‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 3)Chapitre 16 sur 74 · CYRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS · texte numérisé non relu

CYRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS

Sixième âge du monde. Ans Ans

de dev.

Ce fut donc 218 ans après la fondation de 218 536 Rome, 536 ans avant Jésus-Christ, après les soixante-dix ans de la captivité de Babylone , et la même année que Cyrus fonda l'empire des Perses , que ce prince , choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple et le restaurateur de son temple , mit la main à ce grand ouvrage.

BOSSUET. — eiST. UNIV. 3

^^^ ^^^ Incontinent après la publication de son ordon- Rome. j. c. nancc, Zorobabel, accompagné de Jésus fils de Josédec^ souverain pontife^ ramena les captifs, qui rebâtirent l'autel^ et posèrent les fonderie 535 ments du second temple. Les Samaritains^ jaloux de leur gloire , voulurent prendre part à ce grand ouvrage; et, sous prétexte qu'ils adoraient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux, ils prièrent Zorobabel de leur permettre de rebâtir avec lui le temple de Dieu\ Mais les enfants de Juda, qui détestaient leur culte mêlé, rejetèrent leur proposition. Les Samaritains irrités traversèrent leur dessein par toute sorte d'artilices et de violences. Environ ce temps, Servius Tullius, après avoir agrandi la ville de Rome , conçut le 221 533 dessein de la mettre en république. Il périt au milieu de ces pensées, par les conseils de sa fille et parle commandement de Tarquin le Superbe, son gendre. Ce tyran envahit le royaume, où il exerça durant un long temps toute sorte de violences. Cependant l'empire des Perses allait croissant ; outre ces provinces immenses de la grande Asie, tout ce vaste continent de l'Asie 229 525 inférieure leur obéit; les Syriens et les Arabes furent assujettis; l'Egypte, si jalouse de ses lois, reçut les leurs. La conquête s'en fit par 232 522 Cambyse, fils de Cyrus. Ce brutal ne survécut guère â Smerdis son frère, qu'un songe ambigu lui fit tuer en secret. Le mage Smerdis régna quelque temps sous le nom de Smerdis , frère de Cambyse ; mais sa fourbe fut bientôt décou-

» I Esdr., IV, 2, 3.

AiM Ans de dev.

SUR L'HISTOIRK UNIVERSELLE. 67

verte. Les sept principaux seigneurs conjurèrent contre lui^ et l'un d'eux fut mis sur le ï^«""«J-c. trône. Ce fut Darius, fils d'Hystaspe, qui s'ap- 233 521 pelait, dans ses inscriptions, le meilleur et le mieux hit de tous les hommes \ Plusieurs marques le font reconnaître pour TAssuérus du livre d'Esther, quoiqu'on n'en convienne pas. Au commencement de son règne , le temple fut achevé, après diverses interruptions causées par les Samaritains^. Une haine irréconciliable se mit entre les deux peuples, et il n'y eut rien de plus opposé que Jérusalem et Samarie. C'est du temps de Darius que commence la liberté de Rome et d'Athènes, et la grande gloire de la Grèce. Harmodius et Aristogiton, Athéniens, 241 513 délivrent leur pays d'Hipparque, fils de Pisistrate , et sont tués par ses gardes. Hippias, frère d'Hipparque, tâche en vain de se soutenir. Il est chassé : la tyranie des Pisistratides est en- 244 510 tièrement éteinte . Les Athéniens affranchis dressent des statues à leurs libérateurs , et rétablissent l'État populaire. Hippias se jette entre les bras de Darius, qu'il trouva déjà disposé à entreprendre la conquête de la Grèce, et n'a plus d'espérance qu'en sa protection. Dans le temps qu'il fut chassé , Rome se défit aussi de ses tyrans. Tarquin le Superbe avait rendu par ses 245 50s violences la royauté odieuse; l'impudicité de Sexte son fils acheva de la détruire. Lucrèce, déshonorée, se tua elle-même : son sang et les harangues de Brutus animèrent les Romains. Les rois furent bannis, et l'empire consulaire fut

' Herod., lib. iv, c. 91. — M Esdr., v, vi.

Ans Ans établi sulvaiit les projets de Servlus Tullius :

de dev. ■»- *^

Rome. 3. c. mals 11 f ut bientôt affaibli par la jalousie du peuple. Dès le premier consulat^ P. Valérlus^ consul^ célèbre par ses victoires , devint suspect à ses citoyens; et 11 fallut, pour les contenter, établir la loi qui permit d'appeler au peuple , du sénat et des consuls , dans toutes les causes où il s'agissait de cliâtler un citoyen. Les Tarquins chassés trouvèrent des défenseurs : les rois voisins regardèrent leur bannissement comme une injure faite à tous les rois; et

ai7 507 Porsena, roi des Gluslens, peuples d'Étrurle, prit les armes contre Rome. Réduite à l'extrémité, et presque prise, elle fut sauvée par la valeur d'Horatius Coclès. Les Romains firent des prodiges pour leur liberté : Scévola, jeune citoyen , se brûla la main qui avait manqué Porsena ; Clélle, une jeune fille, étonna ce prince par sa hardiesse ; Porsena laissa Rome en paix, et les Tarquins demeurèrent sans res-

254 500 source. Hippias, pour qui Darius se déclara, avait de meilleures espérances. Toute la Perse se remuait en sa faveur, et Athènes était menacée d'une grande guerre. Durant que Darius

261 493 en faisait les préparatifs, Rome, qui s'était si bien défendue contre les étrangers , pensa périr par elle-même : la jalousie s'était réveillée entre les patriciens et le peuple; la puissance consulaire , quoique déjà modérée par la loi de P. Valérlus, parut encore excessive à ce peuple, trop jaloux de sa liberté. Il se retira au mont Aventin : les conseils violents furent inutiles; le peuple ne put être ramené que par les paisibles remontrances de Ménénius Agrippa;

mais il fallut trouver des tempéraments, et ^°'' ^°^ donner au peuple des tribuns pour le défendre ^°"'*- ^- ^* contre les consuls. La loi qui établit cette nouvelle magistrature fut appelée la loi sacrée ; et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple. Darius avait enfin éclaté contre la Grèce. Son gendre Mardonius, après avoir traversé TAsie, croyait accabler les Grecs par le nombre de ses soldats : mais Miltiade défit cette ar- 264 490 mée immense dans la plaine de Marathon, avec dix mille Athéniens. Rome battait tous ses ennemis aux environs , et semblait n'avoir à craindre que d'elle-même. Coriolan, zélé patricien, et le plus grand de ses capitaines, chassé, malgré ses services , par la faction populaire , mé- 265 439 dita la ruine de sa patrie, menâtes Volsques 266 488 contre elle, la réduisit à l'extrémité, et ne put être apaisé que par sa mère. La Grèce ne jouit pas longtemps du repos que la bataille de Marathon lui avait donné. Pour venger l'affront de 274 48o la Perse et de Darius, Xerxès, son fils et son successeur, et petit-fils de Cyrus par sa mère Atosse, attaqua les Grecs avec onze cent mille combattants ( d'autres disent dix- sept cent mille ) , sans compter son armée navale de douze cents vaisseaux. Léonidas, roi de Sparte, qui n'avait que trois cents hommes, lui en tua vingt mille au passage des Thermopyles, et périt avec les siens. Par les conseils de Thémistocle, Athénien, l'armée navale de Xerxès est défaite la même année , près de Salamine. Ce prince repasse l'Hellespont avec frayeur; et, un an après, son armée déterre, que Mardonius commandait, est taillée en pièces auprès de Platée , par Pausa-

^de à^v ^^^^y ^^^ ^^ Lacédémone , et par Aristide^ Athé- Rome. j. c. nieii ^ appelé le Juste. La bataille se donna le matin; et le soir de cette fameuse journée, les Grecs Ioniens, qui avaient secoué le joug des Perses, leur tuèrent trente mille hommes dans la bataille de Mycale , sous la conduite de Léotychides. Ce général, pour encourager ses soldats, leur dit que Mardonius venait d'être défait dans la Grèce. La nouvelle se trouva véritable, ou par un effet prodigieux de la renommée , ou plutôt par une heureuse rencontre; et tous les Grecs de TAsie Mineure se mirent en liberté. Cette nation remportait partout de grands avantages ; et un peu auparavant les Carthaginois , puissants alors , furent battus dans la Sicile , où ils voulaient étendre leur domination , à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès, ils ne cessèrent depuis de faire de nouveaux desseins sur une île si commode à leur assurer l'empire de la mer, que leur république affectait. La Grèce le tenait alors ; mais elle ne re-

277 477 gardait que l'Orient elles Perses. Pausanias ve-

nait d'affranchir l'Ile de Chypre de leur joug,

278 476 quand il conçut le dessein d'asservir son pays.

Tous ses projets furent vains, quoique Xerxès lui promit tout : le traître fut trahi par celui qu'il aimait le plus, et son infâme amour lui 280 474 coûta la vie. La même année, Xerxès fut tué par Artaban son capitaine des gardes ^ , soit que ce perfide voulût occuper le trône de son maître , ou qu'il craignit les rigueurs d'un prince dont il n'avait pas exécuté assez promptement

* Arist., Polit., Mb. v, cap. 10.

SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. 71 les ordres cruels. Artaxerxe à la Longue-Main , ^^^^ ^^^

eT.

son fils^ commença son règne, et reçut peu de ^^^^' ■^- ^• temps après une lettre de Thémistocle, qui, 281 473 proscrit par ses citoyens, lui offrait ses services contre les Grecs. Il sut estimer, autant qu'il devait, un capitaine si renommé, et lui fit un grand établissement, malgré la jalousie des satrapes. Ce roi magnanime protégea le peuple 237 46juif* ; et dans sa vingtième année , que ses suites rendent mémorable , il permit à Néhémias de rétablir Jérusalem avec ses murailles \ Ce 290 454 décret d'Artaxerxe diffère de celui de Cyrus, en ce que celui de Cyrus regardait le temple, et celui-ci est fait pour la ville. A ce décret prévu par Daniel, et marqué dans sa prophétie ^ , les quatre cent quatre-vingt-dix ans de ses semaines commencent. Cette importante date a de solides fondements. LebannissementdeThémistocle est placé, dans la Chronique d'Eusèbe, à la dernière année de la 76^ olympiade, qui revient à Tan 280 de Rome. Les autres chronologistes le mettent un peu au-dessous : la différence est petite , et les circonstances du temps assurent la date d'Eusèbe. Elles se tirent de Thucydide, historien très-exact; et ce grave auteur, contemporain presque , aussi bien que concitoyen de Thémistocle, lui fait écrire sa lettre au commencement du règne d' Artaxerxe \ Cornélius Nepos, auteur ancien , et judicieux autant qu'élégant, ne veut pas qu'on doute de cette date après l'autorité de Thucy-

* lEsdr., VII, VIII.— 2 1 Esdr., i, 1; vi, 3. II Esdr., II , 1 , 2. — 3 Dan., IX, 55. — ^ Thuryd., lib. i.

Rome. J. C.

dï de7 ^^^^ ^ • raisonnement d'autant pi us solide^ qu'un autre auteur plus ancien encore que Thucydide s'accorde avec lui. C'est Charon de Lampsaque, cité par Plutarque^; et Plutarque ajoute luimême que les Annales, c'est-à-dire celles de Perse, sont conformes à ces deux auteurs. Il ne les suit pourtant pas, mais il n' en dit aucune raison ; et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus tard le règne d'Artaxerxe , ne sont ni du temps, ni d'une si grande autorité. Il parait donc indubitable qu'il en faut placer le commencement vers la fm de la 76^ olympiade, et approchant de l'année 280 de Rome, par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la fin de la 81^ olympiade, et environ l'an 300 de Rome. Au reste, ceux qui rejettent plus bas le commencement d'Artaxerxe, pour concilier les auteurs , sont réduits à conjecturer que son père l'avait du moins associé au royaume quand Thémistocle écrivit sa lettre; et, en quelque façon que ce soit, notre date est assurée. Ce fondement étant posé, le reste du compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible. Après le décret d'Artaxerxe; les Juifs travaillèrent à rétablir leur ville et ses murailles , comme Daniel l'avait prédit ^ Néhémias conduisit l'ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté, au milieu de la résistance des Samaritains, des Arabes et des Ammonites. Le peuple fit un effort, et Eliasib, souverain pontife, l'anima par son exeinple. Cependant les nouveaux magis-

• Corn. Nep. in Themist.. c. 9. — =* Plutarq. in Themist. — ^ Dan., IX, 25.

Irais qu'on avait donnés au peuple romain aug- ^^' -^^^ mentaient les divisions de la ville; et Rome, Rome. j. c. formée sous des rois , manquait des lois nécessaires à la bonne constitution d'une république. La réputation de la Grèce, plus célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires, excita les Romains à se régler sur son exemple. Ainsi ils envoyèrent des députés pour recher- 302 452 cher les lois des villes de Grèce, et surtout celles d'Athènes , plus conformes à l'état de leur république. Sur ce modèle, dix magistrats abso- 303 451 lus, qu'on créa l'année d'après sous le nom de décemvirs, rédigèrent les lois des Douze Tables, qui sont le fondement du droit romain. Le 304 450 peuple, ravi de l'équité avec laquelle ils les composèrent, leur laissa empiéter le pouvoir suprême, dont ils usèrent tyranniquement. Il se fit alors de grands mouvements par l'intempérance d'Appius Clodius, un des décemvirs, 305 449 et par le meurtre de Virginie, que son père aima mieux tuer de sa propre main que de la laisser abandonnée à la passion d'Appius. Le sang de cette seconde Lucrèce réveilla le peuple romain, et les décemvirs furent chassés. Pendant que les lois romaines se formaient sous les décemvirs, Esdras, docteur de la loi, et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée, réformaient les abus , et faisaient observer la loi de Moïse , qu'ils observaient les premiers ^ Un des principaux articles de leur réformation fut d'obliger tout le peuple, et principalement les prêtres, à

' 1 Esdr., IX, X. IIEsdr.,xiii. Deut., xxiii, 3.

Ans Ans

de dev.

Rome. J. C,

quitter les femmes étrangères qu'ils avaient épousées contre la défense de la loi. Esdras mit en ordre les Livres saints, dont il fit une exacte révision , et ramassa les anciens mémoires du peuple de Dieu pour en composer les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta l'histoire de son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine cette longue histoire que Moïse avait commencée, et que les auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétablissement de Jérusalem. Le reste de l'histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisaient la dernière partie de ce grand ouvrage, Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l'histoire, commençait à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque ; et quand elle commence , celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham, enfermait déjà quinze siècles. Hérodote n'avait garde de parler des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée; et les Grecs n'avaient besoin d'être informés que des peuples que la guerre, le commerce ou un grand éclat leur faisait connaître. La Judée, qui commençait à peine à se relever de sa ruine, n'attirait pas les regards. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêler de langage chaldaïque, qui était celui de Babylone durant le temps que le peuple y fut captif; mais elle était encore entendue, du temps d'Esdras, de la plus grande partie du peuple, comme

il paraît par la lecture qu'il fit faire des livres de' den de la loi « hautement et intellig-iblement en ^"™*' ''* ^' « présence de tout le peuple , hommes et fem- (( mes en grand nombre , et de tous ceux qui « pouvaient entendre, et tout le monde enten- « dait pendant la lecture ^ » Depuis ce temps, peu à peu elle cessa d'être vulgaire^. Durant la captivité, et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Ghaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque, assez approchante de la leur, et qui avait presque le même génie. Cette raison leur fit changer l'ancienne figure des lettres hébraïques, et ils écrivirent l'hébreu avec les lettres des Ghaldéens, plus usitées parmi eux , et plus aisées à former. Ce changement fut aisé entre deux langues voisines, dont les lettres étaient de même valeur , et ne différaient que dans la figure. Depuis ce temps on ne trouve l'Écriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaïques.

J'ai dit que l'Écriture ^ ne se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères. Mais on a trouvé de nos jours, entre les mains des Samaritains,

' II Esdr., VIII, 3,6,8.

^ Var. Au lieu de , page 74 , ligne 3 i : la langue hébraïque commença... d'être vulgaire, Y édition de \ 68 i porte seulement : la langue hébraïque cessa d'être vulgaire.

^ Var. J'ai dit que l'Écriture, etc., jusque page 79, ligne ^ 15 , nous le voyons. Addition nouvelle. Dans les éditions antérieures à celle de 1819, on lit seulement : qu'en caractères chaldaïques : mais les Samaritains retinrent toujours l'ancienne manière de l'écrire. Leurs descendants ont persévéré dans cet usage jusqu'à nos jours, et nous ont par ce moyen conservé le Pentateuque, qu'on appelle Samaritain, en anciens caractères hébraïques , tels qu'on les trouve dans les médailles , et dans tous les monuments des siècles passés.

^de dev ^^ Pentateuque en anciens caractères hébraï- Rome. j. c. ques, tcls qu'on les voit dans les médailles et dans tous les monuments des siècles passés. Ce Pentateuque ne diffère en rien de celui des Juifs, si ce n'est qu'il y a un endroit falsifié en faveur du culte public, que les Samaritains soutenaient que Dieu avait établi sur la montagne de Garizim près de Samarie, comme les Juifs soutenaient que c'était dans Jérusalem. Il y a encore quelques différences, mais légères. Il est constant que les anciens Pères , et entre autres Eusèbe et saint Jérôme , ont vu cet ancien Pentateuque samaritain ; et qu'on trouve , dans celui que nous avons, tous les caractères de celui dont ils ont parlé.

Pour entendre parfaitement les antiquités du peuple de Dieu, il faut ici en peu de mots faire l'histoire des Samaritains et de leur Pentateu- 3029 975 que. 11 faut pour cela se souvenir qu'après Salomon, et en punition de ses excès ^ sous Ro- 5080 924 boam , son fils Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume d'Israël, dont la capitale fut Samarie.

Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem , et rejeta toutes les écritures faites depuis David et Salomon, sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois , dont l'un avait préparé le temple, et l'autre l'avait construit et dédié.

Rome fat fondée l'an du monde 3250; et trente-trois ans après, c'est-à-dire l'an du monde 3283 , les dix tribus schismatiques furent transportées à Ninive, et dispersées parmi les Gentils.

Sous Asaraddon^ roi d'Assyrie, les Cuthéens ^^' ^^^ furent envoyés pour habiter Samarie ^ C'étaient ^"'"'^ J ^• des peuples d'Assyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de "' g?? Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d'Asaraddon un prêtre Israélite qui leur apprit le service du dieu du pays, c'est-à-dire les observances de la loi de Moïse. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse dont les dix tribus révoltées avaient conservé la vénération, sans y joindre d'autres livres saints, pour les raisons que l'on vient de voir.

Ces peuples ainsi instruits ont toujours persisté dans la haine que les dix tribus avaient contre les Juifs ; et lorsque Cyrus permit aux Juifs de rétablir le temple de Jérusalem , les 219 535 Samaritains traversèrent autant qu'ils purent, leur dessein *, en faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part , sous prétexte qu'ils adoraient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.

Ils persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs lorsqu'ils rebâtissaient leur ville, sous la conduite de Néhémias ; et les deux nations furent toujours ennemies.

On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas, avec les Juifs, les caractères hébreux en caractères chaldaïques. Us n'avaient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Esdras leur grand docteur, puisqu'ils les avaient en exécration : c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit

' IV Reg., XVII, 24. I Esdr., iv, 2. — M Esdr., iv, 2, 3.

^de deV ^^ anciens caractères hébraïques, ainsi qu'il a

Rome. J. c". été dit.

421 333 Alexandre leur permit de bâtir le temple de Garizim. Manassès, frère de Jaddus, souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains, obtint la permission de bâtir ce temple; et c'est apparemment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux, ne différant d'avec les Juifs qu'en ce qu'ils le voulaient servir, non point dans Jérusalem, comme Dieu l'avait ordonné, mais sur le mont Garizim.

On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié, dans leur Pentateuque, l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim, dans le dessein de montrer que cette montagne était bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalem.

La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenaient que leur temple de Garizim devait être préféré à celui de Jérusalem. La contestation fut émue devant Ptolomée Philométor, roi d'Egypte. Les Juifs, qui avaient pour eux la succession et la tradition manifeste, gagnèrent leur cause par un jugement solennel ^

587 167 Les Samaritains , qui durant la persécution d'Antiochus et des rois de Syrie, se joignirent toujours à eux contre les Juifs , furent subj ugués

624 130 par Jean Hircan , fils de Simon , qui renversa leur temple de Garizim, mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la mon-

' Jos., Ant., lib. xiii , cap. 6 , al. 3.

Ans Ans de dev.

tagne où il était bâti ;, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusa- ^''™*- •^- ^ lem.

De là vient que^ du temps de Jésus-Christ, on voit encore les Samaritains attachés au même culte, et condamnés par Jésus-Clirist ^

Ce peuple a toujours subsisté, depuis ce tempslà, en deux ou trois endroits de TOrient. Un de nos voyageurs l'a connu, et nous en a rapporté le texte du Pentateuque qu'on appelle Samaritain, dont on voit à présent l'antiquité; et on entend parfaitement toutes les raisons pour lesquelles il es t demeuré en l'état où nous le voyons .

Les Juifs vivaient avec douceur sous l'autorité d'Artaxerxe. Ce prince, réduit par Cimon, fils de Miltiade , général des Athéniens , à faire une paix honteuse, désespéra de vaincre les Grecs par la force, et ne songea plus qu'à profiter de leurs divisions. Il en arriva de grandes entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Ces deux peuples , jaloux l'un de l'autre, partagèrent toute la Grèce. Périclès, Athénien, com- 423 431 mença la guerre du Péloponnèse, durant laquelle Théramène, Thrasybule et Alcibiade, Athéniens, se rendent célèbres. Brasidas et Myndare, Lacédémoniens, y meurent en combattant pour leur pays. Cette guerre dura vingtsept ans, et finit à l'avantage de Lacédémone, qui avait mis dans son parti Darius, nommé le Bâtard, fils et successeur d'Artaxerxe. Ly sandre, général de l'armée navale des Lacédémoniens, prit Athènes, et en changea le gouver- 350 404

' Joaii., IV» 23.

de' dev' nement. Mais la Perse s'aperçut bientôt qu'elle

orne. j. c. avait reudu les Lacédémoniens trop puissants.

353 401 Ils soutinrent le jeune Gyrus dans sa révolte contre Artaxerxe ^ son aîné ^ appelé Maémon à cause de son excellente mémoire^ fds et successeur de Darius. Ce jeune prince^ sauvé de la prison et de la mort par sa mère Parysatis^ songe à la vengeance , gagne les satrapes par ses agréments infmis, traverse l'Asie Mineure^ va présenter la bataille au roi son frère dans le cœur de son empire^ le blesse de sa propre maiu; et, se croyant trop tôt vainqueur, périt par sa témérité. Les dix mille Grecs qui le servaient font cette retraite étonnante , où commandait à la fin Xénophon , grand philosophe et grand capitaine, qui en a écrit l'histoire. Les Lacédémoniens continuaient à attaquer l'em-

35R 396 pire des Perses, qu'Agésilas, roi de Sparte, fit tremliler dans l'Asie Mineure : mais les divisions de la Grèce le rappelèrent en son pays. En ce temps la ville de Véies , qui égalait presque la gloire de Rome , après un siège de dix ans et beaucoup de divers succès, fut prise par les Romains, sous la conduite de Camille. Sa générosité lui fit encore une autre conquête.

360 S94 Les Falisques, qu'il assiégeait, se donnèrent à lui , touchés de ce qu'il leur avait renvoyé leurs enfants, qu'un maître d'école lui avait livrés. Rome ne voulait pas vaincre par des trahisons, ni profiter de la perfidie d'un lâche , qui abusait de l'obéissance d'un âge innocent. Un peu après , les Gaulois Sénonois entrèrent en Italie, et assiégèrent Clusium. Les Romains perdirent contre eux la fameuse bataille d' Allia. Leur ville

Ans Ans de dev.

fut prise et brûlée. Pendant qu'ils se défendaient dans le Capitole, leurs affaires furent rétablies ^°™«- ^ ^• par Camille^ qu'ils avaient banni. Les Gaulois ^^* ^^° demeurèrent sept mois maîtres de Rome; et, appelés ailleurs par d'autres affaires, ils se retirèrent chargés de butin K Durant les brouilleries de la Grèce, Épaminondas, Thébain, se 383 371 signala par son équité et par sa modération , autant que par ses victoires. On remarque qu'il avait pour règle de ne mentir jamais, même en riant. Ses grandes actions éclatent dans les dernières années de Mnémon et dans les premières d'Ochus. Sous un si grand capitaine, les Thébains sont victorieux, et la puissance de Lacédémone est abattue. Celle des rois de Macédoine commence avec Philippe, père d'A- 395 359 lexandre le Grand. Malgré les oppositions d'Ochus et d'Arsès son fils, rois de Perse, et malgré les difficultés plus grandes encore que lui suscitait dans Athènes l'éloquence de Démosthène, puissant défenseur de la liberté, ce prince, victorieux durant vingt ans, assujettit toute la Grèce , où la bataille de Cher on ée , qu'il 4i6 338 gagna sur les Athéniens et sur leurs alliés, lui donna une puissance absolue. Dans cette fameuse bataille, pendant qu'il rompait les Athéniens, il eut la joie de voir Alexandre, à l'âge de dix-huit ans, enfoncer les troupes thébaines de la discipline d'Épaminondas, et entre autres la troupe Sacrée, qu'on appelait des Amis, qui se croyait invincible. Ainsi maître de la Grèce, et soutenu par un fils d'une si grande

Polyb., lib. I , c. 6 ; lib. 11 , c. 18, 22.

BOSS. — niST. UNIV.

de* de°v espérance, il conçut de plus hauts desseins , et Rome. j. c. jjq médita rien moins que la ruine des Perses ,

417 337 contre lesquels il fut déclaré capitaine général.

Mais leur perte était réservée à Alexandre. Au

418 336 milieu des solennités d'un nouveau mariage,

Philippe fut assassiné par Pausanias, jeune homme de bonne maison , à qui il n'avait pas rendu justice. L'eunuque Bagoas tua, dans la même année, Arsès , roi de Perse , et fit régner à sa place Darius, fils d'Arsame, surnommé Godomanus. Il mérite, par sa valeur, qu'on se range à l'opinion , d'ailleurs la plus vraisemblable, qui le fait sortir de la famille royale. Ainsi deux rois courageux commencèrent ensemble leur règne , Darius fils d'Arsame , et Alexandre fils de Philippe. Ils se regardaient d'un œil jaloux, et semblaient nés pour se disputer l'empire du monde. Mais Alexandre voulut s'affermir avant que d'entreprendre son rival. Il vengea la mort de son père; il dompta les peuples rebelles qui méprisaient sa jeunesse ; il battit les Grecs , qui tentèrent vaine-

419 335 ment de secouer le joug; et ruina Thèbes, où

il n'épargna que la maison et les descendants de Pindare, dont la Grèce admirait les Odes.

420 334 Puissant et victorieux, il marche, après tant

421 333 d'exploits, à la tète des Grecs contre Darius, qu'il

423 331 défait en trois batailles rangées ; entre triom-

424 330 phant dans Babylone et dans Suse; détruit Per- 427 327 sépolis , ancien siège des rois de Perse ; pousse 430 324 ses conquêtes jusqu'aux Indes, et vient mourir

à Babylone, âgé de trente-trois ans.

421 333 De son temps Manassès, frère de Jaddus souverain pontife, excita des brouilleries parmi

l'es Juifs. II avait épousé la fille de Sanaballat^ ^^^ ^^* Samaritain, que Darius avait fait satrape de ce ^°™« •^- ^• pays. Plutôt que de répudier cette étrangère, à quoi le conseil de Jérusalem et son frère Jaddus voulaient l'obliger, il embrassa le schisme des Samaritains. Plusieurs Juifs, pour éviter de pareilles censures, se joignirent à lui. Dès lors il résolut de bâtir un temple près de Samarie, sur la montagne de Garizim, que les Samaritains croyaient bénite , et de s'en faire le pontife. Son beau-père, très-accrédité auprès de Darius, l'assura de la protection de ce prince; et les suites lui furent encore plus favorables. Alexandre s'éleva : Sanaballat quitta son maître, et mena des troupes au victorieux durant le siège de Tyr. Ainsi il obtint tout ce qu'il 422 332 voulut ; le temple de Garizim fut bâti, et l'ambition de Manassès fut satisfaite. Les Juifs cependant, toujours fidèles aux Perses, refusèrent à Alexandre le secours qu'il leur demandait. Il allait à Jérusalem, résolu de se venger; mais il fut changé à la vue du souverain pontife , qui vint au-devant de iHii avec les sacrificateurs revêtus de leurs habits de cérémonie , et précédés de tout le peuple habillé de blanc. On lui montra des prophéties qui prédisaient ses victoires : c'était celles de Daniel. Il accorda aux Juifs toutes leurs demandes , et ils lui gardèrent la même fidélité qu'ils avaient toujours gardée aux rois de Perse.

Durant ses conquêtes, Rome était aux mains 428,429,430 avec les Samnites ses voisins, et avait une peine extrême à les réduire , malgré la valeur et la conduite de Papirius Cursor, le plus illustre de

'de* dev ^^^ généraux. Après la mort d'Alexandre , son

Rome. j. c empire fut partagé. Perdiccas^ Ptolomée fds de

Lagus , Antigonus , Séleucus , Lysimaque , An-

430 324 tipater et son fds Gassander, en un mot tous ses

capitaines , nourris dans la guerre sous un si

grand conquérant, songèrent à s'en rendre

430,436,438 maltrcs par les armes : ils immolèrent à leur ambition toute la famille d'Alexandre, son frère, sa mère, ses femmes, ses enfants, et jusqu'à ses sœurs : on ne vit que des batailles sanglantes et d'effroyables révolutions. Au milieu de tant de désordres, plusieurs peuples de l'Asie Mineure et du voisinage s'affranchirent, et formèrent les royaumes de Pont, de Bithynie et de Pergame. La bonté du pays les rendit ensuite riches et puissants. L'Arménie secoua aussi dans le même temps le joug des Macédoniens, et devint un grand royaume. Les deux Mithridate, père et fils, fondèrent celui de Cappadoce. Mais les deux plus puissantes monarchies qui se soient élevées alors furent celle d'Egypte

431 323 fondée par Ptolomée fils de Lagus, d'où viennent les Lagides; et celle d'Asie ou de Syrie 442 312 fondée par Séleucus, d'où viennent les Séleucides. Celle-ci comprenait, outre la Syrie, ces vastes et riches provinces de la haute Asie , qui composaient l'empire des Perses : ainsi tout l'Orient reconnut la Grèce , et en apprit le langage. La Grèce elle-même était opprimée par les capitaines d'Alexandre. La Macédoine, son ancien royaume, qui donnait des maîtres à l'Orient, était en proie au premier venu. Les enfants de Cassander se chassèrent les uns les autres de ce royaume. Pyrrhus, roi des Épirotes, qui en

avait occupé une partie, fut chassé par Démé- ^^^ ^^^ trius Poliorcète, fils d' Antigonus , quïl chassa ^^^."^^'^^^ aussi à son tour : il est lui-même chassé encore 46o 294 une fois par Lysimaque , et Lysimaque par Se- 465 289 leucus, que Ptolomée Céraunus, chassé d'E- 468 286 gypte par son père Ptolomée I , tua en traître 473 281 malgré ses bienfaits. Ce perfide n'eut pas plu- 474 280 tôt envahi la Macédoine , qu'il fut attaqué par les Gaulois , et périt dans un combat qu'il leur 475 279 donna. Durant les troubles de l'Orient, ils vinrent dans l'Asie Mineure, conduits par leur roi Brennus, et s'établirent dans la Gallo-Grèce ou Galatie, nommée ainsi de leur nom, d'où ils se jetèrent dans la Macédoine qu'ils ravagèrent, et firent trembler toute la Grèce. Mais leur armée 476 273 périt dans l'entreprise sacrilège du temple de Delphes. Cette nation remuait partout, et partout elle était malheureuse . Quelques années de- 47 1 283 vantl'af faire de Delphes, les Gaulois d'Itahe, que leurs guerres continuelles et leurs victoires fréquentes rendaient la terreur des Romains , furent excités contre eux par les Samnites, les Brutiens et les Étruriens ^ Ils remportèrent d'abord une nouvelle victoire , mais ils en souillèrent la gloire en tuant des ambassadeurs. Les Romains indignés marchent contre eux, les défont , entrent dans leurs terres , où ils fondent une colonie, les battent encore deux fois, en 472 282 assujettissent une partie, et réduisent l'autre à demander la paix. Après que les Gaulois d'Orient eurent été chassés de la Grèce , Antigonus 477 277 Gonatas , fds de Démétrius Poliorcète , qui ré-

' Polyb., lib. Il, cap. 20.

"dî* dev! E^^^^ depuis douze ans dans la Grèce, mais Rome. j.c. fQpt pg^ paisible, envahit sans peine la Macédoine. Pyrrhus était occupé ailleurs. Chassé de ce royaume , il espéra de contenter son ambi-

474 280 tion par la conquète'de l'Italie , où il fut appelé

par les Tarentins. La bataille que les Romains venaient de gagner sur eux et sur les Samnites ne

475 279 leur laissait que cette ressource. Il remporta

contre les Romains des victoires qui le ruinaient. Les éléphants de Pyrrhus les étonnèrent; mais le consul Fabrice fit bientôt voir aux Romains que Pyrrhus pouvait être vaincu. Le roi et le consul semblaient se disputer la gloire de la générosité, plus encore que celle des armes ; Pyrrhus rendit au consul tous les prisonniers sans rançon, disant qu'il fallait faire la guerre avec le fer, et non point avec l'argent; et Fa-

476 278 brice renvoya au roi son perfide médecin, qui

était venu lui offrir d'empoisonner son maître. En ces temps, la religion et la nation judaïque commence à éclater parmi les Grecs. Ce peuple, bien traité par les rois de Syrie, vivait tranquillement selon ses lois. Antiochus surnommé le Dieu, petit-fils de Séleucus, les répandit dans l'Asie Mineure, d'où ils s'étendirent dans la Grèce, et jouirent partout des mêmes droits et de la même liberté que les autres citoyens \ Ptolomée, fils de Lagus, les avait déjà établis en Egypte. Sous son fils Ptolomée Phi-

477 ?77 ladelphe, leurs Écritures furent tournées en

grec, et on vit paraître cette célèbre version appelée la version des Septante. C'était de sa-

' Joseph., Ant., lib. xii, c 3.

SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. 87 vants vieillards qu'Éléazar, souverain pontife, ^^ns ads envoya au roi , qui les demandait. Quelques- ^°™^* •^- ^ uns veulent qu'ils n'aient traduit que les cinq livres de la loi. Le reste des livres sacrés pourrait ;, dans la suite , avoir été mis en grec pour l'usage des Juifs répandus dans l'Egypte et dans la Grèce ^, où ils oublièrent non-seulement leur ancienne langue, qui était Thébreu, mais encore le chaldéen , que la captivité leur avait appris. Ils se firent un grec mêlé d'hébraïsmes, qu'on appelle le langage hellénistique : les Septante et tout le Nouveau Testament est écrit en ce langage. Durant cette dispersion des Juifs, leur temple fut célèbre par toute la terre , et tous les rois d'Orient y présentaient leurs offrandes. L'Occident était attentif à la guerre des Romains et de Pyrrhus. Enfin ce roi fut défait 479 275 par le consul Curius, et repassa en Épire. Il n'y demeura pas longtemps en repos , et voulut se récompenser sur la Macédoine des mauvais succès d'Italie. Antigonus Gonatas fut renfermé dans Thessalonique , et contraint d'aban- 48o 274 donner à Pyrrhus tout le reste du royaume. Il reprit cœur pendant que Pyrrhus , inquiet et ambitieux, faisait la guerre aux Lacédémoniens 432 272 et aux Argiens. Les deux rois ennemis furent introduits dans Argos en même temps par deux cabales contraires, et par deux portes différentes. Il se donna dans la ville un grand combat : une mère , qui vit son fils poursuivi par Pyrrhus qu'il avait blessé, écrasa ce prince d'un coup de pierre. Antigonus, défait d'un tel en-

; » Joseph., Aiitiq., lib. i , Proœm., et Jib. xii , c. 2.

^de dey ^^^^ } rentra dans la Macédoine^ qui^ après Rome. j. c. quclques changements, demeura paisible à sa famille. La ligue des iVchéens l'empêcha de s'accroître. C'était le dernier rempart de la liberté de la Grèce, et ce fut elle qui en produisit les derniers héros avec Aratus et Philopœmen . Les ïarentins, que Pyrrhus entretenait d'espérance, appelèrent les Carthaginois après sa mort. Ce secours leur fut inutile : ils furent battus avec les Brutiens et les Samnites leurs alliés. Ceux-ci, après soixante-douze ans de guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Romains. Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas : ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués. Les Gaulois, souvent battus, n'osaient remuer. Après quatre cent quatrevingts ans de guerre, les Romains se virent les maîtres en Italie , et commencèrent à regarder les affaires du dehors * : ils entrèrent en jalousie contre les Carthaginois, trop puissants dans leur voisinage par les conquêtes qu'ils faisaient dans la Sicile, d'où ils venaient d'entreprendre sur eux et sur l'Italie, en secourant les Tarentins. La république de Cartilage tenait les deux côtes de la mer Méditerranée. Outre celle d'Afrique , qu'elle possédait presque tout entière , elle s'était étendue du côté d'Espagne par le détroit. Maîtresse de la mer et du commerce, elle avait envahi les iles de Corse et de Sardaigne. La Sicile avait peine à se défendre; et l'Italie était menacée de trop près pour ne pas 430 264 craindre. De là les guerres puniques, malgré

' Polyb., lib- I, c. 12; lib. ii, c. 1.

les traités , mal observés de part et d'autre. La ^"« f°»

■' *- de dev.

première apprit aux Romains à combattre sur ^""'^- ^- ^• la mer. Ils furent maîtres d'abord dans un art 494 260 qu'ils ne connaissaient pas; et le consul Duilius, qui donna la première bataille navale, la gagna. Régulus soutint cette gloire , et aborda en Afrique , où il eut à combattre ce prodigieux serpent , contre lequel il fallut employer toute son armée. Tout cède : Carthage, réduite à l'extrémité , ne se sauve que par le secours de Xantippe, Lacédémonien. Le général romain est battu et pris; mais sa prison le rend plus il- 499 235 lustre que ses victoires. Renvoyé sur sa parole, pour ménager l'échange des prisonniers, il vient soutenir dans le sénat la loi qui ôtait toute espérance à ceux qui se laissaient prendre , et retourne à une mort assurée. Deux épouvantables naufrages contraignirent les Romains d'abandonner de nouveau l'empire de la mer aux Carthaginois. La victoire demeura longtemps douteuse entre les deux peuples, et les Romains furent prêts à céder ; mais ils réparèrent leur flotte. Une seule bataille décida, et le consul Lutatius acheva la guerre. Carthage fut obligée à payer tribut, et à quitter, avec la 513 241 Sicile , toutes les îles qui étaient entre la Sicile et l'Italie. Les Romains gagnèrent cette île tout entière , à la réserve de ce qu'y tenait Hiéron , roi de Syracuse, leur alliée Après la guerre achevée , les Carthaginois pensèrent périr par le soulèvement de leur armée. Ils l'avaient composée, selon leur coutume, de troupes étran-

• Pohb., lib. 1 , C.62 , C3 ; lib. n , c. 1.

^e' dev gères, qui se révoltèrent pour leur paye. Leur 1 orne. j. c. cruelle domination fit joindre à ces troupes mutinées presque toutes les villes de leur empire ; et Garthage, étroitement assiégée, était perdue, sans Amilcar surnommé Barcas. Lui seul avait soutenu la dernière guerre. Ses citoyens lui durent encore la victoire qu'ils remportèrent sur 516 238 les rebelles : il leur en coûta la Sardaigne , que la révolte de leur garnison ouvrit aux Romains * . De peur de s'embarrasser avec eux dans une nouvelle querelle, Cartilage céda malgré elle une ile si importante , et augmenta son tribut. Elle songeait à rétablir en Espagne son empire

524 230 ébranlé par la révolte : Amilcar passa dans cette

province avec son fils Annibal, âgé de neuf ans, et y mourut dans une bataille. Durant neuf ans qu'il y fit la guerre , avec autant d'adresse que de valeur, son fils se formait sous un si grand capitaine , et tout ensemble il concevait une haine implacable contre les Romains. Son allié Asdrubal fut donné pour successeur à son père. Il gouverna sa province avec beaucoup de prudence, et y bâtit Cartilage la Neuve, qui tenait l'Espagne en sujétion. Les Romains étaient occupés dans la guerre contre Teuta , reine d'ïllyrie, qui exerçait impunément la piraterie sur toute la côte. Enflée du butin qu'elle faisait sur les Grecs et sur les Épirotes, elle méprisa les Romains, et tua leur ambassadeur. Elle

525 229 fut bientôt accablée : les Romains ne lui laissè-

526 228 rent qu'une petite partie de l'Illyrie, et gagnè-

rent file de Gorfou, que cette reine avait usur-

' Polyb.jlib. I, c. 79, 83, 88-

pée. Ils se firent alors respecter en Grèce par ^J'^* ^°; une solennelle ambassade, et ce fut la première i^°™«- J- c. fois qu'on y connut leur puissance. Les grands progrès d'Asdrubal leur donnaient de la jalousie; mais les Gaulois d'Italie les empêchaient de pourvoir aux affaires de l'Espagne'. Il y avait quarante-cinq ans qu'ils demeuraient en repos. La jeunesse qui s'était élevée durant ce temps ne songeait plus aux pertes passées , et commençait à menacer Rome\ Les Romains, pour attaquer avec sûreté de si turbulents voisins, s'assurèrent des Carthaginois. Le traité fut conclu avec Asdrubal, qui promit de ne passer point au. delà de l'Èbre. La guerre entre les Ro- 530 224 mains et les Gaulois se fit avec fureur de part et d'autre : les Transalpins se joignirent aux Cisalpins : tous furent battus. Concolitanus , un des rois gaulois, fut pris dans la bataille; Anéroestus, un autre roi, se tua lui-même. Les Romains victorieux passèrent le Pô pour la première fois , résolus d'ôter aux Gaulois les environs de ce fleuve , dont ils étaient en possession depuis tant de siècles. La victoire les suivit partout : Milan fut pris ; presque tout le pays fut assujetti. En ce temps Asdrabal mourut; et An- 034 220 nibal, quoiqu'il n'eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place. Dès lors on prévit la guerre. Le nouveau gouverneur entreprit ouvertement de dompter l'Espagne, sans aucun respect des traités. Rome alors écouta les plaintes 535 219 de Sagonte son alliée. Les ambassadeurs romains vont à Carthage. Les Carthaginois réta-

' Polyb., lib. II, c. 12,22. — =» Polyb., lib. 11 , c. 21.

Ans Ans blis n'étaient plus d'humeur à céder. La Sicile

de dev. ^

Rome. j. c. pavic dc Icurs mains , la Sardaigne injustement enlevée, et le tribut augmenté, leur tenaient au cœur. Ainsi la faction qui voulait qu'on abandonnât Annibal se trouva faible. Ce général songeait à tout. De secrètes ambassades l'avaient assuré des Gaulois d'Italie, qui, n'étant plus en état de rien entreprendre par leurs propres forces, embrassèrent cette occasion de se relever. Annibal traverse l'Èbre , les Pyrénées , toute la Gaule Transalpine , les Alpes , et tombe comme en un moment sur l'Italie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort pour leur liberté. Quatre batailles perdues font croire que Rome

536 218 allait tomber. La Sicile prend le parti du vain-

537 217 queur. Hiéronyme , roi de Syracuse , se déclare

538 216 contre les Romains : presque toute l'Italie les

539 215 abandonne; et la dernière ressource de la ré- 542 212 publique semble périr en Espagne avec les deux

Scipions. Dans dételles extrémités, Rome dut son salut à trois grands hommes. La constance de Fabius Maximus, qui, se mettant au-dessus des bruits populaires , faisait la guerre en re-

540 214 traite, fut un rempart à sa patrie. Marcellus, 542 212 qui lit lever le siège de Noie et prit Syracuse ,

donnait vigueur aux troupes par ses actions. Mais Rome, qui admirait ces deux grands hommes, crut voir dans le jeune Scipion quelque chose de plus grand. Les merveilleux succès de ses conseils confirmèrent l'opinion qu'on avait qu'il était de race divine, et qu'il conversait avec les dieux. A l'âge de vingt-quatre ans twa 211 il entreprend d'aller en Espagne, où son père

et son oncle venaient de périr ; il attaque Car- ^l" ^\°'^ thage la Neuve, comme s'il eut agi par inspi- ^°'°^' '^•^• ration, et ses soldats l'emportent d'abord. Tous ceux qui le voient sont gagnés au peuple romain : les Carthaginois lui quittent l'Espagne : à son a}3ord en Afrique , les rois se donnent à 548 206 lui : Cartilage tremble à son tour, et voit ses ar- 551 203 mées défaites : Annibal , victorieux durant seize ans , est vainement rappelé, et ne peut défendre sa patrie : Scipion y donne la loi ; le nom d'A- 552 202 fricain est sa récompense : le peuple romain , ayant abattu les Gaulois et les Africains, ne voit plus rien à craindre, et combat dorénavant sans péril.

Au milieu de la première guerre punique , Théodote, gouverneur de la Bactrienne , enleva mille villes à Antiochus appelé le Dieu, fils d'Antiochus Soter, roi de Syrie. Presque tout 504 250 rOrient suivit cet exemple. Les Parthes se révoltèrent sous la conduite d'Arsace, chef de la maison des Arsacides, et fondateur d'un empire qui s'étendit peu à peu dans toute la haute Asie.

Les rois de Syrie et ceux d'Egypte , acharnés les uns contre les autres, ne songeaient qu'à se ruiner mutuellement , ou par la force , ou par la fraude. Damas et son territoire, qu'on appelait la Cœlé-Syrie^, ou la Syrie basse, et qui confinait aux deux royaumes, fut le sujet de leurs guerres; et les affaires de l'Asie étaient entièrement séparées de celles de l'Europe.

Durant tous ces temps , la philosophie floris-

' Var. Édition de IQ81 : La Gœlé-Syrie, et qui, etc.

de"" dev. ^^^^ ^^"^ 1^ Grèce. La secte des philosophes ita- Rorae. j.-c. liq^es, ct cellc des ioniques^ la remplissaient de grands hommes, parmi lesquels il se mêla beaucoup d'extravagants, à qui la Grèce curieuse ne laissa pas de donner le nom de philosophes. Du temps de Gyrus et de Cambyse, Pythagore commença la secte italique dans la Grande-Grèce, aux environs de Naples. A peu près dans le même temps. Thaïes, Milésien, forma la secte ionique. De là sont sortis ces grands philosophes, Heraclite, Démocrite, Empédocle, Parménides; Anaxagore, qui un peu avant la guerre du Péloponnèse fit voir le monde construit par un esprit éternel; Socrate, qui un peu après ramena la philosophie à l'étude des bonnes mœurs , et fut le père de la philosophie morale; Platon, son disciple, chef de l'Académie ; Aristote , disciple de Platon , et précepteur d'Alexandre, chef des péripatéticiens ; sous les successeurs d'Alexandre, Zenon, nommé Gittien, d'une ville de l'île de Chypre où il était né , chef des stoïciens; et Épicure, Athénien, chef des philosophes qui portent son nom, si toutefois on peut nommer philosophes ceux qui niaient ouvertement la Providence, et qui, ignorant ce que c'est que le devoir, définissaient la vertu par le plaisir. On peut compter parmi les plus grands philosophes Hippocrate , le père de la médecine , qui éclata au milieu des autres dans ces heureux temps de la Grèce. Les Romains avaient dans le même temps une autre espèce de philosophie , qui ne consistait point en disputes ni en discours , mais dans la frugalité , dans la pauvreté, dans les travaux de la vie

Ans Ans de dev.

rustique, et dans ceux de la guerre, où ils faisaient leur gloire de celle de leur patrie et du f^°™^- ^'-^' nom romain : ce qui les rendit enfin maîtres de l'Italie et de Garthage.

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