‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 268 sur 583 · Athen., 1. XIII. B · texte numérisé non relu

Athen., 1. XIII. B

moiir impudique. Toute la Grèce était pleine de temples consacrés à ce dieu, et l'amour conjugal n'en avait pas un dans tout le pays *.

Cependant ils détestaient l'adultère dans les hommes et dans les femmes : la société conjugale était sacrée parmi eux. Mais quand ils s'appliquaient à la religion, ils paraissaient comme possédés * par un esprit étranger, et leur lumière naturelle les abandonnait.

La gravité romaine n'a pas traité la religion plus sérieusement, puisqu'elle consacrait à l'honneur des dieux les impuretés du théâtre et les sanglants spectacles des gladiateurs ^ c'est-à-dire, tout ce qu'on pouvait imaginer de plus corrompu et de plus barbare.

Mais je ne sais si les folies ridicules qu'on mêlait dans la religion n'étaient pas encore plus pernicieuses, puisqu'elles lui attiraient tant de mépris. Pouvait-on garderie respect qui est dû aux choses divines, au milieu des impertinences* que contaient les fables, dont la représentation ou le souvenir faisaient une si grande partie du culte divin? Tout le service public^ n'était qu'une continuelle profanation, ou plutôt une dérision du nom de Dieu ; et il fallait bien qu'il y eût quelque puissance ennemie de ce nom sacré, qui, ayant entrepris de le ravihr, poussât les hommes à l'employer dans des choses si méprisables, et même à le prodiguer à des sujets si indignes.

1. Toutefois Bossuet a dit dans la ni' Partie : ■ Du côté de la Grèce était Junon, c'est-à-dire la gravité, avec lamour conjugal. » c. v.

2. Possédés. — Il y a dans ce mot , qui revient à la page suivante {Toute la terre était possédée de la même erreur], quelque chose du sens particulier que la langue religieuse attache au mot possession. Au reste la pensée de l'écrivain se dessine un peu plus loin :

t II fallait bien qu'il y eût quelque puissance ennemie qui.... »

3. Quelque chose de l'éloquente sé- Térité et de la sainte véhémence de TcrtuUien (un des maîtres favoris de Bossuet) a passé dans ce trait contre le théâtre et le cirque romains. Déjà Bossuet avait dit au milieu d'un sermon sur U vertu de la Croix : « Qu'y avait-il de

plus méchant que leurs dieux ? Quoi de plus superstitieux que leurs sacrifices? Quoi de plus impur que leurs profanes mystères ? Quoi de plus cruel que leurs jeux, qui faisaient parmi eux une partie du culte divin? jeux sanglants et dignes de bêtes farouches, où ils soûlaient leurs faux dieux de spectacles barbares et de sang humain. »

4. Ihpertixexces. A.u sens de, choses déplacées, inconvenantes [quœ non pertinent), a Dans le Talmud, parmi une infinité de fables impertinentes, on trouve de beaux restes des anciennes traditions du peuple juif. » Même Partie, c. XXI.

5. Servicb public, le même mot a été appliqué dans le même sens, p. 220, au vrai culta. Cf. p. 80.

Il est vrai que les philosophes avaient à la fin reconnu qu'il y avait un autre Dieu que ceux que le vulgaire adorait : mais ils n'osaient l'avouer. Au contraire, Socrate donnait pour maxime qu'il fallait que chacun suivît la religion de son pays *. Platon, son disciple, qui voyait la Grèce et tous les pays du monde remplis d'un culte insensé et scandaleux, ne laisse pas de poser comme un fondement de sa république *, « qu'il ne faut jamais rien changer dans la religion qu'on trouve établie, et que c'est avoir perdu le sens que d'y penser, » Des philosophes si graves, et qui ont dit de si belles choses sur la nature divine, n'ont osé s'opposer à l'erreur publique, et ont désespéré de la pouvoir vaincre. Quand Socrate fut accusé de nier les dieux que le public adorait, il s'en défendit comme d'un crime'; et Platon, en parlant du Dieu qui avait formé l'univers, dit qu'il est difficile de le trouver, et qu'il est défendu de le déclarer au peuple \ Il proteste de n'en parler jamais qu'en énigme, de peur d'exposer une si grande vérité à la moquerie.

Dans quel abîme était le genre humain *, qui ne pouvait supporter la moindre idée du vrai Dieu ? Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenait pour athées ceux qui parlaient des choses intellectuelles*; et c'est une des raisons qui avait fait condamner Socrate. Si quelques philosophes osaient enseigner que les statues n'étaient pas des dieux comme l'entendait le vulgaire, ils se voyaient contraints de s'en dédire ; encore après cela étaient-ils bannis comme des impies, par

1. Xénoph., il/<»n.,lib. I. B.— V. le c. 3 de ce livre des Mémorables.

2. Plat., De leg. ,lib. V.B. Le teite porte qu'il «n'appartient pas au législateur de toucher aux cultes et aux cérémonies institués et consacrés dans un État. »

3 Apol. Socr. apud Plat, et Xenoph. B.

4. Ep. II ad Dionysium. B. — Ces lettres ne peuvent être invoquées comme œuvre authentique de Platon.

5. L'homme lui-même, dit ailleurs Bossuet, « est un grand abîme, dans lequel ou ne connaît rien. * U< sermon sur la Passion.

6. Diog. Laert., lib. U, Socr.; lll, Plat. B. — Le fanatisme religieux dont plus d'une fois les Athéniens Crent preuve "à l'égard de la philosophie, ne peut faire oublier qu'en somme la spéculation philosophique trouva dans Athènes ua favorable séjour. V., au reste, le jugement plus doux, que, sans rien démentir des religieuses et légitimes sévérités de ce chapitre, Bossuet a porté dans la 111» partie (c. v) sur l'esprit et les mœurs du monde grec.

SUR î;h[Stoire universelle.

sentence de l'Aréopage *. Toute la terre était possédée de la même erreur: la vérité n'y osait paraître. Le Dieu créateur du monde n'avait de temple ni de culte qu'en Jérusalem. Quand les Gentils y envoyaient leurs offrandes, ils ne faisaient autre honneur au Dieu d'Israël, que de le joindre aux autres dieux. La seule Judée connaissait sa sainte et sévère jalousie*, et savait que partager la religion entre lui et les autres dieux, était la détruire.

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