CHAPITRE VIII
Conclusion de tout le discours précédent, où l'on montre qu'il faut tout rapporter à une Providence.
Mais 3 souvenez-vous,Monseigneur, que ce long enchaînement des causes particulières, qui font et défont les empires, dépend des ordres secrets de la divine Provi-
par le.-quelles la première de toutes, la jalousie entre les deux ordres, fut singulicremeDt aggravée, pourra sembler à quelques personnes un peu tardif et sommaire. L'auteur, il est vrai, répare en partie cet inconvénient car la pi ofondeur du trait et l'énergique vérité du langage.— Le sang romain se mêlait ,elc.
Montesquieu, en montrant à loisir, après Bossuet, comment l'esprit romain s'affaiblissait par suite de l'extension IndéGuie de la cité, n'a rien dit de plus frappant, ni de plus solide. V. Gr. et déc, c. ii. 1 . ... In civitate, quibus opes nullx •uat..., mutari omoia student^ turba at-
que seditionibus aluntur, quoniam egestas facile habetur sine damno. Sali., CatiL, c. 37.
2. L'utilité de la classe moyenne, dans l'État populaire n'a été nulle part mieux expliquée que chez Aristote, duquel, au reste, Bossuet paraît s'inspiier ici directement ; car les expressions dont il se sert traduisent celles de l'auteur grec :
nfO(rci6t;itvov (iv xoîç «o/.£oi) to («.icov itoul poirriv, Kol xutkùn fivtffdoi tôç IvavTÎoç ûmogoioî. Polit., IV, 9.
3. Sur cette manière de commencer un ch., V. p. 269, n. 1. Cf. L'observation qui a été faite, p. 19, sur le titre de Discours.
SUR L'HISTOIRK UNIVERSELLE.
dence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes ; il a tous les cœurs en sa main : tantôt il retient les passions ; tantôt il leur lâche la bride; et par là il remue tout le genre humain *. Veut-il faire des conquérants? il fait marcher l'épouvante devant eux *, et il inspire à eux et à leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire des législateurs? il leur envoie son esprit de sagesse et de prévoyance ; il leur fait prévenir les maux qui menacent les États, et poser les fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit; il l'éclairé, il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances ': il l'aveugle, il la précipite, il la confond* par elle-même : elle s'enveloppe *, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles de sa justice toujours infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups* dont le contre-coup porte si loin. Quand il veut fâcher le dernier "' et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils. L'Egypte, autrefois si sage, marche enivrée, étourdie et chancelante *, parce que le Seigneur a répandu l'esprit
1 . En reprenant, pour conclure, la pensée dominante de l'ouvrage, en re- Tcoant de l'homme, des œuvres les plus mémorables de l'homme, de son génie, de ses grandeurs, qu'il a consenti, pendant un temps, à contempler sans partage, à celui à qui seul appartiennent la puissaîice, la tnaj-nté et i'indépendunce. Hossuet s'élève au dessus de lui même : il se surpasse en sublime.
2. On a vu plus haut celte avantgarde des conquérants précéder NabuchodoQOSor : « ...Il approche, et ta frayeur marche devaut lui.» P.247.V.n.2.
3. Sbs ignorances. Pluriel peu usité, mais dunl Bossiiet se sert volontiers, quaud il montre le vide de la science, lie la sagesse humaine, (v. p. 214), coiinne pour humilier davantage Tune et l'autre.
4. Co.NFOSD. Ilot très-fort. C'est, troubler, découocrter, jusqu'à mettre, comme eo dit, sens dessus dessous. Signilica- \jon ûiaJo»ue à l'eipression renverser
le sens, qui vient un peu plus loin.
5. Elle s'envbloppb. Elle s'embarrasse, s'empêtre dans ses propres haLiiieiés, comme dans un filet. Involvit se, intrical se... Envelopper est fréquent chez Uossuet, au sensde, embarrasser, embrouiller.— • Que le temps est court pour démêler une affaire si enveloppée / • S. sur l'impéniteuce finale. — • Par tant de questions et de chicanes on nous enoeloppe la rè;;le des mœurs. » S. sur la haine de la vérité.