‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 301 sur 583 · C'est au moment où des destinées · texte numérisé non relu

C'est au moment où des destinées

épuré et élargi, qu'il était à propos de reprendre dès le début, en peu de mois, toute son histoire, afin de marquer une fois de plus, d'un bout à l'aulre, cette suite et cette unité du plan divin, qui est tout le sujet de ce Discours.

toutes nouvelles commencent uùur Judal 3. Uom., ii. 17. B.

SUR I/HISTOmi'] UNIVERSELLE. 317

« sauvage sur le franc olivier, afin de participer à sa « bonne sève. » Aussi est-il arrivé que l'Église, établie premièrement parmi les Juifs, a reçu enfin ' les Gentils, pour faire avec eux un même arbre, un même corps, un môme peuple, et les rendre participants de ses grâces et de ses promesses.

Ce qui arrive après cela aux Juifs incrédules, sous Vespasien et sous Titc, ne regarde plus la suite du peuple de Dieu. C'est un châtiment des rebelles, qui, par leur infidélité envers la semence promise à Abraham et à David, ne sont plus Juifs, ni fils d'Abraham que selon la chair, et renoncent à la promesse par laquelle les nations devaient être bénies.

Ainsi cette dernière et épouvantable désolation des Juifs n'est plus une transmigration, comme celle de Babylone; ce n'est pas une suspension du gouvernement et de l'état du peuple de Dieu, ni du service solennel de la religion : le nouveau peuple, déjà formé et continué avec l'ancien en Jésus-Christ, n'est pas transporté^; il s'étend et se dilate ^ sans interruption, depuis Jérusalem, où il devait naiire, jusqu'aux extrémités de la terre. Les Genlils agrégés * aux Juifs deviennent dorénavant les vrais Juifs, le vrai royaume de Juda opposé à cet Israël^ schismatique et retranché du peuple de Dieu, le vrai royaume de David, par l'obéissance qu'ils rendent aux lois et à l'Évangile de Jésus-Christ, fils de David .

I Enfin. Finalement, mais non tardi- 4. AcnÉoÉs. Bossuet s'est déjà servi

tcnient. de la même façon de ce mot, qui est

2. Bossuet redouble de méthode, de ici le plus propre. Etre agrégé, c'est précision et de clarté, afin d'établir ce/<e être pleinement uni et associé à un succession et cette continuité par une corps, à une compagnie, y entrer de d.'monstration inébranlable. manière à participer aux avantages et

3. DiLiTEU, qui, aujourd'hui, se dit aux honneurs dont elle jouit. V. p. 262. surtout des corps, servait alors, comme B lurdaloue a dit de même :« Des troupes l'original latin, à un plus gr.md nombre de prosélytes vinrent en foule pour être dusa;;es. On voit ici Le royaume de agrégés dans Técole de Jésus-Christ. ■ Dieu dilaté. Ailleurs : « Que notre âme Pensées sur la religion; De la foi et soil dilater' (..uverte, étendue), par l'ins- des vices qui lui sont opposés. piration df !a charité. » S. pour une vè- 5. A cf.t Israël. Le nom même de Juda ture prêché aux nouvelles catholiques, est retiré par l'auteur à cette partie — 0 Dilatez (élargissez) vos voies, et scbismatiijue de la race juive : c'est laissez ces choses iiulifTércnles. » Leltre comme un nouvel Israël, étranger, aussi à la sœur Coruuau, lOS. bii'u que rancieu , aux divines promesses.

Après l'établissement de ce nouveau royaume, il ne faut pas s'étonner si tout périt dans la Judée. Le second temple ne servait plus de rien ' depuis que le Messie y eut accompli ce qui était marqué par les prophéties. Ce temple avait eu la gloire qui lui était promise, quand le Désiré des nations y était venu. La Jérusalem visible avait fait ce qui lui restait à faire, puisque l'Église y avait pris sa naissance, et que de là elle étendait tous les jours ses branches ^ par toute la terre. La Judée n'est plus rien à Dieu ni à la religion ^, non plus que les Juifs; et il est juste qu'en punition de leur endurcissement, leurs ruines soient dispersées par toute la terre.

C'est ce qui leur devait arriver au temps du Messie, selon Jacob, selon Daniel, selon Zacharie, et selon tous leurs prophètes * : mais comme ils doivent revenir un jour à ce Messie qu'ils ont méconnu, et que le Dieu d'Abraham n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race quoique infidèle de ce patriarche ^, il a trouvé un moyen, dont il n'y a dans le monde que ce seul exemple, de conserver les Juifs, hors de leur pays et dans leur ruine ®, plus longtemps même que les peuples qui les ont vaincus. On ne voit plus aucun reste ni des anciens Assyriens, ni des anciens Mèdes, ni des anciens Perses, ni des anciens Grecs, ni même des anciens Romains. La trace s'en est perdue, et ils se sont confondus avec d'autres peuples. Les Juifs, qui ont été la proie de ces anciennes nations si célèbres dans les histoires, leur ont survécu ; et Dieu, en les conservant, nous tient en

1. t On dit, Cela ne sert de rien, surtout quand on veut exprimer l'inutilité absolue. » (Acad. française.)

2. Ses bsanches. C'est l'image dont s'est «ervi saint Paul, sans cesse ramenée et toujours présente. V. plus loin dans le mêjne chapitre : « Si la racine est sainte, les rumeaux le sont aussi.. . »

3. La Judée n'est plus rien.... C'est ce qui a déjà été assez dit, r:e semble; mais non : après avoir en apparence épuisé ce point, Bossuet y revient encore ; tant il tient à ce qu'on ne puisse aller chercher la succession où elle n'est pas!

4. Osée, III, 4, 5; Is., lu, 20, 21 ; Zach., XI, 13, 16, 17; Rom., xi, 11, etc. B.

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