‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 316 sur 583 · Plus DÉCLARÉE. V. p. 182, n. 4. temple doit périr · texte numérisé non relu

Plus DÉCLARÉE. V. p. 182, n. 4. temple doit périr

SUR L'HISTOIRB: universelle. 337

était déchirée par trois factions ennemies '. Si la haine qu elles avaient toutes pour les Romains allait jusqu'à la iureur, elles n'étaient pas moins acharnées les unes contre les autres : les combats du dehors coûtaient moins de sang aux Juifs que ceux du dedans. Un moment après les assauts soutenus contre l'étranger, les citoyens recommençaient leur guerre intestine ; la violence et le brigandage régnaient partout dans la ville. Elle périssait, elle n'était plus qu'un grand champ couvert de corps morts; et cependant les chefs des factions y combattaient pour l'empire *. N'était-ce pas une image de l'enfer, où les damnés ne se haïssent pas moins les uns les autres qu'ils haïssent les démons qui sont leurs ennemis communs, et où tout est plein d'orgueil, de confusion et de rage ?

Confessons donc. Monseigneur, que la justice queDieu ût des Juifs par Nabuchodonosor n'était qu'une ombre de celle dontTite fut le ministre. Quelle ville a jamais va périr onze cent mille hommes en sept mois de temps, et dans un seul siège ? C'est ce que virent les Juifs au dernier siège de Jérusalem. Les Ghaldéens ne leur avaient rien fait souffrir de semblable. Sous les Ghaldéens, leur captivité ne dura que soixante et dix ans : il y a seize 2cntsans qu'ils sont esclaves par tout l'univers, et ils ne trouvent encore aucun adoucissement à leur esclavage.

Il ne faut plus s'étonner si Tite victorieux, après la prise de Jérusalem, ne voulait pas recevoir les congratulations des peuples voisins, ni les couronnes qu'ils lui envoyaient pour honorer sa victoire. Tant de mémorables circonstances;, la colère de Dieu si marquée, et sa main ^ qu'il voyait encore si présente, le tenaient dans un

1. Joseph., De hello jud., lib. VI j Jérusalem, dans le Sermon sur la bonté et vu. B. et la rùjueur de Dieu à l'égard des pé-

2. Potn l'empire. Après le spectacle | cheurs, 2e point. « 0 Dieu, quelle fude destruction qui \ieut d'être mis sous rcur 1 L'ennemi est à leurs portes, et nos yeui, que de sens dans ces deux je vois dans la ville trois ou quatre nijts! Que ne disent-ils pas de la dé- factions contraires qui se déchirent... » mcnce des combattants et de l'absur- j 3. La colère de Diec... sa mais dite de cette lutte intestine? Voyez qd'il voyait. Energie croissante d'e\coii'ment l'écrivain avait préludé à cette pression dans l'apparente incohérence peinture des dernières convulsions de des mots et du tour.

profond étonnement ; et c'est ce qui lui fit dire ce que vous avez ouï, qu'il n'était pas le vainqueur, qu'il n'clail qu'un faible instrument de la vengeance divine.

11 n'en savait pas tout le secret ' : l'heure n'était pas encore venue où les empereurs devaient reconnaître Jésus Christ. Celait le temps des humiliations et des persécutions de l'Église. C'est pourquoi Tite, assez éclairé pour connaître que la Judée périssait par un effet manifeste de la justice de Dieu, ne connut pas quel crime Dieu avait voulu punir si terriblement. C'était le plus grand de tous les crimes ; crime jusqu'alors inouï, c'està-dire le déicide, qui aussi a donné lieu h une vengeance dont le monde n'avait vu encore aucun exemple.

Mais si nous ouvrons un peu les yeux, et si nous considérons la suite des choses, ni ce crime des Juifs, ni son châtiment ne pourront nous être cachés.

Souvenons-nous seulement de ce que Jésus-Christ leur avait prédit. Il avait prédit la ruine entière de Jérusalem et du temple. « 11 n'y restera pas, dit-il ', pierre « sur pierre. » 11 avait prédit la manière dont cette ville ingrate serait assiégée, et cette effroyable circonvallation qui la devait environner ; il avait prédit cette faim horrible qui devait tourmenter ses citoyens, et n'avait pas oublié les faux prophètes, par lesquels ils devaient être séduits. 11 avait averti les Juifs que le temps de leur malheur était proche ; il avait donné les signes certains qui devaient en marquer l'heure précise ; il leur avait expliqué * la longue suite de crimes qui devait leur attirer un tel châtiment : en un mot, il avait fait toute l'histoire du siège et de la désolation de Jérusalem.

Et remarquez, Monseigneur, qu'il leur fît ces prédictions vers le temps de sa Passion, afin qu'ils connussent mieux la cause de tous leurs maux. Sa Passion approchait, quand il leur dit * : u La sagesse divine vous a

1. Il n'es savait pas tout le secret. . 2. Matth., xxiv, ).. 2; Marc, xm, 1, Vif retour sur l'aveuglement de ceiui | 2; Luc, xxi, 5, 6. B. qu'il vient d'invoquer comme témoin de 3. Expliqdé. Développé, déroulé, cette grande vengeance. 1 4. Matlh., xuii, 34, etc. B.

« envoyé des prophètes, des sages et des docteurs; vous « en tuerez les uns, vous en crucifierez les autres ; vous « les flagellerez dans vos synagogues ; vous les persccu- « terez de ville en ville, afin que tout le sang innocent n quia été répandu sur la terre retombe sur vous, depuis (( le sang d'Abel le juste, jusques au sang de Zacharie fils « de Barachie, que vous avez massacré entre le temple « et l'autel. Je vous dis en vérité, toutes ces choses vien- (( dront sur la race qui est à présent. Jérusalem, Jérusa- « lem, qui tues les prophètes cl qui lapides ceux qui te « sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler «tes enfants comme une poule rassemble ses petits (( sous ses ailes ; et tu ne l'as pas voulu I Le temps apci proche que vos maisons demeureront désertes. »

Voilà l'histoire des Juifs. Ils ont persécuté leur Messie, et en sa personne et en celle des siens : ils ont remué tout l'univers ' contre ses disciples, et ne les ont laissés en repos dans aucune ville ; ils ont armé les Romains et les empereurs contre l'Église naissante ; ils ont lapidé saint Etienne, tué les deux Jacques, que leur sainteté rendait vénérables même parmi eux, immolé saint Pierre et saint Paul par l'épée et par les mains des Gentils. Il faut qu'ils périssent ^ Tant de sang mêlé à celui des prophètes qu'ils ont massacrés, crie vengeance devant Dieu : a Leurs maisons et leur ville va être déserte' : » leur désolation ne sera pas moindre que leur crime : Jésus Christ les en avertit; le temps est proche : « toutes « ces choses viendront sur la race qui est à présent, » et encore : « Cette génération ne passera pas sans que ces

1. ToDT l'univers. Parce que leur haine a poursuivi le t'hrist et ses disciples à Rome, comme en Judée. — Remuer, verbe de grand effet, dans cette phrase, comme dans les suivantes : o Ce grand capitaine (Annibal), réJuit à se sauver de son pays, remua l'Orient contre les Romains. » P. 98. — « Dieu a tous les cœurs dans sa main : tantôt il retient les passions, tantôt il leur lûchcla bride, et par là il remue tout le genre Ai-.iiuW. » l'art. UI c. viu.

Page 1