Voilà tout Coriolan. Cf. Plularque et Shakspeare
SUR I;HIST0IRE UiNIVERSELLE.
ils menaçaient de tout perdre si on n'accordait leur demande. Rome n'avait ni armée ni chefs, et néanmoins dans ce triste état, et pendant qu'elle avait tout à craindre, on vit sortir tout à coup * ce hardi décret du sénat, qu'on périrait^ plutôt que de rien céder à l'ennemi armé, et qu'on lui accorderait des conditions équitables, après qu'il aurait retiré ses armes.
La mère de Goriolan, qui fut envoyée pour le fléchir, lui disait entre autres raisons ^: « Ne connaissez-vous « pas les Romains? Ne savez- vous pas, mon fils, que « vous n'en aurez rien que par les prières, et que vous « n'en obtiendrez ni grande ni petite chose par la (( force ? » Le sévère * Goriolan se laissa vaincre : il lui en coûta la vie, et les Volsques choisirent d'autres généraux : mais le sénat demeura ferme dans ses maximes ; et le décret qu'il donna, de ne rien accorder par force, passa pour une loi fondamentale de la politique romaine, dont il n'y a pas un seul exemple que les Romains se soient départis dans tous les temps de la république ^ Parmi eux, dans les états les plus tristes, jamais les faibles conseils * n'ont été seulement écoutés. Ils étaient toujours plus traitables victorieux que vaincus : tant le sénat savait maintenir les anciennes maximes de la république, et tant il y savait confirmer le reste des citoyens.
De ce même esprit sont sorties les résolutions prises tant de fois dans le sénat, de vaincre les ennemis par la force ouverte, sans y employer les ruses ou les artiQces, même ceux qui sont permis à la guerre : ce que le sénat ne faisait ni par un faux point d'honneur, ni pour avoir ignoré les lois de la guerre, mais parce qu'il ne jugeait
1. On vit sortir. Le mot sortir, qui est ici plein de force et d'éclat, répond au l&lia prodire. On a vu plus haut que, dans les jours de péril, le peuple, tourné vers le sénat, en attendait les résolutions comme des oracles (p. 520).
A.U fond de la curie,corame dans un sanctuaire, veillai t le génie sauveur delà Cité.
i. Ce uABDi DÉCRET, QDB.... — Décret a ici la force d'une proposition (decretum id,„ perituros esse potius...). Es-
pèce de syntase déjà plusieurs fois relevée. V. p. 176, n. 1, et p. 192, n. 5,