C'était, comme ou sait, la pensée
ce sceptique érudit, toute la mythologie se réduisait au culte des hommes divinisés.
3. Qni GATiiT TOUT. Mot rapide, triste et fort, que Pascal eût envié à Bossuet. Ce verbe gâter, d'une langue un peu familière, mais très-franche, a déjà Q-
d'un ancien, du Grec Evhémère. Selon guré plus baut dans une éloquente ré-
excès, de leur sacrifier des hommes vivants : on tuait leurs esclaves et même leurs femmes, pour les aller servir * dans l'autre monde. Les Gaulois le pratiquaient avec beaucoup d'autres peuples * ; et les Indiens, marqués par les auteurs païens parmi les premiers défenseurs de l'immortalité de l'âme, ont aussi été les premiers à introduire sur la terre, sous prétexte de religion, ces meurtres abominables. Les mêmes Indiens se tuaient eux-mêmes pour avancer la félicité de la vie future ; et ce déplorable aveuglement dure encore aujourd'hui parmi ces peuples : tant il est dangereux d'enseigner la vérité dans un autre ordre que celui que Dieu a suivi, et d'expliquer clairement à l'homme tout ce qu'il est, avant qu'il ait connu Dieu parfaitement.
C'était faute de connaître Diea que la plupart des philosophes n'ont pu croire l'âme immortelle sans la croire une portion de la divinité^, une divinité elle-même, un être éternel, incréé aussi bien qu'incorruptible, et qui n'avait non plus de commencement que de fin. Que diraije de ceux qui croyaient la transmigration des âmes; qui les faisaient rouler "* des cieux à la terre, et puis de la terre aux cieux ; des animaux dans les hommes, et des hommes dans les animaux; de la féUcité à la misère, et de la misère à la félicité, sans que ces révolutions eussent jamais ni de terme ni d'ordre certam ? Combien était obscurcie la justice, la providence, la bonté divine, parmi tant d'erreurs ! El qu'il était nécessaire de connaître Dieu et les règles de sa sagesse, avant que de connaître l'âme et sa nature immortelle 1
flexion du même genre : a Que l'homme i 2. Caes , De bell. gall., lib. VI, cap.
parut alors éloigné de sa première xviii. B. — Le pratiquaient, c.-à-d.j
institution, et que l'image de Dieu y pratiquaient cela,
était (/(î^ee .'» P 201. 3. Dans aucune secte, cette erreur ne
, r> s'est mieux marquée que dans la stnï-
1. On TUAIT... POnn LES ALLER SERVIR... ; . ' .jui. uoua lo sioi
— Forme de phrase plus concise que tienne.
régulière, que Bossuet se permet quel- ^- f"''""' *'<*' 1"^'^"^ P«" familier,
qu^fois. . Dieu choisit les couleurs de ma>s très-propre, en parlant de ce voya-
l'arc-en-ciel... pour être un t^r.ioi- gejénodique des âmes dans un cercle
gnage... » P. 192. — « Le bauveur Hasomnés, ubi mille rolam volvere per annos,
rendra aux Juifs i intelligence des pro- Lelhaeum ad fluvium...
phéties, pour passer de maiii en main , Virg., JSn., VI, 7i'.
dans toute la postérité. » II" Partie, c.xx. ' Dans^im sens analogue, Bossuet a dit
C'est pourquoi la loi de Moïse ne donnait à l'homme qu'une première notion de la nature de l'âme et de sa félicité. Nous avons vu l'âme, au commencement, faite par la puissance de Dieu aussi bien que les autres créatures, mais avec ce caractère particulier, qu'elle était faite à son image et par son souffle ', afin qu'elle entendît à qui elle tient par son fond *, et qu'elle ne se crût jamais de même nature que les corps, ni formée de leur concours. Mais les suites de cette doctrine et les merveilles de la vie future ne furent pas alors universellement développées; et c'était au jour du Messie que cette grande lumière devait paraître à découvert.
Dieu en avaitrépandu quelques étincelles ' dans les anciennes Écritures. Salomon avait dit que, « comme le « carps retourne à la terre d'oîi il est sorti, l'esprit re- « tourne à Dieu qui l'a donné *. » Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance; et Daniel avait prédit qu'il viendrait un temps « oii ceux qui dorment « dans la poussière s'éveilleraient, les uns pour la vie a éternelle, et les autres pour une éternelle confusion, 0 afin de voir toujours ^. » Mais, en même temps que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de « sceller le « livre, et de le tenir fermé jusqu'au temps ordonné de « Dieu *; » afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités était d'une autre saison et d'un autre siècle '.
Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles, et que vers les temps du Messie, où elles devaient être déclarées *, ils
ailleurs, des saisons et du monde : pris ces termes de la Genèse. Y. p.
■ Vous avez vu les saisons se renouveler 183<
et le monde rouler autour de vous, ou z. 4 qui elle tient par son fond.
plutôt vous vous êtes assez vu router C.-ad., de qui elle dépend par sa na-
vous-même, et passer avec le monde. • lure.
0. F. de Le Tellier, Péroraison. — Du '3 Quelques étincelles. Suite ingé-
coursdes choses humaines, réglé par la nieuse et naturelle de la même image.
Providence divine.il disait avec grandeur 4. Eccl., m, 7, B.
tu terme des Epoques (c. m) : « Ces 5. Dan., m, 2, 3. I
deuï choses (la suite de la Religion et 6. Ibid., 4. B.
celle des Empires) roulent ensemble dans 7. • Jésus-Christ , dit Pascal , a levé
ce grand mouvement des siècles. » le sceau, rom|iU le voile, et découvert
1 . Pah son souffle. Bùssuet a eu soin l'esprit. • Éd. Havet, t. II, p. 4.
de dire plus haut comment doivent êtf* 8. Devaient être déclarées. C.-à-d.,
en parlassent beaucoup davantage, comme il paraît par les livres de la Sagesse et des Machabées ; toutefois cette vérité faisait si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les Sadducéens, sans la reconnaître, non-seulement étaient admis dans la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau, de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future ; et ce devait être le fruit de la venue du Messie.
C'est pourquoi, non content de nous avoir dit qu'une vie éternellement bienheureuse était réservée aux enfants de Dieu, il nous a dit en quoi elle consistait. La vie bienheureuse est d'être avec lui dans la gloire de Dieu son Père : la vie bienheureuse est de voir la gloire qu'il a dans le sein du Père dès l'origine du monde : la vie bienheureuse est que Jésus-Christ soit en nous comme dans ses membres, et que l'amour éternel que le Père a pour son Fils s'étendant sur nous, il nous comble des mêmes dons : la vie bienheureuse, en un mot, est de connaître le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qu'il a envoyé ' ; mais le connaître de cette manière qui s'appelle la claire vue, la vue face à face^ et à découvert, la vue qui réforme en nous et y achève l'image de Dieu, selon ce que dit saint Jean ', que « nous lui serons semblables^ parce que nous le verte rons tel qu'il est *. »
Cette vue sera suivie d'un amour immense, d'une joie inexplicable, et d'un triomphe sans fin. Un Alléluia éternel, et un Amen ^ éternel, dont on entend retentir la céleste Jérusalem ', font voir toutes les misères bannies et tous les désirs satisfaits ; il n'y a plus qu'à louer la bonté divine ^.
les temps ou les félicités éternelles devaient être hautement annoncées, révélées.