‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 289 sur 583 · Apoc.vil, 12; III, 1, 2, 3, 4.5,6. B · texte numérisé non relu

Apoc.vil, 12; III, 1, 2, 3, 4.5,6. B

7. La joie sainte qui remplit l'âme du grand docteur, du grand évêque, en voyant s'ouvrir ces perspectives célestes, bien que contenue et voilée, perce vivement et rayonne dans ces paroles.

Ce diseret mais brûlant témoignage est aussi éloquent que le pourrait être

Avec de si nouvelles récompenses, il fallait que Jésus- Christ proposât aussi de nouvelles idées de vertu, des pratiques plus parfaites et plus épurées ^ La fin de la religion, l'âme des vertus et l'abrégé de la loi, c'est la charité. Mais, jusqu'à Jésus-Christ, on peut dire que la perfection et les effets de cette vertu n'étaient pas enticremcnL connus. C'est Jésus-Christ proprement qui nous apprend à nous contenter de Dieu seul. Pour étabUr le règne de la charité, et nous en découvrir tous les devoirs, il nous propose l'amour de Dieu, jusqu'à nous haïr * nous-mêmes et persécuter sans relâche le principe de corruption que nous avons tous dans le cœur. 11 nous propose l'amour du prochain, jusqu'à étendre sur tous les hommes cette inclination bienfaisante, sans en excepter nos persécuteurs; il nous propose la modération des désirs sensuels, jusqu'à retrancher tout à fait nos propres membres, c'est-à-dire ce qui tient le plus vivement et le plus intimement à notre cœur ; il nous propose la soumission aux ordres de Dieu, jusqu'à nous réjouir des souffrances qu'il nous envoie ; il nous propose l'humihlé, jusqu'à aimer les opprobres pour la gloire de Dieu, et à croire que nulle injure ne nous peut mettre si bas devant les hommes, que nous ne soyons encore plus bas devant Dieu par nos péchés. Sur ce fondement de la charité, il perfectionne tous les états de la vie humaine. C'est par 15 que le mariage est réduit à sa forme primitive : l'amour conjugal n'est plus partagé ; une si sainte société n'a plus

/'hymne de reconnaissanoe librement épanché. — S. Augustin a prêté ici à liossuet quelques paroles : In patria nullus orandi locus, sed tanium laudandi : iota actio nostra Amen et Alléluia erit. Etc. Serm. CCCLXIl.

{ . Bossuet a voulu exposer tous les dogmes apportés par le Christianisme, avant de dire un seul mot de la morale évangélique; et même l'exposé de celleci, d ailleurs si parfait, tient moins de pince dans ce chapitre que la part de doctrine relative aux mystères : de même que dans son œuvre de sermonnaire, quelle que soit la richesse et la

puissance de l'enseignement moral, l'explication du dogme, les preuves de la foi sont et demeurent l'objet principal. Sur les raisons et la convenance de cette méthode, V. l'Etude de M. Nisard, Sur les grands sermonnaires français.

î. Jusqu'à koos haïr.... Voyez comme, après l'appel de chacune de ces vertus (amour de Uieu, amour du prochain, continence, humilité, etc.), Bossuet marque aussitôt, avec la plus riguureuse précision, d'un mot qui tranche dans le vif, pour ainsi dire, le degré où la porte la loi nouvelle, et qui, seul, en peut faire une vertu chréiiennc.

de fin que celle de la vie; et les enfants ne voient plus chasser* leur mère pour mettre à sa place une marâtre. Le célibat est montré comme une imitation de la vie des anges, uniquement occupée de Dieu et des chastes délices de son amour. Les supérieurs apprennent qu'ils sont serviteurs des autres, et dévoués à leur bien ; les inférieurs reconnaissent l'ordre de Dieu dans les puissances légitimes, lors même qu'elles abusent de leur autorité : cette pensée adoucit les peines de la sujétion, et, sous des maîtres fâcheux ^, l'obéissance n'est plus fâcheuse au vrai chrétien.

A ces préceptes, il joint des conseils de perfection éminente : renoncer à tout plaisir; vivre dans le corps comme si on était sans corps ; quitter tout ; donner tout aux pauvres, pour ne posséder que Dieu seul '; vivre de peu, et presque de rien, et attendre ce peu de la Providence divine.

Mais la loi la plus propre à l'Évangile est celle de porter sa croix *. La croix est la vraie épreuve de la foi, le vrai fondement de l'espérance, le parfait épurement ^ de la charité ; en un mot, le chemin du ciel. Jésus-Christ est mort à la croix ; il a porté sa croix toute sa vie ; c'est à

1. Les enfants ne voient plus.... — Ne pou\aut relever ici fous les bienfaits de cette réforme chrétieune du mariage, l'auteur en signale du moins avec émotion un de» effets les plus salutaires, en rappelant un des plus graves désordres de la famille antique avant le Christianisme. V. dans le sermon sur la divinité de la religion, 2e point, comment il expose ce que Jésus-Christ a institué pour ordonner les familles. — Cf. un éloquent passage de saint Augustin [Des mœurs de l'Église catholique) traduit par Villemain, Tableau de l'éloq. chrét., p. 423.

2. Maîtres fâcheux. C'est le mot de saint Pierre; Domini dyscoli. L'heureuse répétition de ce mot, dans la phrase de Bossuet, met en vive lumière un des plus étonnants triomphes de l'esprit chrétien: « Sous des maîtres fâcheux, Tobéissauce n'est plus fâcheuse.... I »

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