même féticbiques , en les rapportant toujours aux phases correspondantes de révolution fondamentale* Sous l'aspect dogmatique, elle professe d'ailleurs que les conceptions quelconqnçs de notre imagination , quand leur nature tes rend nécessairement inaccessibles, à toute observation , ne sont pas plus susceptibles dès lors de négation que d'affirmation vraiment décisives. Personne, sans doute, n'a jamais démontré logiquement la non-existepce d'Ap(dlon , de Minerve, etc., ni celle des fées orientales ou des diverses créations poétiques ; ce qui n'a nullement empêché l'esprit humain d'abandOjQner irrévocablement les dogmes antiques , quand ils ont enfin cessé de convenir à l'ensemble de sa situation.
Le seul caractère essentiel du nouvel esprit philosophique qui ne soit pas encore indiqué directement par le n^i positifs consiste dans sa tendance nécessaire à subsiitu^T partout le relatif ^ l'absolu. I\'|ais ce grand attribut, à la fois scientifique et logique , est tellement inhérent à la natare fondamentale des connaissances réelles, que sa considération générale ne
hh DlSiCOURS
tardera pas à se K^ intimement aux divers aspects qaé cette formule eôâibine déjà, quand le moderne régime inteUectuel, jusqu'ici partiel et empirique, passera communément à l'état systématique.' La cinquième acception que nous -venons d'apprécier est surtout propre à déterminer cette dernière condensation du nouveau langage philosophique , dès lors pleinement cônst itué, d'après l'évidente affinité des deux prc^riëtés. On conçoit , en effet, que la nature absolue des anciennes doctrines, sôil théologiques , soit métaphysiques, déterminait nécessairement chacune d'elles à devenir négative envers toutes les autres, sous peine de dégénérer elle-même en un absurde éclectisme. C'est , au contraire , en yertu de son génie relatif que la nouvelle philosophte peut toujours apprécier la valeur propre des théories qui lui sont le plus opposées, sans toutefois aboutir jamais à aucune vàiue concession, susceptible d'altérer la netteté de ses vues ou la fermeté de ses décisions. Il y -a^ donc vraiment lieu de présumer, d'après l'ensemble d'une telle appréciation spéciale, que la fdrmule employée ici pomr qualifia: habituellement cette philosophie définitive rappéUera désormais, à tous les bons, esprits , l'entière combiiiaison effective de ses diverses propriétés caractéristiqaes.
Quand on recherche l'oirigîne fondamentale d'une telle manière de philosopher, on ne tarde pas à reconnaiire que sa spontanéité élémentaire coïncide réellement avec les premiers exercices pratiques de la raison humaine : car, l'ensemble des explications indiquées dans ce Discours démontre clairement que tous ses attributs principaux sont , au fond, les mêmes que ceux du bon sens universel. Malgré l'ascendant mental de la plus grossière théologie , la conduite journalière de la vie activç a toujours dû susciter, envers chaque ordre de phénomènes , une certaine ébauche des lois naturelles et des prévisions correspondantes , dans quelques cas particuliers , qui seulement
semblaient alors secondaires eu exceptionnels : or, tds sont, en effet, lès germes nécessaires de la posi^ivité, qui devait longtemps rester empirique avant de pouvoir devenir rationnelle. Il importe beaucoup de sentir que , sous tous les aspects essentiels , le véritable esprit philosophique consiste surtout dans l-extension systématique du simple bon sens à toutes les spéculations vraiment accessibles. Leur domaine est radicalement identique, puisque les plus grandes questions 4de la saine philosophie se rapportent partout aux phénomènes les plus vulgaires , envers lesquels les cas artificiels ne constituent qu'une préparation plus ou moins indispensable. Ce sont , de part et d'autre , le même point de départ expérimental, le même but de lier et de prévoir, la môme préoccupation continue de la réalité , la même intention finale d'utilité. Toute leur différence essentielle consiste dans la généralité systématique de Fun , tenant à son: abstraction nécessaire , opposée à Tincohérente spécialité de Fautre , toujours occupé du concret.
Envisagée sous Taspect dogmatique, cette connexité fondamentale représente la science proprement dite comme un simple prolongement méthodique de la sagesse universelle. Aussi , bien loin de jamais remettre en question ce que çelle-ei a vraiment décidé, les saines spéculations philosophiques doivent toujours emprunter à la raison commune leurs notions initiales, pour leur faire acquérir, pat* une élaboi^ation systématique, un degré de généralité et de consistance qu'elles ne pouvaient obtenir spontanément. Pendant tout le cours d'une telle élaboration, le contrôle permanent de cette vulgaire sagesse conserve d'ailleurs une haute importance , afin de prévenir, autant que possible, les diverses aberrations, par négligence ou par illusion , que suscite souvent Tétat continu d'abstraction indispensable à l'activité philosophique. Malgré leur aiBnité nécessaire, le bon sens proprement dit doit surtout rester
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préoccnpé de réalité et d'utilité, tandis qqe l'esprit spécialement philosophique tend à. apprécier davantage la généralité et la liaison ; en sorte queleor donble réaction journalière devient également favorable à chacun d'eux , en Consolidant chez hii les qualités fondailnentaïes qui s'y altéreraient naturellement. Une telle relation indique aussitôt coinbien sont nécessairement creuses et stériles les recherches spéculatives dirigées , en tti sujet quelconque, vers les premiers principes, qui, devant toujours émaner de la sagesse vulgaire, n'appartiennent jamais au vrai domaine de la science, dont ils constituent, au contraire, les fondement^ spontanés et dès lors indiscutables; te qui élague radicaleinent une foule de controverses, oiseuses ou dangereuses, que nous a laissées Tancien r^ime mental. On peut également sentir ainsi la profonde inanité finale de toutes les études préalables relatives à la logique abstraite, où il s'agit d'apprécier la vraie itiéthode philosophique , isolément d'aucune application à dn ordre quelconque de phénon^nes. En effet , les seuls principes vraiment généraux que l'on puisse établir à cet égard se réduisent nécessairement, comme il est aisé de le v^ifler sûr les plus célèbres de ces aphorismes, à quelques maximes incontestables mais évidentes , empruntées à la raison comnrane, et qui n'ajoutent vraiment rien d'essentiel aux indications résultées, chez tous les bons esprits, d'un simple exeréice spontané: Quant à la manière d'adapter ces règles universelles aux divers ordres^'de nos spéculations, positives , ce qui constituerait la vraie difficulté et l'utilité réelle dé tels préceptes logiques , elle ne saurait comporter de véritable appréciation que d'après une analyse spéciale des études correspondantes, conformément à la nature propre des phénomènes considérés. La saine philosophie ne sépare donc jamais la logiqtie d'avec la science; la. méthode et la doctrine ne pouvant^ en chaque cas, être bien jugées que d'après leurs vraies relations
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tnatoelles : il n'est pas plus possible , an fodd , de donner à la loglqae qa'à la science an caractère universel par des conceptions purement abstraites, indépendaptes de tous phénomènes déterminés; les tenbtives de ce genre indiquent encore la secrète influencédé l'esprit absolu inhérent au régime tbéologieométapbysique.
Considérée maintenant sous Fàspect historiqtie , cette' intime solidarité naturelle entre le génie propre de la yraie philosophie et le simple bon sens universel montre l'origine spontanée de l'ei^prit positif, partout résulté , en effet , d'une réaction spécide de la raison pratique sur la raison théorique, dont le caractère initial a toujours été ainsi modifié de plus en plus. Mais cette transformation graduelle ne pouvait s'opérer à la fois , ni suirtûut avec une égale vitesse , sur les diverses classes de spéculations abstraites , toutes primitivement théologiques, comme nou;s l'avons reconnu. Cette constante impulsion concrète n'y pouvait faire pénétrer l'esprit positif que suivant un ordre déterminé , conformé à la complication croissante des phénomènes, et qui sera directement expliqué cidessous. La positivité abstraite , nécessairement née dans les plus simples études mathématiques y et propagée ensuite par voie d'affinité spontanée ou^'imitatimi instinctive, ne pouvait donc offrir d'abord qu'un caractère spéèial ^ même, à beaucoup d'égards, empirique, qui devait longtemps dissimuler, à la plupart de ses promoteurs , soit son incompatibilité inévitable avec la philosophie initiale , soit surtout sa tenclance radicale à fonder un nouveau régime logique. Ses progrès continus , sous rimpulsipn croissante de la raison vulgaire , m pouvaient alors déterminer directement que le triomphe préalable de l'esprit métaphysique, destiné, par sa généralité spontanée, à lui servir d'organe philosophique , pendant les siècles écoulés entre la préparation mentale du monotb^sme et sa pleine inBtallatipn
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sociale , après laqaeUe le régime ontologique , ayant obtenii tout Fascendant que comportait sa nature , est bientôt devena oppressif pour l'essor scientifique, qu'il avait jusque-là secondé. Aussi l'esprit positif n'a-t-il pu manifester suffisamment sa propre tendance philosophique que quand il s'est trouvé enfin conduit, par cette oppression , à lutter spécialement contre l'esprit métaphysique, avec lequel il avait dû longtemps sembler confondu. C'est pourquoi la première fondation systématique de la philosophie positive ne saurait remonter au delà de la mémorable crise où l'ensemble du régime ontologique a cpmmencé à succomber, dans tout l'occident eoropéen, sous le concours spontané, de tleùx admirables impulsions mentales, l'une, scientifique, émanée de Kepler et Galilée, l'autre, philosophique, due à BacQi^iet Descartes. L'imparfaite janité métaphysique constituée à la fin du moyen âge , a été dès lors irrévocablement dissoute^ comme l'ontologie grecque avait déjà détruit à jamais la grande unité théologique, correspondante au polythéisme. Depuis cette crise vraiment décisive , Fesprit positif, grandissant davantage en deux siècles qu'il n'avait pu le faire pendant toute ,8a longue carrière antérieure , n'a plus laissé possible d'autM unité mentale que celle qui résulterait de son propre ascendant universel , chaque nouveau domaine successivemept acquis par lui ne pouvant plus jamais retourner à la théologie ni à hi métaphysique, ep vertu de la consécration définitive que ces acquisitions croissantes trouvaient de plus en plus dans la raison vulgaire. C'est seulement par une telle systématisation que la sagesse théorique rendra véritablement à la sagesse pratique un digne équivalent , en généralité et en consistance, ^de l'office fondamental qu'elle en a reçu, en réa* lité et en efficacité, pendant sa lente Initiation graduelle : car, les notions positives obtenuesdans les deux derniers siècles sont, à vrai dire ^ bien plusprécienses conMne matériaux ultérieurs
SDR l'ëspait positif. 49
d'une nouvelle philosophie générale que par leur valeur directe et spéciale , la plupart d'entre elles n'ayant pu encore acquérir leur caractère définitif, ni scientifique , ni même logique.
L'ensemble de notre évolution mentale, et surtout le grand mouvement accompli , en Europe occidentale , depuis Descartes et Bacon , ne laissent donc désormais d'autre issue possible que de constituer enfin , après tant de préambules nécessaires , l'état vraiment normal de la raison humaine , en procurant à l'esprit positif h plénitude et la rationalité qui lui manquent encore, de manièi'e à établir, entre le génie philosophique et le bon sens universel , une harmonie qui jusqu'ici n'avait jamais pu exister suffisamment. Or , en étudiant ces deux conditions simultanées , de complément et de systématisation , que doit aujourd'hui remplir la science réelle pour s'élevei* à la dignité d'une vraie philosophie , on ne tarde pas à reconnattre qu'elle» coïncident finalement. D'une part , en effet , la grande crise initiale de la positivité moderne n'a essentiellement laissé en dehors du mouvement scientifique proprement dit que les théories morales et sociales, dès lors restées dans un irrationnel isolement, sous la stérile domination de l'esprit théolôgicométaphysique : c'est donc à les amener aussi ai l'état positif que devait surtout consister, de nos jours, la dernière épreuve du véritable esprit philosophique , dont l'extension successive à tous les autres, phénomènes fondamentaux se trouvait déjà assez ébauchée. Mais, d'une autre part , cette dernière expansion de la philosophie naturelle tendait spontanément à la systématiser aussitôt, en constituant l'unique point de vue, soit scientifique , soit logique , qui puisse dominer l'ensemble de nos spéculations réelles, toujours nécessairement réductibles à l'aspect humain , c'est-à-dire social , seul susceptible d'une active universalité. Tel est le double but philosophique de l'élaboration fondamentale, à la fois spéciale et générale, que j'ai
go mscûpiis
osé eotrcprfndre ^ans le grapd oqvrage indi(|!|é a^ début de cp discours : les plus épiineiits p^nseuçs poptemporaiDS }a jugent ainsi assez accomplie pour avoir déjà pçsé les véritables base^ directes de l'enlicre rénovation meptale projetée par Bâcon et Descartes , mais dont l'exécution décisive était réservée à notre siècle.
Poufque cette systén^atisation finale des conceptions hqmaine^ soitaiyoprd/hui assez caractérisé^ , il ne suffit pas d'apprécier, comme nous venons de le faire, sa destination Jhéorrque ; il faut aussi considérer icf / d'une mainiére distincte (juoique.sommaire, son aptitude nécessaire à constituer la seule issue intellectuelle que puisse réelleme|>t comporter l'immense crise sociale développée^ depuis un demi-siècle, dans rensemble de l'occident européen , et surtout en France.
Tandis que s'y accomplissait graduellement , pendant les cinq derniers siècles, l'irrévocable dissolution de la philosophie tbéologique , le système politi(|ue dont elle formait la b^sç . mentale subissait de plus en plus une décomposition non moin$ radicale, pareillement présidée par l'esprit métaphysique. Ge double mouvement négatif avait pour organes essentiels et solidaires, d'une part, les universités , d'abord émanées mais bientôt rivales de la puissance sacerdotale, d'une autre part, les diverses corporations de légistes^ graduellement hostiles aux poqvoirs féodaux: seulement, à mesure que l'action critique se disséminait , ses agents , sans changer de nature , devenaient plus nombreux et plus subalternes ; en sorte que, au dix-huitième siècle , la principale activité révolutionnaire dut passer . dans l'ordre philosophique, des docteurs proprement dits aux simples littérateurs, et ensuite, dans Tordre politique, des juges aux avocats. La grande crise finale a nécessairement cominencé quand cette commune décadence, d'abord spontanée, puis systématique, à laquelle, d'ailleurs , toutes les classes
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qnetooaques de la société modeitee avaient diversenient conconru ^ est enfin parvenue au point de rendre nniverselleniept irrécusable Fimpossibiltté de conserver le régime ancien ei le beaoin croissant d'un ord^ nouveau. Pès son prigine, cette crise a toujours tendu à transformer en Un vaste niouvement organique le mouvement critique des cinq siècles antérieurs, en le présentant comme destinée surtout à opérer directemeqt la régénération sociale , dont tous les préambules négatifs se trouvaient alors sufSsamment accomplis. Mais cette transformation décisive , quoique do^pius en plus urgente , a dp. rester jusqii'iei essentiçlleinent impossible , faute d'une philo8ophi^ vraiment propre à lui fournir une base intellectuelle indispen- ^}e. Au temps môme où le sut^s^ant accomplissement de la décompositiou préalable exigeait la désuétude des doctrines ppr^Uiei^t négatives qui l'^ivaient dirigée , une fatale illusion, a)prs inévitable , conduisit , au contraire, à acc(Hrder sponta- Qémept à l'esprit métaphysique , seul actif pendant ce long pré^ihbule , la présidence générale du mouvement de réorgani- $ption. Quand qpe expérience pleinement décisive eut à jamais constaté, aux yeux ()e tous, rentière impuissance organiqne d'une telle philosophie , Tabsence de toute autre tbéprie ne permit pa$ d^ satisfaire d'abord aux besoins d'ordre , qui déj^ prévalaient, autrement quepai; une sorte de restauration passagère de ce ipéme système , mental et social, dont l'irréparable déca* dence avait donné lieu k la crise. Enfin , le développement de cette réaction rétrograde dut ensuite déterminer une mémorable manifestation , que nos lacunes pbilosopl^iqnes rendaient apssi Indisponible qn'ipéiltable , afin ^^ dém^oU'er irrévocablement que \ç\ iffogrès constitue, tout autant que l'ordre, l'une des deux conditions fondamentales de la civilisation moderne.
Le concours^ naturel de ces deq:^ épreuyes irrécnsat)les, dont
le renouvellement est maintenanf devenu aussi imipossible qu'inutile, nous a conduits aujourd'hui à cette étrange situa* tion où rien de vraiment grand ne peut être entrepris , ni pour Twdre, ni pour le progrès, faute d'une philosophie réellement adaptée à rensemble de nos besoins. Tout sérieux effort de réorganisation s'arrête bientôt devant I^ craintes derélhrogradation qu'il doit naturellement inspirer, en un temps où les idées d'ordre émanent encore' essentiellement du type stncien, devenu justement antipathique aux populations actuelles : (fe même , les tentatives d'accélération directe de la progression politique ne tardent pas à être radicalement entravées par les inquiétudes très-légitimes qu'elles doivent susciter sur l'imminence de l'anarchie, tant que les idées de progrès restent surtout négatives. Gomme avant la crise , la lutte apparente demeure dobc engagée entre l'esprit théologique, reconnu incompatible avec le progrès , qu'il a été conduit à nier dogmatiquement , et l'esprit métaphysique, qui , après avoir abouti , en philosophie , au doute universel , n'a pu tendre , en politique , qu'à constituer le désordre , ou un état équivalent de non-gouvernement. Mais, d'après le sentiment unanime de leur commune insoffisance, ni l'un ni l'autre ne peut plus inspirer désormais y chez les gouvernants ou chez les gouvernés, de profondes convictions actives. Leur antagonisme continue pourtant à les alimenter mutuellement, sans qu'aucun d'eux puisse davantage comporter une véritable désuétude qu'un triomphe décfeif ; parce que noire situatiôh intellectuelle les rend encore indispensables pour représenter, d'une manière quelconque, les conditions simultanées , d'une part de l'ordre , d'une autre part du progrès, jusqu'à ce qu'une même philosophie puisse y satisfaire également, de manière a rendre enCn pareillement inutiles l'école rétrograde et l'école négative^ dont chacune est surtout destinée aujourd'hui à empêcher Tentièro prépondé-
SUA L*BSPR1T POSITIF. 5^
rance de l'autre. Néanmoins, les inqaiétodes opposées, relatives à cesdeax dominations contraires, devront naturellement persister à la fois , tant que darera cet interrègne mental, par une suite inéyitable de cette irrationnelle scission entre les detix faces inséparables du grand problème social. En effet, chacune des deux écoles , en vertu de son exclusive préoccupation , n'est plus même capable désormais de contenir suffisamment les aberrations inverses de sen antagoniste.. Malgré sa tendance anti-anarchique , l'école théologique s*est montrée, de nos jours , radicalement impuissante à empêcher Fessor des opinions' subversives, qui , après s'être développées surtout pendant sa principale restauration , sont souvent propagées par elle , pour de frivoles calculs dynastiques. Semblablement , quel que soit l'instinct anti-rétrograde de Fécole métapbysique , elle n'a plus aujourd'hui toute la force logique qu'exigerait son simple oflSce révolutionnaire, parce que son inconséquence caractéristique l'oblige à admettre les principes essentiels de ce même système dont elle attaque sans cesse les vraies conditions d'existence.
Cette déplorable oscillation entre deux philosophies opposées, devenues également vaines, et ne pouvant s'éteindre qu'à la fois, devait susciter le développement d'une sorte d'école intermédiaire, essentiellement stationnaire , destinée surtout à rappeler directement l'ensemble de la question sociale, en prodamant enfin comme pareillement nécessaires les deux conditions fondamentales quHsolaient les deux opinions actives. Mais, faute d'une philosophie propre à réaliser cette grande conçibinaison de l'esprit d'ordre avec l'esprit de progrès, cette troisième impulsion reste logiquement encore plus impuissante que les deux autres, parce qu'elle systématise l'inconséquence, en consacrant simultanément ' les principes rétrogrades et les maximes négatives, a6nde pouvoir les neutraliser mutuelle-
5k DISCOURS
iiient< Loin de tendre à terminer la crise, nue téDe disposition ne pourrait dboatir qa'à l'éterniser , en s'opposant directement à toute yraie prépondérance d'un système qudeonque^ sioane la bornait pas à une simple destination passagère • pour satisfiiire empiriquement aux plus fraves exigence^ de notre situa* tion révolutionnaire , jusqu'à ravéùement décisif des seules doctrines qui puissent déscxrmaisconyenir à l'ensemble de tios besoins. Mais , ainsi conçu , cet expédient provisoire est aujourd'hui devenu aussi, indispensable qu'inévitable. Son rapide ascendant pratique ^ implicitement reconnu parles deux partis actifjs , constate de plus un plus , chez les populations actuelles, ramortissement simultané des convictions et des passions antérieures , soit rétrogradas» soit critiques, graduellement remplacées par un sentiment universel , réel quoique confus, de la nécessité , et même de la possibilité, d'une conciliation permanente entre l'esprit de conservation et l'esprit d'amélioration, également propres à l'état normal de l'humanité. La tendance correspondante des bonmies d'état à empêcher aujourd'hui, autant que possible, tout grand mouvement politique, ne trouve d'ailleurs spontanément confonne aux exigences fondamentales d'une situation qui ne comportera réellement que des institutions provisoires, tant qu'une vraie philosophie générale n'aura pas suffisamment rallié les intelligences. ATjnsu des pouvoirs actuels, cette résistance.instinctlve concourt à faciliter la véritable solution, en poussant à transformer une stérile agitation politique en une active progression philosophique, de manière à suivre enfin. la marche prescrite parla nature propre de la réorganisation finale , qui doit d'abord s'opérer dans les idées , pour passer ensuite aux mœurs, et, en dernier lien, aux institutions. Une telle transformation , qui déjà tend à prévaloir en France, devra n£^tureliemetit se développer partout de plus en plus , vu la nécessité croissante où se trouvent maintenant
suB L*ËS^Rtf ^o^rriF. 55
plâltôd Ms gbtatei^tteti^tib b(*ôidehtdui de iîiÉiiiléhif^ à gf^Ms Mi§ i'btite ttiatëriel âa ihiliëh dtl dësdfdrë thteltèctilël et ttidtài, tiêcësàité Qui doit peu à pétl absorber é^âedlieltëitient lëtlfs efforts jdùrtialierâ, eh les corïdulsdhi à t>ëtiofacer ittiptldtemëtit à' ibnië sérieuse présidence de la réorgâUissliion spiHtilëtlé , ainsi livrée désortnâis âk libre aciitiiè des l)bif5soj[>hes ^bi se tnotit^eralëIlt di^iies de la dlrlgét. Cette di^M^'^^ i^atùrelle des pdtïTOirs actueU est en harmonie avec là tendance spontanée des populations à une apparente indifférëticc politique, motivée sur FibipUissânce radicale des diverses doctrines ëh circulation , et qui doit toujours persister tatit ^ué les débats {iolitlqties'(x)niinueront^ faute d'une linpùlsioh convëtiable, à dêgétiérèr eti de Vaines Iiittës personnelles , dé plus éû pltts ttil^rablcâ. telfë est l^héui-euse efficacité t^ratltliie que Fensemble de hdtre situation révoltitionbait*é procure momentanément à une école essentietlétnent émpii-ique , qui , sbus l'aspect théorique, ne peut jamais produire qu^tid système radicalement contradictoire , non moins abstii'de et noti nioltis dangereux , ëii politique, que Test, en philosophie, réclëctiSmë ëotrcspoiidant, inspiré aussi par utie vaille iiitèntlon décoriciliër, sads fiHndpëS propres, des opinlbus incompatibles.
B'a()rès^ ce Sentiment , de pltis eh plus développé, de f égale itisufflsancë sociale qu*dâlrent désormais Tesprlt théôlogique et Tésprit mètaptiysi^e, qui seuls jùsqu'iëi ont aëtivetdent disputé Tempirë , U raison publl4ue doit se ti'ouver itn)flldtemedt disposée à accueillir aujourd'hui l'ëSpHt pOSiUf conitnë rubique base possible d'une vraie résolutidn de la {li-ofondé atiai*chie intelle>;tuelle et morale qui caractérise surtout la grâdde criSe moderhë. Restée encot-e étt'angôre à de telles questions, l'école positive s*y est grâduellëlnedt préparée ed constitdant , âiltant qdë possible , pendant Isl tutlë révolutibdnairè des IMè defniers iiièblës, lé véritaUe état dormdl de toutes les classes plus
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simples de nos spéculations réelles. Forte de tels antécédents , scientifiqaes^et logiques, pure d'ailleurs des divisrses aberraticms coniepiporaines , elle se présente aujourd'hui comme yenant enGn d'acquérir Tentière généralité philosophique qui lui manquait jusqu'ici; dès lors elle ose entreprendre, à son tour, la solution , encore intacte , du grand problème, en transportant convenablement aux études finales la même r^énérationqja'elle a successivement opéfée déjà envers les différentes études préliminaires.
On ne peut d'abord méconnaître l'aptitude spontanée d'une telle philosophie à constituer directement la conciliation fondamentale, encore, si vainement cherchée , entre les exigences simultanées de l'ordre et du progrès; puisqu'il lui suffit, à cet effet , d'étendre jusqu'^aux phénomènes sociaux une tendance pleinement conforme à sa nature,. et qu^elle a maintenant rendue trèS'familière dans tous les autres cas essentiels. En un sujet quelconque, l'esprit positif conduit touj.ours à établir une exacte harmonie élémentaire , entre les idées d'existence et les idées de mouvement, d'où résulte plus spécialement, envers les corps vivants, la corrélation permanente des idées d'organisation aux idées de vie, et ensuite , par une dernière spécialisation propre à Torganisn^e socis^ , la solidarité continue des idées d'ordre avec les idées de progrès. Pour la nouvelle philosophie, l'ordre çoQsfitue saps .cesse la condition fondamentale du progrès^; et , réciproquement, le progrès devient le but nécessaire de l'ordre : comme, dans Ja mécanique animale ,1'équilibrç et la progression sont mutuellement indispensables, à titre de fondement ou de destination.
Spécialement considéré ensuite quanta l'ordre, l'esprit positif lui présente, aujourd'hui) dans son extension sociale, de puissantes garanties directes, non seulepaent scientifiques mais aussi logiques, qui pourront bientôt être jugées très-supérieures
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aox vaincs préteuUons d'ane théologie rétrograde, defdasen plus dégénérée , depuis plasieurs siècles , en ^ctif élément de discordes 9 individuelles ou nationales, et désormais incapable de coiiteoirJes divagations subversives de ses propres adeptes. Attaquant le désordre actuel à sa véritable source, nécessairen\ent mentale , il constitue , aussi profondément que possible , rharmonie logique, en régénérant d'abord les méthodes avant les doctrines, par une triple conversion, simultanée de la nature des questions dominantes , de la mapière de les traiter , et des conditions préalables de leur élaboration. D'une part , en effets il démontre que les principales difficultés sociales ne sont pas aujourd'hui essentiellement politiques , mais surtout morales, en sorte que leur solution possible dépend réellement des opinions et des mqpurs beaucoup plus que des institutions ; ce qui tend à éteindre une activité perturbatrice, en transformant l'agitation politique en mouvement philosophique. Sous le second aspect , il envisage toujours l'état présent comme un résultat nécessaire de Ijensemble de l'évolution antérieure, de manière à faire cpnstamment prévaloir l'appréciation rationnelle du passé pour l'examen actuel des affaires humaines ; ce qui écarte aussitôt les tendances purement critiques, incompatibles avec toute saine conception historique. Enfin, au lieu de laisser la science sociale dans le vague et stérile isolement où la placent encore la théologie et la métaphysique, il la coordonne irrévocablement à toutes les autres sciences fondamentales, qui constituent graduellement , envers cette étude finale, autant de préambules indispensables , où notre intelligence acquiert à la fois les habitudes et les notions sans lesquelles on ne peut Utilement aborder les plus éminentes spéculations positives ; ce qui institué déjà une vraie discipline mentale, propre à améliorer radicalement de telles discussions, dès lors rationnellement interdites à une foule d'entendements mal organisés ou mal
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prépàféi. Ces IfiHtides gtttftnllès logfqtlelS ttmt iTàltléàrk ehsdUé pleitiéitleiit ootifiiHiées et ilë^ôppées par l'appréciation sdetktifiqiié {yroprèttient dite, qui, ëtivers les phénomènes «ociaùx ainsi t)ue pour ton^ les autres , représente toujours notre ordre artificiel coninïe devant surtout consister en un simple prolongement judicieux, d'abord spontané, puis systématique, de Tordre naturel résulté , en dhàque cas, de Tensèmble des lois telles $ ddiit rhbtlon efieétiVe est ordinairement modifiable , par notre sage f nter vëtitiOn , entl'e des liiliites déterminées, d*autèkt)t pliik écartées que les phénomènes sont plus élevés. Le sentitueilt élétueutaire de l'ordre est ,' en un mot , naturellement inséparable de toutes les spéculations positives , consiammérit dirigées Vers la découterte des moyens de liaison entre dés Observatioiis dont la principale valeur résidte de lent* systéibatltotiori.
11 en est de fiiëtfaë, et encore plus évidemmeht, quant ati profites, qui, malgré de vaines prétentions ontologiques , troute aujourd'^hui , dans l'ensemble des études scientifiques , sa plus incontestable manifestation. S'apfês leur nature absoldë, et par stiite estentiélleuient idtiUdbile , la métaphysique et la théologie ne saUt*âient comporter, guère plus l'une que l'autre , Un véritable progrès , c'est-à-dire utie progression contitiile vers un but déterminé. Leurâ ii*absformations historiques coiisisteffit surtout, au CoUtraire, bh une désuétude croissante , soit medtalc, soit sociale, sans <}uè les questions agitées aient jamais pu faibe aucuu pas réel ^ à raison même dé leur insolubilité radicale. Il est ài^ de recounattr^ que le» discùssiohs ontologiques des écoles grecques se sont essentielletuëut reproduites, sous d'autres fortnes , chez M scxdastiques du moyen âge , et nous en retrouvons aujôUrd^hUi l'équivalent parmi nos psychologues ou idéologues^ aucune des doctrines controversées n'ayant pu ^ pendant ces vingt siècles de stériles débats , aboutir
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à des éêm^aêiTBikfDi éMtàreê ^ pad sealemetit en 06 qtii eatt^ cerne rèiiatençcr des corps extérieurs^ encore aussi problématique pour les «rgnmentalëars modernes que pour leurs plus antiques prédécesseurs. C'est évidèmmeni la marche continue des connaissances posiUres qui a inspiré, il y a deun: siècles « dfins la bâtèbre formule philosophique de Pascal , la première notion i^atioondle du- progrès humain, néeessairetnent étrangère à toute Fancienne philosophie. Etendue ensuite à révolu-r tion industrielle et même èsthétiqife» mais restée trop confuse enrers le môuyement social ^ elle tend aujourd'hui vaguement vers une systématisation décisive , qui ne peut émaner que do l'esprit positif, enfin^couTenablement généralisé. Dans ses spéculations journalières , il eu reproduit ^pontanément l'actif sentinient élémentaire , en représentant toujours l'extension et le perfectionnement A tios connaissances réelles comme le but essentiel de nos divers efforts théoriques* Sous l'aspect le plus systématique ) la nouvelle jriiilosophie assigne directement , pour destination néceiMsaire, à toute notre existence, à la fois personnelle et sociale , l'amélioration continue ^non-seulement de notre conditîott, mais aussi et surtout de notre nature» autant que le comporte , à tous égards , l'ensemble des lois réelles , extérieures ou intqf icures. Érigeant ainsi la notion du progrès en dogme vraiment fondamental de la sagesse humaine , soit pratique , soit théorique, elle lui imprime le caractère le plus^ noble en même temps que le plus complet , en représentant toujours le second genre de perfectionnement comme supérieur au premier. D'une part, en effets l'action de l'humanité sur le monde extérieur dépendant surtout des dispositions de l'agent , leur amélioration doit constituer notre principale ressource : d'une autre part, les phénomènes humains, individuels^ou coUqptifs, étant, de tous , les plus modiGables , c'est envers eux que notre intervention rationnelle comporte naturellement la plus vaste effi-
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cadté. Le dogme da progrès ne peut donc devenir soflOnamment philosophique que d'après une exacte apinréciation générale de ce qui constitue surtout cette amélioration continue de notre propre nature ,. principal objet de la progression^ humaine. Or, à cet é^ard , Tensemble de la philosophie positive démontre pleinement, comme on peut le voir dans Tonvrage indiqué au début de ce Discours , que oe p^ectionnement consiste essentiellement, soit pour l'individu, soit pour l'espèce, à faire de plus en plus prévaloir les éminents attributs qui distinguent le plus notre humanité de la simple animalité , c'est-à-dire , d'une part Fintelligence» d'une autre part la sociabilité , facultés naturellement solidafres , qui se servent mutuellement de moyen et début. Quoique le cours spontané de l'évolution humaine, personnelle où sociale, développe toujours leur commune influence 9 leur ascendant combiné ne sauraif'^pourtant parvenir au point d'empêcher que notre principale activité ne dérive habituellement des penchàmls inférieurs , que notre constitution réelle rend nécessairement beaucoup plus énergiques. Ainsi , cette idéale prépondérance de notre humanité sur notre animalité remplit naturellement les conditions essentielles d'ui#vrai type philosophique, en caractérisant une limite déterminée, dont tous nos eSbrts doivent nous rapprocher constamment , sans pouvoir toutefois y atteindre jamais.
Cetle double indication de l'aptitude fondamentale de l'esprit positif à systématiser spontanément les saines notions simultanées de l'ordre et du progrès suffit ici pour signaler sommairement la haute efficacité sociale propre à la nouvelle philosophie générale. Sa valeur, à cet égard , dépend surtout de sa pleine réalité scientifique , c'est-à-dire de l'exacte harmonie qu'elle établit toujours , autant que possible, entre les principes et les faits, aussi bien quant aux phénomènes sociaux qu'envers tous les autres, ta réorganisation totale , qui peut
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seule lenûiner la grande crise moderne, consiste, eri effet, sous l'aspect mental , qui doit d'abord prévaloir, à constituer une théorie sociologique propre à expliquer conyenablement l'ensemble du passé humain : tel' est le mode lef plus rationnel de poser la question essentielle, afia d'y mieux écarter toute passion perturbatrice. Or, c'est ainsi que la supériorité nécessaire de l'école positive sur les diverses écoles actuelles peut aussi être le plus nettement appréciée. Car, l'esprit théologique et l'esprit métaphysique sont tous deux conduits , par leur nature absolue , à ne considérer que la portion du passé où chacun d'eux a surtout domiiné : ce (fui précède et ce qui suit ne leur offre qu'une ténébreuse confusion et un désordre inexplicable , dont la liaison avec cette étroite partie du grand spectacle historique né peut , à leurs yeuii, résulter que d*une miraculeuse intervention. Par exemple , le catholicisme a toujours montré , à l'égard du polythéisme antique, une tendance aussi aveuglément critique que celle qu'il reproche justement aujourd'hui , envers lui-même , à l'esprit révolutionnaire proprement dit. Une véritable explication de l'ensemble du passé , conforniément aux lois constantes de notre nature , individuelle ou collective , est donc nécessairement impossible aux diverses écoles absolues qui dominent encore ; aucune d'eUes, «n effet, n'a suffisamment tenté de rétablir. L'esprit positif, en vertu de sa nature éminemment relative , peut seul représenter convenablement toutes les grandes époques historiques comme autant de phases déterminées d'une même évolution fondamentale , où chacune résulte de la précédente et prépare la suivante selon des lois invariables, qui fixent sa participation spéciale à la commune progression , de manière à toujours permettre , sans plus d'inconséquence que de partialité , de rendre une exacte justice philosophique à toutes les coopérations quelconques. Quoique cet incontestable privilège de la posilivité rationnelle
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doive fl>bpr4. sembler pmremeitf spécnlftttf ? les vrais peBseqrs y r^cQDRattront bientôt la pr^ipièr^ source nécessaire de i'dclif i|scieQd^pt sppial réservé fiMalproent à la npuyelle philosophie. Car, on p^t assurer aujourd'b^ 4^^ ^^ doptrine qui aura auffisamm^nlt expliqqé l'epsomble di; paasé obtiendra inévitablement, par suite de cette seple épireuve., la présidence mentale de l'avenir.
Une telle indication des hautes propriétés sociales qqi Garnctéfi^nt l'esprit positif ne serait point encc^e asi^e?: d^ciiM^e si ôn.n'f ajoutait pati nne. sopimairp appréciation de.son aptitnde spqntanée à systéoiatlser enfin la morale humaine , ce qui constituera toujours la principale application dp tontp vraie tbiéorie de l'humanité.
Dans Vorgfinisme polytbéfque de l'antiquité, la m<M*ale, radicalement isnbprdoqpée k la pplitique, ne pqqvait jamais acquérir i^i l^ <ligi)Ué ni l'universalité oonvenal^les à sa nature. Son lnclépen()an(:e fondamentale et nt^ipe son ascendant normal résultèrent enSn 9 ^^\^n^ qu'il était alors possible , du régime mopothéique propre an mQy^n ^g^ : c^t immense service ^ial^ dn surtout au cathplipjsme , formera toujours spn principal titre à l'éternelle rpCQnna>§*ancp (In genre hnmaîn. C'est senlempnt depuis cette indispensable içép^ration , s^nctionpéfi et.comp}étpe par la division pépessairp de^ i^^^ pnissanc^ ^ qnp la morale humaine a pu réellement commencer k pfenflre nn caractère systématique, en établissant, à l'abri des impulsions passagères, des règles vr^iiment générales pour l'ensemble de notre existence, personnelle, domestique et sociale. Mai^ les profondei^ imperfections d^ la philosophie monothéiqne qui présidait alors à iîelte grande opération ont dû en altérer beaucoup l'elHcacité, et même en comproraettfe gravement la stabilité, pn suscitaift bientôt un fatal conflit entre l'essor intellectnpl et te déYPlftPpPWPnt WPFftl. Ainsi lié0 à ppp dpptrine
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qui ne pouvait longtemps rester progressive , la qorals devait ensuite se trouver de plus en plus affectée par le discrédit croissant qu'allait nécessairement subir une théologie qui , désormais rétrograde, deviendrait enfin radicalement aotipatbjqae à la raison moderne. Exposée dès lors i ractjpn dissolvante de I9 métaphysique, la niorale théorique a rega, en effet,. pendant les cinq derniers siècles, dans chacune dé ses trois partie^ essentielles , des atteintes graduellement dangereuses , que n'ont pu toujours assez réparer, pour la pratique , la rectitude et la moralité naturelles de l'homme, malgré l'I^eureux déve)pppement continu que devait alors leur procurer le cours spontapé de notre civilisation. Si l'ascendant nécessaire de l'esprit posHIf ne venait enfin mettre un terme à ces anarchiques diyagalipns, elles imprimeraient certainement une mortelle Quctti^tioa ^ toutes les nptions un peu délicates de la morale usuelle, nonseulement sociale , mais aussi dopiestique , et même personnelle, en ne laissant partout subsister que les règles |*él^ti>~P$ aux cas les plus grossiers , que l'appréciation vulgajre ppvrrait directement garantir.
En une telle situation , U doit sembler étrange que la seule philosophie qui puisse, en effet , consolider aujourd'hui la morale , se trouve, au contraire , taxée, à cet égard, d'incompétence radicale par les diverses écoles actuelles ^depuis les vraii| cathoUques jusqu'aux simples déistes , qui , au milieu de Ipur^ vains débats , s'accordent surtout à lui inferdîre es^ntjellemens l'accès de ces questions fondanientales, d'après i^t nuiquiQ motif que son génie trop partiel s'était borné jusqu'ici à des su* jets plus simples. L'esprit métaphysique, qui a si souvent tendu à dissoudre activement la morale, et l'esprit tbéologique, qui, dès longtemps , a perdu la force de la préserver, pefsistf ut néanmoins à s'en faire une sorte d'apanage éternel et exc)i^ff , sans que la raison publiqij|e ^\ enporp PQBypp^Wefppptimfé cef}
empiriqaes prétentions. On doit, il est vr^ai , reconnaître, eu général, que l'introduction de toute Yrègle morale a dii partout s'opérer d'abord sons les inspirations théologiques , alors profondémeùt incorporées au système entier de nos idées, et aussi seules susceptibles de constituer des opinions suffisamment com* munes. Mais l'ensemble du passé démontre également que cette solidarité primitive a toujours décru Comnie l'ascendant même de la théologie ; les préceptes moraux , ainsi que tous les autres , ont été de plus en plus ramenés à une consécration purement rationnelle , à mesure que le vulgaire est deventi plus capable d'apprécier l'influence réelle de chaque conduite sur l'existence humaine, individuelle ou sociale. En séparant irrévocablement la morale de la politique , le catholicisme a dû beaucoup développer cette tendance continue; piiisque Tintervention çûrâàturelle s'est ainsi trouvée directement iréduite à la formation des règles générales , dont l'application particulière était dès lors essentiellement confiée à la sagesse huinainc. S'adressant à des populations plus avancées , il à livré à la raison publique une foule de prescriptions spéciales que les anciens sages avaient cru ne pouvoir jamais se passer des injonctions religieuses, comme le pensent encore les docteurs polythéistes de l'Inde, par exemple quant à la plupart des pratiques hygiéniques. Aussi peut-on remarquer, même plus de trois siècles après saint Paul , les sinistres prédictions de plusieurs philosophes ou magistrats païens, sur l'imminente immoralité qu'allait entraîner nécessairçmenf la prochaine révolution théologique.. Les déclamations actuelles des diverses écoles monothéiques n'empêcheront pas davantage l'esprit positif d'achever aujourd'hui , sous les conditions convenables 9 la conquête, pratique et théorique, du domaine moral, déjà spontanément livré de plus en plus à la raison humaine, dont il ne nous reste surtout qu'à systématiser enfin les inspirations particulières. L'huma-
nité ne sani^t, sans doate, demeurer indéfiniment condamnée à ne pouvoir fonder sfs règles de conduite que sur des motifs
chimériques, de m«iière.à éterniser une désastreuse opposition, jusqu'ici passagère, entre les besoins intellectuels et, les besoins moraux. '
Bien loin que l'assistance tbéelogique soit à jamais indispensable aux préceptes moraux, l'expérience démontre, au contraire , qu'elle leur est devenue , cbez les modernes , de plus en plus nuisible, en les faisant inévitablement participer, par suite de cette funeste adhérence , à la décomposition croissante du régime monothéique , surtout jpendant les trois derniers siècles. D'abord , cette fatale solidarité devait directement affaiblir, à mesure que la foi s'éteignait, la seule base sur laquelle se trouvaient ainsi reposer des règles qdi , souvent exposées à de graves conflits avec des impulsions tvès-énergîques , ont besoin d'être soigneuseipent préservées de toute hésitation. L'antipathie croissante que l'esprit théologique inspirait justement à la raison moderne,, a gravement affecté beaucoup d'importantes nolions morales , non-seulement relatives aux plus grands rapports sociaux , mais concernant aussi la simple vie idomestique , et même l'existence personnelle : une aveugle ardeur d'émancipation mentale n'a que trop entraîné d'ailleurs à ériger quelquefois le dédain passager de ces salutaires maximes en une sorte de folle protestation contre la philosophie rétrograde d'où elles semblaient exclusivement émaner. Jusque cbez ceux qui conservaient la foi dogmatique, cette funeste influence se faisait indirectement sentir, parce que l'autorité sacerdotale , après avoir perdu son indépendance politique, voyait aussi décroître de plus en plus l'ascendant social indispensable à son efficacité moraie. Outre cette impuissance croissante pour protéger les règles morales , l'écrit tbéologique leur a souvenfnui aussi d'une manière active, par les divagations qu'il a suscitées, depuis
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qu'il ti'estpltis MfflÉâmitieût dtsdplinable^âovisrinévit&blé essor du libre exatheli indivtdtiel. Ainsi exercé ,11 à réellemetit Inipiré Ou secondé beaucoup d'aberrations anti-socialéi , que le bon sens , livré à lui-même , eût spontanément évitées ou re^ jetées. Les utopies subversives que nous voyons s'accriiditer aujourd'hui , soit contre la propriété , soit même quant à la famille, etci, ne sont presque jamais émanées ni accueillies des intelligences pleinemeut émancipées , malgré leurs laCunesfondàmentales, mais bien plutôt de celles qui poursuivent activement une sorte de restauration théologique , fondée sur un vague et stérile déisme ou sur un protestantisme équivalent. Eniin , cette antique adhérence k la théologie est aussi devenue nécessairement funeste à la Inoralê , sous un troisième aspect général, en s*opposant à' sa solide reconstruction sur des bdses purement humaines. Si cet obstacle ne consistait que dans les avengies déclamations trop souvent émanées'des diverses écoles actuelles, théologiqués ou métaphysiques , contre le prétendu danger d'une telle opération , les philosophes positifs pourraient se borner & repousser d'odieuses insinuations par Tirrécusable exeniple de leur propre vie journalière , personnelle , domestique, et sociale. Mais cette opposition est, malheureusement , beaucoup plus radicale ; car, elle résulte de l'incompatibilité nécessaire qui existe évidemment entre ces deux manières de systématiser la morale. Les motifs théologiques devant naturellement otIHr, aux yeux du croyant , une intensité très-supérieure à celle de tous les autres quelconques , ils ne sauraient, jamais devenir les simples auxiliaires des motifs purement humains : ils ne peuvent conserver aucune efficacité réelle aussitôt qu'ils ne dominent plus. Il n'existe donc aucune alternative durable , entre fonder enfin la morale sur la connaissance positive de l'humanité, et la baisser reposer shV l'injonction surnatufdle : les convictions rationnelles ont pu seconder les
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q^yances tbéologiiiaes , ou plutôt s'y snbstitaer gradaellement, à mesare que la foi s'est éteinte \ miais la combinaison inverse ne constitue certainement qu'une utopie cQutradictoire , où le principal serait sutHurdonné à l'accessoire.
Une judicieuse exploration du Téritable état de la société moderne représente donc comme de plus en plus démentie , par l'ensemble des faits journaliers, la prétendue impossibilité de S0 dispenser désormais de toute théologie pour consolider }a morale ; puisque cette dangereuse liaison a dû devenir , depuis la fiu du moyen Âge, triplement funeste à la morale , soît en énervant ou discréditant ses bases intellectuelles , soit en y suscitant des perturbations directes, soit en y empêchant une meilleure systématisation. Si, malgré d'actifs principes de désordre, la moralité pratique s'est réellement améliorée , cet heureux résultat ne saurait être attribué à l'esprit théologique, alors dégénéré , au contraire , en un dangereux dissolvant : il est essenr tiellement dû àl'action croissante de l'esprit positif, déjà efficace sous sa forme spontanée , consistant dans le bon sens universel, dont les sages inspirations ont secondé l'impulsion naturelle de notre civilisation progressive pour combattre utilement les diverses aberrations , surtout celles qui émanaient des divagations religieuses. L<orsque, par exemple , la théologie protestante tendait à altérer gravement Tinstitution du ipariage par la consécration formelle du divorce, la raison publique ep neutralisait beaucoup les funestes effets , en imposant presque toujours le respect pratique des mœurs antérieures, seules conformes au vrai .caractère de la sociabilité moderi^. D'irrécusables expériences ont d'ailleurs prouvé , en même temps, sur une vaste échelle, au sein des masses populaires, que le prétendu privilège exclusif des croyances religieuses pour déterminer de grands sacrifices ou d'actifs dévouements pouvait égaletsent appartenir à des opinions directement
opposées, et s'attachait, en général, à toale profonde oonvictioD, quelle qu'en paisse être la nature. Ces nombreux adversaires du régime tbéologique qui , il y a un demi-siècle, garantirent , avec tant d^béroltsme , notre indépendance nationale contre la coalition rétrograt^e , ne montrèrent pas, sans doute , une moins pleine et moins constante abnégation que les bandes sapersti* tieuses , qui , au sein de la France , secondèrent l'agression extérieure.
Pour achever d'apprécier les prétentions actuelles de la pliilosophie théologico-métaphysique à conserver la systématisation exclusive de la morale usuell^, il suflSt d'envisager directement la doctrine dangereuse et contradictoire que l'inévitable progrès de Témancipation mentale l'a bientôt forcée d'établir à ce sujet j en consacrant partout , sous des formes plus pu moins explicites , une sorte d'hypocrisie collective , analogue à celle qu'on suppose très-mal à propos avoir été habituelle chez les anciens, quoiqu'elle n'y ait jamais comporté qu'un succès précaire et passager. Ne pouvant empêcher le libre essor de la raison modierne chez les esprits cultivés , on s'est ainsi proposé d'obtenir d'eux , en vue de l'intérêt public , le respect apparent des antiques croyances , afin d'en maintenir , dàez le vulgaire , l'autorité jugée indispensable. Cette transaction systématique n'est nullement particulière aux jésuites, quoiqu'elle constitue le fonds essentiel de leur tactique ; l'esprit protestant lui a aussi imprimé , à sa manière , une consécration encore plus intime , plus étendue 9 et surtout plus dogmatique: les métaphysiciens proprement dits l'adoptent tout autant que les théologiens eux* mêmes ; le plus grand d'entre eux , quoique sa haute moralité fût vraiment digne de son éminente intelligence , a été entratné à la sanctionner essentiellement, en établissant, d'une part, que les opinions théologiques quelconques ne comportent aucune véritable démonsuration, et, d'une autre part, que la
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nécessité sedale obb'ge à mainteiiir indëfimmeiit leur empire. Malgré qu'ose telle doctrine puilse devenir respectable chez ceux qni n'y rattachent aucune ambition personnelle , elle n'en tend pas moins à vicier toutes les sources de la moralité humaine, en la faisaht nécessah?ement reposer sur un état continu de fausseté , et môme de mépris , des supérieurs envers les inférieurs. Tant que ceux qui devaient participer à cette dissimulation systématique sont restésr peu n<Nnbreux , la pratique en a été possible , quoique fort précaire : mais elle est devenue encore plusridicule qu'odieuse, quand Tén^ancipation s'est assez étendue pour que cette sorte de pieux complot dût embrasser , comme il le faudrait aujourd'hui , la plupart dea esprits actifs. Enfin , même en supposant réalisée cette chimérique extension, ce prétendu système laisse subsister 4a diflSculté tout entière à l'égard des intelligences afirancbies, dont la propre moralité se trouve ainsi abandonnée à leur pure spontanéité, d^à justement reconnue insuflBsante che:^ la classe soumise. S'il fout aussi admettre la nécessité d'une vraie systématisation morale chez ces esprits émancipés, elle ne pourra dès lors reposer que sur des bases positives, qui finiraient seront ainsi jugées indispensables. Quant à born^ leur destination à la classe éclairée , outre qu'une telle restriction ne saurait changer la nature de cette grande construction philosophique, die serait évidemment illusoire en un temps où la culture mentale que suppose ce facile affrani^issement est déjà devenue très-<x»nmune, ou plutôt presque universelle, du moins en France. Ainsi , l'empirique expédient suggéré par terrain iésir demaintenir, atout prix , l'antique régime intellectuel, ne peut finale-ment aboutir qu'à laisser indéfiniment dépourvus de toute doctrine morale la plupart des esprits aetifs , comme on le voit trop souvent aujourd'hui.
C'est donc surtout au nom de la morale qd'iï faut désormais
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trftiQiller w demnent à constituer enfin r*sceiidaDt miyers^ de resprU potitif ,.paar rèœplaoer nnsystème déchu cpi, tantôt impaîB^aot , tmtôt pertnrbaleur , e^pgerait de pins en plus la compression mentale en cotiditiôn permanente de l'ordre moral. La nouvelle pbUbsopMe peut seule établir aujovrd'hui, an sujet de nos divers devoirs ^ des convietions profondes et actives , vraiiâent susceptibles de soutenir avec énergie le choc des pas* lions. D'après la théorie positive de rhamantté, d'irrécusables démonstrations, appuyées sur Timmense expérience que pos*^ sède maintenant notre espèce, détermineront exactement. Tin* fluence réeUe, directe ou indirecte, privée et publique, propre à chaque acte , à cbfMpie habitude , et à chaque penchant on sentiment ; . d'où résulteront naturellement , comme autant d'inévitables corollaires ^ les règles de conduite , soit générales, soit spéciales ) les plus eonfôrmeaà Tordre universel , et qui » par suite, devront se trouver ordinairement lesplusiavorables au bonheur individuel. Malgré l'extrême diflSculté de ce grand sujet, j'ose assurer n|ue, convenablement traité, il comporte des conckisions tout aussi certaines que celles de la géométrie elle-même. On ne peujt, sans doute , espérer do jamais rendre suffisamment accessibles à toutes les intelligences ces preuves positives de plusieurs régies morales destinées pourtant à la vie commune : vmais il en est déjà ainsi pour diverses prescriptions mathématiques 9 qui néanmoins sopt appliquées sans hésitation dans les plus. graves occasions^ lorsque, par exemple, nos marins risquent journellement leur existence sur la foi de théories astronomiques qu'ils ne comprennent nullement; pourquoi une égale confiance ne serait-elle pas accordée aussi à des notions, encore plus importantes ? Il est d'ailleurs incontestable que Tefficaeité normale d'un tel r^me exige , w chaque cas , outre la puissante impolsion résultée naturellement des préjugés publici», Tinterventîon syi^tématique , tantôt
SUR VMtnn MSITIF. Tl
pMiiFe» tWMt i0tivfh 4'o«e «ittârit* qMtaelle ^ A^ittaiée k rappeler aT^eii^^pgie bui.nmtaes fendanmnldîM et à en dtri« g^F sftgtment rapp)ioiltHi9| oommejn V0I ppécMemeirt nf^iqué 4ap9 yoim^g^ Pi-A€iwtt^ Miqué. Sa «ecooipliaMUit ftinai I0 gfmi gfôfH» iKifâiJ qie te ^tbolteiam n*ti«rai ploii ceBonTeau pOQvoir moriil utilisera sûipfneQfteniiot rbâttMM^ aptitude de la phîloAopIttQ corraq^diinto à «liBieorpover «pôQtanéiQmt la aagesflo rédle de tous \o$ diteri régimes antérieurs >, soi? ant .la teodâooe ordinaire de l'esprit positif eû^tem an snjet qaeloonqne. Quand Vastrononde moderne a irrévoeablement écarté les principes astelogiquefii die n'en a pas moiqs prédeusemeat oQQS^vé tonteé las notions Téritablas obtenues sons leur domination : il en a été de mému pour la ddipie, relatiTemept k ralctismie*
Sans pon¥oir entr^Mi^endre id rappréoietiDii morale de la philosophie positive 9 il J but pourtant s%naler la tendance continue qui résulte directement de sa oonstitution propre, soit sciipntifique, loît logique, fiour stimuler et consolider le sentiment du devoir en dével^^ppant toujours Fësprit d'ensemUe, qui s'y trouve naturellement lié. Ce nouveau régime mental dissipe spontanément la fatale opposition qui , depuis la fin du moyen âge , existe de plus ea plus entre les besoins intellectuels et les besoins moraux. Désormais , an contraire , toutes les spéculations réelles, convenablement systématisées , concourront sans cesse à constituer, autant que possible , l'oniverselle prépondérance de la morale, puisque le point de vnô sodal y deviendra nécesiairement le lien seientifique et le régulateur logique de tous les autres aspects positifs. Il est inipossiUe qu'une telle coordination, en développant fanùliéretnent las idées d'ordre et d'batmonie , toujours rattachées à Thumanité , se tende point à moraliser profondément, nono-sen)èment les esprits d'élite, mais aussi la masse des intelliganees , qui toutes
deTiPOtit ptoB damoiad purticiper i cette granie tiiMMioD , d'à* près mi système oomreiiable d'éducation aniTersèlle. ' Une appréciation pins intime et ph» étendne, à la fois praliqne et théorique, représ^àte Tesprit postttf comme étant , par sa nature, senl susceptible de développer directemeo^ le senti* ment social , première base nécessaire de tonte saine morale. L'antiipie régime mental ne pouvait le. stimuler qu'à l'aide de pénibles artifices indirects , ik>nt le succès réel devait être fort imparfait , vu la t^dance essentiellement personnelle d'une teUe philosophie, quand la sagesse sacerdotale n'en contenait pas rinfluencç spontanée. Cette nécessité est maintenant reconnue, du moins enqpiriqu^nent , quant à l'esprit métaphysique proprement dit , qui n'a jamais pu aboutir, en morale, à au^ cune autre théorie effective que le désastreux système de l'ér goïsme, si usité aojourd'imi , malgré beaucoup de déclamations contraires : même les sectes ontologiques qui ont sériedsement protesté contre, une semblable aberration ' n'y ont finalement substitué que de vagues ou incohérentes notions, incapables d'efficacité pratique. tJne tendance aussi déplorable, et néan*moins aussi constante, doit avoir de plus profondes racines qu'on ne le suppose communément. Elle résulte surtout, en eiSet , de la nature nécessairement personnelle d'une telle philosophie 9 qui ^ toujours bornée à la considération de l'individu , n'a jamais pu embrasser réellement Tétude de l'espèce , par une suite inévitable de son vain principe logique, essentielle* ment réduit à Vintuition proprement dite, qui ne comporte évidemment aucune application collective. Ses formules ordUnaires ne font que traduire naïvement son esprit fondamental -y pour chacun de ses adeptes , . la pensée dominante est constamment celle du moi : toutes les autres existences quelconques, même humaines, sont eonfusément enveloppées dans une seule conception négative , et leur vague en-
SUE L*BSPRIT POSITIF. 73
Mnble conlstitae le non-^mai; la notion da nous n'y saurait tronver aacone jflaoe directe et distincte. Mais, en examinant oe sajet encore plus profondément , il faut reconnaître que , à cet égarfl, comme sous tout autre aspect, la métaphysique dérive , aussi bien dogmatiquement qu'liistoriqueinent , de la théologie elle-même , dont etle ne pouvait jamais constituer qu'une modification dissolvante. En eflet. Ce caractère de personnalité éonstanté appartient surtout , avec une énergie plus directe, à' la pensée théologique, toujours préoccupée, chez chaque croyant, d'intérêts '^essentiellement individuels, dont Timmense prépondérance absorbe nécessairement toute autre ccmsidération , sans que le plus sublime dévouement puisse en inspirer Tabnégation véritable, justement regardée alors comme une dangereuse aberration. Seulement Topposition fréquente dé ces intérêts cbibiériques avec les intérêts réels a fourni il la sagesse sacerdotale un puissant moyen de discipline morale, 'qui a pu souvent commander, au profit de la société, d'admiriibles sacrifices , qui pourtant n'étaient tels qu'en apparence , et se déduisaient toujours à une prudente pondération d'intérêts. Les sentiments btenveUlants et désintéressés, qui sont propres à la nature humaine, ont dû, sans doute, se manifesta à travers un tel régime^ et même, à certains égards, sous son impulsion indirecte : biais , quoique leur essor n'ait pu être ainsi comprimé, leur caractère en a dû recevoir une grave altération , qui probablement ne nous permet phs encore de connaître pleinement leur nature et leur intensité, fiiute d'un exercice propre et direct. Il y a tout Heu de présumer d'ailleurs que cette habitude continue de calculs personnels envers les plus cbers intérêts du croyant a développé , chez l'homme , même à tout autre égard , par voie d'aflBuité graduelle , un excès de circonspection, de prévoyance, et finalement d'égoïsmey que son organisation fondamentale n'exigeait
7i OPSÇOURS
pafrt et ofii i6$ lom pourra dimiiiwr Un jour ww pn mriHwr régîioe moral. Qwi qn'ilen loU de çettecoiqoctitre, il dm^are jncQotestable que la pensée tbtelagiqQe est, de jpa mi^re, esieotieUement individuelle , et jameii direçtemeat ooUectiTef Aux yeux de la foi, surtput monpitiéique, la.YÎe sociale u'exiale pas , k défaut 4'iin Eut qui lui «ni propre ; la «ociâté bnmaioe ne peut alors offrir immédiatemeut qu'uue^îuipte eg|loi»ératiou d'iodividus, dont la réunion est presque ^ussi fortuite que passagère I et .qui« occupés cbabun de son seul s^Iut, ne conçoivent la participation à celui d'aatruî que comuieuQ puissant moyeu de mieux mériter le leur , eu oliéis^ant aux pi:escrip>tioos suprêmes qui en onjt imposé ^'obligation. Notre respectueuse admiration «era toujours tden due assurément à la pro»dence sacerdotote qui , sons Vbeureuse impulûon d- un ir^ti^t puUic, e sa retirer longtemps ime baute utilité pr^tifue d'nue si imparfaite pbilosopbie. Mais cette juste reconnaisfanee ne saurait aller jusqu'à prolonger artifici^ement ce r^ime initial au delà de sa destination provisoire , quand l'âge esi enfin yemi d'une éooupmie plus conforme à l'eusemble de notre nature > inlellectuella et affective.
L'esprit positif, au contraire, est directement social t autant
que possible, et «ans eveun effort , par suite môme de se péa|îli§ caractéristique. Pour lui, Tiiomme proprement dit n'existe pas, il ne peut exister que Iliumanité, puisque tout notre développement est dû à la société , sous quelque rapport qu'op l'envisaget Si l'i4ée de soci^ semble eucpre une abstraction de notre intelligence, c'est surtout en vertu de l'ancien régime . pbilosopbique :.car, à vrai dire , c'est à l'idée 4' individu qu'appartient un. tel caractère f du moins cbez notre espèce. L'ensemble de la nouvelle philosophie tendra toujours, à faire ressortir, aussi bien dans la vie active qnq dans la vie spéculative > la liaison de idiacun à tous j sous une Coule d'aspects divers , de
manière à rendre; înTolQnbiirQiiieqt famUi^ te9Q0!ti|iieiit ijatlme de la solidarité ^ale, icoiiTenableiaent étendae à tous les temps et À tous les lieuK. ]Noo;seulemeiit ractive recherche dq bien |>nblic sera^ saps cesse représentée comme le mode le plus propre à assurer communément le bonheur privé : mais, par une influence ija fois plus dîxmte et plus pure, finalement plus efficace , le plus complet exercicç possible des pendiants généreux deviendra la principale 90wce. de la félicité perscHinelle, quand même il ne devrait procurer exceptionnellement d'autre récompense qu'iuie inévitable satisfaction iur térieure, Car, si, comme on n'en saurait doutçr, le boiibenr résulta surtout d'une sage activité^ il doit donc dépendre principalement, des instincts sympathiques, quoique notre organisation ne leur aocprdci pas ordinairement une énergie prépondérante; puisque les sentiments bienveillants, sont les seuls qui puissent se développer librement dans Tétat soaial , qui naturellement les stimule de plus en plus en lenr çuvrant un champ indéfini, ^tandis qu'il exige , de toute nécessité, une certaine compression permanente des diverses impulsions personnelles, dont l'essor spontané susciterait des conflits continus. Dans oette vaste expansion sociale, chacun retrouvera la satisfaction normAe de cette tendance à s'éterniser, qni ne pouvait d'aborid être satisfaite qu'à l'aide d'illusions désormais incompatibles avec notre évolution mentale, Me pouvant plus sq prolonger que par l'espèce, l'individu sera ainsi entraîné à s'y incorporer le plus complètement possible , en se liant profondément à toute son existence collective, non-seulement actuelle, mais apssi passée , et surtout future , de manière à obtenir toute Tintensitéde vie que, comporte, en chaque cas, l'ensemble des Ipjs réelles. Cette grande identification pourra devenird'autant plus intime et. mieux sentie que la nouvelle philosophie assigne nécessairement aux deux sortes de vie une même destinetiop
fondaméntalèet une même loi d*évoIatioii , consistant toujours , soit pour l'individu , soit pour l'espèce , dans la progression continue dont le bot principal a Sté ci-dessus caractérisé , c'està-dire la tendance à faire , de part et d'autre , préyâloir, autant que possible, l'attribut humain, ou la combinaison dé l'intelligence avec ta sociabilité, sur l'animalité proprement dite. Nos sentiments' quelconques n'étant déyelôppables qne par un exercice direct et soutenu, d'autant plus indispensable qu'ils sont d'abord moins énergiques , il serait ici superflu d'insister davantage, auprès de quiconque possède, même empiriquement, une yraie connaissance de l'homme, pour démontrer la supériorité nécessaire de l'esprit positif sur l'ancien esprit théologico-m'étaphysique , quant à l'essor propre et actif de Tinstinct social. Cette prééminence est d'une m^ure tellement sensible que , sans doute , la raison publique la reconnaîtra suffisamment , longtemps ayant que les institutions correspondantes aient pu conyenablement réviser ses heureuses propriétés.
D'après l'ensemble des indications précédentes, la sqpériorite spontanée de la nouvelle philosophie, sur chacune de cdles qui se disputent aujourd'hui l'empire se trouve maintenant aussi caractérisée sous l'aspect social qu'elle l'était déjà du point de vue mental , autant du moins que le oomporte^ce discours, et sauf le recours indispensable à l'ouvrage cité. En achevant cette sommaire appréciation , il importe d'y remarquer l'heureuse corrélation qui s'établit natureUement entré un tel esprit philosophique et les dispositions, sages mais empiriques, que l'expérience contemporaine fait désormais prévaloir de plus en plus , aussi bien chez les gouvernés que chez les gouvernants. Substituant directement un immense mouvement mental à une stérile agitation politique , l'école positive explique et sanctionne, d'après un examen, systématique , l'indifférence ou là répugnance que la raison publique et la
SUR L'BSFRn POSITIF. 77
pnidenc^^es gouyernemento s'aoccMrdept à manifester aojourd'hoi poar toate sérieuse élaboration directe des iQstitutions proprement dites , en nn temps où il n'en peot exister d'efficaces qu'avec nn caractère parement provisoire on transitoire» faute d'aucnne base rationnelle snflisante, tant que dorera Tanarcbie intelleotueile. Destinée à dissiper enfin ce désordre fopdamenlal, par les seules voies qui paissent le surmonter, cette nouvelle école a besoin, avant tout, da maintien continu de l'ordre matériel , tant intérieur qu'extérieur, sans lequel aucune grave méditation sociale ne sauiait élre ni (convenablement accueillie ni même suffisamment élaborée. Elle tend donc à justifier et à seconder la préoccupation très-légitime c|u'inspire aujourd'hui partout le seul grand résultat politique qui soit immédiatement compatible avec la situation actuelle , laquelle d'ailleurs lui procure une valeur spéciale par les graves difficultés qu'elle lui su9dte , en posant toujours le problème , insoluble à la longue 9 4e maintenir un certain ordre politique au milieu d'un profond désordre mor^. Outre ses travaux d'avenir, l'école positive s'assode immédiatement à cette importante opération par sa tendance directe à discréditer radicalement les diverses écoles actuelles, en rconplissant déjà mieux que chacune d'elles les offices opposés qui leur restent encore , et qu'elle seule combine spontanément , de façon à se montrer aussitôt plus organique que l'école théologique et plus progressive que l'écoleiDiélapbysique , sans pouvoir jamais comporter les dangers de rétrogradation w d'anarchie qui leur sont respectivement propres. Depuis que les gouvernements ont essentiellement renoncé , quoique d'une manière implicite , à toute sérieuse restauration du pa^sé , et les populations à tout grave boule- ^versement des institutions , la nouvelle philosophie n'a plus à demander, de part et d'autre , que les dispositions habituelles qu'on est au fond préparé partout k lui aooorder (4n moins
78 DlSCOUftlS
en France, où doit partout ft'ftceotnpHr d'abord l^êbboratfcm systématique) , e'ést-à-dire , liberté et attention. Sons ces ooo* dittons natnreites , Técoie positive tend , d'un o6té , à consolider tons ks pouvoirs actuels chet leurs possesseurs quel** conques , et , de l'autre , à leur imposer des obligations morales de plus en*plus conformes aux rrais besoins des peuples.
Ces dispositions incontestables semblent d'abord ne deyoir aujourd'hui laisser à la nouvelle philosophie d'autres obstadea essentiels que ceux qui résulteront de l'incapacité on de Tinca-^ rie de ses divers promoteurs. Mais une plus mûre apprédatioii montre , au contraire , qu'elle doit trouver d'énergiques^résia^ tances chez presque tous les esprits maintenant actifs, par suite même de la difficile rénovation qu'elle exigerait d'eul pbur lei associer directement h sa principale élaboration. Si cette inévi'table opposition devait se borner aux esprits essentiellement théûlogiques 6u métaphysiques , elte offrirait peu de gravité réelle , parce qu'il resterait un puissant appui chez ceux, dont te nombre et l'influence croissent journellement , qui sont sur«tout livrés aux études positives. Mais, par une flstalité aisément explicable , c'est de ceux**là même que la nouvelle école doit peut-être attendre le moins d'assistance et le plus d'entra*» vés : une philosophie directement émanée des scienoes trouvera probablement ses plus dangereux ennemis chez cedx qui leB cultivent aujourd'htii. La principale source de ce déplorable conflit consiste dans la spécialisation aveugle «t disperlive qui caractérise profondément l'esprit scientifique actuel, d'après sa formation nécessairement partielle, suivant la coibipUcation croissante des phénomènes étudiés , comme je l'indiquerai eapressément ci-dessous. Cette marche provisoire, qu'une dangereuse routine acàd^émique s'efforce aujourd'hui d'ét^nîser, surtout parmi les géomètres ^ développe la vraie positi vite , diez diaque intèiligeikce., seulement mtm we faible fùrûon ûu
SU& l'ksi»eit positif. 99
système nentAl, et laisse tout !« «este sbos qd vague régime théologioCKmétapb jsiqae , oo l'abandoiiDeà un empirisneeiioore plus oppressif, en sorte qde 1« véritable eipril positif, qui cor^* respond à reùsemble des divers travauisdentiflqoes, se trouve, au fond , ne pouvoir être pletnement compris par aucun de ceux qui l'ont ainsi naturellement préparé. De plus en plus livrés à cette inévitable ten.dance , les savants proprement dits sont ordinairement conduits , dans notre siècle ^ à une insurmontable aversion contre toute idée générale» et à rentière impossibilité d'apprécier réellement aucune conception philô^^ sophiqae. On sentira mieux, au reste, la gravité d'une telle opposition en observant que , née des habitudes mentales , elle a dû s'étendre ensuite [usqu'apx divers intérêts oorrespon*dents, que notre régime scientifique rattadie profondément, surtout en France , à cette désastreuse spécialité, comme je l'ai soigneusement démontré dans Fonvrage cité. Ainsi , la nouvelle philosophie, qui exige directement Tesprit d'ensemble, et qui fait à jamais prévaloir, sur toutes les études aujourd'hui constituées « la science naissante dû développement social , trouvera nécessairement une intime antipathie, à la fois active et passive , dans les préjugés et les passions de la seule classe qui put directement lui ofiTrir un point d'appui spéculatif, et chcE laquelle elle ne doit longtemps espérer que des adhésions pure^ ment individuelles, plus rares là peut-être que partout ail>leurs (1).
«MMftM
(i) Cette empirique prépondérance de l'esprit de détail chez la plupart dés savants actuels , et leur aveugle antipathie envers toute généralisation quel- ■îonque, se trouvent beaucoup aggravées , surtout en France, par leu^ réunion habituelle en académies, où les divers préjugés analytiques se fortifient mutuellement, où d'aûle'urs se développent des intérêts trop souvent abusHB, où enfin s'organise spontapément une sorte d'émeute permanente contre le régime synthétique qui doit désormais prévaloir. l'instlttOt depTOgrtS qid caractérisait, il y a un demi-siècle , le génie révolutionnaire , avait omilbséffleiit senti ces dangers
Pour saimoDter oonyaiablenieiit oe ooncoors spoûtané de résislances diveESQs que lai présente aujeurd'hui U masse spécolative (iroprement dite , ïécole positive ne saurait trouver d'antre ressource générale qne d'organiser nn appel direct et soutenu au boa sens universd, en s'etforçant Résonnais de propager sy^éihatiqaenient, dans la masse^aetive, les princijiales études scientifiques propres à y constituer la base indispensable de sa grande élaboration philosophique. Ces études préliminaires, naturellement dominées jusqu'ici par cet lesprit de spécialité empirique qui préside aux sciences correspondantes , sont tonjours conçues et dirigées comme si chacune d'elles devait surtout préparer à une certaine profession exclusive ; ce qui interdit évidemment la possibilité, même, chez ceux qui auraient le plus de loisir, d'en embrasser jamais plusieurs, ou du moins autant que l'exigerait la formation ultérieure de saines conceptions générales. Mais il n'en peut plus être ainsi quand une telle instruction est directement destinée à l'éducation univers selle , qui en change nécessairement le caractère et la direction, malgré toute lendance contraire. Le public, en effet, qui ne veut devenir ni géomètre, ni astronome, ni chimiste, etc., éprouve continuellement le besoin simultané de toutes. les sciences fondamentales , réduites chacune à ses notions essentielles : il lui faut, suivant l'expression trés-^emarqnable de notre grand Molière, des clartés de tout Cette simultanéité nécessaire
essentiels , de manière à déterminer la suppression directe de ces compagnies arriérées., qui , ne convenant qu'à l'élaboration préliminaire de l'esprit positif, devenaient de plus en plus hostiles à sa systéiùàtisation finale. Quoique cette audacieuse mesure , simaljugée.d'ordlnaire, fût alors prématurée, parce que ces graves inconvénients ne pouvaient encore être assez reconnus , il reste nëanmoins certain que ces corporations scientifiques avaient déjà accompli le principal office que comportait leur nature : depuis leur restauration , leur influence réelle a été, au fond^ beaucôiq) plus nuisible qu'utile àJa marche actuelle de la grande évolution menUle.
SUR l'espbit positif. 81
n'existe pas seulement ponr lui quand il considère ces études dans leur destination abstraite et générale , comme seule base rationnelle de Fensemble des conceptions humaines : il la retrouve encore, quoique moins directement, même envers les diverses applications concrètes , dont chacune-, au fond., au lieu de se rapporter exclusivement à une certaine branche de la philosophie naturelle , dépend aussi pins on moins de toutes les autres.. Ainsi, runiverselle propagation des principales \
études positives n*«st pas uniquement destinée aujourd'hui à satisfaire un besoin déjà très-prononcé chez le public, qui sent de plus en plus que les sciences ne sont pas exclusivement réservées pour les savants, mais qu'elles existent surtout pour luimême. Par une heureuse réaction spontanée, une telle destination , quand elle sera convenablement développée , . devra radicalement améliorer Tesprit scientifique actnel, en le dépouillant de sa spécialité aveugle et dispersive, de manière à lui faire aequérir peu à peu le vrai caractère philosophique , indispensable èr sa principale mission. Cette voie est niéme la seule qui puissë\ de nos jours, constituer gradùelleiiient» en dehors de la -classe spéculative proprement dite, un vaste tribunal spontané^ aqssi impartial qu'irrécusable, formé de la masse des hommes sensés^ devant leqiïel Viendront s'éteindr« irrévocablement beaucoup de fausses opinions scientifique^, que les vues propres à l'élaboration préliminaire des deux derniers siècles ont dû mêler profondément aux doctrines vraiment positives, qu'elles altéreront nécessairement tant que ces dis* eussions ne seront pas enfin directement soumises au bon sens universel. En un temps où il ne faut attendre d'efficacité inoH médiate que de mesurés toujours provisoires, bien adaptées à notre situation transitoire, Torganisation nécessaire d'un tel point d'appui général pour l'ensemble des travaux philosophiques devient , à mes yeux , le principal résultat social que
puisse maintenant produire l'entière vulgarisatton descomiaHk sances réelles ^ le piAlic rendra ainsi à la nouvelle éo^e po plein équivalent des services que cette organisation lui fro^ curera.
Ce grand résultat ne pourrait être sufBsamoiei^t obtoaju, ai cet enseignement continu restait <lestiné à une seul^ dasae quelconque, même IrèSTétëndue : on doit, sous peine d'avortément , y avoir toujours en .vue l'entière. universalité .des Intelligcfttces. Dans l'état normal que cé^nouvemen) doit pr^pajrer , toutes, sans aucune èxcepfion ni disiiâctiou^ éproûi^eroiit toujours le mêine besoin fondamental de cette philosophie pre'» mièré , résaltée de l'ensemble des notions réelles , et qui doit alors devenir la base systématique de la sagesse humaine , anssi bien active que spéculative, de manière à remplir plus couve* nablement l'indispensable o(Bce social qui se rattachait jadif à l'universelle instrnction chrétienne. IL importe donc beaucoup que, dès son origine, la nouvelle école. i4ûlosoptiiqiif développe, autant que possible^, ce grand caractère &é^ mentâire d'universalité sociale , qui , finalemeut relatif à sa principale ^estinatipn ^ constituera aujourd'hui . sa plus grande force ooiitre les diverses résistances qu'elle doit reu^ contrer. ,
Afin de mieux marquer cette tendance nécessaire , une intime conviction /d'abord instinctive, puis systématique,, m'a déter* miné, depuis longtemps, à représenter toujours l'enseignetnent exposé dans ce traité comme s'adressant surtout à la clasae la
plus nombreuse, que notre situation laisse dépourvue de toute instruclîon régulière , par suite de la désuétude croissante de l'instruction purement théologique, qui, provisoirement remplacée y pour les seuls lettrés , par une certaine instruction métaphysique et littéraire, n'a pu recevoir, surtout en France, aucun pareil équivalent pour la masse populaire. L'importance
SUB L'fiSPlUT POSITIF. 88
et la nouvesaté d'nne telle dispositioii cQDstanle, mon yif désir qu'elle soit convenablemeiit appréciée, et fnéme, si j'ose le ilire, imitée, nà'obUge&t à indiquer k& lès principaux motife de ce contact spiritnel que doit ainsi spécialemend instituer anjoiird'hui aTec les prolétaires la nouvelle école pbilosopbiqae /sans toutefois que son enseignement doire jamais exctore apcnne dasse quelconque. Quelques obstacles que le défaut de zélé ou d'éléTation puisse réellement apporter de|)art et d'autre à un tel rapprochement , 11 est aisé de reconnaître , en général , que , de toutes les portions de la société actuelle, le peuple proprement dit doit être , au fond , la mieux disposée , par les tendances et les besoins qui résultent de sa situation caractéristi^ que, à accneillfr favorablement la nouvelle pbilo^opbie , qui finalement doit trouyer Ui son principal appui,, aussi bien mcDtal que social.
Une première considération , qu'ir importe d'approfondir, quoique sa nature soit surtout négative, résulte , à ce sujet, 4'ime judicieuse appréciation de ce qui, au premiw aspect 9 pourrait sembler offrir une grave difficulté , c'est i-dire l'ab^ sence actuelle de toute culture spéculative.. Sans doute, il est regrettable , par exemple , que cet enseignemoit populaire de la philosophie astronomique ne trouve pas encore, chez tous ceux auxquels il est surtout destiné, quelques études mat)iématiques préliminaires, qui le rendraient à la fois plus efficace et plus fadle, et que je suis môme fcnrcé d'y supposer. Mais la même lacune se rencontrerait aussi chez, la plupart des antres classes actodles , en un tanpa où Tiiistruetion positive reste bornée , en France , à certaines professions spéciales , qui se rattachent essentieUemeat à l'École Polytechnique ou aux écoles de médecine^ 11 n'y a donc riai là qai soit vraiment particulier à nos prolétaires. Quant à leur défaut hi^bitud de cette sorte 4e culture régulièfe que «reçoivent aiqonrd'hni les dasses let-
9k DISCOURS
Crées , je ne crains pas de tomber dans une exagération philosophiqne en affirmant qu'il en résulte ^ pour les esprits populaires , un notable avantage , au lieu d'un incojavénîent réel. Sans revenir ici sur une critique malheureusement trop facile , assez accomplie depuis longtemps , et que Texpériaice journalière confirme de plus en plus aux yeux de la . plupart des hommes sensés , il serait difficile de concevoir maintenant une préparation plus irrationnelle , et , au fond, plus dangereuse, à la conduite ordinaire de la vie réelle , soit active , soit même spéculative, que celle qui résulte de cette vaine instruction, d'abord de mots, puisd'entités, où se perdentencoretantde précieuses années de optre jeunesse. A la majeure partie de ceux qui la reçoivent, elle n'inspire guère désormais qu'un dégoût presque insurmontable de tout travail intellectuel pour le cours entier de leur carrière : mais ses dangers deviennent t>eau6oup plus graves chez- ceux qui s'y sont plus spécialement livrés. •L'inaptitude à la vie réelle , le dédain des professions vulgaires, l'impuissance d'apprécier convenablement aucune conception positive , et L'antipathie qui en résulte bientôt , les disposent trop souvent aujourd'hui à seconder une stérile agitation métaphysique^ que d^inquiètes prétentions personnelles, développées par cette désastreuse éducation, ne tardent pas à rendre politiquement perturbatrice, sous l'influence directe d^une vicieuse érudition historique , qui , en faisant prévaloir une fausse notion du type social propre à l'antiquité , empêche communément de comprendre la sociabilité moderne. En considérant que presque tous ceux qui , à divers égards , dirigent maintenant les a£Eaiires humaines, y ont été ainsi priëparés , on ne saurait être surpris de la honteuse ignorance qu'ils manifestent trop souvent sur les moindres sujets , même matériels , ni de leur fréquente disposition à négliger le fond pour la forme , en plaçant au-dessus de tout l'art de bien dire , quelque contra-
SUR L'ESPRIT POSITir. 85
dictoirc oa pernicieqse qa*eir devienne l'application, ni enfin de la .tendance spéciale de nos classes lettrées à accueillir avidement toutes leis aberrations qni surgissent journellement de notre anarchie mentale. Une telle appréciation dispose, au contraire, às^étonner qnè ces divers désastres ne soient pas ordinairenient plus étendus ; elle conduit à admirer profondément la rectitude et)a sagesse naturelles de l'homme, qui , sous l%eureuse impulsion propre à l'ensemble de notre civilisation , contiennent spontanément, en grande partie, ces dangereuses conséquences d'un absurde système d'éducation générsile. Gé système ayant été, depuis la fin du moyen âge, comme il l'est encore , le principal point d'appui social de l'esprit métaphysique , soit d'abord contre la théologie , soit ensuite aussi i^ntre la science , on conçoit aisément que les classes qu'il n'a pu envelopper doivent se trouver, par cela même , beanoonp moins affectées de cette philosophie transitoire , et dès lors mieux disposées à l'état positif. Or, tel est l'importaiit' avantage que l'absence d'éducation scolastique procure* aujourd'hui à nos prolétaires , et qni les rend , au fond , moins accessibles que la plupart des lettrés aux divers sophismes perturbateurs, confor*mément à l'expérience journalière , malgré uhe excitation continue, systématiquement dirigée vers les passions relatives à leur condition sociale. Ils durent être jadis profondément do^ minés par la théologie , surtout catholique ; mais, pendant leur ^ancipation mentale, la métaphysique n'a pu que glisser sur eux , faute d'y rencontrer la culture spéciale sur laquelle elle repose : seule , la philosophie positive pourra , de nouveau , les saisir radicalement. Les conditions préalables , tant recommandées par les premiers pères de cette philosophie finale, doivent là se trouver ainsi mieux remplies que partout ailleurs r stia célèbre table rase de Bacon et de Descartes était jamais pleinement réalisable, ce serait assurément chez les proie-
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taires actuels, qui, priocipaleiaeiit en Fnnœ^ sont biea plus rapprochés qu'aacone classe quelconque du type idéal de cette disposition préparatoire à la positivité rationneUa. En examinant , sone nn aspect pins intime et plus durable , cette inclination naturelle des intelligences populaires vers la saine philosophie, on reconnatt aisément qu'elle doit toujours résulter de la solidarité fondamentale qui» d'après nos explica-^ tioM antérieures, rattache direbtement le yéritablé esprit phK losophique au bon sens universel , sa première source néces* saire. Mon-seulement, en effet, ce bon sens, si justement préconisé par Descartes et Bacon , doit aujourd'hui se trouver plus pur et plus énergique chez les classes inférieures , en vertu même de cet beureux défaut de culture scolàstique qui les rend moins accessibles ai^x bi^iludes vagues ou sophistiqués. A cette dtfference passagère, que dissipera graduellement une meilleure éducation des classes lettrées , il en faut joindre une autre,' nécessairement permanente, rdative à- l'influence mentale des diverses fonctions^ sociales propres aux deux ordres d'intelligences , d'après le. caractère respectif de leurs travaux habituels* Depuis que l'action réelle de rhumanité sur le monde extérieur a commencé, chez les modernes, à s'organiser spontanément, elle exi|e la combinaison continue de deux classes distinctes^ très-inégales en nombre , mais également indispensables : d'une part, les entrepreneurs prq^rement dits, toujours peu nombreux, qui , possédant les diven matériaux convenables^ y compris l'argent et le crédit, dirigent l'ensemble de chaque opération, enassumantdès lors liiprincipaleresponsabilité des résulta tsquelconques ; d'une autre part, les opérateurs directs, vivant d'un salaire périodique etformantrimmense majorité des travailleurs, qui exécutent, dau^ une sorte d'inteption abstraite, chacun des actes élémentaires, sans se préoccuper spécialement de leur ooncoursfioal. Ces dernierssontseulsimmédiatementauxprisesavec
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la ttâtta«, tendis tfûlb Itf^ ptétù\elrd 0ht stirtont affaire à la société. fàt une Boite oéôessaife àé ces diversités fondamentales, Tefficacité spéculative que nous avons reconnue inhérente à la vie industrielle pour développer involontairement l'esprit positif doit oi^iuairement se faire mieux sentir chez les opérateurs qu^^pairmi les entrepreneurs; car, leurs travaux propres ofiHrent un caractère plus simple, un bût pluils nettement déterminé, des résultats plus prochains, et des conditions plus impérieuses. L'école positive y de^ra donc trouver naturellement un accès plus facile pour son enseignement universel , et une plus vive sympathie pour sa )^éuovation philosophique , quand elle pourra convenablen^ent pénétrer dans ce vaste milieu social. Elle y devra rencontrer, en même temps ^ des affinités morales non moins précieuses que ces harmonies mentales , diaprés cette commune insouciance matérielle qui rapproche spontanément nos prolétaires de la véritable classe contemplative , du moins quand celle-ci aura pris enfin les mœurs correspondantes à sa destination sociale. Cette heureuse disposition , aussi favorable à l'ordre universel qu'à la vraie félicité personnelle, acquerra un jour beaucoup d'iihportance normale, d'après la systématisation des rapports générant qui doivent exister entre ces deux éléments extrêmes dé la société positive. Mais, dès ce moment, elle peut faciliter essentiellement Ipur union naissante, en suppléant au peu de loisir (jue les occupations journalières laissent à nos prolétaires pour leur instruction spéculative. Si , en quelques cas exceptionnels d'ettréme surcharge, cet obstacle continu semble, en effet, devoir empêcher tout essor mental, il est ordinairement Compensé par ce caractère de sage imprévoyance qui, dans chaque intermittence naturelle des travaux obligés, tend à Tesprit une pleine disponibilité. Le vrai loisir' ne doit manquer habituellement que dans la classe qui s'en croit spécialement douée ; car ^ à raison même de sa
fortane et de sa positioa , elle reste conimnnément préoocapéi^ d'activés iiiqniétades , qui ne comportent presqqe jamais on ▼éritàble calme , intellectnel et moral. Cet état doit être facile , au contraire 9 soit anx penseurs, soit aux opérateurs , d'après leur (commun affranchissement spontané des soucis relatifs à remploi des capitaux , et indépendamment de la régularité naturelle de leur yie journalière.
Quand ces difiG§rentes tendances , mentales et morales , auront convenableinenli agi , c'est donc parmi les prolétaires ipie devra le mieux se réaliser cette universelle propagation de rinstruction positive , condition indispehsaUe è l'accomplissement graduel de la rénovation philosophique. C'est aussi chez eux qne le caractère continu d'une telle ét^de pourra devenir le pins purement spéculatif , parce qu'elle s'y trouvera mieux exempte de ces vues intéressées qu'y apportent, plus ou moins directement, les classes supérieures, presque toujoars préoccupées de calculs avides pu ambitieux. Après y avoir d'abord cherché le fondement universel de toute sagesse humaine , ils y viendront puiser ensuite , commet dans les beâuit^rts, une douce diversion habituelle à l'ensemble de leurs peines journalières. Leur inévitable condition sociale devant leur rendre beaucoup plus précieuse une telle diversion , soit scientifique , soit esthétique, il serait étrange que les classes dirigeantes voulussent y voir , au contraire, un motif fondamental de les en tenir essentiellement privés , en refusant systématiquement la seule satisfaction qui puisscé(reindéfinjmentpartagéeàceux-là même qui dôiveqt sagement renoncer aux jouissances les moins commupicables. Pour justifier un tel refus, trop souvent dicté par Fégoïsme e| Firréflexion, on a quelquefois objecté, il est vrai, que cette vulgarisation spéculative tendrait à aggraver profondément le désordre actuel^ en développant la .funeste disposition, déjà trop prononcée , au déclassement universel. Mais cette crainte natq-
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relie, aiiiqae objection sérieuse qui , à ce sujet, méritât une vraie discussion , résulte aujourd'hui , dans la plupart de» cas de. bonne foi, d'une irrationnelle confusion de l'instruction positive , à la fois esthétique et scientifique , avec l'iostFoction métaphysique et littéraire, seule maintenant organisée. Gelle-cî, en efiet , que nous avons .déjà recœmue exercer une aciSon sociale très-perturbatrice chez les classes lettrée», deviendrait beaucoup plus dangereuse si on retendait aux prolétaires , où elle développerait , outre le dégoût des occupations matérielles» d'exorbitantes ambitions. Mais , heureusement , ils sont, en gédéritl , encore moins disposés à la demander qu'on ne le serait à la leur accorder. Quant aux études positives , sagement conçues et convenablement dirigées , elles ne comportent nullement unci telle influence : s'alliant et s'appliquant , par leur nature , à tous les travaux pratiques , elles tendent , au contraire , à en confirmer ou même inspirer le goût , soit en ano* blissant leur caractère habituel, soit en adoucissant leurs pénibles conséquences ; conduisant d'ailleurs à une saine appréciation des diverses positions sociales et des nécessités correspondantes , elles disposent à sentir que le bonheur, réel est compatible avec toutes les conditions quelconques, pourvu qu'elles soient honorablement remplies et raisonnablement acceptées. La philosophie générale qui en résulte représente l'homme, ou plutôt l'humanité, comme le premier des êtres connus, destiné, par l'ensemble des lois réelles, à toujours perfectionner autant que possible, et à tous égards, l'ordre naturel , à l'abri de toute inquiétude chimérique ; ce qui tend à relever profondément TactiC sentiment universel de la dignité humaine. En même temps , elle tempère spontanément l'orgueil trop exalté qu'il pourrait susciter , en montrant, sous tous les aspects , et avec une familière évidence, combien nous devons rester sans cesse au-dessous du but et du type ainsi caracté-
90 mscoimi
, loit Amis te Tie «câvd , «oit même dttttft la Ylesj^éculaif ve, où l'oii Mut) prévue à t^cpie pM , que nos plus snblimes efforts ne peafent jamais surmoiH^r qu'une faible partie des difficultés fondamentales»
Malgré la haute importance des divers motift précédents, des considérations encore plus puissantes détermineront surtout lea inteUigénCes populaires à seconder aujourd'hui Taction philosophique de Téoole positive par leur ardeur continue pour Tuniverselie propagation desf études réelles : elles se rapportent aux pr iadpausL besoins eotlet^tifs-propreè à la condition soeisle des prolétaires. On peut les résumer en cet aperçu général; il ti*a pu exister. jusqu'ici une politique spécialement populaire, et la nouvelle philosophie peut seule la cimstituer.
Depuis le commencement de 4a grande crt^é moderne , le peuple n'est enooré intervenu que comme simple auxiliaire dans les principales luttes politiques , aveo l'espoir, sans doute, d'y obtenir quelques améliof allons de sa situation générale , mais non d'après des Tues et pour un but qui lui fussent réellement propres» Tous les débats habituels soht restés essentiellement concentrés entre les diverses classes supérieures ou mojrennes, parce qu'ils se rapportaient surtout à la possession du pouvoir. Or, le peuple ne pouvait longtemps s'intéresser directement à de tds conflits, puisque la nature de notre civilisation empêche évidemment les prolétaires d'espérer^ et même de désirer, au-cune importante participation à la puissance politique proprement dite. Aussi , après avoir essentiellement réalisé tous les résultats sociaux qu'ils pouvaient attendre de la substitution provisoire des métaphysictens et des légistes àrancienne prépon^ dérance politique des classes sacerdotales et féodales , dmrien> nent^ils aujourd'hui de plus en plus indiSérentis à la stérile prolongation do ces luttes de plus en plus misérables, désor^* mais réduites presque à de vaines Hvàlités personnelles. Quels
sim l'i^rit positif. 91
qae soieiit tes effort^ joumalien de Fagitatioii métàfbjtàqoû pour les Caire intervenir dans ees frivoles débal#y par Tappàl de ce qu'on nomme les droits politiques, l'insUnct populaire a dqà compris y sortont en France ^ combien seraii illusoire ou puérile la possession d'un tel pririlége, qui^ même dans aon degré actuel de dissémination , n'inspire habituellement aucun intérêt yéritable à la plupart de ceux qui ea jouissent exclusivement. Le peuple ne peut s'intéresser essentiellement qu'à l'usage eflfectif du pouvoir, en queii^ues maiiui qu'il réside , et non à sa conquête spéciale. A^ssitét que les questions politiques , ou plutôt dès lorâ sociales , se rapporteront ordioairement à la manière dont le pouvoir doit être exercé pour mieux atteindre sa destination générale, principalement relative, chei les modernes , à la masse prolétaire > on ne tardera pas à reconnaître que le dédain actuel ne tient nullement à une dangereuse indifférente v jusque-là , l'opinion populaire pestera étrangère à ces débats, qui, aux yeux des- bons esprits, en augmentant l'instabilité de tous les pouvoirs, fendent spécialement àretarder cette indispensable transformation. En un mot, le j)euple est naturellement disposé à désirer que la vaine et orageuse discussion des droits se trouve enfin remplacée par une fécwd^ et salutaire appréciation des divers devoirs essentiels , soit généraux, soit spéciaux* Tel est le principe spontané de l'intime connexité qui) tôt ou tard sentie , ralliera nécessairement l'instinct populaire à l'action Sociale de la philosophie positive $ car cette grande transformation équivaut évidemment à celle, cidessus motivée par les plus hautes considérations spéculatives^ du mouvement politique actuel en un simple mouvement philosophique, dont le premier et le principal résultat social cour sistera, en effet, à constituer solidement une active morale universelle I prescrivant à chaque agent, individuel ou coUec* tif , lei» règles de conduite les plus conformes à l'harmonie fou-
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damentale. Plus on méditera sur cette relation naturelle , mieux on reoonnattra'que cette 'mutation décisive, qai ne pouvait émaner que de l'esprit positif , ne peut aujourd'hui trouver un solide apputque chez le peuple proprement dit , seul disposé à la bien comprendre et à s'y Intéresser profondément. Les pré^ jugés et le» passions propres aux classes supérieures ou moyennes, s'opposent conjointement à ce qu'elle y soit d'abord suffisamment sentie, parce qu'on y doit être ordinairement plus touché des avantages inhérents à la possession du pouvoir que des dangers résultés de son^ vicieux exercice. Si le peuple est maintenant et doit rester désormais indifférent à la possession directe du pouvoir politique, il ne peut jaihais renoncer à son indispensable participation continue au pouvoir moral, qui, seul vraiment accessible à tous , saus aucun danger pour l'ordre universel, et , au contraire, à son g:rand avantage journalier, autorise chacun, au nom d^une commune doctrine fondamen^ taie , à rappeler convenablement les plus :faautes puissances à leurs divers devoirs essentiels. A la vérité , les préjugea inhérents à l'état transitoire ou révolutionnaire ont dû trouver aussi quelque accès parmi nos prolétaires j ils y entretiennent, en effet, de fâcheuses illusions sur la portée indéfinie dès mesures politiques proprement dites ; ils y empêchent d'apprécier cc^bien la juste satisfaction des grandsinférétspopulairesdépend aujourd'hui davantage des opinions et des mœurs que desinstitutions elles-mêmes, dont la vraie régénération , actuellement impossible, exige, avant tôut^ une réorganisation spirituelle. Mais on peut assurer que l'école positive aura beaucoup plus de facilité à faire pénétrer ce salutaire enseignement chez les esprits populaires que partout ailleurs, soit parce que la métaphysique négative n'a pu s'y enraciner autant, soit surtout par l'impulsion constante des besoins sociaux inhérents à leur situation nécessaire. Ces besoin» se rapportent essentiellement à deux con-
SUR l'bsprit positif. 93
ditions fondamentales , l'une spirituelle , l'autre temporelle, de nature profondément connexe: il s'agit, en efiet, ^d'assurer convenablement à tous, d'abord l'éducation normale, ensuite le travail régulier ; tel est, au fond, le vrai programme social des prolétaires. 11 ne peut plus exister de véritable popularité que pour la politique qui tendra nécessairement vers cette double destination. Or, tel est, évidemment , le caractère spontané de la doctrine sociale propre à la nouvelle école pbilosophique ; nos explications antérieures doivent ici dispenser, ii cet égard, de tout autre éclaircissement , d'ailleurs réservé à l'ouvrage si souvent indiqué dans ce discours. Il importe seulement d'ajouter, à ce sujet, que la concentration nécessaire de nos pensées et de notre activité sur la vie réelle de l'humanité, en écartant toute vaine illusion , tendra spécialement à fortifier beaucoup l'adhésion morale et politique du peuple proprement dit à la vraie philosophie moderne. En effiet, son judicieux instinct y sentira bientôt un puissant motif nouveau de diriger surtout la pratiqué sociale vers la sage amélioration continue de sa propre condition générale.. Les chimériques espérances inhérentes à l'ancienne philosophie, ont trop souvent conduit, au contraire, à négliger avec dédain de tels prc^^, ou à les écarter par une sorte d'ajournement continu , d'après laminime importance relative que devait naturellement leur laisser cette éternelle perspective, immense compensation spontanée de toutes les misères quelconques.
Cette sommaire appréciation suffit maintenant à signaler, sous les divers aspects essentiels, l'affinité nécessaire des classes inférieures pouf la philosophie positive , qui , aussitôt que le contact aura pu pleinement s'établir, trouvera là son principal appui naturel , à la fois mental et social ; tandis que la philosophie théologique ne convient plus qu'aux classes supérieures , dont elle tend à éterniser la prépondérance politique, comme
M Mscoims
la pbiloat^ie nétaphyriqoe s'adresse surioat an ctai moyeDoes, dont elle seconde Faotive ambition. Tout esprit méditatif doit ainsi eompreodre «nfio l'importance Traimenft fondamentido qœ présente anjoord'hai une sage irnigarisatioa ^stématiqm desétades positives, essenticUemeat destinée aux prolétaires , afin d'y préparer une saine doctrine sodale. Les divers observateurs qui peuvent s'affranchir^ méasemomoitanément , du tourbîHon journalier, s'accordent maintenant à déplorer , et certes avec beaucoup de raison , l'anarchique influence qu^exercent , de nos joprs , les sophistes et les rhéteur». Mais ces justes {ribiîntes resteront inévitablement vaines tant qu'on n'aura pas mielix senti la nécessité de sortir enfin d'une situation uientale, oà Téducafion oiBdeUe ne peut aboutir, d'ordinaire, qu'à former des rhéteurs et des sophistes, qui tendeirt ensuite- spontanérncot i propager le même esprit , par le tri|de enaeignement émané dea joumâux, des romans, et des drame», parad les classes inférieures, qu'aucune instruction régulière ne jfarantîl de la contagion métaphysîqne, repoussée seUdemont p^r leur raison natnrdle. Quoique l'on doive espé** r^, èce titre» quêtes gouvernements a^els sentiront bièntôil: combien l'oniverseUe propagation des connaissances réeUes peut seconder de plus en plus leurs eftnrts continus pour le difficile DMintien d^un ordre indispensable , il ne faat pas encore attendre d'eux , ni même en désirer , une coopération vraiment active à cette grande préparation rationnelle, qui doit longtemps résulter surtout d'ian libre lèle privé , inspiré et soutenu par de véritables couvictioDS .philosophiques. L'imparfaite conserva^ tion d'une grossière barùMMiie politique, sans cesse compromise au miliea de notre désordre mental et moral, absorbe trop justendent leur sollicitude journalière , et les tient même placés à tt» peint de vue trc|i infërieur, pour qu'ils puissent diguem&A eoi^prendre la nature et lescouditiNis d'un tel travail»
SUE L'^SPEII POSITIF. 95
dopt U faut seidfiiiieiit leur demander d'eatretoir l'iooipartaiiQe. Si, par un zèle iotempcstif» ils tentaient anjonrd'hui de le diriger , ils ne pourraient aboutir qu'à TaUérer profondément, de manière k compromet beaucoup sa principale effiçadlé, enue le rattachant pas une philosophie asses déeiiiTe» ce qui le ferait bientôt dégénérer en une incohérente accumulation de spécialités superficielles. Ainsi, Técole positive» résultée d'un actif concours volontaire des esprits vraiment philosophiques, n'aura longtemps à demander à nos gouvwaements occidentaux^ pour accomplir convenablement son grand office social , qu'une pleine liberté d'exposition et de discussion^ équivalente à celle dont jouissent déjà Técole théologique et l'école métaphysique. L'une peut, chaque jour» dans ses miUe tribunes sacrées, précc^iser » à son gré ,^ l'excelleiiee absolue de son éternelle doctrine , et vraer tous ses adversaires qndconques à une irrévocable damnation $ l'autre^daDS les nombreuses chaires que lui entretient la munificence nationale» peut joumdiement développer ,devant d'immensesauditoires»runiversdieefficncité de ses conceptions ontologiques et la prééminence indéfinie de ses études littéraires. Sans prétendre à de tels avantages, que le tenqis doit seul procurer , l'école positive ne demande eseentiellement aujourd'hui qu'un simple droit d'asile régulio* dans les localités municipales , pour y faire directement apprécier son aptitude finale à la satisfaction âmultanée de tous nés gratids besoins sociaux , en propageant avec sagesse la seule instruction systématique qui puisse désormais prépirer une véritable réorganisation» d'abord mentale, puis monde, et enfin politique. Pourvu que ce libre accès lui reste toujours ouvert, le zèle volontaire et gratuit de ses rares promoteurs, secondé par le bon sens univarsei, et sous l'iBBqnilMon croissante de la situation fondamentale» ne redoutera iamaift de sontenhr , même dès ce mottient> une active eanounence plulosophiquè envom
les nombreux et paissants organes , même réunis , des deux ' écoles anciennes. Qr , il n'est plus à craindre que désormais les hommes d'état s'écartent gravement, à cet égard^de Timpartiale modération de plus en plus inhérente à leur propre indif> férence spéculative : l'école positive a même lieu de compter , sous ce rapport, sur la bienveillance habituelle des plus intelligents d'entre eux, non seulement en France» mais aussi dans tout notre Occident. Leur surveillance continue de ce libre enseignement populaire se bornera bientôt à y prescrire seulement la condition permanente d'une vraie positi vite; en y écartant, avec une inflexible sévérité , l'introduction, trop imminente encore, des spéculations vagues ou sophistiques. Mais, à ce sujet, les besoins essentiels de l'école positive concourent directement avec les devoirs naturels des gouvernements*, car, si ceux-ci doivent repousser un tel abus en vertu de sa tendance anarchique, celle-là, outre ce juste motif ^ le juge pleinement contraire à la destination fondamentale d'un tel enseignement , comme ranimant te même esprit métaphysique où elle voit aujourd'hui le principal obstacle à l'avènement social de la nouvelle philosophie. Sous cet aspect, ainsi qu'à tout autre titre; les philosophes positifs se sentiront toujours presque aussi intéressés que les pouvoirs actuels au double maintien continu de l'ordre intérieur et de la paix extérieure, parce qu'ils y voient la condition la plus favorable à une vraie rénovation menlale et morale : seulement , du point de vue qui leur est propre, ils doivetit apercevoir de plus loin ce qui pourrait compromettre ou consolider ce grand résultat politique de l'ensemble de notre situation transitoire.
Nous avons maintenant assez caractérisé , à tous égards, l'importance capitale que présente aujourd'hui l'universelle (NTopagation des études positives , surtout parmi les prolétaires, potti? constituer désormais un indispensable point d'appui , à la
SUR L'BSMIT POSITIF. 97
fois mental et social, à Télaboratioo philosophique qui doit dàterminer gradudlement la récMrga&isation spiHtuelle des sociétés modernes. M«s une telle appréciation resterait encore incomplète , et même insuffisante , si la On de ce discours n'était pas directement consacrée à établir l'ordre fondamental qui convient à celte série d'élfedes , de manière à fixer la vraie position que doit occuper , dans IcIUr ensemble, celle dont ce traité s'occupera ensuite exclusivement. Loin que cet arrangement didactique soit presque Indifférent , comme notre vicieux régime scientifique le fait trop souvent supposer, on peut assurer, au contraire , que c'est de lui surtout quç dépend la principale efiScacité , intellectuelle ou sociale , de cette grande préparation. U existe d'ailleurs une intime solidmlé entre la conception encyclopédique d'où il résulta et la loi fondamentale d'évolution qui s^t de base à la nouvelle philosophie générale; Un tel ordre doit, par sa nature , remplir deux conditions essentielles , l'une dogmatique , l'autre historique , dont il faut d'abord reconnaître la ooifvergence nécessaire : la première consiste à ranger les sciences suivant leur dépendance successive , en sorte que chacune repose sur la précédente et prépare la suivante ; la seconde prescrit de les disposer d'après la mardie de leur formation effective, en passant toujours des plus anciennes aux plus récentes. Or, l'éqiii valence spontanée de ces deux voie» encyclopédiques lient , en général , à l'identUé fondamentale qui existe inévitablement entre l'évolution individuelle et l'évolution collective , lesquelles ayant une pareille origine , une semblable destination , et un même agent , doivent toujours offrir des phases correspondantes , sauf les seules diyersités de durée , d'intensité , et de vitesse , inhérentes à l'inégalité des deux organismes. Ge concours nécessaire permet donc de concevoir ces deux modes comme deux aspects corélatifs d'un unique principe encyclopédique , de manière à pouvoir
9ft JMSGOCIS
habito^VM^iit «nployer mkii qui, ea chaque cas, manîtetera le iDî^iUL letf reMkm oon^îdéiées , et a?ec la prédenae hcoUé de pouvoir oeuttamnienl vérifier par rôn ce qui aéra résulté d0 l'aiatre.
La lei fondaitteutâle^de cet ordre ombumid de dépendance dQgwalique ût de suoeession MstiMque , a été eompléteaient étal^Ue; dans le gmd oiranige dme^sus indiqué , et dont elle détenrâfte.le plan général. Elle consiste à classer les différaite» mWQ^ 9 diaprés la nature dea phénomènes étudiéa, selon leur gtaératité et lew uidépendanee décnoissantes ou leur comidiiMt^ cmssante* d^e« résuUenI des spéculations de moins en BBIQÎM abitraiteael dci plus en plus diflkyes , nais aussi de {dus QH pbia éariMAtes et oomplètes , en vertu de leur relation pins iwtîme.ji rhoMne, ou plutôt à I1ionien|té , objet final dç tout II^ mfi^im ttotocique* Ce daasement tire sa principale râleur l4mQÉKv4iqiia , 80ît scientifique), sott logique ^ de Fidentfté ^Qn!*t«pte et nécessaire qui ^fi$\e entré tous ces divers modes dia cwpiraiBon spéculative das phénomènes naturels , et d'où TémUmi autant de théorèmes encyelopédiques, dont Fexplica* tiou et Tusage appartiennent à l'ouvrage cité , qui , en outre ^ aoifj» le.rapport actif, y ajoute cette importanle relation généir4)9» qOMe les.phénomènes deviennent ainsi de plus en plus modiOaUe^ , de fafion i<^ir un domaine deplua en plus vasteà Un* terT^ntion himaîne^ Il mtSi ici d'indiquer sommalreasent l^pplication de ce grand principe à la déterminaliM oationnelle de la: vr^e biérurcbie des études fondamentalea , direotanenl conçue» déformai» comme k^ différenta élémeùta essentiels d^une scâeuoe unique i celle ie l'|iumanité.
Cet Qbjot final de toutes nos spéculations reellea exige > évt-s demipeut , par as nature , à la fois sdentifiqpe et logique , ua double préambuto indispensable , relatif , d^une part , à l'honmie profNr^nent dit, d'une autre part, ati monde extériemr. On ne
SUR l'esprit positif. 99
saorait, ea effet, étudier rationneilemeat les phénomènes, 9tatiqaes ou dynamiques , de la sociabilité , si d'ajxxrd on ne connaît suffisamment l'agent spécial qui les opère , et le milieu général où ils s^'accomplissent. De là résulte donc la division nécessaire de la pUlosophie naturelle, destinée à pr^éparer la philosophie sociale, en deux grandes branches. Tune oi^anique, Tantre inorganique. Quant à la disposition relatiTO de ces 4leux études également fondamentales , tons les motifs es* sentiels, soit scientifiques, soit logiques, concourent à près-* crire, dans l'éducation indiyiduelle et dans l'évolution collective, de commencer par la seconde» dont les phénomènes» pins simples et plus indépendants , à raison de leur généralité supérieure, comportent seuls d'abprd une appréciation vraiment positive , tandis que leurs lois , directement relatives à Vexislence universelle, exercent ensuite une influence nécessaire sur l'existence spédide d^es corps vivants. L'astronomie constitue néoessaireBMiit , à tous égards , l'élément le plus*décîsif de celle théorie préalable du monde extérieur , soit comme mieux soscepttU# d'une pleine pcaitivité , aoit en tant que caractérisant le milieu général de tous nos phénomènes quelconques , et manifissiant, sans aucune autre complication , la simple existence mathématique , c'est*à*dire géométrique oii mécanique , commune à tous les êtres réeb. Mais , môme quand on condense le plus possible les vraies concepticHis encyclopédiques, on ne saurait réduire la philosophie inorganique à œt éM^ ment principal, parce qu'elle resterait alors complètement isolée de la philosophie organique. Leur lieu fondamental , sdmtifique et logique, consiste surtout dans la branche la plus complexe de la première , l'étude des phénomènes de composition et de décomposition , les plus éminents de ceux que comporte l'existence universelle , et ks plus rapprochés du monde vital proprwient dit. C'est ainsi que la philosophie naturelle ,
envisagée coffnme le préambule nécessaire de la philosophie sociale , se décomposant d'abord en deux éludes extrêmes et une étude intermédiaire , comprend successivement ces trois grandes sciences , Tastronomie , la chimie , et la biologie , dont la premi^e touche immédiatetaient à rorigia» spontanée du véritable esprit scientifique, et la dernière à sa destination essentielle. Leur essor initial respectif se rapporte , historiqoe* ment, à l'antiquité grecque, au moyen âge, et à l'époque moderne.
Une telle appréciation encyclopédique ne rem|dirait pas encore suffisamment les condiHons indispensables de eontinntté et de spontanéité propres à un tel sujet : d'une part , elle laâsse une lacune capitale entre l'astronomie et la chimie, dont la liaison ne saurait être directe ; d'une antre part , elle n'indique pas asses la vraie source de ce système spéculatif, comme un simple prolongement abstrait de la raison commune , dont le point de départ scientifique ne pouvait être directement astronomique. Mais , pour compléter la formule fondamentale , il suffit, en premier lieu, d'y insérer, entre l'astronomie et la chimie, la physique proprement dite , qui n'a pris, en effet, une existence distincte que sous Galilée; en. second lieu , de placer , au début de ce vaste ensemble , la science mathématique, seul berceau nécessaire de la positivité rationnelle, aossi bien pour l'individu qne pour l'espèce. Si , par une application plus spéciale de notre principe encyclopédique, on décompose, à son tour, cette science initiale dads ses trois grandes branches, le calcul, la géométrie, et la mécanique, on détermine enfin , avec la dernière précision philosophique, la véritable origine de toul le système scientifique, d'abcnrd issu, en effet, des spéculatiops purement numériques, qui étant, de toutes, les plus simples^ les plus abstraites ^ et les plus indépendantes, se confondent presque avec l'élan spontané
de Fesprit positif chez les plus vulgaires intelligences , comme le confirme encore^ sous nos yeux , l'observation journalière de l'essor individuel..
On parvient ainsi graduellement à découvrir Finvariable hiérarchie , à la fois historique et dogmatique , également scieiUifiqne et logique, des sii^. sciences fondamentales, la mathématique , rastronouUe , la physique , la chimie , la biologie , et la sociologie, dont la première constitue néeessairemeiitle point de départ exclu^f et la dernière le seul but essentiel de toute k philosophie positive, envisagée désormais comme formant, par sa nature, un système vraiment indivisible , où toute dé* composition est radicalement artificielle, sans être d'ailleurs nullement arbitraire, tout s'y^rapportant finalement à^'huma-nité , unique conception pleinement universelle. L'ensemble de* cette formule encyclopédique , exactement conforme aux vraies* affinités des études correspondantes , et qui d'ailleurs comprend* évidemmentlous les éléments de nos spéculations réelles , per* met enfin à chaque intdligence.de renouveler à son gréi'his* toire générale de l'esprit poMtif , en passant, d'une manière presque insensible , des moindres idées mathématiques aux plus hautes pensées sociales. Il est clair, en ^et , que chacune des quatre sciences intérmédiaires'seconfcmd, pour ainsi dire^ avec: la précédente quant à ses plus simples phénomènes , et avec lasuivante quant aux plus, éminenls. Cette parfaite continuité spontanée deviendra surtout irrèeusable à tous ceux qui reconnaîtront , dans Fouvra^ ci «dessus indiqué , que le même priadpe encyclopédique' fournit aussi le classem^it rationnel. des * diverses parties conslituautés de chaque étude fondamentale , en sorte que les degrés dogmatiques et les phases Wstocîqnes peuvent se rapprochée autant que l'exige la précision desrcomparaisotâ ou la facilité des transitions.
Bans l'état présent des intelligences, l'application logique de?
lOS MSCOERS :
celte grande formQlc est enoore plus importante qw son usage scientifique, la méthode élanl, de nos jours, plus essenlieUe qac la doetnne elle-même , et d'ailleurs seule immédiatenent susceptible d'une pleine régénération. Sa inrineipale utiKIé consiste donc aujourd'hui à déterminer rigoureusement la marriie inyariable de toute éducation vraîment positive , au milieu des préjugés kratiomiels et des vicieuses habitudes propres à l'essor préliminaire du systèoM seientiique, ainsi gradwUemeut formé de théories partieltes et inocAéreùtes , dont les relations mutuelSes dévalent jusqu'ici rester inaperçues de leur fondateurssuccessifs. Toutes les classes actuelles de savants vi^dent raainlenant, avec une égale gravité , quoiqu'à divers litres, cette obligatiOB fondamentale. En se bornant ici à indiquer les deux cas extrêmes , les géomètres , justement fi^s d'être {dacés à la vraie source de la positivUé rationndle, s'obstinent aveuglément à retenir l'esprit humain dans ce degré purement initial du véritable essor spéculatif, sans jamais considérer sonfuiiqiie but nécessanre; au contraire, lesbiidogisies, précoassant, à bon droit , la dignité supérieure de leur sujet , immédiatement voisin de cette grande destination, persistent à tenir toors études dans un irrationnel isolement , en s*aArancfaisBant arbitrairement de la difficile préparation qu'exige leur nature. Ces dispositions <q>po8ées , mais également empiriques, conduisent trop souvent aujourd'hui , chez les uns , à une vaine dépardi*lion d'efforts intdlectoels , désormais consumés, eli majeure pariie, en recherches de plus en plus puériles fcbea les autres, à une instabilité continué des diverses notions essentidles, faute d'une marche vraiment positive. Sous ce dernier aspect* surtout , on doit remarquer , en effet , que les études aedales ne sont pas maintenant les seules restées encore extérieures au système pleinement positif, sous la stérile domination de l'esprit thèdegico-métaphysiquo ; au fond, les études biologiques
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eUes-mémes, surtout dynmiiqaes, ^oiqu'elles soient académiquement constituées , n'ont |Nis non phis atteint iusqu'id à nne vraie positivité , puisque aucune doctrine ciq>itak n'y est aujourd'hui suffisamment ébauchée , en sorte que le champ des illunons et des jongleries y demeure Picore presque indéfini. Or , la déplorable protonf ation d*une telle situation tient essentiellement , en Ton et Taulre cas , à l'insuffisant acoompUssem^t des grandes conditions logiques déterminées par notre loi encyclopédique : car, personne n'y conteste plus, depuis longtemps 9 la néeessité d'une nuirehe positive ; mais tons en méconnaissent la nature et les obligations , que peut seule cane» tériser la vraie hiérarchie sdentifique. Qu'attendre, en eflM, soit envers les phénomènes sociaux , soit même envers l'étude , plus simple, de la vie individueHe, d'une culture qui aborde directement des spéculations aussi complexes , sans s'y être dignement préparée par une saine appréciation des méthodes et des doctrines relatives aux divers phénomènes moins compHqués et plus généraux , de . manière à ne pouvoir suffisaÉiment connaître ni la logique induelive, principalement caractérisée, à l'état rodlmentaire ^ par la chimie, la physique, et d'abord l'astronomie , ni même la pure logique dédnctive , ou l'art âémentaire du raisonnement décisif» que l'initiation mattiématique peut seule développer convenablement ?
Pour feidliter l'usage habituel de notre formule hiérardiique , il convient beaucoup , quand on n'a pas besoin d'une grande précision encyclopédique , d'y grouper les termes deux à deux, de façon à la réduire à trois couples , l'un initial, mathémsitieo-astronomique^ l'autre finri , biologico-soclologique , séparés et réunis par le couple intermédiaire , physico^ïhimiqne. Cette heureuse condensation résulte d'une irrécusable appréciation , puisqu'il existe, en ^et , une plus grande affinité naturelle , soit scientifique, soit logique^ entre les deux éléments
IM DISdOURS
de chaqae couple qa'entre les oouples consécutifs eux-mêmes ; comme le confirme sonrent la difficulté qu'on éprouve à séparer nettement la mathématique de Tastronomie , et la physique de la chimie , par suite des haUtudes ragues qui dominent encore envers toutes les pensées d'ensemble; la biologie et la sodologie surtout continuent à se confondre presque , chez la plupart des penseurs actuels. Sans aUer jamais jusqu'à ces videusesconfusions, qui altéreraient radicalement les transi lions cncy* clopédiques, il sera fréquemment utile de réduire ainsi la hiérardiie élémentaire des spéculations réelles à trc^s coufdes essentiels , dont chacun pourra d'ailleurs être brièvement désigné d'après son élém^t le plus spécial, qui est toujours effectivement le plus caractéristique , et le plus propre à définir les grandes phases de l'évolution positive , indjvidudle ou collective.
Cette sommaire appréciation suffit ici pour indiquer la destination et signaler l'importance d'une telle loi encyclopédique, où réside finalement l'une, des. deux idées mères dont l'intime combinaison spontanée constitue nécessairement la base systématique de la nouvelle philosophie générale. La terminaison de ce long discours, où le véritable esprit positif a été caractérisé sous tous les aspects essentiels, se rapproche ainsi de so& début , puisque cette théorie de classement doit être envisagée , en dernier lieu , comme naturellement inséparable de la théo rie d'évolution exposée d'abord ; en sorte que le discours actuel forme luimteie un véritable ensemble, image .fidèle, quoique trèfr-contractée, d'un vaste système. Il est aisé de comprendre , eu effet, que la considération habituelle d'une telle hiérarchie doit devenir indispensable, soit pour appliquer convenatdement notre loi initiale des trois états, soit pour dissiper suipSsamment les seules objections sérieuses qu'elle puisse comporter î car, la fréquente simultanéité historique des trois grandes phases.
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mentales envers des spéculations différentes oonstitoer ait , de tonte autre manière , une inexplicable anomalie , que résout , an contraire , spontanément notre loi hiérarchique , aussi relative à la succession qu'à la dépendance des diverses études positives. On conçoit pareillement , en sens inverse , que la règle du classement suppose celle de FévoluUon , puisque tous les motifs essentiels de Tordre ainsi établi résultent , au fond , de l'inégale rapidité d'un tel développement ciiez les différentes sciences fondamentales.
La combinaison rationnelle de ces deux idées mères , en con stituantTunité nécessaire du système scientifique , dont tontes les parties concourent de plus en plus à une môme fin , assure aussi , d'une autre part , la juste ind^ndance des divers éléments principaux, trop souvent altérée encore par de vicieux rapprochements. Dans son essor préliminaire, seul accompli jusqu'ici, Tesprit positif ayant dû ainsi s'étendre graduellement des études inférieures aux études supérieures , ceUes-ci ont été inévitablement exposées à l'oppressive invasion des premières , contre Vascendant desquelles leur indispensable originalité ne trouvait d'abord de garantie que d'après une prolongation exagérée de la tutelle théologico-mélhaphysique. Cette déplorable fluctuation , très-sensible encore envers la science des corps vivants, caractérise aujourd'hui ce que contiennent de réel , au fond , les longues controverses , d'ailleurs si vaines à tout autre égard, entre le matérialisme et le spiritualisme, représentant, d'une manière provisoire, sous des formes également vicieuses, les besoins, également graves, quoique malheureusepient opposés jusqu'ici , de la réalité et de la dignité de nos spéculations quelconques. Parvenu désormais à sa maturité systématique , l'esprit positif dissipe à la fois ces deux ordres d'aberrations en terminant ces stériles conflits, par la satisfaction simultanée de ces deux conditions vicieuse-
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meot €Oiilraires, eomme Tiadique ausMtôt notre hiérarchie scientifiqae combinée avec notre loi d'évolution , puisque cbaque science ne peut atteindre une vraie poaitivilé qu'autant que roriginalité de son caractère pro|]re est pleinement oonsolidée.
Une application directe de cette théorie eneyclopéitiqne> à la fois scientifl<pie et logique , nous conduit enfln à définir exactement la nature et la destination de renseignemeat spécial auquel ce traité est consacré. Il résulte » en etbi , des explications précédentes , que la principale efficacité , d'abord mentale, puis sociale , que nous devons aujourd'hui chercher dans une sage propagation universelle des études positives dépend nécessairement d'une stricte observance didactique de la loi hiérarchique. Pour chaque rapide initiation individuelle, eomme pour la lente initiation collective , il restera toujours indispensable que l'esprit positif, développant son régime à mesure qu'il agrandit son domaine , s'élève peu à peu de Tétet mathématique initial à l'état sociologique final , en parcourant successivement les quatre degtés intermédiaires, astronomique, physique, chimique , et biologique. Aucune supériorité personndle ne peut vraiment dispenser de cette gradation fondamentale , au sujet de laquelle on n'a que trop l'occasion de constater aujourd'hui , chez de hautes intolUgenoes , une irréparable lacune , qui a quelquefms neutralisé d'éminents eSurCs pUlosophtques. Une telle marche dmt donc devenir encore plus iadis* pensable dans l'éducation universelle, où les spéctalités ont peu d'importance , el dont la principale utiltte » plus logique que scientifique, exige essentiellement une pleine rationnalite, surtout quand il s'agit de constituer enfin le vrai régime meur tal. Ainsi , cet enseignement populaire doit aiqourd'hui se rapporter principalement au couple scientifique initial , jusqu'à ce qu'il se trouve convenablement vulgarisé. Cest là que tous doi-
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vent d'abord puiser les Traies notions élémentaires de sa positiyité générale , en acquérant les connaissances qoi servent de base à tontes les antres spéculations réelles. Quoique cette stricte obligation conduise nécessairement à placer au début les études purement mathènatiques , il fout pourtant considérer qu'il ne s'agit pas encore d'établir une systématisation directe et complète de l'instruction populaire , mais seulement d'impri* mer convenablement l'impulsion philosophique qui doit y conduire. Dès lors , on reconnaît aisément qu'un tel mouvement doit surtout dépendre des études astronomiques , qui , par leur nature , offrent nécessairement la pleine manifestation du TéHtable esprit mathématique , dont elles constituent , au fond , la principale destination. Il y a d'autant moins d'inconrénients actuels à caractériser ainsi le couple initial par la seule astronomie, que les connaissances mathématiques vraiment indispensables à sa judicieuse Tulgarisation sont déjà assez répan* dues ouïssez fociles à acquérir pour qu'on puisse aujourd'hui se bornera les supposer résultées d'une préparation spontanée. Cette prépondérance nécessaire de la science astronomique dans la première propagation systématique de l'initiation positive est pleinement' conforme à l'influence historique d'une telle étude , principal moteur jusqu'ici des grandes révolutions intellectuelles. Le sentiment fondamental de l'invariabilité des lois naturelles devait, en effet, se développer d'abord envers les phénomènes les plus simples et les plus généraux , dont la régularité et la grandeur supérieures nous manifestent le seul ordre réel qui soit complètement indépendant de toute modification humaine. Avant même de comporter encore aucun ca^ ractère vraiment scientifique , cette classe de conceptions a surtout déterminé le passage décisif du fétichisme au polythéisme , partout résulté du culte des astres. Sa première ébauche mathématique y dans les écoles de Thaïes et de Pythagore, a constitué
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ensuite la principale soorce mentale de la décadence du polyibéisme et de l'ascendant du monothèisnie« Enfin , Tessor systématique de la positiyité moderne, tendant ouTertatnent à un noareau régime philosophique , est essentiellement résulté de la grande rénovation astronomique commencée par Copernic, Kepler, et Galilée. Il faut donc peu s'étonnar que runiverséUe initiation positive , sur laquelle doit s'appuyer l'ayénement direct de la philosophie définitive, se trouve aussi dépendre d'abord d'une teUe étude , d'après la conformité nécessaire de l'éducation individuelle à l'évolution collective. C'est là , sans doute , le dernier office fondamental qui doive lui être propre dans le développement général de la raison humaine, qui, une fois parvenue chez tous à une vraie positivité, devra marcher ensuite sous une nouvelle impulsion philosophique , directement émanée de la science finale , dès lors investie à jamais de sa présidence normale. Telle est Téminente utilité , non moins sociale que mentale , qull s'agit ici de retirer enfin d'une judicieqse exposition populaire du système actuel des saines études astronomiques.
APPEL
AUX
CONSERVATEURS
Paris. — Imprimé par E* Tbunot et C, 36, rue Racine.
APPEL
AUX
CONSERVATEURS
Pa AocosTi COMTE,
Auteur du Système de philosophie positive et du Système de politique positive.
Ordre et Progrès.
La Famille, la Patrie, l'Humanité.
Prix : Trois FRANCf .