SCIPION, OU CARTHAGE VAINCUE
L'an 552 de la fondation de Rome, environ 552 202 250 ans après celle ^ de la monarchie des Perses, et 202 ans avant Jésus-Christ, Garthage fut assujettie aux Romains. Annibal ne laissait pas sous main de leur susciter des ennemis partout où il pouvait; mais il ne fit qu'entraîner tous ses amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la sienne. Par les victoires du consul Flaminius, Philippe , roi de Macédoine, 556 i98 allié des Gathaginois, fut abattu; les rois de Macédoine réduits à Tétroit, et la Grèce affran- 558 196 chie de leur joug. Les Romains entreprirent de faire périr Annibal, qu'ils trouvaient encore redoutable après sa perte. Ge grand capitaine, 559 195 réduit à se sauver de son pays , remua TOrient contre eux, et attiraleurs armes en Asie. Par ses puissants raisonnements, Antiochus, surnommé se i 193 le Grand , roi de Syrie , devint jaloux de leur puissance, et leur fit la guerre: mais il ne suivit pas, en la faisant, les conseils d' Annibal, qui l'y avait engagé. Battu par mer et par terre, il reçut la loi que lui imposa le consul Lucius Scipio , frère de Scipion l'Africain , et il fut ren-
* Var. Édition de 1681 : Après la fondation de la monarchie.
Ans Ans fermé dans le mont Taurus. Annibal, réfus^ié
de dev. . "
Home. j. c. chez Prusias ;, roi de Bithynie, échappa aux 572 182 Romains par le poison. Ils sont redoutés par toute la terre ^ et ne veulent plus souffrir d'autre puissance que la leur. Les rois étaient obligés de leur donner leurs enfants pour otage de leur foi. Antiochus^ depuis appelé l'Illustre ou Épiphanes,, second fils d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, demeura longtemps à Rome en cette qualité : mais, sur la fin du règne de Se-
578 176 leucus Philopator, son frère aine, il fut rendu;
et les Romains voulurent avoir à sa place Démétrius Soter , fils du roi, alors âgé de dix ans.
579 175 Dans ce contre-temps , Séleucus mourut; et An-
tiochus usurpa le royaume sur son neveu. Les Romains étaient appliqués aux affaires de la Macédoine , où Persée inquiétait ses voisins , et ne voulait plus s'en tenir aux conditions imposai 173 sées au roi Philippe son père.
Ce fut alors que commencèrent les persécu- 583 171 tions du peuple de Dieu. Antiochus l'Illustre régnait comme un furieux : il tourna toute sa fureur contre les Juifs , et entreprit de ruiner le temple, la loi de Moïse, et toute la nation. L'autorité des Romains l'empêcha de se rendre maître de l'Egypte. Ils faisaient la guerre à Persée, qui, plus prompt à entreprendre qu'à exécuter , perdait ses alliés par son avarice , et 586 168 ses armées par sa lâcheté. Vaincu par le consul Paul Emile , il fut contraint de se livrer entre ses mains. Gentius, roi de l'Illyrie, son allié, abattu en trente jours par le préteur Anicius, venait d'avoir un sort semblable. Le royaume de Macédoine , qui avait duré sept cents ans, et
SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. 97 avait près de deux cents ans donné des mai- adf ads très non-seulement à la Grèce , mais encore à Rome. j. c* tout rOrient^ ne fut plus qu'une province romaine. Les fureurs d'Antiochus s'augmentaient contre le peuple de Dieu. On voit paraître alors la résistance de Mathaiias^ sacrificateur, delà race de Phinées^ et imitateur de son zèle; les ordres qu'il donne en mourant pour le salut de ss? i67 son peuple ; les victoires de Judas le Machabée sss lee son fils , malgré le nombre infini de ses ennemis; l'élévation de la famille des Asmonéens^ ou des Machabées ; la nouvelle dédicace du tem- 589 les pie , que les gentils avaient profané ; le gouvernement ^ de Judas, et la gloire du sacerdoce rétablie ; la mort d'Antiochus, digne de son im- 590 i64 piété et de son orgueil; sa fausse conversion durant sa dernière maladie, et l'implacable colère de Dieu sur ce roi superbe. Son fils Anliochus Eupator, encore en bas âge, lui succéda, sous la tutelle de Lysias, son gouverneur. Durant cette minorité, Démétrius Soter, qui était en otage à Rome, crut se pouvoir rétablir; mais il ne put obtenir du sénat d'être renvoyé dans son royaume : la politique romaine aimait mieux un roi enfant.
Sous Antiochus Eupator , la persécution du 591 les peuple de Dieu et les victoires de Judas le Machabée continuent. La division se met dans le 592 162 royaume de Syrie. Démétrius s'échappe de Rome; les peuples le reconnaissent; le jeune Antiochus est tué avec Lysias, son tuteur. Mais les Juifs ne sont pas mieux traités sous Démé-
* Var. Édition de 1G81 : Le pontificat. Faute corrigée dans la seconde édition.
BOS. — IllST. uisiv. 7
Ans Ans frlus quG SOUS SGS prédécesscurs ; il éprouve le
Rome. j. c. niême sort; ses généraux sontbattus par Judas le
Machabée ; et la main du superbe Nicanor, dont
il avait si souvent menacé le temple, y est atta-
593 161 chée. Mais un peu après , Judas , accablé par la multitude, fut tué en combattant avec une valeur étonnante. Son frère Jonathas succède à sa charge, et soutient sa réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'abandonna pas. Les Romains, ravis d'humilier les rois de Syrie, accordèrent aux Juifs leur protection ; et Talliance que Judas avait envoyé leur demander fut accordée, sans aucun secours toutefois : mais la gloire du nom romain ne laissait pas d'être un grand support au peuple affligé. Les troubles , de la Syrie croissaient tous les jours. Alexandre Balas, qui se vantait d'être fds d'Antiochus
600 154 rillustre , fut mis sur le trône par ceux d'Antioche. Les rois d'Egypte , perpétuels ennemis de la Syrie , se mêlaient dans ses divisions pour en profiter. Ptolomée Philométor soutint Balas.
604 150 La guerre fut sanglante : Démétrius Soter y fut tué , et ne laissa , pour venger sa mort , que deux jeunes princes encore en bas âge, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. Ainsi l'usurpateur demeura paisible, et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopâtre en mariage. Balas, qui se crut au-dessus de tout, se plongea dans la débauche, et s'attira le mépris de tous ses sujets.
604 150 En ce temps, Philométor jugea le fameux procès que les Samaritains firent aux Juifs. Ces schismatiques , toujours opposés au peuple de
687 167 Dieu, ne manquaient point de se joindre à leurs
ennemis; et, pour plaire à Antiochus l'Illustre, ,ie'* de"*, leur persécuteur, ils avaient consacré leur ^"""'^ '• ^ temple de Garizim à Jupiter Hospitalier \ Malgré cette profanation, ces impies ne laissèrent pas de soutenir quelque temps après , à Alexandrie, devant Ptolomée Philométor, que ce temple devait l'emporter sur celui de Jérusalem . Les parties contestèrentdevantle roi, ets'engagèrent de part et d'autre, à peine de la vie, à justijQer leurs prétentions par les termes de la loi de Moïse^. Les Juifs gagnèrent leur cause, et les Samaritains furent punis de mort, s-elon la convention. Le même roi permit àOnias, de la race sacerdotale , de bâtir en Egypte le temple d'Héliopolis, sur le modèle de celui de Jérusalem^ : entreprise qui fut condamnée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi. Cependant Carthage remuait , et souffrait avec peine les lois que Scipion l'Africain lui avait imposées. Les Romains résolurent sa perte totale , et la troisième guerre punique fut entreprise.
LejeuneDémétriusNicator, sorti de l'enfance, eoe us songeait à se rétablir sur le trône de ses ancêtres, et la mollesse de l'usurpateur lui faisait tout espérer. A son approche, Balasse troubla : eos ue son beau-père Philométor se déclara contre lui, parce que Balas ne voulut pas lui laisser prendre son royaume : l'ambitieuse Cléopâtre, sa femme, le quitta pour épouser son ennemi; et il périt enfin de la main des siens , après la perte d'une bataille. Philométor mourut, peu
* II Machab., vi, 2. Joseph., Antiq., lib. xii, c. 7, al. 5. - - Joseph., Ani., lib. xiii , c. 6 , al. 3. — ^ Ibid.
'dT àev. Séjours après ^ des blessures qu'il y reçut; et Rome. j. c. jy^ Syrie fut délivrée de deux ennemis.
On vit tomber en ce même temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendre par Scipion Émilien^ qui confirma par cette victoire le nom d'Africain dans sa maison^ et se montra digne héritier du grand Scipion , son aïeul. Corinthe eut la même destinée, et la république ou la ligue ''■ des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville, la plus voluptueuse de la Grèce et la plus ornée. Il en transporta à Rome les incomparables statues, sans en connaître le prix. Les Romains ignoraient les arts de la Grèce, et se contentaient de savoir la guerre , la politique, et l'agriculture.
Durant les troubles de Syrie , les Juifs se fortifièrent : Jonathas se vit recherché des deux partis, et Nicator victorieux le traita de frère.
610 U4 II en fut bientôt récompensé. Dans une sédi-
tion, les Juifs accourus le tirèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathas fut comblé d'honneurs ; mais quand le roi se crut assuré , il reprit les desseins de ses ancêtres, et les Juifs furent tourmentés comme auparavant.
Les troubles de Syrie recommencèrent : Diodote, surnommé Tryphon, éleva un ûls de Râlas qu'il nomma Antiochus le Dieu, et lui servit de tuteur pendant son bas âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie
611 143 était en feu : Jonathas sut profiter de la con-
joncture, et renouvela l'alliance avec les Ro-
' Var. Édition de 1681 : La république des Achéens.
mains. Tout lui succédait, quand Tryphon^ par ^^^ a^;;» un manquement de parole , le fit périr avec ses ^<^™«- •'• ^• enfants. Son frère Simon, le plus prudent et le plus heureux des Machabées, lui succéda; et les Romains le favorisèrent, comme ils avaient fait ses prédécesseurs. Tryphon ne fut pas moins infidèle à son pupille Antiochus qu'il l'avait été à Jonathas. Il fit mourir cet enfant par le moyen des médecins, sous prétexte de le faire tailler de la pierre qu'il n'avait pas , et se rendit maître d'une partie du royaume. Simon prit le parti de Démétrius Nicator, roi légitime ; et , après avoir obtenu de lui la liberté de son pays , il la soutint par les armes contre le rebelle Tryphon. Les Syriens furent chassés 612 142 de la citadelle qu'ils tenaient dans Jérusalem , et ensuite de toutes les places de la Judée. Ainsi les Juifs , affranchis du joug des gentils par la valeur de Simon , accordèrent les droits royaux à lui et à sa famille ; et Démétrius Nicator consentit à ce nouvel établissement. Là commence le nouveau royaume du peuple de Dieu , et la principauté des Asmonéens toujours jointe au souverain sacerdoce.
En ces temps, l'empire des Parthes s'étendit sur la Bactrienne et sur les Indes , par les victoires de Mithridate , le plus vaillant des Arsacides. Pendant qu'il s'avançait vers l'Euphrate, Démétrius Nicator, appelé par les peuples de 613 141 cette contrée que Mithridate venait de soumettre , espérait de réduire à l'obéissance les Parthes, que les Syriens traitaient toujours de rebelles. 11 remporta plusieurs victoires ; et^ prêt à retourner dans la Syrie pour y accabler
^de* dev Tryphon^ il tomba dans un piège qu'un général
Rome. j. c. ^q Mitliridate lui avait tendu: ainsi il demeura
prisonnier des Parthes. Tryphon, qui se croyait
assuré par le malheur de ce prince, se vit tout
614 140 d'un coup abandonné des siens. Ils ne pou-
vaient plus souffrir son orgueil. Durant la prison de Démétrius , leur roi légitime, ils se donnèrent à sa femme Cléopâtre et à ses enfants : mais il fallut chercher un défenseur à ces princes encore en bas âge. Ce soin regardait naturellement Antiochus Sidétès, frère de Démétrius : Cléopâtre le fit reconnaître dans tout le royaume. Elle fit plus : Phraate, frère et successeur de Mitliridate , traita Nicator en roi , et lui donna sa fille Rodogune en mariage. En haine de cette rivale , Cléopâtre , à qui elle ôtait la couronne avec son mari, épousa Antiochus Sidétès, et se résolut à régner par toute sorte de crimes. Le nouveau roi attaqua Try-
615 139 phon : Simon se joignit à lui dans cette en-
treprise; et le tyran, forcé dans toutes ses places, finit comme il le méritait. Antiochus, maître du royaume , oublia bientôt les services que Simon lui avait rendus dans cette guerre, 619 135 et le fit périr. Pendant qu'il ramassait contre les Juifs toutes les forces de la Syrie , Jean Hyrcan, fils de Simon, succéda au pontificat de son père, et tout le peuple se soumit à lui. Il soutint le siège dans Jérusalem avec beaucoup de valeur ; et la guerre qu' Antiochus méditait contre les Parthes, pour délivrer son frère captif, lui fit accorder aux Juifs des conditions supportables.
En même temps que cette paix se conclut ,
Ans Ans du dev.
les Romains,. qui commençaient à être trop riches , trouvèrent de redoutables ennemis dans ™''°'^^- ^- ^ la multitude effroyable de leurs esclaves. Eunus, esclave lui-même, les souleva en Sicile ; et il fallut employer à les réduire toute la puissance romaine.
Un peu après, la succession d'Attalus, roi de 621 133 Pergame , qui fit par son testament le peuple romain son héritier, mit la division dans la ville. Les troubles des Gracques commencèrent. Le séditieux tribunal de Tibérius Gracchus, un des premiers hommes de Rome , le fit périr : tout le sénat le tua par la main de Scipion Nasica, et ne vit que ce moyen d'empêcher la dangereuse distribution d'argent dont cet éloquent tribun flattait le peuple. Scipion Émilien rétablissait la discipline militaire; et ce grand homme, qui avait détruit Carthage, ruina encore en Espagne Numance, la seconde terreur des Romains.
Les Parthes se trouvèrent faibles contre Sidé- 622 132 tes : ses troupes, qu oique corrompues par un luxe prodigieux, eurent un succès surprenant. Jean Hyrcan, qui Tavait suivi dans cette guerre avec ses Juifs , y signala sa valeur , et fit respecter la religion judaïque , lorsque l'armée s'arrêta pour lui donner le loisir de célébrer un jour * de fête^ Tout cédait, et Phraate vit son empire réduit à ses anciennes limites ; mais, loin de désespérer de ses affaires , il crut que son prisonnier lui servirait à les rétablir , et à
' Var. Édition de 1681 : De célébrer le jour du repos. ' Nie. Damasc., apud Joseph., Ant., lib. xiii,cap. 10, 3I. 8.
Ans Ans envahir la Syrie. Dans cette conjoncture^ Dé- Rome, j. c. métrius éprouva un sort bizarre. Il fut souvent relâché , et autant de fois retenu , suivant que l'espérance ou la crainte prévalaient dans l'esprit de son beau-père. Enfin un moment heureux , où Phraate ne vit de ressource que dans la diversion qu'il voulait faire en Syrie par son
624 130 moyen , le mit tout à fait en liberté. A ce mo-
ment le sort tourna : Sidétès , qui ne pouvait soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par un soulèvement général des peuples , et périt avec son armée tant de fois victorieuse.
Ce fut en vain que Phraate fit courir après Démétrius : il n'était plus temps; ce prince était rentré dans son royaume. Sa femme Cléopâtre , qui ne voulait que régner, retourna bientôt avec lui, et Rodogune fut oubliée.
Hyrcan profita du temps : il prit Sichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim , deux cents ans après qu'il avait été bâti par Sanaballat. Sa ruine n'empêcha pas les Samaritains de continuer leur culte sur cette montagne ; et les deux peuples demeu-
625 129 rèrent irréconciliables. L'année d'après, toute
ridumée^ unie par les victoires d'Hyrcan au royaume de Judée , reçut la loi de Moïse avec la circoncision. Les Romains continuèrent leur protection à Hyrcan , et lui firent rendre les villes que les Syriens lui avaient ôtées.
626 128 L'orgueil et les violences de Démétrius Nica-
tor ne laissèrent pas la Syrie longtemps tranquille. Les peuples se révoltèrent. Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennemie leur donna
un roi : ce fut Alexandre Zébina, fils de Balas. ^""^ ;^°»
-' de dev.
Démétrius fut battu ; et Cléopâtre, qui crut ré- ^°™^- ^- ^gner plus absolument sous ses enfants que sous son mari^ le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus^ qui voulait régner mal- eao 124 gré elle. Son second fils, Antiochus appelé Grypus , avait défait les rebelles , et revenait victorieux : Cléopâtre lui présenta en cérémo- ess 121 nie la coupe empoisonnée, que son fils, averti de ses desseins pernicieux, lui fit avaler. Elle laissa en mourant une semence éternelle de divisions entre les enfants qu'elle avait eus des deux frères, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie, 645 109 et ne put convertir les Samaritains. Cinq ans après, il mourut. La Judée demeura paisible à ses deux enfants Aristobule et Alexandre Jan- eso 104 née, qui régnèrent Tun après l'autre sans être esi 103 incommodés des rois de Syrie.
Les Romains laissaient ce riche royaume se consumer par lui-même , et s'étendaient du côté de l'Occident. Durant les guerres de Démétrius Nicator et de Zébina, ils commencèrent à s'é- 629 125 tendre au delà des Alpes; et Sextius, vainqueur des Gaulois nommés Saliens, établit dans la 63o 121 ville d'Aix une colonie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendaient mal. Fabius dompta les Allobroges et tous les peuples voi- esi 123 sins : et la môme année que Grypus fit boire à ess 121 sa mère le poison qu'elle lui avait préparé , la Gaule Narbonnaise , réduite en province, reçut le nom de province romaine. Ainsi l'empire romain s'agrandissait, et occupait peu à peu toutes
Ans Ans jgg ferres et toutes les mers du inonde connu.
de dev.
Rome, j. c. jyjg^jg autaut que la face de la république paraissait belle au dehors par les conquêtes , autant était-elle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens^ et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien public. Les deux Gracques^ en flattant le peuple , commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république. Caïus, frère de Tibérius^ ne put souffrir qu'on eût fait mourir un si grand homme d'une manière si tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres; et^ à la veille de tout détruire , il périt d'une mort semblable à celle qu'il voulait venger. L'argent faisait tout à 635,640,641 Romc. Jugurtha ^ roi de Numidie, souillé du meurtre de ses frères^ que le peuple romain protégeait^ se défendit plus longtemps par ses
648 i06 largesses que par ses armes; et Marins^ qui acheva de le vaincre^ ne put parvenir au commandement qu'en animant le peuple contre la noblesse.
651 103 Les esclaves armèrent encore une fois dans
la Sicile, et leur seconde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première.
652 102 Marins battit les Teutons , les Gimbres et les
autres peuples du Nord, qui pénétraient dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italie. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion 654 100 de proposer de nouveaux partages de terre * Métellus , qui s'y opposait , fut contraint de céder au temps; et les divisions ne furent étein
tes que par le sang de Saturninus , tribun du ^^^^ ^^^ peuple. Pendant que Rome protégeait la Gappa- ^°™^- ^' ^ doce contre Mithridate , roi de Pont , et qu'un si eeo 94 grand ennemi cédait aux forces romaines, avec 663 ss la Grèce ;, qui était entrée dans ses intérêts^ TI- ees 86 talie , exercée aux armes par tant de guerres y ees 91 soutenues ou contre les Romains ou avec eux, mit leur empire en péril par une révolte universelle. Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par les fureurs de Marins et de Sylla, 666,66?
et suiv
dont Tun avait fait trembler le Midi et le Nord, et Tautre était le vainqueur de la Grèce et de FAsie. Sylla, qu'on nommait l'Heureux, le fut 672 82 trop contre sa patrie , que sa dictature tyrannique mit en servitude. Il put bien quitter vo- 675 79 lontairement la souveraine puissance ; mais il ne put empêcher l'effet du mauvais exemple. Chacun voulut dominer.
Sertorius , zélé partisan de Marins , se can- eso 74 tonna dans l'Espagne , et se ligua avec Mithri- esi 73 date. Contre un si grand capitaine, la force fut inutile ; et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la division. Il n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crût pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne fit pas moins de peine aux préteurs et aux consuls que Mithridate en faisait à Lucullus. La guerre des ess 71 gladiateurs devint redoutable à la puissance romaine : Crassus avait peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée.
Lucullus prenait le dessus en Orient. Les Ro- ese 68 mains passèrent l'Euphrate ; mais leur général , invincible contre l'ennemi , ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate, sou-
Ans Ans yent battu, sans jamais perdre courage ^ se Rome. j. c. relevait ; et le bonheur de Pompée semblait nécessaire à terminer cette guerre. Il venait de 687 67 purger les mers des pirates qui les infestaient, depuis la Syrie jusqu'aux Colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. Sa gloire parut alors élevée au comble. 11 achevait de soumettre ce vaillant roi; l'Arménie, où il s'é- 689 65 tait réfugié, l'Ibérie et l'Albanie, qui le soutenaient ; la Syrie , déchirée par ses factions ; la 691 63 Judée , où la division des Asmonéens ne laissa à Hyrcan II, l^ls d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puissance; et enfin tout l'Orient : mais il n'eut pas eu où triompher de tant d'ennemis , sans le consul Cicéron , qui sauvait la ville des feux que lui préparait Catilina, suivi delà plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fut ruiné par l'éloquence de Cicéron, plutôt que par les armes de C. Antonius , son collègue.
La liberté du peuple romain n'en fut pas plus assurée. Pompée régnait dans le sénat, et son grand nom le rendait maître absolu de toutes 696 et s, 58 les délibérations. Jules César, en domptant les Gaules, fit à sa patrie la plus utile conquête qu'elle eut jamais faite. Un si grand service le mit en état d'établir sa domination dans son pays. Il voulut premièrement égaler et ensuite surpasser Pompée.
Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pourrait partager la gloire de ces deux grands hommes, comme il partageait leur
700 51 autorité. Il entreprit témérairement la guerre
701 53 contre les Parthes, funeste à lui et à sa patrie.
Les Arsacides vainqueurs insultèrent par de a°s ^ns cruelles railleries à Tambition des Romains, et ^°"'^' •»• ^• à l'avarice insatiable de leur général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais effet de la défaite de Crassus. Sa puissance contre-balançait celle de Pompée et de César, qu'il tenait unis comme malgré eux. Par sa mort, la digue qui les retenait fut rompue. Les 705 49 deux rivaux , qui avaient en main toutes les forces de la république , décidèrent leur querelle "^o^ ^^ à Pharsale par une bataille sanglante. César victorieux parut en un moment par tout l'univers , en Egypte , en Asie , en Mauritanie , en Espagne : vainqueur de tous côtés, il fut re- 707 47 connu comme maître à Rome et dans tout Tem- 708 46 pire. Rrutus et Cassius crurent affranchir leurs 709 45 citoyens en le tuant comme un tyran , malgré 710 44 sa clémence.
Rome retomba entre les mains de Marc-An- 711 43 toine, de Lépide , et du jeune César Octavien, petit-neveu de Jules César, et son fils par adoption ; trois insupportables tyrans, dont le triumvirat et les proscriptions font encore horreur 712 42 en les lisant. Mais elles furent trop violentes pour durer longtemps. Ces trois hommes partagent l'empire. César garde l'Italie ; et, changeant incontinent en douceur ses premières cruautés , il fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. Les restes de la république périssent avec Brutus et Cassius. Antoine et César, après avoir ruiné Lépide , se tournent l'un 7i8 36 contre l'autre. Toute la puissance romaine se 722 £2 met sur la mer.
César gagne la bataille Actiaque : les forces 723 si
no DISCOURS
de" àeT ^6 l'Egypte et de l'Orient^ qu'Antoine menait Rome. j. c. ayec lui , sont dissipées : tous ses amis l'abandonnent, et même sa Cléopâtre, pour laquelle 724 30 il s'était perdu. Hérode, ïduméen, qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur, et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux Asmonéens. Tout, cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes; l'Egypte devient une province romaine ; Cléopàtre , qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après 727 27 Antoine : Rome tend les bras à César, qui demeure, sous le nom d'Auguste et sous le titre 730 24 d'empereur, seul maître de tout l'empire. Il 732 22 dompte , vers les Pyrénées, les Cantabres et les 734 20 Asturiens révoltés; l'Ethiopie lui demande la paix ; les Parthes épouvantés lui renvoient les étendards pris sur Crassus , avec tous les prisonniers romains; les Indes recherchent son 739 15 alliance; ses armes se font sentir aux Rhètes ou 742 12 Grisons, que leurs montagnes ne peuvent dé- 747 7 fendre ; la Pannonie le reconnaît, la Germanie le redoute , et le Veser reçoit ses lois. Victorieux par mer et par terre , il ferme le temple de Ja-
753 nus. Tout l'univers vit en paix sous sa puissance,
754 et Jésus-Christ vient au monde.
SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. m DIXIÈME ÉPOQUE.