‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 508 sur 583 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'empire romain, et, en passant, celui de Carthage, et sa mauvaise constitution.

Nous sommes enfin venus à ce grand empire qui a englouti tous les empires de l'univers, d'où sont sortis les plus grands royaumes du monde que nous habitons, dont nous respectons encore les lois, et que nous devons par conséquent mieux connaître que tous les autres empires*. Vous entendez bien que je parle de l'empire romain. Vous en avez vu la longue et mémorable histoire dans toute sa suite. Mais pour entendre parfaitement les causes de l'élévation de Rome, et celles des grands changements qui eont arrivés dans son état, considérez attentivement, avec les mœurs des Romains, les temps d'où dépendent tous les mouvements ' de ce vaste empire.

De tous les peuples du monde, le plus fier et le plusi^;^ hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses con- V ■ seils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé *, : \

1. L'historien se sépare du monde I toutes les reuo/w/ions de ce vaste empire. ^/^ grec, sans avoir rien dit, dans ce chapi- Bossuet dit àla fin du résumé qui termine '. \t trc, du génie particulier, et si fécond, j ce chapitre : « Tels sont les temps rt-y[\J^ de la Grèce pour les beaux-arts. On j marquables qui nous m'jrijriiennescAflJi-V^ eût aimé à entendre un Bossuet parler j (céments de l'état de Uome. • L'une dos "^ deux phrases s'explique par l'autre. —

Le mot mouvements a été pris en ce sens p. 416.

4. Avisé. Synonyme de prudent, fort employé au xvu» siècle. — < Admire

de ces incomparalles statues > Epoques, p. 103) dont la Grèce était peuplée, dOcrire la beauté des Propylées, comme il a célébré la grandeur des ruines de Thèljcs. Ce qu'il a écrit des Égyptiens

est plus complet : aucune des manifcs- ' qui voudra la pauvreté de Fabriciu';, tations du génie de ce peuple n'y est i je loue sa prud' ncc, et le trouve fort oubliée. avisé de n'avoir eu qu'une salière d'ar-

2. Début digne de la majesté du sujet. ! gent, pour se donner le crédit de chas- 3. Les temps d'oo dépend est Tons les ' scrdusénat un homme qui avait été deux HOcvEMEHTS. C.-à-d , les temps aux- > fois consul, i Saint-Evremond , Bé/l. quels se rapportent ï()\ii\pi changements, \ s-ur les divers génies du peuple romain

le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain.

De tout cela s'est formée la meilleure milice et la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais.

Le fond d'un Romain', pour ainsi parler, était l'amour de sa liberté et de sa patrie. Une de ces choses lui faisait aimer l'autre; car, parce qu'il aimait sa liberté, il aimait aussi sa patrie comme une mère qui le nourrissait ^ dans des sentiments également généreux et libres '.

Sous ce nom de liberté, les Romains se figuraient, avec "es Grecs *, un état où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes.

Au reste, quoique Rome fût née sous un gouvernement royal, elle avait, même sous ses rois, une liberté qui ne convient guère à une monarchie réglée ^ Car outre que les rois étaient électifs, et que l'élection s'en faisait par tout le peuple, c'était encore au peuple assemblé à confirmer les lois, et à résoudre la paix ou la guerre. Il y avait même des cas particuliers où les rois déféraient au peuple le jugement souverain : témoin TuUus Hostilius, qui, n'osant ni condamner ni absoudre Horace, comblé tout ensemble et d'honneur pour avoir vaincu les Curiaces, et de honte pour avoir tué sa sœur, le fit juger par le peuple. Ainsi les rois n'avaient proprement que le commandement des armées, et l'autorité de convoquer Mes assemblées légitimes, d'y proposer les affaires, de maintenir les lois, et d'exécuter les décrets publics.

Quand Servius Tullius conçut le dessein que vous avez

1. Le FOND d'un Romain. C'est appliquer heureusement à un nom de personne, un mot dont le complément est pris le plus souvent parmi des noms d'une autre espèce. On dit, le fond d'un caractère — d'un talent — d'une conduite ; le fond de la nature humaine, le fond de l'homme, etc.

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