Cependant. Pendant ce temps. Interea
Sri{ L'HISTOIRE UNIVRRSFXLE. 63
Ninive el de Babylone, plus puissants, mais plus inconnus à la Grèce, ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d'histoires grecques ; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapale jusqu'à Cyrus a été donné aux Mèdes seuls.
Ainsi, il ne faut plus tant se donner de peine à concilier en ce point l'histoire profane avec l'histoire sacrée. Car quant à ce qui regarde le premier royaume des Assyriens, l'Écriture n'en dit qu'un mot en passant, et ne nomme ni Ninus, fondateur de cet empire, ni, à la réserve de Phul*, aucun de ses successeurs, parce que leur histoire n'a rien de commun avec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds Assyriens, la plupart des Grecs ou les ont entièrement ignorés, ou, pour ne les avoir pas assez connus, ils les ont confondus avec les premiers.
Quand donc on objectera ceux des auteurs grecs qui arrangent à leur fantaisie les trois premières monarchies, et qui font succéder les Mèdes à l'ancien empire d'Assyrie, sans parler du nouveau, que l'Écriture fait voir si puissant, il n'y a qu'à répondre qu'ils n'ont point connu cette partie de l'histoire, et qu'ils ne sont pas moins contraires aux plus curieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation ' qu'à l'Écriture.
Et, ce qui tranche en un mot toute la difficulté, les auteurs sacrés, plus voisins par les temps et par les heux des royaumes d'Orient, écrivant d'ailleurs l'histoire d'un peuple dont les affaires sont si mêlées avec celles de ces grands empires, quand ils n'auraient que cet avantage, pourraient faire taire * les Grecs et les Latins, qui les ont suivis *.
1. Encore u'cst-il pas certain que ce : adopté par la plupart des Grecs, ne Phul doive être compté parmi les suc- peut plus, en cUot, se soutenir devant cesseurs de Ninus dans l'histoire du les témoignages précis et concordanii premier empire d'Assyrie : il appar- : des auteurs sacrés et des écrivains piotient peut-être au second. V. plus haut, fanes les mieux instruits : les Grecs el p. 48, n. 3, et p. 49, n. 4. leurs partisans, vaincus dans ce débat,
2. lîossuct, par la, désigne surtout i ne peuvent plus contredire : il faut Hérodote et Xénophon. qu'ils se taisent.
3. Faire TitHE. Figure de langage 4. Sauf la préférence que Bossuet a irès-bien placée dans cette vive con- donnée sans motif suffisant àXénophon, clusion. Le roman des trois monarchies, \ pour l'histoire de Cyrus, la discussion
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Si Loulefuis ou s'obstine à soutenir cet ordre célèbre des trois premières monarchies, et que, pour garder aux Mèdes seuls le second rang qui leur est donné, on veuille leur assujettir les rois de Babylone, en avouant toutefois qu'après environ cent ans de sujétion, ceux-ci se sont affranchis par une révolte, on sauve en quelque façon la suite de l'histoire sainte, mais on ne s'accorde guère avec les meilleurs historiens profanes, auxquels l'histoire sainte est plus favorable, en ce qu'elle unit toujours l'empire des Mèdes à celui des Perses;
11 reste encore à vous découvrir une des causes de l'obscurité de ces anciennes histoires : c'est que comme les rois d'Orient prenaient plusieurs noms, ou, si vous voulez, plusieurs titres, qui ensuite leur tenaient tîeu de nom propre, et que les peuples les traduisaient ou les prononçaient différemment, selon les divers idiomes de chaque langue \ des histoires si anciennes, dont il reste si peu de bons mémoires, ont dû être par là fort obscurcies. La confusion des noms en aura sans doute beaucoup mis dans les choses mêmes ^ et dans les personnes; cl tle là vient la peine qu'on a de situer * dans l'histoire grecque les rois qui ont eu le nom d'Assuérus, autant inconnu aux Grecs que connu aux Orientaux.
Qui croirait, en efiet, que Gyaxare fût le même nom * qu'Assuérus, composé du mot Ky^ c'est-à-dire seigneur, et du mot Axare^ qui revient manifestement à Axuérus, ou Assuérus? Trois ou quatre princes ont porté ce nom, quoiqu'ils en eussent encore d'autres. Ainsi il n'y a nul doute que Darius le Mède ne puisse avoir été un Assuérus ou Gyaxare ; et tout cadre à ° lui donner un de ces
qu'on vient de lire, savante, judicieuse, aussi substantielle que rapide el agréable, est un modèle de méthode etd'eifiosition à proposer à ceux qui travailent encore aujourd'hui à débrouiller les annales de l'antique Orient.
ysisteré). Sur cet usage du mot situer, V. p. 21, n. 2.
4. FcT LE MÊME NOM. La Concordance grammaticale des temps n'était pas alors réglée comme aujourd'hui. Nous mettrions ici, au lieu de l'imparfait du
1. C'est ce qu'on appelle, en d'autres, subjonctif, /iJ^, celui de l'indicatif, étnit,
termes, les dialectes, ou les patois.
2. On ne pouvait indiquer avec plus de précision cette cause principale il'obscurité dans les anciennps hhtoires.