Le HOXDE... TOOT TREUPÉ DES EAUX
Ce que Bossuet veut décrire ou caractériser, dans cet alinéa et les suivants, c'est un premier état moral de l'espèce humaine après le déluge : mais l'espressinn pittoresque et subhme (à la Lucrèce , marquant d'un trait inefTaçable la scène visible, le cadre, lui échappe comme par surcroit.
est le premier état de la religion, qui dure jusqu'à Abraham, où, pour connaître* les grandeurs de Dieu, les hommes n'avaient h consulter que leur raison et leur mémoire.
Mais la raison était faible et corrompue; et à mesure qu'on s'éloignait de l'origine des choses, les hommes brouillaient les idées^ qu'ils avaient reçues de leurs ancêtres. Les enfants, indociles ou mal-appris\ n'en voulaient plus croire leurs grands- pères décrépits, qu'ils ne connaissaient qu'à peine après tant de générations; le sens humain abruti ne pouvait plus s'élever aux choses intellectuelles; et les hommes ne voulant plus adorer que ce qu'ils voyaient, l'idolâtrie se répandait par tout l'univers.
L'esprit qui avait trompé le premier homme goûtait alors tout le fruit de sa séduction, et voyait l'effet entier de cette parole : « Vous serez comme des dieux. » Dès le moment qu'il la proféra, il songeait à confondre en l'homme * l'idée de Dieu avec celle de la créature, et à diviser un nom' dont la majesté consiste à être incommunicable. Son projet lui réussissait. Les hommes, ensevehs dans la chair et dans le sang'', avaient pourtant conservé une idée obscure de la puissance divine, qui se soutenait par sa propre force, mais qui, brouillée avec '' les images venues par leurs sens, leur faisait adorer
1. Od, podr cosxaîtrb. C.-à-d., Alors que..., ou Lieu, dans lequel, pour connaître... — On sent un reste de construction latine dans cette manière d'employer l'adverbe de lieu.
2. Brouillaient les idées. Expression déjà relevée p. 16S, ii. :■.
3 Mal-ai-pius. C.-à-d., mal élevés et il respectueux.
4. 1£n l'uom«e. Dans l'espiil, dans les conceptions de l'homme.
3. A DIVISER us NOM. A partager entre plusieurs èlres uîi nom non susceptible de comuiunicaiion, de partage.
Incommunicabile nomcu. Sap , xiv, 21.
G. Ensevelis dans la chair. C'est la plus forte iinaue dont ou se puisse servir pour exprimer l'abrutissement de l'àme sensuelle. — SepuUus vino, di-
saient les Latins de l'ivre-morl. — La c/tatr et le sang : termes consacrés, dans le langage biblique, pour désifiiier les appétits du corps ou les troubles du cœur.
Si I« chair et le saizj, selroubl.ini aujourd'hui.
Ont Iropde part aux pleurs que je répands pour
[lui.
Racine, Ath, I, 2.