‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 532 sur 583 · Avec beaucoup de soin et de prudence · texte numérisé non relu

Avec beaucoup de soin et de prudence

bien de l'État étaient le moyen le plus sûr pour s'avancer dans les charges, les actions militaires avaient mille récompenses qui ne coûtaient rien au public, et qui étaient infiniment précieuses aux particuliers, parce qu'on y avait attaché la gloire, si chère à ce peuple belliqueux. Une couronne d'or très-mince, et le plus souvent une couronne de feuilles de chêne, ou de laurier, ou de quelque herbage * plus vil encore, devenait inestimable parmi les soldats, qui ne connaissaient point de plus belles marques que celles de la vertu, ni de plus noble distinction que celle qui venait des actions glorieuses.

Le sénat, dont l'approbation tenait lieu de récompense, savait louer et blâmer quand il fallait. Incontinent après le combat, les consuls et les autres généraux donnaient publiquement aux soldats et aux officiers la louange ou le blâme qu'ils méritaient : mais eux-mêmes ils attendaient en suspens le jugement du sénat, qui jugeait de la sagesse des conseils, sans se laisser éblouir pcir le bonheur des événements. Les louanges étaient précieuses, parce qu'elles se donnaient avec connaissance : le blâme piquait au vif les cœurs généreux, et retenait les plus faibles dans le devoir. Les châtiments qui suivaient les mauvaises actions tenaient les soldats en crainte, pendant que les récompenses et la gloire bien dispensée les élevaient au-dessus d'eux-mêmes.

Qui peut mettre dans l'esprit des peuples la gloire, la patience dans les travaux, la grandeur de la nation*, ei l'amour de la patrie, peut se vanter d'avoir trouvé la constitution d'État la plus propre à produire de grands hommes. C'est sans doute les grands hommes qui font la force d'un empire. La rature ne manque pas de faire naître dans tous les pays des esprits et des courages *

1. Combien vile était la matière de i grandeur... — C'est par le même génie

ces prix glorieux, le mot herbage est ■ plus propre que d'autres à le faire sentir. — La couronne obsidionale était faite de gazon. Graminea. Aulu-GeUe, Y, 6.

i. Là gloibb... là grànobub... Et non, ainsi que d'autres Tauraient pu dire,

de concision que Bossuet a dit plus haut, en parlant des prêtres égyptiens, qu'ils « imprimaient dans l'esprit des peuples l'antiquité' et la noblesse de leur pays. . P. 468.

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