‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 297 sur 583 · Rom., V, 6, 7, 8, 9, 10. B · texte numérisé non relu

Rom., V, 6, 7, 8, 9, 10. B

3. Tout est a nous par Jésus- Christ. — C'est le dernier mot, le cri suprême de ce chant de triomphe.

4. Ne ravilissions pas. Ravilir, rabaisser, déprécier, faire d'une chose précieuse une chose vile [facere vilem] ; mot

d'un usage fréquent chez notre auteur.

a 11 fallait bien qu'il y eût quelque puissance ennemie de ce nom sacré qui ayant entrepris de le ravilir.... n P. 279. Etc. 5. Bossuet va terminer ce chapitre, qui est le centre et le cœur de son œuvre, en marquant de nouveau le progrès de la vérité et des promesses divines, d'Abraham et de Moïse à Jésus-Christ.

Toutes ces merveilles préparaient les voies aux vérités que Jésus- Christ venait enseigner. Si Dieu est bon jusqu'à nous donner ce que demandent nos sens, combien plutôt nous donnera-t-il ce que demande notre esprit, fait à son image? S'il est si tendre et si bienfaisant envers ses enfants, renfermera-t-il son amour et ses libéralités dans ce peu d'années qui composent notre vie? Ne donnera-t-il à ceux qu'il aime qu'une ombre de félicité, et qu'une terre fertile en grains et en huile? N'y aura-til point un pays où il répande avec abondance les biens véritables *?

Il y en aura un sans doute, et Jésus-Christ nous le vient montrer. Car enfin le Tout-Puissant n'aurait fait que des ouvrages peu dignes de lui, si toute sa magnificence ne se terminait qu'à * des grandeurs exposées à nos sens infirmes. Tout ce qui n'est pas éternel ne répond ni à la majesté d'un Dieu éternel, ni aux espérances de l'homme, à qui il a fait connaître son éternité'; et cette immuable fidélité qu'il garde à ses serviteurs n'aura jamais un objet qui lui soit proportionné, jusqu'à ce qu'elle s'étende à quelque chose d'immortel et de permanent.

Il fallait donc qu'à la fin Jésus-Christ nous ouvrît les cieux, pour y découvrir à notre foi cette cité permanente où nous devons être recueillis après cette vie *. Il nous fait voir que si Dieu prend pour son titre éternel le nom de Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'estàcause que ces saints hommes sont toujours vivants devant lui. Dieu

1. Quelle douceur de lan};ap;e et d'ac- 3, t... Seigneur, je ne veux que cent daas la pressante justesse de vous. Tout ce qui nest pas éternel, cette induction réitérée ! — « La gran- fût-ce une couronne, n'est digne ni de deur de l'esprit de Bossuet, dit M. Ni- 1 votre libéralité, ni de mon courage; sard, a caché à beaucoup Je gfns sa ! et puisque vous avez voulu que je sensibilité, comme la douceur des vers , connusse, faiblement, il est vrai, mais de Riicine leur cache sa vigueur et sa avec une certitude qui ne me laisse force.» Et. sur les grands sermonnaires aucun doute, votre éternité toute enfrançais. tière, j'ai droit de ne me contenter pas

2. Nb SB TERNixiiT qd'a. — Se bor- d'un moindre objet. » IV" S. p. le jour nait à. Plus loin : « La l'aies' infl ne mé- de Tàques, 1" p.

titait pas de leruuner tous leurs 4. Hebr., xi, 8, 9, 10, 13, 14, 15, vœux. . Cf. p. 237, n. 3. I 10. B.

SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. 3il

n'est pas le Bien des morts ' : il n'est pas digne de lui de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau *, sans leur laisser au delc\ aucune espérance ; et ce lui serait une honte de se dire avec tant de force le Dieu d'Abraham, s'il n'avait fondé dans le ciel une cité éternelle, où Abraham et ses enfants pussent vivre heureux.

C'est ainsi que les vérités de la vie future nous sont développées par Jésus-Christ. Il nous les montre, même dans la loi ^ La vraie terre promise, c'est le royaume céleste. C'est après cette bienheureuse patrie que soupiraient Abraham, Isaac et Jacob * : la Palestine ne méritait pas de terminer ^ tous leurs vœux, ni d'être le seul objet d'une si longue attente de nos pères.

L'Egypte d'où il faut sortir, le désert où il faut passer, la Babylone dont il faut rompre les prisons pour entrer ou pour retourner à * notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités : c'est là que nous sommes vraiment captifs et errants '', séduits par le péché et ses convoitises ; il nous faut secouer ce joug, pour trouver dans Jérusalem et dans la cité de notre Dieu la liberté véritable, et un sanctuaire non fait de main d'homme *, où la gloire du Dieu d'Israël nous apparaisse.

Par cette doctrine de Jésus-Christ, le secret de Dieu nous est découvert; la loi est toute spirituelle, ses promesses nous introduisent à celles de l'Évangile, et y servent de fondement. Une môme lumière nous paraît' partout : elle se lève sous les patriarches : sous Moïse et sous les prophètes, elle s'accroît: Jésu^-Christ, plus grand

1. Matlh., un, 32 ; Luc, xx, 38. B. 4 3. Sous le voile des figures.

2. Familière, mais excellente coinpa- f 4. Hébr., ii, 14, 15, 16. B. raisou, d'un touchant effet au terme de j 5. De termixeh. V. p. 237 et 310. ce raisonnement. — Bossuet aime à j 6. EsmEn on RETonaMEn a. Léger défaire valoir l'ûmiYfV de Dieu par le con- ; saccord giauimatical, compensé par la Iraste des amitiés terrestres. — • Ni i brièveté du tour.

la bonté de Dieu ne lui permet jamais de se refuser à un cœur qui le désire; ni une force majeure ne le peut ravir à qui le possède; ni il n'est lui-mûme un ami changeant que le temps dégoûte, • IV* S. p. le jour de Piques, l" p.

7. Captifs et errakts. L'idée de captivité se rapporte à l'Egypte et à Babylone, celle de course errante, au désert.

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