Ne se TEnuiXB pas. V. p. 237, n
4. Pensée intellectuelle. Rapport de mots très-juste, sans ombre de pléonasme. Il faut exactement marquer qu'il s'agit de la pensée elle-même, de notre pensée épurée, dégagée du mélange que les sens ou 1 imagination y apportent. De même, plus haut : • Moïse propose aux hommes charnels , sous des images sensibles, des vérités pures et intellectuelles. » P. 184.
d'avoir une perfection infinie; et puisque nous n'avons point d'autre idée de Dieu que celle de la perfection, chacune de ces trois choses considérée en elle-môme mérite d'être appelée Dieu : mais parce que ces trois choses conviennent nécessairement à une même nature, ces trois choses ne sont qu'un seul Dieu.
Il ne faut donc rien concevoir d'inégal ni de séparé dans cette Trinité adorable; et, quelque incompréhensible que soit cette égalité, notre âme, si nous l'écoutons, nous en dira quelque chose ^
Elle est; et quand elle sait parfaitement ce qu'elle est, son intelligence répond à la vérité de son être*; et quand elle aime son être avec son intelligence autant qu'ils méritent d'être aimés, son amour égale la perfection de l'un et de l'autre 3. Ces trois choses ne se séparent jamais, et s'enferment l'une l'autre : nous entendons que nous sommes, et que nous aimons; et nous aimons à être et à entendre. Qui le peut nier, s'il s'entend lui-même * ? Et non-seuJement une de ces choses n'est pas meilleure que l'autre, mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu'une d'elles en particulier, puisque chacune enferme le tout, et que dans les trois consiste la félicité et la dignité de la nature raisonnable. Ainsi, et infiniment au dessus, est parfaite, inséparable, une en son essence, et enfin égale en tous sens ^ la Trinité que nous servons, et à laquelle nous sommes consacrés par notre baptême.
Mais nous-mêmes, qui sommes l'image de la Trinité, nous-mêmes, à un autre égard, nous sommes encore l'image de l'Incarnation.
■ 1. Ingénieuse et délicate figure. — [ 3. Aug., loc. cit. B Quelqu'un, tout voisin de nous, a quel- ' 4. S'il s'extbsd lui-mêmb. — Si se que chose à nous dire de ce secret : il ipse inteltigit.
DB faut que l'écouter; c'est notre âme, | 5. Egale ex tods sexs. S'explique par c'est nous-mêmes. ' ce qui vient d'être dit de l'âme humaine :
2. Bossuet reprend sous d'autres ter- j » Non-seulement une de ces choses mes, en redoublant de précision et de ' {l'être, l'intelligence, l'amourj n'est pas fermeté, celte analyse psychologique, meilleure que l'autre, mais les trois enpar laquelle il espère rendre le mystère semble ne sont pas meilleures que lune de l'égaliié des trois personnes divines ; d'elles en particulier. » C'est là ce que un peu plus accessible à la raison. I Bossuet appelle {'égalité en tous sens.
Notre âme, d'une. nature spirituelle et incorruptible, a un corps corruptible qui lui est uni *: et de l'union de l'un et de l'autre résulte un tout, qui est l'homme, esprit et corps tout ensemble, incorruptible et corruptible, intelligent et purement brute *. Ces attributs conviennent au tout par rapport à chacune de ses deux parties : ainsi le Verbe divin, dont la vertu soutient tout ', s'unit* d'une façon particulière, ou plutôt il devient luimôme, par une parfaite union, ce Jésus-Christ fils de Marie; ce qui fait qu'il est Dieu et homme tout ensemble, engendré dans l'éternité, et engendré dans le temps; toujours vivant dans le sein du Père, et mort sur la croix pour nous sauver.
Mais où Dieu se trouve mêlé, jamais les comparaisons tirées des choses humaines ne sont qu'imparfaites. Notre âme n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée. Le Verbe, parfait en lui même dès l'éternité, ne s'unit à notre nature que pour l'honorer. Cette âme qui préside au corps, et y fait divers changements, elle-même en souffre à son tour ^ Si le corps est mû au commandement et selon la volonté de l'âme, l'âme est troublée, l'âme est affligée ® et agitée en mille manières, ou fâcheuses ou agréables, suivant les dispositions du corps; en sorte que comme l'âme élève le corps à elle en le gouvernant, elle est abaissée au-dessous de lui par les choses qu'elle en souffre. Mais, en Jésus- Christ, le Verbe préside à tout, le Verbe tient tout sous sa main. Ainsi l'homme est élevé, et le Verbe ne se rabaisse
1. Aug., Ep. w, ad Volus., nunc cxxXYii, cap. m, n. Il, t. Il, col. 405; De Civit. Dei, lib. X, cap. xiu, t. VU, col. 264; Cyril., £■;). adValerian., part. m; Conc. Eiihes., tom. ni Concil., col. 1153, et seq. etc.; Symb. Ath., etc. B.
2. FuREUEOT BRUTE Voilà Is contraste poussé à bout. Purement brute est le mol le plus fort dont on se puisse servir pour désigner l'êlre privé de raison.
3. Bossuet parle ici avec saint Paul : Portmis omnia verbo virtutis suce. Ad Hcbr., I, 3.
4. La vraie construction de celte phrase est indiquée par celle-ci, qu'on
trouvera plus loin, c. xxv : a Inaltérable en lui-même, le Verbe s'unit et s'approprie une nature étrangère. » Jésus- Christ est donc ici le complément des deux verbes s'unit et devient.
5. C'est-à-dire, souffre à son tour divers changements causés par le corps.
6. Affligée. Portée en bas, abattue, rabais>3ée (sens latin).
Atque af/ligit huma divins particulam aurs. HORACB, Sal. II, 2.
Affligit ne serait pas indigne d'Horace ; mais on préfère la leçon affigil,
par aucun endroit : immuable et inaltérable, il domine en tout et partout la nature qui lui est unie.
De là vient qu'en Jésus-Christ, l'homme, absolument soumis à la direction intime du Yerbe qui l'élève à soi, n'a que des pensées et des mouvements divins. Tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il cache au dedans, tout ce qu'il montre au dehors, est animé par le Verbe, conduit par le Verbe, digne du Verbe, c'est-à-dire digne de la raison même, de la sagesse môme, et de la vérité même. C'est pourquoi tout est lumière en Jésus-Christ : sa conduite est une règle; ses miracles sont des instructions; ses paroles sont esprit et vie *.
Il n'est pas donné à tous de bien entendre ces sublimes vérités, ni de voir parfaitement en lui-même^ cette merveilleuse image des choses divines, que saint Augustin et les autres Pères ont crue si certaine. Les sens nous gouvernent trop ; et notre imagination, qui se veut mêler dans toutes nos pensées, ne nous permet pas toujours de nous arrêter sur une lumière si pure. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes ; nous ignorons les richesses que nous portons dans le fond de notre nature, et il n'y a que les yeux les plus épurés qui les puissent apercevoir. Mais si peu que nous entrions dans ce secret, et que nous sachions remarquer en nous l'image des deux mystères qui font le fondement de notre foi, c'en est assez pour nous élever au-dessus de tout, et rien de mortel ne nou? pourra plus toucher ^.
1 . Avec un soin tout particulier et une singulière énergie de langage, Bos- Ruet fouille, en quelque sorte, dans toutes les parties de la nature humaine unie au Verbe, soumise au Verbe, pour y montrer la divinité. Une vue directe, un sentiment profond des perfections divines du Christ éclatent dens les derniers mots surtout. Que de hauteur, de précision et d'émotion I Nous permettrat-on de dire, en empruntant à l'auteur ses propres paroles, que, dans un tel langage, tout est lumière, tout est « esprit et vie? 0
2. En Lm-iùus, pour, en soi-même, D'est ni moins clair, ni moins correctj ,
puisque le mot tous qui précède, équi- ^ aut à chacun.
3. Bossuet, on le voit, ne prétend pas expliquer le mystère par le spectacle intime de l'âme humaine, mais seulement donnera l'esprit, par cette image, comme un poiut de départ, pour monter plus haivt. « De là, dit-il ailleurs, aidé de la fui, je m'élève, je prends mon vol, et celte contemplation de ce que Dieu a mis dans mon âme, quand il l'a créée à sa ressemblance, m'aide à faire mon premier effort. « Elév. sur les mystères, ne Sem., c. 7. Cf. Sermon sur le mystère de la Sainte Trinité, Exorde.
Aussi Jésus-Ghiist nous appelle- t-il à une gloire immortelle, et c'est le fruit de la foi que nous avons pour les mj'stères.
Ce Dieu-homme, cette vérité et cette sagesse incarnée, qui nous fait croire de si grandes choses sur sa seule autorité, nous en promet dans l'éternité la claire et bienheureuse vision, comme la récompense certaine de notre foi.
De cette sorte, la mission de Jésus- Christ est relevée infiniment au-dessus de celle de Moïse.
Moïse était envoyé pour réveiller par des récompenses temporelles les hommes sensuels et abrutis. Puisqu'ils étaient devenus tout corps et tout chair *, il les fallait d'abord prendre par les sens, leur inculquer par ce moyen la connaissance de Dieu et l'horreur de l'idolâtrie, à laquelle le genre humain avait une inclination si prodigieuse.
Tel était le ministère de Moïse : il était réservé à Jésus- Christ d'inspirer à l'homme des pensées plus hautes, et de lui faire connaître dans une pleine évidence la dignité, l'immortalité et la félicité éternelle de son âme.
Durant les temps d'ignorance, c'est-à-dire durant les temps qui ont précédé Jésus-Christ, ce que l'âme connaissait de sa dignité et de son immortalité l'induisait le plus souvent à erreur. Le culte des hommes morts faisait presque tout le fond de l'idolâtrie ^ : presque tous les hommes sacrifiaient aux mânes^ c'est-à-dire aux âmes des morts. De si anciennes erreurs nous font voir à la vérité combien était ancienne la croyance de l'immortalité de l'âme, et nous montrent qu'elle doit être rangée parmi les premières traditions du genre humain. Mais l'homme, qui gâtait tout', en avait étrangement abusé, puisqu'elle le portait à sacrifier aux morts. On allait même jusqu'à cet
i. Tout coeps et tout cBAïa. L'écrivain était sur la voie de cette expression énergique, quand il disait plus baut, p. 200, des hommes de ces âges de ténèbres : Ensevelis dans la chair et dans le sang....