‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 410 sur 583 · Joan., V, 46, 47. B · texte numérisé non relu

Joan., V, 46, 47. B

sur des noms : et de telles observations, qui dans toute aulrc malicrc ne passeraient tout au plus que pour de vaines curiosités incapables de donner atteinte au fond des choses, nous sont ici alléguées comme faisant la décision de l'affaire la plus sérieuse qui fut jamais.

Il y a, dit-on, des difficultés dans l'histoire de l'Écriture. Il y en a sans doute qui n'y seraient pas, si le livre était moins ancien, ou s'il avait été supposé, comme on l'ose dire, par un homme habile et industrieux; si l'on eût été moins religieux* à le donner tel qu'on le trouvait, et qu'on eût pris la liberté d'y corriger ce qui faisait de la peine '.Il y a les difficultés que fait un long temps, lorsque les lieux ont change de nom ou d'état, lorsque les dates sont oubliées, lorsque les généalogies ne sont plus connues, qu'il n'y a plus de remède aux fautes qu'une copie tant soit peu négligée introduit si aisément en de telles choses, ou que des faits échappés à la mémoire des hommes laissent de l'obscurité dans quelque partie de l'histoire. Mais enfin celte obscurité est-elle dans la suite même, ou dans le fond de l'affaire? Nullement : tout y est suivi; et ce qui reste d'obscur ne sert qu'à faire voir dans les livres saints une antiquité plus vénérable .

Mais il y a des altérations dans le texte : les anciennes versions ne s'accordent pas ; l'hébreu en divers endroits est différent de lui-même ; et le texte des Samaritains, outre le mot qu'on les accuse d'y avoir changé exprès' en faveur de leur temple de Garizim, diffère encore en d'autres endroits de celui des Juifs. Et de là que conclurat-on? que IcsJuifs ou Esdras auront supposé le Pentatcuque au retour delà caplivilé? C'est justement tout li contraire qu'il faudrait conclure. Les différences du samaritain ne servent qu'à confirmer ce que nous avons

1. Moins rbligieoi a. Moins soigneux de, moins scrupuleux à. V. p. 40 1 el 406.

2. Ce qui déplaisait, choquait Faire pcmt.de la peine, emporluil un sens plus (incrgique dans la langue de ce temps que dans la nôtre. Cf. p. Ml, a. I, et

p. 188, n. 6. — • Tandis qu'Annibai tra* Taillait à ruiner la réputation de Fabius, qui lui faisait de la peine, etc. » Saint-ËTremuud, Réjlex. sur les divers génies du peuple romain, c. tu.

i. Deut., uni, 4. B.

déjà établi, que leur texte est indépendant de celui des Juifs. Loin qu'on puisse s'imaginer que ces schismatiques aient pris quclqiie chose des Juifs et d'Esdras, nous avons vu, au contraire, que c'est en haine des Juifs et d'Esdras, et en haine du premier et du second temple, qu'ils ont inventé leur chimère de Garizim*. Qui ne voit donc qu'ils auraient plutôt accusé les impostures des Juifs que de les suivre? Ces rebelles, qui ont méprisé Esdras et tous les prophètes des Juifs, avec leur temple et Salomon qui l'avait bâti, aussi bien que David qui en avait designé le lieu, qu'ontils respecté dans leur Pentateuque, sinon une antiquité supérieure non-seulement à celle d'Esdras et des prophètes, mais encore à celle de Salomon et de David ; en un mot, l'antiquité de Moïse, dont les deux peuples conviennent? Combien donc est incontestable l'autorité de Moïse et du Pentateuque, que toutes les objections ne font qu'affermir 1

Mais d'où viennent ces variétés des textes et des versions? D'où viennent-elles en effet, sinon de l'antiquité du livre même, qui a passé par les mains de tant de copistes depuis tant de siècles que la langue dans laquelle il est écrit a cessé d'être commune? Mais laissons les vaines disputes, et tranchons en un mot la difficulté par le fond. Qu'on me dise s'il n'est pas constant que de toutes les versions et de tout le texte, quel qu'iLsoit, il en reviendra toujours* les mêmes lois, les mêmes miracles, les mêmes prédictions, la même suite d'histoire, le même corps de doctrine, et enfin la môme substance. En quoi nuisent après cela les diversités des textes? Que nous fallait-il davantage que* ce fond inaltérable des livres sa-

1. Leur cnivÈBB db Gabizim. C.-à-d., leur préteution chimérique d'avoir sur le niout Garizim le temple, le vrai temple. Cette prétention obstinée des Samaritains a été assez expliquée précédemment, p. 80 et 83, pour que Bossuct, en la rappelant ici, se borne à cette expression concise et ironique. — U entre dans ce mot chimère, quelque chose du sens de manie.

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familier, mais très-propre à exprimer cette persistance du fond, de la substance de ces livres, à travers les variétés des textes et des versions.

3. DivAMTAGE QUE. On u'avait pas encore cessé d'employer ainsi davantage avec la conjonction. — « Le repos de la solitude lui plaît davantage que la cour ou Paris. • Sévigaé.

crés, et que pouvions-nous demander de plus à la divine Providence? Et, pour ce qui est des versions, est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l'Ecriture soit si ancienne qu'on en ait perdu les délicatesses, et qu'on se trouve empêché à en rendre toute l'élégance ou toute la force dans la ilernière rigueur? N'est-ce pas plutôt une preuve de la plus grande antiquité? Et si on veut s'attacher aux petites choses, qu'on me dise si, de tant d'endroits où il y a de l'embarras, on en a jamais rétabli' un seul par raisonnement ou par conjecture. On a suivi la foi des exemplaires; et comme la tradition n'a jamais permis que la saine doctrine pût être altérée, on a cru que les autres fautes, s'il y en restait, ne serviraient qu'à prouver qu'on n'a rien ici innové par son propre esprit.

Mais enfm, et voici le fort de l'objection, n'y a-t-il pas des choses ajoutées dans le texte de Moïse ; et d'où vient qu'on trouve sa mort à la fin du livre qu'on lui attribue? Quelle merveille que ceux qui ont continué son histoire aient ajouté sa fin bienheureuse au reste de ses actions, afin de faire du tout un même corps? Pour les autres additions, voyons ce que c'est. Est-ce quelque loi nouvelle, ou quelque nouvelle cérémonie, quelque dogme, quelque miracle, quelque prédiction? On n'y songe seulement pas ; il n'y en a pas le moindre soupçon ni le moindre indice ; c'eût été ajouter h l'œuvre de Dieu: la loi l'avait défendu-, et le scandale qu'on eût causé eût été horrible. Quoi donc? on aura continué peut-être une généalogie commencée, on aura peut-être expliqué un nom de ville changé par le temps ; à l'occasion de la manne dont le peuple a été nourri durant quarante ans, on aura marqué le temps où cessa cette nourriture céleste, et ce fait, écrit depuis dans un autre livre*, sera demeuré par remarque* dans celui de

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