‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 442 sur 583 · Herod., lib. 111, cap. 20. B · texte numérisé non relu

Herod., lib. 111, cap. 20. B

que Cambyse leur envoya, pour les surprendre*, des ambassadeurs et des présents tels que les Perses les donnaient, de la pourpre, des bracelets d'or, et des compositions de parfums ^ ils se moquèrent de ses présents, où ils ne voyaient rien d'utile à la vie, aussi bien que de ses ambassadeurs, qu'ils prirent pour ce qu'ils étaient, c'est-à-dire pour des espions. Mais leur roi voulut aussi faire un présent à sa mode au roi de Perse; et prenant en main un arc qu'un Perse eût à peine soutenu, loin de le pouvoir tirer, il le banda en présence des ambassadeurs, et leur dit : « Voici le conseil que le roi « d'Ethiopie donne au roi de Perse. Quand les Perses se « pourront servir aussi aisément que je viens de faire « d'un arc de cette grandeur et de cette force, qu'ils « viennent attaquer les Éthiopiens, et qu'ils amènent « plus de troupes que n'en a Cambyse . En attendant, « qu'ils rendent grâces aux dieux, qui n'ont pas mis « dans le cœur des Éthiopiens le désir de s'étendre « hors de leur pays. » Gela dit, il débanda l'arc, et le donna aux ambassadeurs ^ On no peut dire quel eût été l'événement de la guerre. Cambyse, irriié de cette réponse, s'avança vers l'Ethiopie comme un insensé, sans ordre, sans convois, sans discipline , et vit périr son armée, faute de vivres, au milieu des sables, avant que d'approcher l'ennemi.

1. Pour les surprendre. Pour s'assurer, par surprise, de l'état de leurs forces et de leurs ressources. V. ce que Bossuet dit un peu plus loin, avec un certain enjouement, du véritable but de l'ambassade.

2. Des compositions... On disait au iviie siècle, des compositions {niélanç/es) de parfums, de remèdes, d'après l'expression latine, compositiones unguentorum, — remediorum. V. Cicéron. De nat. deor.,U, 58. — «Honorons, dit ailleurs Bossuet, de saint François de Sales, honorons sa bienheureuse mémoire, plus douce à tous les fidèles qu'une composition de parfums, comme parle l'Écriture. » Pané^ . de ce Saint. Il' Ecclésiastique dit en effet, dans le latin de S. Jérôme : Memoria Josiae in

compositionem odoris facta, opus pigmentarii. xlix, 1 .

3. n'est sans doute à cause de la leçon de prudence qui ressot de ces récits sur les Scythes et Cyaxare, sur les Éthiopiens et Cambyse,que Bossuet a fait à ces peuples l'honneur de les comprendre dans sa revue des empires. Ou aimerait mieux qu'il eut absolument négligé ces barbares obscurs de la haule antiquité, et qu'il eût réservé plus loin quelque place aux Phéniciens, bien plu?

considérables, et que leurs relations étroites avec le peuple juif désignaient particulièrement à son attention. Quant aux Indiens et aux i.hinois, on ne peut s'étonner beaucoup qu'il n'ait pas compris dans son ouvrage ces deux nations restés inconnues, ou peu s'en faut, des

Ces peuples d'Ethiopie n'étaient pourtant pas si justes qu'ils s'en vantaient, ni si renfermés dans leur pays. Leurs voisins les Égyptiens avaient souvent éprouvé leurs forces. Il n'y a rien de suivi dans les conseils de ces nations sauvages et mal cultivées : si la nature y commence souvent de beaux sentiments, elle ne les achève jamais. Aussi n'y voyons-nous que peu de choses à apprendre et à imiter. N'en parlons pas davantage, et venons aux peuple? pohcés.

Les Égyptiens sont les premiers où* l'on ait su les règles du gouvernement. Cette nation grave et sérieuse connut d'abord la vraie fin de la politique, qui est de rendre la vie commode et les peuples heureux^. La température toujours uniforme du pays y faisait les esprits solides et constants*. Comme la vertu est le fondement de toute la société, ils l'ont soigneusement cultivée. Leur principale vertu a été la reconnaissance. La gloire qu'on leur a donnée d'être les plus reconnaissants de tous les hommes, fait voir qu'ils étaient aussi les plus sociables *. Les bienfaits sont le lien de la concorde publique et particulière. Qui reconnaît les grâces, aime à en faire ; et, en bannissant l'ingratitude, le plaisir de faire du bien demeure si pur, qu'il n'y a plus moyen de n'y être pas sensible ^ Leurs lois étaient simples, pleines d'équité*, et propres à unir entre eux les citoyens. Celui qui, pouvant sauver un homme attaqué,

anciens, auxquelles les curieux de sou temps commençaient à peine à songer, et sur l'histoire desquelles la science se taisait encore.

1. Les PREMiBas oc. La prose française tardait encore à rejeter cet emploi du motoii après un nom do personne, dont elle peut cependant se passer plus aisément que la poésie.

2. Définition très-sensée; d'une sagesse toute pratique et positive. — La vie commode. Ne pas entendre seulement par ce mot ce que nous appelons les commodités de la vie, mais tout ce qui fait la vie paisible, sure, heureuse. Parlant des desseins du Créateur sur le premier homme, l'auteur a dit, p. 185 :

Il Dieu voulait lui rendre la vj» commode,

taut qu'elle serait iunocente. •

3. Bossuft tient compte, avant Montesquieu, de l'action du climat sur le tempérament et l'esprit des peuples. On ne saurait conclure d'un seul mot, dit en passant, qu'il se soit exagéré cette influence.

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