Ce GRAND HOMME, APnÈS CELA.... Le
Style, si haut et si magnifique dans l'alinéa précédent, s'abaisse ici à une simplicité presque naïve, image de la modestie de l'homme de Dieu.
jamais eu un si grand nom parmi les hommes.
Tous les prophètes qui ont suivi dans l'ancienne loi, et tout ce qu'il y a eu d'écrivains sacrés, ont tenu à gloire d'être ses disciples. En effet, il parle en maître; on remarque dans ses écrits un caractère tout particulier, et je ne sais quoi d'<)riginal qu'on ne trouve en nul autre écrit : il a dans sa simplicité un sublime si majestueux ', que rien ne le peut égaler; et si en entendant les autres prophètes on croit entendre des hommes inspirés de Dieu, c'est, pour ainsi di^'e, Dieu même en personne qu'on croit entendre dans la voix et dans les écrits de Moïse.
On tient qu'il a écrit le livre de Job. La sublimité des pensées et la majesté du style rendent cette histoire digne de Moïse. De peur que les Hébreux ne s'enorgueillissent en s'attribuant à eux seuls la grâce de Dieu, il était bon de leur faire entendre qu'il avait eu ses élus, même dans la race d'Ésaii -. Quelle doctrine était plus importante? et quel entretien plus utile pouvait donner Moïse au peuple affligé dans le désert, que celui de la patience de Job, qui, Uvré entre les mains de Satan pour être exercé par toute sorte de peines, se voit privé de ses biens, de ses enfants, et de toute consolation sur la terre ; incontinent après, frappé d'une horrible maladie, et agité au dedans par la tentation du blasphème et du déses^ poir; qui néanmoins, en demeurant ferme, fait voir qu'une âme fidèle, soutenue du secours divin, au milieu des épreuves les plus effroyables, et malgré les plus noires pensées que l'esprit malin puisse suggérer, sait nonseulement conserver une confiance invincible, mais encore s'élever par ses propres maux à la plus haute contemplation, et reconnaître, dans les peines qu'elle endure, avec le néant de l'homme, le suprême empire de Dieu et sa sagesse infinie ' ? Voilà ce qu'enseigne le livre
1. Un sublime si majestueux. L'auteur D'enteud pas par là une espèce particulière de sublime. Y a-t-il dilTérentes espèces de sublime? Il prend le mot, un sublime, au sens latin. — Une élévation, une grandeur.
2. Job était Iduméen, descendant d'Esaii, cil ii^'or à la race préférée de Jacob.
3. Remarquez l'étendue , le cours large et souteuu de cette période, dans laquelle Bossuet a condensé la sub-
de Job *. Pour garder le caractère du temps ^ on voit la foi du saint homme couronnée par des prospérités temporelles : mais cependant le peuple de Dieu apprend à connaître quelle est la vertu des souffrances, et à goûter la grâce qui devait un jour être attachée à la croix.
Moïse l'avait goûtée ■*, lorsqu'il préféra les souffrances et l'ignominie qu'il fallait subir avec son peuple, aux délices et à l'abondance de la maison du roi d'Egypte *. Dès lors Dieu lui fit goûter les opprobres de Jésus-Christ*. Il les goûta encore davantage dans sa fuite précipitée, et dans son exil de quarante ans. Mais il avala jusqu'au fond le calice de Jésus-Christ®, lorsque, choisi pour sauver ce peuple, il lui en fallut supporter les révoltes continuelles, où sa vie était en péril ^ 11 apprit ce qu'il en coûte à sauver les enfants de Dieu, et fit voir de loin ce qu'une plus haute délivrance devait un jour coûter au Sauveur du monde.
Ce grand homme n'eut pas même la consolation d'entrer dans la terre promise : il la vit seulement du haut d'une montagne, et n'eut point de honte d'écrire qu'il en était exclu par une incrédulité *, qui, toute légère qu'elle paraissait, mérita d'être châtiée ' si sévèrement dans un homme dont la grâce était si éminente. Moïse servit d'exemple à la sévère jalousie de Dieu, et au jugement qu'il exerce avec une si terrible exactitude sur
stauce des meilleures considérations sur le livre de Job.
{. Job., XIII, 15; iiv, H, 15; xvi, 21 ; XIX, 25, etc. B.
t. Pour garder le caractère du TEMPS. C.-à-d., comme il faut bien que le caractère, la marque du temps se retrouve dans ce livre, si parfait qu'il soit.
3. L'avait godtée. C.-àd., l'avait connue, sentie, et y avait pris goût.
Image chère au langage mystique, que Bossuet ramène trois lignes plus bas dans l'alliance de mots la plus forte : « Dieu lui fit goûter les opprobres de Jésus. » Il avait déjà dit, éloquemment, d'Abraham et d'isaac, p. 205. « Ces deux grands hommes ont goûté en esprit les amertumes de la croix de Jésus- Christ. » On trouve dans un sermon,
cette hardie parole aux chrétiens à demi régénérés : « Vous avez commencé à goûter Dieu. » iv^ S- p. le j. de Pâques.