‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 350 sur 583 · Gem., Tr.Sanhed., cap. 11. B · texte numérisé non relu

Gem., Tr.Sanhed., cap. 11. B

8. Cblèbbes. Sens conforme à celui du latin celebrr,celebratus, souvent dit ou fait. Cf. p. 147, n. 4.

avait conservé l'explication naturelle de ces célèbres prophéties; et il n'y a rien de plus juste que ce reproche que leur fait le Sauveur du monde * : « Hypocrites, vous « savez juger par les venls, et par ce qui vous paraît dans « le ciel, si le temps sera serein ou pluvieux; et vous ne (( savez pas connaître, à tant de signes qui vous sont « donnés, le temps où vous êtes I »

Concluons donc que les Juifs ont eu véritablement raison de dire que tous les termes de la venue du Messie sont passés. Juda n'est plus un royaume ni un peuple : d'autres peuples ont reconnu le Messie qui devait être envoyé. Jésus-Christ a été montré aux Gentils : à ce signe, ils sont accourus au Dieu d'Abraham ; et la bénédiction de ce patriarche s'est répandue par toute la terre. L'homme de douleurs a été prêché, et la rémission des péchés a été annoncée par sa mort. Toutes les semaines se sont écoulées; la désolation du peuple et du sanctuaire, juste punition de la mort du Christ, a eu son dernier accomplissement; enfin le Christ a paru avec tous les caractères que la tradition des Juifs y reconnaissait ^, et leur incrédulité n'a plus d'excuse.

Aussi voyons-nous depuis ce temps des marques indubitables de leur réprobation. Après Jésus-Christ, ils n'ont fait que s'enfoncer de plus en plus dans l'ignorance et dans la misère , d'où la seule extrémité de leurs maux, et la honte d'avoir été si souvent en proie à l'erreur, les fera sortir, ou plutôt la bonté de Dieu , quand le temps arrêté par sa providence pour punir leur ingratitude et dompter leur orgueil sera accompli '.

Cependant ils demeurent la risée des peuples et l'objet de leur aversion, sans qu'une si longue captivité les fasse revenir à eux, encore qu'elle dût suffire pour les convaincre. Car enfin, comme leur dit saint Jérôme *:

i. Matth., xvi,2, 3,4; Luc.,xii,35.B.

' 2. Y «licoNNAissAiT . Nouvel exemple de la particule y faisant office de pronom après un nom de personne. Reconnaissait en lui Cf. p. 157 et p. 351.

3. Ce retour des Juifs, ce pardon et cette réconciliation finale ont été an-

noncés plus haut, chapitre ixi, moins brièvement, et même avec une certaine effusion et onction de langage dont il n'y aplus ici trace. V. p. 318 et 322. . Le Dieu d'Abraham n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race... • 4. Hier., Ep. adDard., {.ll,col. 610. B,

« Qu'attends-tu, ô Juif incrédule? Tu as commis pluie sieurs crimes durant le temps des Juges : ton idolâ- « trie t'a rendu l'esclave de toutes les nations voisines ; « mais Dieu a eu bientôt pitié de toi , et n'a pas tardé à « t'envoyer des sauveurs. Tu as multiplié tes idolâtries * « sous tes rois ; mais les abominations où tu es tombé « sous Achaz et sous Manassès n'ont été punies que par « soixante-dix ans de captivité. Cyrus est venu, et il t'a « rendu ta patrie, ton temple et tes sacrifices. A la fin, « tu as été accablé par Vespasien et par Tite. Cinquante « ans après, Adrien a achevé de t'exterminer , et il y a « quatre cents ans que tu demeures dans l'oppression. » C'est ce que disait saint Jérôme. L'argument s'est fortifié depuis, et douze cents ans ont été ajoutés à la désolation du peuple juif. Disons-lui donc, au lieu de quatre cents ans, que seize siècles ont vu durer sa captivité, sans que son joug devienne plus léger *. « Qu'as- « tu fait, ô peuple ingrat? Esclave dans tous les pays, et « de tous les princes , tu ne sers point les dieux étran- « gers. Comment Dieu qui t'avait élu t'a-t-il oublié, et « que sont devenues ses anciennes miséricordes? Quel « crime , quel attentat plus grand que l'idolâtrie te fait « sentir un châtiment que jamais tes idolâtries ne t'a- « valent attiré? Tu te tais'? tu ne peux comprendre ce « qui rend Dieu si inexorable? Souviens-toi de cette pa- « rôle de tes pères : Son sang soù sur nous et sur nos en- « fants * ! et encore : Nous n'avons point de roi que César *. « Le Messie ne sera pas ton roi ; garde bien ce que tu as « choisi : demeure l'esclave de César et des rois jusqu'à

1. Tes IDOUTHIKS. Pluriel déjà remarqué, p. 36 el ailleurs. Rien ne répond littéralement à ce mot dans le texte de saint Jérôme que traduit ici Bossuet.

2. Sans qub son joug devienne plus LÉGER. V. la n. 3 de la p. 323.

3. C'est la parole de saint Jérôme, que nous retrouvons ici, mais serrée et aiguisée par une de ces traductions dont Bossuet a le secret. — Certe non colis idola, sed, etiamsi servis Persis atque Romanis, et capiivitalis pressus jugo, ignoras aliénas deos. Quomodo clemen-

tissimus quondam Deiis, qui nunquam lui oblitus est, nunc pertanta temporum spatia non adducitur, ut solvat captivi tatem, el, ut verius dicam, expectatum tibi mittat antichristuml Ob quod, inquam, facinus, et tam exsecrabile scelus, avertit a te oculos sucs ? Ignoras ?.... — Mais le trait de la fin, « Garde bien ce que tu as choisi, » est textuellement traduit : Jffabe quod elegisti; — et ce trait ironique est d'une rare éloquence.

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